‹ Une philosophie nouvelle, Henri BergsonChapitre 51 sur 121 · Revue de Métaphysique el de Morale, mai · texte numérisé non relu

Revue de Métaphysique el de Morale, mai

qui convenait au siècle de l'histoire ? Peut-être indique-t-elle qu'une époque est venue où la mathématique, perdant le rôle de science régulatrice, va céder la place à la biologie. » C'est ce programme que remplit — avec quelle originalité, on le sait — la doctrine de Y Evolution créatrice.

Lorsqu'on examine le savoir antique, un caractère en est tout de suite visible. De la réalité changeante, il n'étudie guère que certains moments privilégiés, certaines formes stables, certains états d'équilibre. La géométrie des Anciens, par exemple, se borne presque toujours à la considération statique des figures une fois tracées. Tout autre se montre la science moderne. Le plus grand progrès qu'elle a réalisé dans l'ordre mathématique n'a-t-il pas été en effet l'invention de l'analyse infinitésimale, c'est-à-dire un effort pour substituer au tout fait le se faisant, pour suivre dans sa continuité la génération mobile des phénomènes et des grandeurs, pour se placer le long du devenir à un instant quelconque ou plutôt de proche en proche à tous les instants successifs ? Cette tendance fondamentale, jointe au développement des recherches biologiques, devait l'incliner vers une doctrine d'évolution ; et de là le succès de Spencer.

Mais le temps, dont la science moderne fait partout la variable principale, n'est encore qu'un temps-longueur, indéfiniment et arbitrairement divisible. Point de durée véritable, rien de réelle-

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