ACTE D'ÉTAT
pris entre la dame comtesse de Vvarrens etR^T^hilibert Gtiaùne etFrançois'T^osseaud,
L'an mil sept cent trente huit et le cinq du mois de mars, au lieu des Charmettes, dans la maison des hoirs du sieur Revil, après midy, pardevant moy notaire coUégié soussigné, et en présence des témoins sous nommés, auroient comparu dame Françoise Louise de La Tour comtesse de Varens, fille de feu seigneur Jean Baptiste Delatour, native de \^eva3', habitante à Chambéry, et Révérend Philibert fils de feu Joseph Gaime, et honorable François fils de feu Louis Rossiaud, maitre taneur, tous deux natifs et habitants de cette ville,
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auquel lieu je me suis transporté, lesquels ensuite de Tascensement passé par lesdits Gaime et Rossiaud à ladite dame de Vuarens, des biens à eux ascensés par demoiselle Anne Revil, par contract du quatorze mars mil sept cent trente cinq, Drivet notaire, ainsi que par contract de sous ascensement du quinze septembre dernier, reçu par moy notaire soussigné, et de l'acte d'état pris des biens, entre ledit Rossiaud et le père dudit R<1 Philibert Gaime, et ladite Demoiselle Revil, le onze juin de Tannée mil sept cent trente cinq, reçu par ledit M^ Drivet, lesdites parties m'auroient requis de prendre acte d'état des bâtiments dépendants dudit ascensement comm' ils se trouvent, affin de rendre lesdits bâtiments à la fin du présent, suivant et en conformité de l'acte d'état du onze juin mil sept cent trente cinq, sauf pour ce à quoy est tenue ladite d^"^ Revil pour l'entretien desdits bâtiments, et réparations auxquelles lesdits ascensataires ne sont point tenus, et pour ce les parties auroient convenu d'honorable Charles fils de Claude
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Monet, natif de la parroisse de Gresin, maitre charpentier, habitant à Chambéry, lequel après avoir prêté serment en présence desdites parties, sur les saintes écritures entre nos mains touchées, de procéder fidellement, sans suport ni connivence de personne audit acte d'état desdits bâtiments, suivant la connoissance de son art, et remontrance à luy faite de l'importance du serment, et des peines qu'encourent ceux qui rapportent le faux, après due visite desdits bâtiments, en présence desdites parties, de moy notaire et témoins, m'a rapporté, moyenant sondit serment, après lui avoir fait lecture dudit acte d"état du onze juin mil sept cent trente cinq, en présence desdites parties, m'a rapporté, à l'égard du bâtiment de la grange dépendant desdits bâtiments qui consistent en quatre membres que les bâtim^ents sont dans le même état porté par ledit acte d'état, sauf par rapport au plancher qui est au dessus du pressoir, auquel il y a un trou du côté du couchant, au dessus de la cuve dont la planche est pourrie, qui a be-
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soin d'être refait, et du côté du levant, il y a une planche dudit plancher qui se trouve gâtée, et par raport audit couvert, au lieu qu'il est dit par ledit acte que les revers dudit couvert d'encelles, sont neufs, ils sont usés et hors de service et qu'il faut les refaire, qu'il y a encore deux chevrons audit couvert, un à chaque pan de ladite grange, du côté du levant, qu'il faut changer, pour être hors de service, qu'au couvert de ladite grange, au bout, du côté du levant, dans le pan qui est du côté du vent, il y a un trou d'une toise, dont couvert de paille est emporté, et qu'il y a dans ledit couvert, dans les deux pans du côté du vent, et bise, et dans ce lieu du côté du vent, quelques goutières qui ne proviennent que de n'avoir pas emploie quelques cluis (?) l'année dernière, que par raport à l'acte du couvert, qui est dit par ledit contract du onze juin mil sept cent trente cinq être à moitié usés, ils sont à présent plus des trois quarts de ladite grange, lesdites parties et experts se seroient transporté dans ladite maison, où ledit Charles Mo-
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net, après due visite faite d'icelle, a raporté qu'il paroit y avoir plusieurs goutières, et que du côté du levant, la cheminée du levant, par sa chute a cassé plusieurs thuiles. qu'il faut remettre et faire accommoder ladite cheminée, que pour faire raccommoder les goutières à l'endroit gâté par la cheminée, ilfaudroitcinq cent thuiles, sur quoy honnorableValentinfilsde feu Joseph Ginet, natif de Bissy, habitant aux Charmettes, granger desdits biens a déclaré que partie de ladite cheminée est tom.bée par les vents Tétés dernier, et partie cet hyver, aussi par les vents qui ont causé ledit dégât, et ce qui a été déclaré par ledit François Rossiaud être arrivé l'été dernier, et au surplus dudit acte d'état des bâtiments, porté par le contract du onze juin mil sept cent trente cinq, après visite faite par lesdites parties, elles ont trouvé lesdits bâtiments au même état porté par celui de mil sept cent trente cinq sauf par rapport au memibre pour les poules, et cochons, il faut trois fagots d'encelles pour le raccomxm oder, au rapport dudit Monet, ce
qui ne peut être arrivé qu'à défaut de n'avoir pas mis les encelles qui manquoient lors dudit acte d'état, et après visite aussi faite des fenêtres de ladite maison, et vitre, ils ont été reconnus être au même état que celui porté par ledit contract de mil sept cent trente cinq, (voir*, à la fin de V acte, un renvoi qui existe dans V original) et au surplus des autres vitres desdites fenêtres qui ne sont point portées par ledit acte d'état de mil sept cent trente cinq, aiant convenu lesdites parties que ladite dame n'a joui en propre desdits bâtimens que depuis ledit ascensement du quinze septembre dernier, quoiqu'il soit dit dez le mois de mars précédent, attendu les conventions faites entre les parties, par rapport à la prise desdits biens. Fait et prononcé au lieu que dessus, en présence de Louis fils de feu Antoine Genêt, delà parroisse d'Oncin,et de François fils de feu Claude Chapuis, de la parroisse de S' hypolite sur Aix, habitant à Chambéry, témoins requis. — * il a été reconnu par lesdits Gaime et Rossiaud qu'ils sont à moitié gastés : lesquels consistent
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en seize carreaux soit châssis pour quatre fenêtres, avec leurs dormans de noyer, et quant au dessus de la porte d'entrée de ladite maison au couvert d'icelle, il va deux bouts de chevrons qui sont pourris, qui ont besoin d'être refaits, avec une parefeuille. — Ladite dame deVuarrens, lesdits Guaime et Rosseau ont signés sur la minute qui contient trois pages, les trois quarts d'un autre et le quart d'un autre, outre la signature et mon verbal. Les témoins et ledit Valentin Ginet nont signés, pour être illitérés, de ce enquis. Le présent pour le tabellion, écrit par M^ Gros, à ma réquisition.
Signé Rivoire. notaire.
Ces actes prouvent l'allégation de mon précédent ouvrage ; M""^ de Warens a habité, aux Charmettes, la maison 883 avant de se fixer dans la maison 754, désignées sur la mappe de 1729. Conformément à l'usage, encore en vigueur à Chambér\'", la baronne demeurait en ville et passait, probablement, quelque temps de la belle sai-
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son à sa ferme. Or, s'il faut en croire l'auteur des Confessions, l'année 1736 fut le moment le plus heureux de sa vie. La présence de Wintzenried à Chambéry, constatée en 1737, corrobore la date indiquée par Rousseau. Par contre, les actes que nous venons de publier, le bail passé avec Noireyleô juillet 1738, démontrent nettement que le grand écrivain ne vécut son roman d'amour ni dans la propriété Noirey, ni dans celle de la dame Revil. Si l'on a cru, longtemps, que l'idylle avait eu pour cadre le domaine Noirey, la raison paraît en résider dans le fait que Rousseau signe comme témoin au bail du 6 juillet 1738. Mais Jean-Jacques, étant mineur, ne pouvait guère, avant cette date, figurer dans un acte public. En effet, conformément au droit romain (L, I, § 1,2; L. III, § 3 ; L. VII, ff. de minor. 25 ann.; L. ult., de his qui ven. setat. imp.) dont les principes étaient, sur ce point, en vigueur dans la République de Genève, la majorité était fixée à 25 ans accomplis. Or, Rousseau n'atteignit la sienne que le 28 juin 1737.
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L'année 1737 marqua dans la vie de Rousseau ; son ami Barillot. revenant d'Italie, vint le voir et resta quelque temps avec lui. Comme Jean-Jacques était « majeur depuis plusieurs mois, il fut convenu, dit-il au livre VI des Confessions, que j'irois le printemps suivant à Genève redemander le bien de ma mère, ou du moins la part qui m'en revenoit. Cela s'exécuta comme il avoitété résolu. » En attendant, pendant sa convalescence de l'accident qui lui survint en juin. Rousseau remit à Barillot sa procuration, qui est restée consignée au folio 609-, 2^ volume de 1737, des registres du Tabellion de Chambéry. Ce document a déjà été publié d'après la minute du notaire Rivoire, conservée à la Bibliothèque municipale de Chambér^^ Voici le texte de l'exemplaire du Tabellion :
PROCURATION
passé par le sieur Jean Jacques ^osseau au sieur ^arrilliot.
L'an mil sept cent trente sept le douze
du mois de juillet à Chambéry après midy dans la maison du seigneur comte de S' Laurent controlleur général des finances de S. M. où habitte la dame comtesse de Vuarens par devant moy notaire collégié soubsigné et en présence des témoins sous nommés s'est personnellement étably et constitué le sieur Jean Jacques fils de sieur Isaac Rousseau natif de la ville de Genève habitant de cette ville lequel de gré pour luy et les siens après avoir déclaré ainsy qu'il déclare qu'il a toujours ainsy qu'il addit l'hoirie de s^'françois son frère a fait et constitue pour son procureur le s"" Jacques Barrilliot bourgeois de la ville de Genève absent, moy notaire pour luy stipulant et acceptant pour et au nom du s"^ constituant faire demande par devant tous juges à qui la connoissance appartiendra de tous les droits appartenants au d* s*" constituant en vertu de quels titres que ce soit et même de ceux de feu D*'''^ Susane Bernard sa mère exiger recevoir tous les dits droits et créances appartenants au dit sieur constituant en trai-
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ter, transiger, passer quittances qui seront autant bonnes et valables que si par le dit constituant elles étoient passés et généralement faire, agir pour tout ce que dessus, tout comme si le d' s*" constituant y étoit en personne demander touttes restitution en entier et intenter tous remèdes et interdits possessoriaux. Et en cas de plaid se présenter et comparoitre par devant tous tribunaux de Justice à qui la connoissance appartiendra dire, déduire, produire, communiquer, offrir, accepter offre, les révoquer, consentir déclarer requérir soutenir des faits nier ceux de partie adverse enquêter fournir et sauver reprocher, appeller relever appel, y renoncer et généralement agir dans touttes les dites causes pour tout ce qui est contenu en la présente avec un plein et entier pouvoir tout comme si le d'' sieur constituant y étoit en personne qu'il approuve et ratifie dez à présent comme pour lors quoyque le cas requiert un mandat plus spécial qu'il n'est icy exprimé avec pouvoir de constituer et substituer autres procureurs
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qui auront le même pouvoir que le d' s*" constitué avec élection de domicilie et clauses requises et promesse d'avoir agré ce qui sera fait par son d' proc'" et ses subtitués et de ne venir au contraire directement ny indirectement en jugement ny dehors à peine de tous dépens dommages intérêts à l'obligation de tous ses biens présents et avenirs qu'il se constitue tenir passé sous et avec touttes autres deues promission soumission renonciation et clauses requises fait et prononcé au lieu que dessus en présence de noble Jean Antoine Borré et de S"* Jean Jacques Rollier habitants en la présente ville témoins requis qui ont signé avec ledit sieur Rosseau, sur la minute qui contient deux pages et une ligne d'autre sur deux feuillets, outre la signature et mon verbal. Le présent pour le tabellion. Ecrit par le sieur Arminjon à ma réquisition.
Signé : Rivoire, notaire.
Quelques jours auparavant, Jean-Jacques avait fait son testament, dans des
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circonstances qu'il relate au livre V des Confessions : « Je voyois beaucoup à Chambéry, — dit-il, — un jacobin, professeur de physique, bon homme de moine dont j'ai oublié le nom, et qui faisoit souvent de petites expériences qui m'amusoient extrêmement. Je voulus à son exemple faire de l'encre de sympathie. Pour cet effet, après avoir rempli une bouteille plus qu'à demi de chaux vive, d'orpiment et d'eau, je la bouchai bien. L'effervescence commença presqu'à l'instant très-violemment. Je courus à la bouteille pour la déboucher, mais je n'y fus pas à temps ; elle me sauta au visage comme une bombe.
J'avalai de l'orpiment, de la chaux ; j'en FAILLIS MOURIR. Je restai aveugle fins de six semaines ; et j'appris ainsi à ne pas me mêler de physique expérimentale sans en savoir les élémens. )) Ce document a donné lieu, en septembre 1876, à un très intéressant rapport présenté à l'Académie de Savoie par l'un de ses membres, l'avocat François Descostes. Victor de Saint- Genis avait envoyé le testament de Jean-
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Jacques à la T^evue des Sociétés savantes, qui l'avait publié dans le tome II de sa 6* série, page 377, comme un document absolument inédit. Le texte qu'il avait adopté était celui du Tabellion et différait quelque peu de l'original du notaire Rivoire, conservé à la Bibliothèque municipale de Chambéry. Voici la description que le rapporteur à l'Académie de Savoie fait du fascicule de Pvivoire, lequel contient aussi, quelques pages plus loin, la procuration à Barillot :
(( Le testament, écrit sur papier de l'époque, timbré de l'écusson des rois de Sardaigne, avec la légende Denier douze, comprend quatre pages et une ligne, outre six signatures, une mention de six lignes et deux mots, signée ^ivoire n'e, et enfin la mention de l'enregistrement, en deux lignes et demie, signée/. Chauvet. Le testament est paginé par rôles aux chiffres J04, 10^ et 106.
« Puis viennent, dans la minute, trois actes intermédiaires, sous la pagination loy, 108, log, 1 10 et III ; ces actes consistent :
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1° En une procuration, passée par le seigneur Jean-Antoine Tvlilliet, comte de Challes, à noble Alexis de Pont^'erre ;
2" En une quittance passée par Louis Bertin à^I^ Jacques Bertin son frère ;
3"" En une autre quittance consentie par les Révérendes Dames Annonciade à Jean Cuchet, des Echelles.
« Et enfin arrive, sous la pagination 112 et iij, et à la date du 19 juillet ijjj, une procuration passée par le S"" Jean-Jacques 'Trousseau au S^ Jacques ^arillot, bourgeois de la ville de Genève, laquelle tient deux pages et une ligne ; immédiatement après la première ligne de la troisième page, Ton voit, en caractères très lisibles, la signature : Jean-Jacques Rousseau ; l'R renferme un paraphe assez compliqué, et Vu final se termine par un simple trait de plume allant de gauche à droite. Au bas de cette signature sont apposées celles des témoins zA. ^orré et /. Collier. L'acte se termine par une mention de cinq lignes, de la main du notaire Rivoire, et par celle de l'enregistrement également signée Chauvet.
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On voit dans le contexte de la procuration que celle-ci a pour objet de donner pouvoir au mandataire de retirer tous les droits qui compétent au mandant à Genève et même ceux de D"^ Susane Bernard, sa mère. ))
D'autre part, voici le document, publié par Victor de Saint-Genis, recollationné au folio 662 du 2° volume de 1737, aux registres du Tabellion de Chambéry :