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que, pour maintenir cette accusation, il fallait recourir à ces Registres, et les citer. Il demanda une copie... qu'on ne put lui fournir, naturellement. Alors, piteusement, il écrivit : « Mais ces actes ont été renouvelés et changés, et on a omis le récit de cette infamie et du stigmate. » Quelle malechance! Celui-là déclare qu’il a été impossible d'obtenir la radiation; celui-ci déclare que la radiation a fait disparaître le récit.
Mais nous n'avons pas besoin d’invoquer le silence des archives de Genève et de Noyon;
nous pouvons invoquer la parole de témoins
irrécusables.
4° Florimond de Raemond (né vers 1540, mort
en 1601) a composé un ouvrage très connu (pu-
blié après sa mort) : L'Histoire de la naissance, progrez et décadence de l’hérésie de ce siècle, 1605. C’est un narrateur au style savoureux, mais aussi crédule que passionné, et aimant fort
1 Notons que Noyon, avec ses archives, était aux mains.des implacables ennemis de Calvin, des fils de ceux, qui, dès 1552, célébraient par des actions de grâce la fausse nouvelle de sa
mort. Plus tard Desmay raconte que la maison de Calvin
fut rasée et qu’un certain d’Artois, ayant voulu la rebâtir, fut trouvé pendu devant la porte un an après. Tels sont les gens qui auraient fait disparaître la preuve de l’infamie du Réformateur
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invectiver Calvin. Voici comment il s'exprime au sujet des mœurs du Réformateur :
«Luther et Calvin... furent leurs mœurs aussi diverses que leurs opinions et doctrines. Calvin les eut mieux reiglées et composées que Luther, et fit monstre, dès l’entrée de sa jeunesse, qu’il ne se laissoit enyvrer aux plaisirs de la chair et du ventre, comme Luther.
» Celuy-cy estoit homme de chère, qui disoit le mot, et qui sous un corps chargé de graisse en son aage avancé eust un peu l’âme pesante.
» Celuy-là, sous un corps sec et atténué, eut tousjours un esprit vert et vigoureux, prompt aux reparts, hardi aux attaques, grand jeusneur, mesme en son Jeune aage, soit quil le fit pour sa santé et arrester les fumées de la migraine, qui l’affligeoit continuellement, soit afin d’avoir l'esprit plus à délivre, à fin d’escrire, estudier, et améliorer sa mémoire f. »
20 On peut dire que le premier biographe catholique de Calvin est P. Masson, né en 1544, mort en 1611. Certes il n’est pas, lui non plus, favorable au Réformateur. Il vou- drait au contraire Çou qu'il ne fut jamais né, ou qu’il fut mort en son enfance.» De plus il
1 Florimond de Raemond, L'histoire de la naissance, progrez et décadence de l'hérésie de ce siècle, 1623, p. 884-885.
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a été l’élève et l’ami de Baudoin, un des plus grands calomniateurs de Calvin; il passa un certain temps chez les jésuites ; il fut grand vicaire de trois archevêques de Lyon, etc. Or P. Masson fait cette déclaration, vers 1583:
«Ce sont des écrivains du commun et de nulle estime, qui ont objecté à Calvin des sales voluptés et des adultères. Et toutefois il ne.
semble pas que personne ayt haï les adultères d’une plus grande haine que luy !: »
3° Jacques Desmay, docteur en Sorbonne, vicaire général du diocèse de Rouen, publia en 1621, ses Remarques sur la vie de Calvin.
Il avait prêché l'Avent de 1614, et le Carême de 1615 à Noyon, et profité de son séjour pour interroger les personnes doctes, dit-il, les vieillards «contemporains à ceux qui avoient veu » Calvin, et surtout pour consulter les Registres capitulaires.
De plus, il était aussi peu favorable que possible à Calvin. Il l’accusait de vol ; il laccusait d’avoir voulu établir «un règne de PReoe de beuveries et de chère ?. »
Or ce Desmay raconte que, le Sol 27 septembre 1527, Calvin fut nommé par le
1 P. Masson, Elogia, I, p. 430.
? Voir E. Doumergue, J. Calvin, p. 529 et suiv.
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Chapitre à la cure de*Saint-Martin de Marteville, Ce qui prouve qu’à cette époque au moins il n'avait pas été fleurdelisé, chassé, etc. Or c’est avant cette nomination que Calvin avait été deux fois « approché en chapitre, » c'est-à-dire blâmé pour des absences. Bénéficiaire de quelque prébende, il n'avait pu interrompre ses études pour assister à telle séance. Desmay ajoute: «J’ay bien ouy dire à aucuns chanoines des plus anciens, qu'ils ont veu autrefois un feuillet blanc dans les Registres, où en teste y avoit escrit, Condemnatio Joannis Calvini, et n’y avoit rien escrit davantage en toute la page, ains demeuroit en blanc ; cela a donné à deviner à beaucoup ce que ce pouvoit estre,.. et n’ay sceu trouver autre chose dans les dits Registres, que les plaintes et reproches cy-dessus ; c’est pourquoy je n’en diray rien tout exprès, n'ayant entrepris d’escrire que ce que j'ay appris sur les lieux de sa nativité et conversation première. »
Ainsi, deux reproches relatifs à l’assiduité du bénéficiaire, reproches antérieurs à une nomination en règle comme bénéficiaire d’une cure; plus une page blanche, qu’on n’a pas vue, mais dont on a entendu parler par quelques personnes âgées : voilà le bilan de la calomnie!