‹ Une philosophie nouvelle [microform]Chapitre 53 sur 60 · LE PROBLÈME DE L ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE L ÉVOLUTION

En définitive, selon M. Bergson, la matière est définie par une espèce de descente, cette descente par l'interruption d'une montée, cette montée ellemême par une croissance, et un principe de création est ainsi au fond des choses. Pareille vue semble obscure et troublante à l'entendement géométrique. Il ne peut se faire à l'idée d'un devenir qui soit plus qu'un simple changement de distribution, qu'une simple exphcitation de richesses latentes. En face d'une telle idée, il revient toujours à son éternelle question : comment de rien quelque chose est-il venu ? Fausse question : car l'idée du L3ant n'est qu'une pseudo-idée, le néant est impensable puisque penser le rien est nécessairement penser quelque chose ou ne penser pas, et, suivant la formule de M. Bergson \ « la représentation du vide est toujours une représentation pleine ». Quand je dis : « il n'y a rien », ce n'est pas que je perçoive un « rien », je ne perçois jamais que de l'être, mais je n'ai pas perçu ce que je cherchais, ce que j'attendais, et j'exprime ma déception dans la langue de mon désir. Ou bien c'est que je parle un langage de fabrication, signifiant que je ne possède pas encore ce que je me propose de faire.

Oublions décidément ces idoles de l'action pratique et du discours. Alors le devenir évolutif

1. Cf. la discussion sur l'existence et le néant au chapitre iv de VEvolution créatrice, pp. 298-322.

Le Roy. *^

nous apparaîtra tel qu'il est : phases de maturation graduelle, que viennent clore de loin en loin des crises d'invention créatrice. Continuité et discontinuité se montreront ainsi conciliables : Tune aspect de la montée vers Tavenir, l'autre aspect de la rétrospection après coup. Et nous allons voir que la même clef nous ouvrira encore par surcroît la théorie de la connaissance.

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