‹ Une Poignée de documents inédits concernant Mme de WarensChapitre 10 sur 29 · ACTE DE DEPARTEMENT · texte numérisé non relu

ACTE DE DEPARTEMENT

passé

en faveur de noble Claude-François Noeray

par la dame baronne de Varens.

L'an mille sept cent cinquante et le vingt deux avril à Chambéry, à cinq heures après midy dans la maison du seigneur comte de Saint Laurent ou habite la dame barone de Vuarens Comm'ainsy soit que par contract du six juillet mille sept cent trente huit Rivoire notaire Messire Claude François Noerey aie ascensé à dame Françoise Eléonore de latour baronne de Vuarens ses biens et bâtiments situés aux Charmettes, pour le terme de neuf années sous la censé annuelle de deux cent vingt livres et sous les autres conditions portées par ledit contract et que dans lesdits biens et bâtiments ladite dame barone y ait fait plusieurs réparations et améliorations pour raison desquelles ledit seigneur Noerey auroit promis de lui renouveller ledit ascensement et de le continuer après l'expiration du term.e portée par

icelui pendant tout le tems de la vie de ladite dame et que dans le cas qu"il ne voulu continuer ledit ascensement qu'il seroit tenu de rembourcer à ladite dame pour lesdites réparations la somme de mille livres pour une fois seulement et ladite dame ne voulant plus continuer ledit assensement elle auroit prié ledit seigneur Noeray d'en vouloir accepter le département qu'elle étoit prêt d'enfaire, comm'encore de vouloir reigler compte des censés de tout le passée jusqu'à cejourdhuy ce qu'aiant été accepté par ledit seigneur Noeray et par le compte amiable fait entre lesdites parties desdites censés de tout le passée jusqu'à cejourdhuy et déduction faitte en faveur de ladite dame de touttes les tailles ordinaires extraordinaires contributions et grains (>) publics voiture et dédommagement de la grêle et gelée que ladite dame a souffert et payé depuis son assensement jusqu'à cejourdhuy comme encore de tout paiement qu'elle a fait cy devant tant audit seigneur Noeray que autres députés de sa part ladite dame s'est encore

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trouvé débitrice dudit seigneur Noeray de la somme de sept cent cinquante livres qu'elle auroit offert lui payer en quatre termes égaux sur ces pensions de l'année mille sept cent cinquante un que Sa Majesté lui gratifie annuellement ce que ledit seigneur Noeray auroit accepté et pour cet effect at été passée contract comme s'ensuit à ces fins pardevant moy notaire royal coUégié soussigné et en présence des témoins cy après nommés s'est personnellement établie et constitué ladite dame Françoise Louise Eléonore fille de feu noble Jean Baptiste de latour barone de Varens native de Vevay habitante de la présente ville laquelle de gré pour elle et les siens s'est départie ainsy que par le présent elle se départ en faveur dudit seigneur Messire Claude François fils de feu noble Celius Noeray commandant d'Annecy natif et habitant de cette ville icy présent et acceptant pour lui et les siens du droit qu'elle auroit de jouir des biens et bâtiments des charmettes en vertu dudit assensement et de touttes prétentions

SUR yi^^ DE WàREXS ioi

qu'elle pouvoit espérer et qui lui pouvoit compéter en vertu de ladite transaction qu'elle a passée avec ledit seigneur Noeray k dix mars mille sept cent quarante receue et signée par M^ Genin notaire et encore sousassensement qu'elle a passée de ces mêmes biens, le vingt quatre may mille sept cent quarante neuf, receu par moy notaire, au sieur Joseph Vial duquel Vial ladite dame consent que ledit seigneur Noeray retire les censés avec le susdit sous assensement de même que tout ce à quoy ledit Mal se trouve chargée par le susdit sous assensement, et d'en faire et user comme d'un' bien et choses à luy appartenant, bien entendu que ledit seigneur Noeray sera tenu de relever ladite dame d'envers ledit Vial de tout ce que ce dernier pourroit prétendre et en signe de véritable et réel département, elle a présentement remis audit seigneur Noeray ledit contract d'assensement du six juillet mille sept cent trente huit, Rivoire notaire, la susdite transaction receue par AP Genin notaire, avec le susdit sous assensement

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au VU [de moy dit notaire et tesmoins et pour regard du restant des censés deues en vertu dudit assensement jusqu'à cejourdhuy revenant à la susdite somme de sept cent cinquante livres ladite dame promet les payer dans le courant de Tannée prochaine et consent que ledit seigneur Noeray les prenne sur les quartiers de ladite année prochaine, scavoir cent quatre vingt sept livres dix sols à chaque quartier qu'elle assigne par le présent audit seigneur Noeray qui sera tenu de les exiger du sieur thrésorier Manson ou autre qui pourroit tenir sa place, donnant à ces fins pouvoir audit seigneur Noeray d'en passer touttes quittances et décharges en faveur dudit thrésorier qui seront autant bonnes et valables que si par ladite dame elles étoient faittes et passés et au moyen de l'effect que dessus ladite dame reste acquitté et déchargé de tous meubles bestiaux semences et autres choses spécifiés audit assensement et inventaire fait en conséquence dont ledit seigneur la décharge de même que de touttes les censés

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de tout le passé jusqu'à cejourdhuy avec promesses faittes par lesdites parties de ne se rechercher ny inquiéter, pour quelle cause que ce soit et d'observ'er le contenu au présent, chacune en ce qui la concerne et ne venir au contraire ny permettre Têtre en jugement ny dehors aux peines respectives de tous dépens dommages intérests et à Tobligations de tous et un chacuns leurs biens présents et avenirs qu'à ces fins ils se constituent tenir l'un en faveur de l'autre et sous touttes autres deues promesses, soumissions, renonciations et autres clauses requises fait et prononcé au lieu que dessus en présence de R<i Pierre Léonard curé de la parroisse de Gruffy en Genevois et du sieur Jacques Didier thrésorier de Tarentaise témoins requis, droit de tabellion trois livres qui est deub signé devarens de latour noeray leonard et didier présent et par moy soussigné qui ay expédié le présent pour l'office du tabellion. Ainsy est.

Signé Pacoret, notaire.

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Il semble, d'après cet acte, qu'on avait fait, en 1738, un état des meubles des Charmettes, lequel n'aurait pas été rédigé par devant notaire. Le préambule de cette transaction prouverait, aussi, que la baronne, en avril 1750, habitait encore la maison du comte de Saint-Laurent ; son bail au Reclus est daté du 22 octobre de la même année, mais M"^ de Warens prendra possession, bien avant cette date, delà maison du marquis d'Allinges, puisque, dès le 7 août, elle règle les réparations qu'elle y avait fait exécuter. La gêne était grande ; le 25 juillet, la baronne avait été obligé d'emprunter, afin de pouvoir envoyer Rouyer, avec deux ouvriers, faire l'ouverture des travaux, dans ses mines de Valmeinier en Maurienne. Le curé de Gruffy, Pierre Léonard, avait signé l'acte du 22 avril 1750, comme témoin présent ; à son tour, le 5 novembre suivant, M™^ de Warens fera une fondation de 300 L, en faveur de la chapelle de Gruffy, à charge de dire des messes pour l'heureux succès de ses entreprises. De l'ensemble de ces

faits, il résulte que Jean-Jacques pouvait avoir raison, lorsqu'il disait, en parlant deJa baronne, à la période de sa vie correspondant à 1746: « Déjà le sentiment de sa misère lui resseroit le cœur et lui retrécissoit l'esprit. »

Cependant la Compagnie se recrutait toujours; le 4 août 175 1, elle admettait, dans son sein, un contrôleur d'artillerie, Jean Devienne, natif de Paris, et son fils, Jean, natif de « Roman en Dauphiné. »

Mais, pour nous, l'acte principal de cette année sera la ^procuration, spéciale et générale, donnée par M°^® de Warens à Jean- Samuel-T^odolph-Viient^enried de Courtille, le 20 novembre, contenant pouvoir de traiter, pour elle, avec ses associés, dans leur exploitation des Mines de la Maurienne et de la fonderie royale. Ce document figure aux registres du Tabellion de Chambér}^ folio 353 du 3*^ volume de 1751 ; il prouve que tous ceux, qui accusèrent Jean-Jacques d'avoir contribué à la ruine de M™" de Warens, ne savaient pas ce qu'ils disaient :

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PROCURATION

passée par la dame baronne de Vuarens au sieur Jean-Samuel 'Fiodolph de Cortille

L'an mil-sept-cent-cinquante un et le vint du mois de novembre, à Chambéri, avant midi, dans la maison d'habitation de la dame constituante, par devant moy notaire royal collégié soussigné et en présence des témoins ci-après nommés, s'est en personne établie et constituée d*"^ Françoise-Louise-Eléonor fille de feu noble Jean-Baptiste de Latour, baron d'Empire, épouse de noble hisac-Sebastien de Vuarrens, nattive de Vevex, paï de Vaux, canton de Berne, domitiliée de la présente ville, laquelle, de gré a fait et constitué pour son procureur spécial et général, l'une des qualités ne dérogent à l'autre, ni au contraire, scavoir sieur Jean-Samuel-Rodolph-Vuentzenried de Courtille, natif de Courtille, susdit canton de Berne en Suice, aussi habitant de cette ville, ici présent et ladite charge acceptant ; et c'est pour et au nom de la dame constituante négotier et traitter, transiger de

tous les droits, noms et actions qui lui compettent et peuvent competter, contre tous ses associés aux mines de la province de Maurienne et à la fabrique Royale et fonte établie en cette ville ; leur faire rendre compte, conjointement ou séparément, exiger, passer quittence, cession et rétrocession, et généralement quel autre contract que ce soit, lesquels ladite dame constituante veut et entend êtres aussi bons etvallables que si ils étoient par elle passés, et avoue, approuve et rattifîe dès à présent comme pour lors, avec pouvoir qu'elle donne à sondit procureur, en cas de contestations, d'intenter toutes actions, tant réelles, personnelles que mixtes; et à ces fins comparoitre pardevant tous juges, et magistrats de justice à qui la connoissance appartiendrat. en quelle qualité que ce soit, dans toutes les causes qu'elle a et pourra avoir, et en icelles dires déduire produire, communiquer et contredire tous ordres, soutenir et nier tous faits, donner des positions, contester les adversaires, articuler, additionner, enquêter, fournir

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et sauver reproches, faire accepter et révoquer toutes offres et déclarations, offrir, accepter, defférer ou refférer le serment, appeler et lever appel, acquiesser, renoncer, révoquer, inthimer, poursuivre lesdites causes jusqu'à jugement définitif et entière exécution d'iceux, constituer et substituer procureur, ainsi qu'il aviserat. Le tout avec eslection de domicile, et généralement faire tout ce que ladite dame constituant feroit ou faire pourroit, si en personne elle y étoit, quant même le eas requerroit mendat plus spétial qu'il n'est ici exprimé, avouan, approuvant et rattiffiant dès à présent comme pour lors tout ce qui sera fait par sondit procureur, lequel elle promet de relever de toutes charges et fraix, ocasion de la présente ; et icelui de rendre bon et fidel compte de son administration. — Le tout aux peines respectives de tous dépends, dommages, intérests, à l'obligation et constitution réciproque de tous leurs biens présents et avenirs, et autres clauses requises.

Fait et prononcé audit lieu, en présence

du sieur André Rodolph de Reuillot, et du sieur Antoine Gosset, tous deux habitants de cette ville, témoins requis — perçu un droit trois livres tous on signé et moy nottaire royal coUégié soussigné, de ce recevoir requis, ay le présent expédié pour l'office du tabellion, après due collation quoique d'autre main soit écrit, ainsi

est.

signé : Chabert, notaire.

Ce document, par sa teneur, met fin à l'inepte légende d'après laquelle Rousseau, plein d'ingratitude, aurait abandonné M°^ deWarens, après l'avoir exploitée. L'école déclamatoire, de la première moitié de ce siècle, a faussé, au sujet de Jean- Jacques, le jugement de la conscience humaine ; tous les cœurs droits, de notre génération, ont été scandalisés, à tort, des procédés de Rousseau à l'égard de sa bienfaitrice. Aujourd'hui, grâce au document qui précède, l'histoire pourra détruire, preuves en main, la légende ridicule, par laquelle le faux sentimentalisme a essayé de déshonorer Jean-Jacques.

IIO DOCUAIENTS INEDITS

En 1741, Rousseau crevait de faim à Paris ; il écrivait à M""^ de Francueil : je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine ;...)) Quand M™^ de Warens le sollicitait, il pouvait la prier, en toute sincérité, de dire dM frère qu'il entrait parfaitement dans ses vues et ses raisons, mais qu'il ne lui manquait que les moyens d'y concourir plus réellement. Wintzenried, le frère, était, alors, omnipotent. En toute justice, il doit porter, avec M"^ de Warens, l'entière responsabilité de l'issue de leurs entreprises. La pauvre femme n'a pas été ruinée par Rousseau, mais par elle-même et par son acolyte. Quand elle donna la place de T*etit à l'ancien perruquier, elle le fît sans arrière-pensée. Plus de dix ans après que Jean-Jacques avait dû quitter les Charmettes, la baronne était encore à l'entière dévotion de Wintzenried. Elle avait toute confiance en lui. De Courtilles était son bras droit ; les documents en fournissent la preuve.

La procuration, spéciale et générale,

donnée à Wintzenried. le 20 novembre 1751, dégage Rousseau de toute responsabilité, concernant les années de gêne que M™^ de Warens connut à la fin de sa vie. Jean-Jacques n'était pour rien dans l'achat que fit sa bienfaitrice, le 24 octobre 1747, des mines appartenant au marquis de la Roche, tandis que, après cet acte, comme avant qu"il ne fût passé, l'ingérence de Wintzenried se manifeste en toute occasion. Ce dernier fait, en 1747, divers voyages dans le duché, en qualité d'agent de la baronne ; il figure, comme témoin, à l'acte de procuration passé par Saultier de la Balme à ^1""^ de Warens ; il est présent, encore, à l'acte par lequel les deux associés essaient, le 10 juin 1748, de vendre une action de leur Compagnie à Etienne Boittier Avrillon :

il signe à l'acte du 3 février 1750, par lequel Mansord vendait Faction qu'il avait acquise. En novembre 1749, ^^'intzenried ira en amibassade auprès du lyonnais Perrichon, afin de lui soumettre des échantillons de minerai. Il est l'enfant gâté

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de la maison : en janvier 1750, M""^ de Warens écrit, à un sieur Denervaux, qu'elle a reçu, bien conditionné, la veste de M. Monrond, la serge blanche en soie pour M. Goussels, les dorures pour M. Decourtilles. En 175 1, enfin, par l'acte qui précède, la baronne donne à son acolyte sa procuration spéciale et générale contre tous ses associés aux mines de Maurienne et à sa fabrique de Chambéry. De ce jour, le successeur de Jean-Jacques domine complètement la situation, qui est faite à M""^ de Warens. L'histoire tiendra compte de la vérité, désormais.

Un autre personnage, françois Mansord. de Grenoble, doit partager la responsabilité qui incombe à Wintzenried. Il est désigné comme associé de la baronne dans le bail du 22 octobre 1750, lorsqu'ils s'installèrent dans la maison du marquis d' Allinges, au Reclus. Il avait la part belle, puisque, au début de l'émission des vingt actions, dont se composait le capital de la Compagnie, dix étaient attribuées à

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M""*" de Warens et à son associé, qui prélevaient, ainsi, la moitié des bénéfices de l'entreprise, tout en se couvrant, avec une majoration respectable, du prix auquel le marquis de la Roche leur avait vendu ses propriétés en JNlaurienne. Incontestablement M™^ de Warens entendait les affaires, — à sa manière.

Un troisième acolyte de la baronne est ce Mathieu Casse, de la paroisse d'Orelle en Maurienne, lequel figure, entre autres, comme témoin dans l'acte du 7 juillet 1748, par lequel Mansord achetait une action de la Compagnie. Il est prouvé, par le suivant acte, qu'il fût, dès ijy/, lassocié de Ai""^ de Warens, dans ses entreprises de mines. Le i^"" février 1752, pour ne pas être obligé de faire plusieurs voyages à Chambéry, à l'occasion de leurs affaires communes, il passe, à son associée, la procuration qui suit, dont la teneur est extraite des registres du Tabellion de Chambéry, folio 298 du i-"" volume de 1752 :

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