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Essai sur les données immédiates, pp. i2o

qualitative continue. Surtout il souligne la nécessité plus impérieuse encore de concevoir chaque état comme une phase dans une durée ; et nous touchons là son intuition principale et maîtresse, l'intuition de la durée réelle.

Historiquement, tel fut le point de départ de M. Bergson, l'origine de sa pensée : une critique du temps, sous la forme où le sens commun Vimagine, où la science l'utilise. Le premier, il s'avisa de ce fait, que le temps scientifique ne « dure » point. Nos équations, en effet, n'expriment que des rapports statiques entre des simultanéités ; même les quotients différentiels qu elles peuvent contenir ne notent réellement que des tendances présentes ; aussi rien ne serait-il changé à nos calculs si le temps était donné d'avance tout accompli d'un seul coup, comme un ensemble linéaire de points avec des numéros d'ordre, sans plus de durée véritable que dans la succession des nombres. Même en Astronomie, il y a moins prévision que jugement de constance, de stabiUté, les phénomènes étant presque rigoureusement périodiques et l'aléa de la prédiction ne portant que sur l'écart ti'ès petit entre le phénomène vrai et la périodicité exacte qu'on lui attribue. Remarquez sous quelle figure le sens commun imagine le temps : un réceptacle inerte, un miUeu homogène, indifférent et neutre, bref une sorte d'espace. Le savant utilise une image semblable : car il définit le temps

par sa mesure et toute mesure implique traduction en étendue. Pour le savant, Theure n'est pas un intervalle, mais une coïncidence, un alignement instantané, et le temps se résout en une poussière dHmmobilités, comme dans ces horloges pneumatiques où l'aiguille avance par saccades, ne marquant qu une suite de repos.

De tels symboles suffisent, en première approximation au moins, quand il ne s'agit que de la matière, dont le mécanisme, en droit, n'a rien de « durable ». Mais en biologie, en psychologie, des caractères tout autres deviennent essentiels : vieillissement et mémoire, hétérogénéité de phases musicales, rythme irréversible « qui n'est pas allongeable ni rétrécissable à volonté' ». C'est alors que s'impose le retour du temps à la durée. Comment décrire celle-ci? C'est une évolution mélodique de moments dont chacun contient la résonance des précédents et annonce celui qui va suivre ; c'est un enrichissement qui ne s'arrête jamais et une perpétuelle apparition de nouveauté; c'est un dévenir indivisible, qualitatif, organique, étranger à l'espace, réfractaire au nombre. Évoquez l'image d'un courant de conscience qui traverserait une continuité spectrale en se teignant tour à tour de chacune des nuances. Ou plutôt imaginez une symphonie qui aurait sentiment d'elle-même

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