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nismum. — Suit, il est vrai, une ligne, en italiques, et qui fait rêver : « Nous n'avons jamais pu trouver le texte original. » Qu'est-ce à dire ? Audin n’a pas pu se procurer un Becanus ?
ou bien, ayant vu un Becanus, il n’a pu y trouver la citation ? « Nous n’avons jamais pu trouver le texte original!» Quel est ce mystère? Le voici:
Dans la préface de son volume : Aphorismi, etc.!, le révérend Père Martin Becanus raconte qu’il eut entre les mains un libelle intitulé : Aphorismes de la doctrine des Jésuites, etc. C'était un ouvrage écrit, pense-t-il (ut intelligo), par un calviniste, et envoyé aux théologiens luthériens de Wittenberg, pour qu'ils
1 Aphorismi doctrinae calvinistarum ex eorum libris, dictis et factis collecti; cum brevi responsione ad aphorismos falso Jesuitis impositos, per Martinum Becanum, societatis Jesu theologum. Moguntiae, ex officina Johannis Albini, anno MDCVII. — (Exemplaire de la Bibliothèque nationale.) — L'année suivante une réponse a été publiée: Ad Martini Becani Jesuitae Moguntini,aphorismos, quos vocat, Calvinisticos, Notae. Ambergae MDCIX, sans nom d'auteur. J'étais fort heureux d’avoir pu mettre la main sur cette plaquette de 39 pages. Malheureusement, après l’aphorisme VIII, l’auteur
s'arrête et annonce qu’il continuera quand le souci des affaires publiques lui en donnera le loisir!
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| l’approuvassent et l’éditassent. Ainsi fut fait. Becanus, pour y répondre, publia une liste d'aphorismes calvinistes. Et ïl est vrai, les aphorismes XIII à XVII ont pour titre géné-
ral: dé modo propagandi Calvinismum.
Voici ces aphorismes. XIII: « D'abord il faut simuler l'accord avec les Luthériens, pour que nous écrasions mieux, ensemble, les papistes, et que nous dominions dans tout le monde chrétien. Les Luthériens nous croiront facilement. » XIV: « Ensuite les Rois et les Princes catholiques doivent être attaqués par la violence et par les armes, ou doivent être chassés de leurs royaumes et de leurs provinces. » XVI: « L’Ecriture sainte doit être corrompue (potius depravanda), et toute l’ancienné autorité des Pères doit être reniée, plutôt que d'abandonner le Calvinisme. » XVIT:
« I faut se servir librement de l’équivoque, même dans les choses de la foi, quand le calvinisme ne peut être défendu et propagé autrement. Et 11 n’y a pas lieu de s'inquiéter beaucoup, si nous tombons dans diverses contradictions. » |
On voit bien ce dont il s’agit, Les prétendus aphorismes calvinistes sont tout simplement des accusations jésuitiques, telles que la logique d’un P. Becanus a cru pouvoir les déduire de certains textes, de certains actes, plus ou moins authentiques. On a ensuite trans-.
formé les accusations des bons Pères en aveux des Réformateurs, voilà tout.
Et c’est au milieu de ces aphorismes que se trouve l’aphorisme XV 1, dont nous avons déjà donné le texte. Nous remarquerons seulement ceci : pour les autres aphorismes il v a au moins des tentatives de citation de certains livres. Ici rien. Voici ce qu'on lit2: |
« En Angleterre, où le calvinisme prévaut, on a jusqu'ici tué des jésuites, comme Edmond Campion, Roger Filcock, Henri Garnett et plusieurs autres. On sait ce qu’on a fait dernière- meñt des jésuites chassés de l'Empire. Les mensonges et les calomnies, dont on les a chargés, sont infinis.lJ’en citerai quelques-uns. Les calvinistes ont répandu le bruit, etc. » Suit une série de ces «€ bruits. »
1 Becanus, p. 35. — 2? Jbid., p. 35-81.
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C’est tout. Contre Calvin, ou même au sujet de Calvin, rien, absolument rien. Constatons, du reste, que l’histoire de ce Faux a eu, ces dernières années, un épilogue tout à fait curieux.
M. Faugère, l’éditeur bien connu des Pensées de Pascal, fut chargé par la librairie Hachette de publier, dans la collection des Grands écrivains de la France, les œuvres de Blaise Pascal. — Nous voici donc en présence, non de folliculaires plus ou moins méprisables, mais des ouvrages et des savants les plus distingués de notre pays. — Le premier volume parut en 1886; et, à la page 202, à propos de la phrase suivante d’un disciple et défenseur des jésuites, Caramuel (citée par Pascal vers la fin de sa septième lettre): «qu’un prêtre peut, non seulement tuer en certaines rencontres un calomniateur, mais encore qu'il y en a où il doit le faire, » M. Faugère mit cette note : « La singulière doctrine, émise par ce casuiste à l’égard des jansénistes, se trouve conforme à celle que Calvin professait envers les jésuites [suit la citation latine de Becanus|].
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Ainsi, d’après Calvin, les Jésuites étant ses plus grands adversaires, il était permis, ou plutôt, c'était un devoir de les tuer, de les chasser, de les calomnier. Cette opinion était, d’ailleurs, toute naturelle de la part de l’homme “qui avait pour principe que la peine de mort devait être infligée aux hérétiques, c’est-à-dire à ceux qui professaient d’autres doctrines que les siennes. 1 »
M. Faugère, vérifiant la citation encore moins, si possible, qu'Audin, ne fit pas même attention qu'elle était censée se trouver dans l’ouvrage de Becanus. Il prit tout simplement le Pirée pour un homme, et s’imagina que l’ouvrage du Père Jésuite était un ouvrage de Calvin lui-même! Il renvoya bravement le lecteur à Galv. Aph. XV. De modo propagandi Calvinismum ?.
Ainsi M. Faugère avait attribué à Calvin une parole que celui-ci n’a pas écrite; il avait cité
1 Bulletin du Protestantisme, XLV, 1896, p. 6. |
? Il fallait du reste une logique digne de cette érudition pour arriver à ne pas distinguer entre l'assassinat d’un en-
nemi et la condamnation d’un hérétique. On n’est jamais trahi que par les siens !... Qu’allaient devenir les inquisiteurs, l'in-
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un livre qui n’existe pas ; et il avait tiré contre Calvin, et en faveur des Jésuites, des conséquences qu’un Jésuite même, le P. Brucker, à récemment répudiées ! Ce qui n'empêche pas que M. Faugère ne fût un savant connu, très habitué à manier les textes. Mais c'est cela même qui est significatif. Contre Calvin, y at-il lieu de soupçonner l’authenticité d’une accusation quelconque, et toute condamnation, logique ou non, n’est-elle pas légitime?
Sur ce, M. Faugère mourut, et la publication commencée fut suspendue, pour. être reprise seulement en 1895. Dès qu'il en fut
informé, M. Weiss, le secrétaire de la Société du protestantisme français, se hâta d'envoyer
quisition, et l'Eglise ? Décidément, trop est trop; et il s’est trouvé un Père jésuite, qui a reconnu l’exagération où M. Faugère s'était laissé entraîner par son amour pour le jésuitisme. « Nous admettons, écrit le P. Brucker, que la doctrine de l’aphorisme ne suit pas nécessairement en son éntier [c'est le P. Brucker lui-même qui souligne cette restriction bien jésuitique] du principe que Calvin appliqua, comme on sait, à Michel Servet. » — Etudes religieuses, philosophiques, historiques et littéraires, revue mensuelle publiée par des Pères de la Compagnie de Jésus. 33me année, T. LXVIL, 15 avril 1896, p. 683-690. « Calvin, les Jésuites et M. A. Sabatier, » : par le P. J. Brucker.