‹ Une poignée de fauxChapitre 6 sur 27 · ILE · texte numérisé non relu

ILE

Je n’ai pas l'intention de reproduire ici ma

réfutation? de la légende du Fer rouge. Mais j'ajouterai un détail qui me paraît curieux et

instructif.

Un protestant, William Withaker, répondit, en 1581, au jésuite Campion, précisément à

! M. Brunetière a aussi permis à M. A. Sabatier de rappeler que Bossuet en particulier, et l'Eglise catholique en général, professaient, sur la manière de traiter les hérétiques, absolument les mêmes idées que Calvin, et de citer ces lignes écrites par l’évêque de Meaux à l’évêque de Montauban, le 12 novembre 1700: «Je déclare que je suis, et que j'ai tout jours été, du sentiment, premièrement que les princes peuvent contraindre par des lois pénales tous les hérétiques à se conformer à la profession et aux pratiques de l'Eglise catholique ; -

deuxièmement que cette doctrine doit passer pour constante

dans l'Eglise, qui non seulement a suivi, mais encore demandé

de semblables ordonnances des princes. » (Revue chrélienne,

4er mars 1896, p. 166.) Comment le champion de la ( moder-

nité » de Bossuet et de l'Eglise catholique peut-il attaquer

Calvin, précisément sur le point où Calvin a eu le malheur

d’être un peu d'accord avec Bossuet et avec l'Eglise catholique ? 2 Elle est résumée, Appendice I.

propos de la dite légendef. Dans cette réponse se trouve une ligne que les auteurs catholiques ne cessent de reproduire, avec joie, parce qu’elle leur paraît contenir un aveu décisif contre Calvin, et avec indignation, parce qu'elle leur parait contenir un blasphème odieux contre saint Paul.

La bonne fortune est double! Ils en profitent.

Ainsi, un théologien, protonotaire, chanoine et archiprêtre d’Anvers, Laurent Beyerlinck

dans son Magnum theatrum vitae humanae ?

{dictionnaire encyclopédique en huit gros volumes in-folio) cite l’aveu de Withaker (fatetur Withackerus), «calviniste, d’un grand amour pour son précepteur. »

Ainsi, dans la 39me édition de ses Causeries sur le protestantisme d'aujourd'hui, Mgr. de

1 Edmundi Campiani, jesuitae, rationes decem quibus fretus, certamen anglicanae ecclesiae et omnibus orthodoxis evangelii Ministris obtulit in causa fidei, et ad eas Guill. Withakeri, theologiae in academia Cantabrigiensi professoris reg, responsio, 1604. (Exemplaire de la Bibliothèque de Genève.)

? Tome IV, article Haeresis, p.8 et 32.

3 Edition de 1888, p. 80.

Ségur dit: « Calvin, ecclésiastique aussi, a été convaincu de mœurs infâmes, contre nature, et comme tel marqué par le bourreau.» Et en note: « Ge fait semble! acquis à l’histoire. Un auteur catholique ayant reproché aux calvinistes ces honteux stigmates de leur patriarche, le calviniste Withaker eut l’effronterie sacrilège de répondre: «Si Calvin a été stigmatisé, » saint Paul et d’autres l’ont été de même. » Et un petit volume, que l’on est en train de répandre à profusion dans certaines paroisses, répète : € Un auteur catholique, en Angleterre, avançant comme un fait notoire que Calvin avait été fleurdelysé, son adversaire Withaker | avoue le fait? ;- mais il croit en détruire l'effet par ce parallèle impie : Calvin a été stigmatisé, . mais saint Paul l’a bien été. »

Peut-être la contradiction incroyable, que les controversistes catholiques mettent dans cette phrase, devrait-elle les faire réfléchir.

1 C’est nous qui soulignons: la certitude est absolue dans le texte, et relative dans la note.

2 C'est l’auteur même qui souligne.

$ Georges Romain, L'Eglise catholique et les protestants. 1900, 3me édit., p. 27.

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Car les stigmates de saint Paul n'étaient pas déshonorants, n'étaient pas l'attestation d’un vice justement puni. Et si Calvin en a porté de pareils, il n’y a pas plus de honte pour lui que pour lapôtre. Cest bien ce que veut dire Withaker en faisant allusion à Galates VI, 147. Il y a stigmates et stigmates, et il ne suffit pas de crier contre quelqu'un: Stigmaticus! pour prouver son infamie. La preuve c’est que saint Paul lui aussi a été stigmaticus.

Mais laissons-là le bon sens et bornons-

nous aux faits.

Les controversistes catholiques suppriment ce qui précède la citation : « Le Calvin que tu appelles transfuge et stigmaticus, toute l'Eglise de Christ le connaît comme un homme excel-

lent et un très constant serviteur du Seigneur,

et comme un homme aussi éloigné de toute malhonnêteté et de toute infamie que toi tu es éloigné de toute modestie et de toute honnêteté!. »

1 Withaker, p. 49. Calvinum, quem tu perfugam et stigmaticum vocas, tota ecclesia Christi virum optimum et servum

Domini constantissimum novit, qui tantum ab omni dedecore

ac turpitudine abfuit, quantum tu a modestia atque honestate.

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