‹ Une philosophie nouvelle [microform]Chapitre 44 sur 60 · UEvolution créatrice, p · texte numérisé non relu

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et qui serait créatrice de soi : voilà comment il convient de concevoir la durée.

Que la durée ainsi conçue soit bien le fond de nous-mêmes, M. Bergson le prouve sur mille exemples, par un merveilleux emploi de cette méthode introspeclive qu'il a tant contribué à remettre en faveur. Impossible de citer ici ces admirables analyses. Une seule servira de modèle, choisie à dessein relative à un moment pris parmi les plus ordinaires de notre vie pour bien montrer que la perception de la durée vraie nous accompagne toujours en sourdine. « Au moment où j'écris ces lignes, l'heure sonne à une horloge voisine ; mais mon oreille distraite ne s'en aperçoit que lorsque plusieurs coups se sont déjà fait entendre ; je ne les ai donc pas comptés. Et néanmoins, il me suffit d'un effort d'attention rétrospective pour faire la somme des quatre coups déjà sonnés, et les ajouter à ceux que j'entends. Si, rentrant en moi-même, je m'interroge alors soigneusement sur ce qui vient de se passer, je m'aperçois que les quatre premiers sons avaient frappé mon oreille et même ému ma conscience, mais que les sensations produites par chacun d'eux, au lieu de se juxtaposer, s'étaient fondues les unes dans les autres de manière à douer l'ensemble d'un aspect propre, de manière à en faire une espèce de phrase musicale. Pour évaluer rétrospectivement le nombre des coups sonnés, j'ai essayé de reconstituer cette

Le Roy.

phrase par la pensée ; mon imagination a frappé un coup, puis deux, puis trois, et tant qu eUe n est pas arrivée au nombre exact quatre, la sensibilité, consultée, a répondu que Teffet total différait qualitativement. Elle avait donc constaté à sa manière la succession des quatre coups frappés, mais tout autrement que par une addition, et sans faire intervenir l'image d'une juxtaposition de termes distincts. Bref, le nombre des coups frappés a été perçu comme qualité et non comme quantité ; la durée se présente ainsi à la conscience immédiate, et elle conserve cette forme tant qu'elle ne cède pas la place à une représentation symbolique, tirée de l'étendue ^ »

Et maintenant faut-il croire que revenir au sentiment de la durée vraie consiste à s'abandonner, à se laisser paresseusement détendre dans le rêve ou dissoudre dans la sensation, « comme un pâtre assoupi regarde l'eau couler » ? ou même, amsi qu'on l'a soutenu, que l'intuition de la durée se réduise « au spasme délectable du mollusque étalé au soleil » ? Erreur complète ! Ce serait retomber dans les méprises que je signalais déjà à propos de l'immédiat en général ; ce serait oublier qu'il y a plusieurs rythmes de durée, autant que de consciences ; et enfin ce serait méconnaître le caractère d'invention créatrice perpétuellement

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