‹ Une plage d'amourChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Agostina venait d'entrer :

— Vous ne me trouvez pas trop vilaine ainsi, m'sieu Maugis? demanda-t-elle d'un ton où la timidité le disputait faiblement à la mauvaise foi.

Il ne répondit rien, mais la gamine perçut la flamme de désir violent qui passa dans les yeux bleu pâle du « gros monsieur ».

Son costume improvisé justifiait les derniers outrages, le viol avec effraction, et tous les gestes par quoi les hommes sont réduits, dans certains cas, à remplacer les vains artifices de la parole. Le veslon du pyjama rouge brique, serré à la taille par une ceinture de cuir découverte en quelque armoire, révélait l'espiègle insolence des petits seins durs et la courbe d'une chute de reins « comme ils n'en ont pas à Schaffhouse ». — Le démon familier de Maugis, qui lui suggéra cette comparaison hydrogéographique, la com-

pléla par une réflexion de haute philosophie : « Qu'estce que SchalThouse, pourvu qu'on rigole? » — Le cou délicat s'élançait de l'échancrure du col ingénument déboutonné; les manches, relevées au coude, dégageaient la minceur des poignets, l'étonnante étroitesse des mains longues et fines où s'attestait la pureté d'une race ancienne. Et selon sa malicieuse promesse, Agoslina avait retroussé jusqu'au-dessus de ses genoux ronds et polis le pantalon, dont la couleur rouge avivait la raatité de ses jambes, gantées des chaussettes noires oubliées naguère par Louisette de Marigny.

M.mgis admirait, congestionné d'une attention où le respect n'avait nulle part. Agostina ne s'y méprit point.

— Allons! dit-elle, je crois deviner que je ne vous déplais pas trop.

— Est-ce que ça se voit? demanda-t-il, vaguement inquiet.

Et quand il eut recouvré ses esprits :

— Ma petite amie, vous êtes tout simplement une des trois femmes qui m'ont fait penser que j'aimerais mieux mourir que de n'être pas aimé d'elles.

Agostina affectait de regarder une assiette de vieux ro-uen accrochée au mur, pour éteindre la joie qui brillait dans ses yeux dorés.

— Vousaurezdelapeineàmefairecroireqa'un monsieur de l'aris puisse me trouver si gentille! Enfin...

il me va, le chose, le pigémoi de m'sieu Sandier?... J'avais si peur d'être ridicule I

— Ridicule! Vous ne vous êtes donc pas regardée?

— Oh ! si, dans toutes les glaces de la salle de bain!

— Voilà qui aurait dû vous rassurer.

A point nommé pour couper le mensonge coquet de la petite, Ludovic entra, chargé d'une soupière fumante qu'il posa sur la table, en disant :

— Monsieur prie Monsieur et Mademoiselle de ne pas l'attendre : il descendra tout à l'heure.

— Alors, on peut briffer? demanda Agostina en s'asseyant sur la chaise que lui avançait Maugis.

Et, comme il prenait place en face d'elle. . — Non! mettez-vous là, près de moi... J'ai un trac de faire des bêtises! Je ne sais pas me servir de toutes ces choses : il faut que vous m'appreniez !

Déférent, il s'assit près d'elle, si près qu'il sentit contre son genou le frôlement d'une jambe nue.

— Elle portait des bas un peu courts, l'amie de m'sieu Sandier. Et puis ses souliers me sont trop larges ; c'est peut-être que je ne suis pas habituée à en mettre...

Tandis que Maugis s'assurait que les bas de Louisette, en effet, ne montaient pas plus haut que des chaussettes authentiques :

— Oh! non, fit Agostina, pas de pelotage avant diner !

— J'allais pourtant vous en servir une assiette.

Celte fois, elle comprit et se renversa sur sa chaise en riant aux éclats :

— Y a pas à dire, j'ai jamais vu un type aussi rigolo que vous !

— « Un type aussi rigolo! » répéta mentalement Maugis. Et tout à l'heure : « On peut briffer... J'ai le trac! «Evidemment, cette jeune aborigène a subi, entre autres outrages, l'influence linguistique du fâcheux Alfonso, à qui la langue « verte » devait être familière à plusieurs litres.

Il regardait manger la gamine, qui s'en tirait sans embarras et lampait son potage avec l'amusante avidité proprette d'une chatte gourmande.

— Qu'est-ce que je viens de manger là?

— Un consommé aux œufs pochés.

— Ben, m'sieu Sandier peut se vanter d'avoir une fière cuisinière!

— Mademoiselle voudrait-elle reprendre un peu de potage? proposa Ludovic, de qui cet éloge chatouillait flalteusement la libre conjugale.

— Eh oui!... Ça peut se faire, m'sieu Maugis?

— On peut tout faire avec ses amis.

— Vous dites toujours des choses qu'on ne comprend tout à fait qu'après, dit-elle en tendant son assiette.

— C'est la forme spéciale de mon génie.

— Qu'est-ce que c'est que ça, du génie?

— Ça ne se mange pas, mon petit. Voyons, je ne

sais pas trop comment vous expliquer... Le génie, c'est, en beaucoup mieux, du talent... Ça vous dit-il quelque chose?

— Talent, oui... Alors, vous avez du talent?

— Je vous en avertis, de peur que vous ne vous en aperceviez pas.

— Mais alors, vous travaillez donc?

— Principalement la nuit.

— Oh ! le vilain !

— Quoi donc, Tina?... Je veux dire que j'écris souvent jusqu'à l'aurore.

— A qui ?

— A des personnes que je ne connais pas.

Agostina réfléchit un instant. Maugis épiait le battement de ses longs cils baissés, et la petite moue de la lèvre supérieure, retroussée : « Si je ne me surveille pas, pensait-il, je vais faire pour cette gosse des bêtises inédites, pour Agostina,... pour la gosse Tina... »

— C'est donc des livres que vous écrivez? fit la petite, arrivée au bout de son raisonnement.

— Bravo! Vous voyez bien que vous comprenez quand vous vous en donnez la peine.

— Vous faites des livres... Oh! comme c'est ennuyeux !

— Dame, quelquefois.

— Je ne veux pas dire ça... Je veux dire que ça m'ennuie de penser que je ne les connaîtrai jamais, vos livres !

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— Et pourquoi donc?

— Parce que je ne sais pas bien lire ! Maugis renifla pour dissimuler je ne sais quelle

baroque émotion. Son trouble ne l'empêcha point de remarquer, pourtant, que Ludovic était sorti :

— Voulez-vous me permettre de vous embrasser, gentille gosse ?

— Vous?... Ali ! tant que vous voudrez! Maugis se pencha, saisit la jolie tète brune et pensa

défaillir en sentant les deux bras de la petite se nouer spontanément à son cou. 11 l'embrassa longtemps, si longtemps qu'Agostina poussa un léger soupir très doux, et dit enfin, bas à l'oreille de Maugis :

— Personne ne m'a jamais embrassée comme ça ! Maugis vit les meubles de la salle à manger danser

un cake-walk éperdu : « Le docteur Maurice de Fleury m'a pourtant averti ; mais, après tout, mieux vaut mourir comme ça que trop tard! »

Il se renversa sur sa chaise en s'éventant avec sa serviette.

— Qu'est-ce que vous avez donc?

— Rien du tout, ma mignonne, répondit Maugis en se redressant, tout prêt à recommencer... Seulement, je viens de penser à peu près la même chose que vous : moi non plus, on ne m'a pas embrassé comme ça depuis 1889, l'année de l'Exposition !

— Ça a dû bien vous manquer, fit naïvement Agostina.

(« Ça y est. je vais l'adorer, pensa Maugis, l'adorer... sur tranches! »)

— Alors vous n'êtes pas contrarié que je ne sache pas bien lire?

— J'en bénis la sainte Mère de Dieu ! Ainsi, quand il m'arrivera de causer avec vous en tète-à-tète (ah ! oui !) comme ce soir, vous ne me réciterez pas des phrases toutes faites, vous ne me parlerez jamais nietzschéisme ou leitmotiv?

— Non, pour sûr : je ne connais pas ces langues-là; je ne comprends que le français et le basque. Mais il faudra m'apprendre à lire tout à fait bien; je voudrais tant savoir! Et écrire aussi !

— Écrire ? Ah ! gosse Tina, c'est plus difficile ! Peu de personnes se rendent compte à quel point c'est difficile !

— Mais il y a tant de gens qui savent écrire !

— Une douzaine.

— Pas plus?

Les grands yeux levés sur Maugis témoignaient de la surprise, mais aussi une telle confiance ingénue qu'il eut un petit rire de ravissement tendre :

— Je blague, ne faites pas attention ; je suis stupide !

— Mais non ! Même quand je ne comprends pas, ça me fait plaisir de vous écouter.

Cette déclaration candide coupa pour un temps à Maugis tous s es moyens d'élocution : « Elle est exquise,

cette môme, décidément! presque trop, on l'a faite exprès! Et, si elle ne me trompe pas d'ici deux mois, me voilà entre le collage et la tombe, ces deux aspects terribles de l'éternité !... »

Tout à coup, il sursauta. Un coup de vent venait d'ouvrir la fenêtre, humainement, avec la poussée précise et brusque d'un bras rageur ; les rideaux s'envolèrent au plafond et s'y collèrent comme des voiles claquantes; une grande plainte monta de la nuit. Agostina n'avait pas bronché.

— C'est la tempête, dit-elle tranquillement. Ça vous fait sauter parce que vous n'y êtes pas encore habitué. Les pauvres gens, ils vont avoir de la peine en mer, cette nuit. Oh! vous ne pouvez pas savoir, m'sieu Maugis ; mais moi, j'ai été élevée là-dedans et, voyez-vous, ils ont eu beau se montrer bien durspour moi, à Saint- Jean, ça me fait quelque chose tout de même de penser que, demain, il y en aura qui ne reviendront pas.

Ludovic, accouru au bruit, se précipitait, fermait les volets, assurait les barres; quand, les rideaux retombés, la voix formidable du vent ne fut plus qu'un gémissement:

— Dites-moi, mignonne, fit iMaugis, parmi ceux que vous avez quittés aujourd'hui, vous ne regrettez personne! Monsieur votre cœur n'a jamais battu pour un beau gars du pays ?

— Jamais. Quand on a su que mon oncle m'avait prise de force, ils m'ont tous traitée comme une per-

due. Et puis, comme on ne m'a pas envoyée à l'école, je n'ai jamais eu de petites amies.

— Et vos parents?

(S'apercevant qu'il recommençait l'interrogatoire de Mignon, Maugis, en son cœur, se railla de verser dans l'opéra-comique... et dans quel!)

— Mes parents? Ma mère est morte après m'avoir eue, et mon père a péri dans le naufrage de son bateau; il ne possédait que ça et il n'était pas de ce pays-ci ; je n'ai plus que mon oncle. . .

— Ah oui! quel vieux sagouin ! Ce qui m'étonne, e'est qu'il n'ait pas fait plus de difficultés pour vous

j laisser partir. Car, enfin, il vous aimait à sa manière, cet animal cochon ?

— Une drôle de manière, je vous assure !

Et la gamine fut secouée d'un frémissement de dégoût.

— Mais, reprit-elle, il se fait vieux, la mer l'a tout cassé, et il... n'est plus comme il y a deux ans, vous icomprenez...

— Oui. Il vous poursuivait moins?

— Presque plus, excepté pour me battre ; il n'y avait que ça qui l'amusait. Alors, il ne tenait plus guère à jmoi. Quand Alfonso est venu lui offrir de l'argent pour m'emmener, il a quand même commencé par refuser: mais cinq cents francs, pensez donc, c'est une somme énorme !

Maugis, pensif, revit des banques-rasoirs et des

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tailles néfastes : dire qu'en réglant mieux ses vices on pourrait faire tant d'heureuses!

Malgré tout son souci de se tenir correctement à table, Agostina expédiait un plat de crème à la vanille, rapide comme si elle eût craint que Ludovic n'enlevât l'assiette de petits Tours placée à sa portée.

— Mademoiselle prend ra-t-elle du café?

■ — Oh! oui... Tant pis si ça m'empêche de dormir... Mais, à propos, où vais-je coucher, cette nuit?

— M. Sandier a fait préparer une des chambres d'amis pour mademoiselle, annonça Ludovic en se

retirant.

— M'sieuMaugis... Et vous?

— Quoi, moi?

— Et vous, vous habitez aussi chez m'sieu Sandier? __ Non, mon petit, je suis encore pour quelques

jours à l'hôtel.

— Mais, alors, je vais rester seule ici cette nuit,

avec m'sieu Sandier?

— Bien sûr ; mais Sandier est un galant homme : il ne vous demandera rien...

— C'est que je n'ai rien à lui refuser, moil Après ce qu'il a fait pour moi!... Je n'ai que moi à lui donner, et s'il veut me prendre...

Maugis songea à sainte Marie l'Égyptienne, à diverses conceptions du point d'honneur et de la reconnaissance, et ne se refusa pas le plaisir rossard de répondre :

— Eh bienl mon enfant, si vous plaisez à mon ami

l'.NE PLAGE D'AMOUR 115

Sandier, je pense qu'il saura mieux vous aimer que votre oncle et même que le seigneur Àlibnso...

— Et pourtant, si un autre me plaisait mieux, à moi?

— Mais vous me disiez, tout à l'heure, que personne...

— Oui... tout à l'heure !

Elle jeta sur son compagnon un regard qu'il affecta de ne pas voir. Un court silence suivit, durant lequel Maugis but le lait (concentré) de la Tendresse humaine. Enfin, n'y tenant plus, Agostina reprit à mots entrecoupés :

— C'est que... je ne sais pas comment vous dire m'sieu Sandier s'est cogné pour moi avec Alfonso, c'est vrai; mais vous aussi vous avez été bon pour moi : alors... m'sieu Sandier ne vous en voudrait pas ni à moi non plus ; il est au-dessus de ça... Et puis, je ne sais pas ce que je dis! C'est votre faute aussi, m'sieu Maugis, il ne fallait pas m'embrasser comme tout à l'heure!

Elle enfouit sa tête au creux de son bras replié et pleura doucement.

Maugis ne dissimula pas davantage ; attirant à lui Agostina, il la prit sur ses genoux et, couvrant de baisers les grands yeux pleins de larmes et les lèvres tremblantes :

— Alors, c'est donc vrai? Tu voudras bien devenir tout à fait la petite amie de ce vieux Maugis qui a trente ans de plus que toi?

— Eh bien! et mon oncle? dit-elle, sans malice, à travers ses larmes.

Et tandis que Maugis la câlinait :

— Pensez donc, qu'est-ce que je deviendrais maintenant sans vous? Vous et m'sieu Sandier, vous êtes les premiers qui ne m'ayez pas brutalisée : vous m'avez emmenée avec vous. J'ai cru, moi, que c'était pour toujours... Oh! je sais, je devrais vous aimer tous les deux autant... mais je ne peux pas!... M'sieu Sandier ne m'a pas dit vingt paroles; et vous, vous avez été si gentil avec moi... Oh! ne me quittez pas, dites, m'sieu Maugis, emmenez-moi, je serai votre petite servante.

— Tu seras ma petite maîtresse.

Et serrant contre sa poitrine Agostina qui s'abandonnait, il baisa longuement sa bouche fraîche :

— M'sieu Maugis, je vous adore...

— Et vous faites bien, mignonne, dit tout à coup Sandier qui entrait d'un pas de fantôme.

Agostina jeta un cri et s'arracha de l'étreinte de Maugis.

— Mes amis, je ne veux pas être un trouble-fête ; je n'ai plus d'autre bonheur, moi, que le bonheur d'autrui!... Mon cher Maugis, vous n'allez pas rentrer à l'hôtel par une tempête pareille, je suppose? Il est vrai que je n'ai fait préparer qu'une des chambres d'amis; mais peut-être suffira-t-elle... qu'en pensezvous, petite?

— Je pense que vous êtes mon sauveur et que je vous aime bien, m'sieu Sandier.

— Vous m'aimez bien, mais Maugis, vous l'aimez tout court?

— Faut pas m'en vouloir, m'sieu Sandier!

— Remarquez, je vous prie, que je ne vous ai rien demandé, répliqua Sandier avec une si hautaine froideur que les yeux d'Agostina se brouillèrent :

— Comment! vous allez pleurer pour si peu? continua-t-il d'un ton railleur. Bah! le bon Maugis saura vous consoler. . . Mais voici l'heure où l'on couche les petites filles; embrassez votre ami et laissez-moi un instant avec lui... Ne vous impatientez pas trop, je vous le rendrai tout à l'heure... Ludovic vous conduira à votre chambre...

La fillette, humiliée, s'était jetée dans les bras de Maugis et pleurait sans bruit contre son épaule :

— Allons, mignonne, conclut Sandier d'une voix plus douce, je viens d'être méchant avec vous. Il faut beaucoup pardonner à ceux qui ont beaucoup souffert d'aimer ; donnez-moi la main.

Elle releva la tête et tendit sa fine menotte brune.

— Je ne pourrais jamais vous garder rancune. A demain matin.

— A demain, six heures, précisa Sandier.

— Oh! fit Agostina en regardant Maugis, vous vous levez si tôt, m'sieu Sandier?

— Presque tcis les jours à six heures de l'après-

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midi!... Et tâchez, mademoiselle, d'être prête pour le dîner !

Elle disparut et son rire retrouvé égrena dans l'escalier ses notes claires.

— Et maintenant, cher vieux, dit Sandier en s'asseyant devant la desserte, rendez-moi cette justice que je sais, quand il ie faut, déplaire aux femmes de mes amis. Cette gamine ne peut déjà plus me souffrir... Cela vaut mieux ainsi, parce que je tiens par-dessus tout à votre amitié. Et, je le vois, vous serez jaloux d'Agostina pendant deux mois, au moins.

— Je sens bien, en effet, que je suis sérieusement pincé. Tout me plaît de cette petite : sa loyale absence de sens moral, son ignorance de tout, sa naïveté, cette gaminerie surtout que son costume — votre pyjama, Sandier — souligne si bizarrement ! Ah ! que le hasard a presque bien fait les choses! Jamais notre vieille amie Esther la Bannière, qui compromit l'immortalité de lord Byron, n'aurait su me présenter une jolie fille dans de pareilles conditions, — d'autant que les siennes étaient parfois un peu sévères... comme certains de ses clients.

— Ah! Maugis, Maugis! voici déjà que vous déposez de l'ironie le long de votre sincérité! Allez donc consoler votre gamine : elle me croit jaloux de vous, et vous en aimera davantage ! Entretenez- ia dans cette illusion... et, vers quatre heures du matin, quand elle sera endormie, revenez donc passer une heure

avec moi : je rentrerai de Bellevue où je vais tailler un peu, et j'aurai peur de rester seul.

— Il ne vous faudrait peut-être qu'une petite Agostina...

— Non, mon ami, dit Sandier avec cette gravité qui, chez lui, n'était pas ridicule : une seule chose est nécessaire... et, je vous l'ai dit, je suis de ceux qui n'aiment qu'une fois. Ne m'imitez pas...

— Surtout cette nuit, répliqua Maugis, fanfaron. Effectivement, vers cinq heures du matin, quand

Sandier revint du cercle, Agostina s'était endormie de volupté en murmurant naïvement dans le cou de son gros n' ami :

— Oh! chéri!... je te le jure : ce sont les quatre premières fois que ça m'a fait plaisir.

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