‹ Une poignée de fauxChapitre 21 sur 27 · SPORE · texte numérisé non relu

SPORE

4 Cest trop dire. Et Te chanoine Le Vasseur va achever de nous renseigner.

Le chanoine Le Vasseur est le grand annaliste de l’église de Noyon. C’est un des hommes les plus crédules et les plus passionnés contre Calvin qu’on puisse rencontrer. Il n’est pas. d’absurdité qu’il n’admette, pas d'accusation qu'il ne lance.

Cet annaliste a étudié minutieusement les archives de la cathédrale, et, en 1633, il a publié son ouvrage : Annales de l'Eglise de Noyon, etc. Eh bien, ce chanoine réfute la légende. Enumérant les Noyonnais qui ont quitté la ville pour suivre Calvin, il cite le lieutenant civil de Noyon, Laurent de Normandie, et à ce propos il met en marge la.

note suivante : QD'icy jugez, s’il eust eu la fleur de 1ys à Noyon, si un lieutenant du Roy l’eust suivi.» Bien plus, notre chanoine rédige tout un chapitre pour montrer qu’on a confondu deux Calvin, Jean Calvin, le Réformateur, et un homonyme, qui, une vingtaine d’années après, fut reçu au chœur de la cathédrale, et puis, en effet, fut chassé pour incontinence, en 1552. Mais cette incontinence est péché véniel auprès du péché d’hérésie, et c’est pour cela que notre chanoine prend ses pré-

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cautions ; il ne veut pas qu’on fasse tort au Calvin immoral en le confondant avec le Calvin hérétique. Il termine ainsi : (J’ay creu devoir adjouster ce chapitre à l’histoire du premier Cauvin, ad diluendam homonymiam, crainte qu’on ne prenne l’un pour l’autre, le catholique au lieu de l’hérétique. »

5 Notons enfin qu'aujourd'hui les catho- Jliques savants et loyaux reconnaissent parfaitement la vanité de cette légende.

On publie en ce moment, en Allemagne, une Bibliothèque catholique, destinée à continuer l’œuvre de Janssen, l’historien qui a le plus attaqué la Réformation allemande, Son histoire est le dernier mot de la science ultra- : montaine la plus passionnée. Les travaux d’explication et de complément sont dirigés par un savant ultramontain bien connu, L. Pastor, sous ce titre : Erläuterungen und Ergänzungen zu Janssens Geschichte des deutschen Volkes. Chaque travail particulier est dû à un savant ultramontrain, et c’est le Dr N. Paulus qui à publié, en 1898, le premier fascicule de cette Bibliothèque, sous ce titre: Luthers Lebensende (La mort de Luther). Or, après avoir déclaré que les légendes répandues sur: - le suicide de Luther ne méritent aucun crédit,

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le Dr N. Paulus ajoute : « Au sujet d’une autre indication de Bolsec, sur une grossière immoralité de Calvin, dans sa jeunesse, et sur la peine qui lui aurait été infligée pour ce motif, déjà Kampschulte (Johann Calvin, Leipzig, 1869, p. 224) a remarqué que cette indication ne méritait aucune sérieuse réfutation. La réfutation cependant a été faite, ces derniers temps, et la vérité a été établie avec une solidité qui rend tout doute impossible. Voir À. Lefranc, La jeunesse de Calvin, Paris, 1888, p. 48 ss., 179 ss. 1. »

M. A. Fee est un ancien élève de l’école des Chartes, aujourd’hui secrétaire du Collège de France, auteur d’une série d'ouvrages très estimés pour leur solide et sage érudition. Il n’est pas protestant. Et Kampschulte était un historien catholique, professeur dans une Faculté catholique, fort savant, pas toujours impartial vis-à-vis de Calvin.

Nous renvoyons ceux que le sujet peut intéresser à notre ouvrage sur Jean Calvin, au.

chapitre intitulé: La légende du fer rouge. As trouveront là d’autres détails et en particulier les fac-similés des pages de Desmay et de Le Vasseur (p. 424 et ss.).

# À N. Paulus, p. 48-49.

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Un faux Calvin.

Pour prouver que la Réformation à miséra-

blement échoué et n’a produit que désordres affreux, M. Romain cite une déclaration, un aveu formel de Calvin lui-même :

« De son côté Calvin disait à Bullinger :

«Genève est livrée à des désordres plus grands :

que ceux où elle gémissait. On ne peut se figurer dans quel bourbier de licences se débattent tous ces impies. Les pasteurs euxmêmes, qui montent en chaire, sont les plus honteux exemples de la perversité et de tous les vices. Je m'étonne que les femmes et les enfants ne les couvrent pas de boue et d'ordures 1.»

Où Calvin s'est-il exprimé ainsi? où se

trouve cette lettre à Bullinger? Pas de référence.

On peut croire que cette prétendue citation

textuelle fait allusion (c’est tout ce qu’on peut

1 G. Romain, l'Eglise catholique et les protestants, p. 32.

C’est l’auteur qui a souligné.

dire) à la lettre écrite à Bullinger par Farel et. Calvin, en juin 1538. En effet, dans les deux documents la dernière phrase est à peu près

la même.

Voici, en réalité, comment s'expriment Farel et Calvin : € Il vaudrait mieux que l'Eglise füt complètement dépourvue de pasteurs, plutôt que d’être occupée par de pareils traîtres sous le masque de pasteurs. Il y en a deux qui se : sont emparés de notre place, dont l’un, gardien des Franciscains, Jacques Bernard, au début de la prédication de l'Evangile, l’a toujours vivement combattu, jusqu’à ce qu’il ait une fois contemplé le Christ sous la forme d’une femme, laquelle il a corrompue de toutes les facons, dès qu’il l’a eue avec lui. Comme moine il avait vécu très honteusement et très impurement..… Aussi, pour qu’il ne paraisse pas devoir être justement expulsé de l’ordre des évêques [pasteurs], il crie souvent, en chaire, que Paul ne requiert pas d’un évêque [pasteur] qu’il ait été sans tache, mais qu'il commence à l'être, à partir du moment où ileest revêtu de cette charge. L’autre (Henri dela Mare, de Rouen), quoiqu'il soit très habile à cacher ses vices, est cependant notoirement si vicieux, qu'il n’en impose qu'aux étrangers...

PA DE Fa AU Maintenant on rapporte qu’on leur en a adjoint un troisième [Jean Morand, ancien docteur de Sorbonne] accusé récemment d’adultère et qui en aurait été convaincu, si, grâce à la faveur d’un petit nombre, il n’avait échappé au jugement... [l n’y a pas de jours où ils ne soient publiquement flétris pour quelque manquement, soit par les hommes, soit par les femmes, soit par les enfants 1.»

On voit ce que le texte est devenu !

D'abord la prétendue phrase principale, la phrase qui donne au prétendu aveu de Calvin sa portée, manque: (Genève est livrée à des désordres plus grands que ceux où elle gémissait.» Calvin n’en a dit ni pensé un mot. En effet il est aussi éloigné que possible de vouloir juger la Réformation. Sa lettre est écrite en 1538, non pas lorsqu'il était à la fin, ni même au milieu de son œuvre, mais lorsque, dès le début, cette œuvre venait d’être interrompue par l'exil. Une faction avait chassé les Réformateurs de Genève. Et Calvin parle des pasteurs indignes, par lesquels ses adversaires ont prétendu remplacer Farel et lui.

Ensuite, ces mauvais pasteurs, opposés à Calvin par ses adversaires (comment en serait-

1 Opera Calvini, Xb, p. 208.

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