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Voilà le prétendu aveu... contre Calvin.
Et les mêmes controversistes catholiques suppriment encore ce qui suit immédiatement la citation, que voici en entier : « S'il fut stigmatisé, Paul le fut aussi, et d’autres. Mais il ne le fut pas. » At non fuit.
Voilà le prétendu aveu... contre Calvin.
Il n’est pas plus difficile que cela de transformer en aveu décisif la protestation la plus violente ! C’est du Faux à la seconde puissance : et l’impudence défie ici toute comparaison.
Cela suffit. Nous connaissons le procédé des jésuites vis-à-vis de Calvin, et nous pou- vons arriver à la facon dont ils ont raconté sa
mort. | Commençons par relire le récit de Th. de Bèze lui-même, dans ses trois éditions successives de la biographie de son ami et maître.
Nous prenons le texte de la première édi- |
1 Ibid, p. 50.
tion, en le complétant par les additions de Ia seconde et de la troisième.
«De 1à[2 may] en avant, sa maladie, jusques à la mort, ne fut qu’une continuelle prière, nonobstant qu'il fust en douleurs continuelles, — sa voix était essoufflée par l'asthme ; ses yeux, qui jusqu'au bout restèrent clairs et brillants, étaient levés vers le ciel, et tout son visage montrait qu'il priait ardemment et comme de tout son être?, — ayant souvent en sa bouche ces mots du Pseaume 39: « Tacui, Dorrine, quia » fecisti, Je me tay, Seigneur, pour ce que c’est » toy qui l’as faict. » Une autre fois, il disoit, du chapitre 38 d’Isaïe : € Gemebam sicut columba, » Je gémi comme la colombe. » Une autre fois, parlant à moy, ils’escria et dit : «Seigneur, tu » me piles, mais il me suffit que c'est ta main. »
« Plusieurs désiroyent le venir voir, et eust
1 Opera Calvini, édit. de Brunswick, vol. XXI. La troisième édition est en latin et nous avons traduit les additions, que nous avons tirées de cette troisième édition. De là des diftérences d'orthographe, ancienne pour les deux premières éditions, et moderne pour la troisième.
? Les lignes en italiques sont traduites de la 3me édition, XXI, p. 167.
fallu tenir la porte ouverte jour et nuict, qui eust voulu obtempérer au désir d’un chacun.
Mais luy, prévoyant cela, et cognoissant que sa courte halaine ne luÿ eust permis de faire ce qu'il eust voulu, d'avantage aussi n'ayant pour agréable la curiosité de plusieurs, avoit requis qu'on se contentast de prier Dieu pour luy et qu’on le laissast en quelque repos.
» Le jour qu'il trespassa, qui fut le samedi 27, jour de may 15647, il sembla qu’il parloit plus fort, et plus à son aise, mais c’estoit un dernier effort de nature. Car, sur le soir,environ huict heures, tout soudain les signes de la mort toute présente apparurent: ce que m'estant soudain signifié, d'autant qu’un peu auparavant j'en estois parti, estant accouru avec quelque autre de mes frères, Je trouvay qu'il avoit desjà rendu l’esprit si paisiblement, que Jamais n’ayant raallé, ayant peu [pu] parler intelligiblement jusques à l’article de la mort, en plein sens et jugement, sans avoir jamais remué pied ne main, il sembloit plus-
1 {re édition, XXI, p. 44.
2 Les lignes en italiques sont de la deuxième édition, p. 105.
tost endormi que mort. Voilà comme en un mesme instant, ce jour-là, le soleil se coucha et la plus grand’Iumière qui fust en ce monde, pour l'adresse de l'Eglise de Dieu, fut retirée
au ciel. Et povons bien dire qu’en un seul
homme il a pleu à Dieu, de nostre temps, nous apprendre la manière de bien vivre et bien mourir. » Se
. Ba mort fut immédiatement connue de toute la ville: «La nuict suyvant et le jour aussi il y eût de grands pleurs par la ville. Car le corps
d’icelle regretoit le prophète du Seigneur, le: povre troupeau de l'Eglise pleuroit le départe-
ment de son fidèle pasteur, l’escole se lamentoit de son vray docteur et maistre, et tous en general pleuroyent leur vray père et consolateur après Dieu.
» Plusieurs désiroyent de voir encore une fois sa face, comme ne le povans laisser ne vif
ne mort. Il v avoit aussi plusieurs estrangers venus auparavant de bien loin pour le voir;
ce que n’ayans peu, pour ce qu'on ne povoit encores penser qu'il deust mourir si tost, désiroyent merveilleusement de le voir tout mort
un,
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qu'il estoit, et en firent instance. Parmi eux, il y avait un homme illustre, ambassadeur {legatus) de la reine d'Angleterre en France. Au commencement, ils étaient admis. Mais comme la curiosité était trop grande, pour obvier à toutes calomnies, il fut enseveli Le lendemain, qui estoit jour de dimanche, c'est à dire son corps fut cousu en un linceul et mis en un sarcueil de bois tout simplement? environ les huict heures au matin, et, sur les deux heures après midi, porté à la manière accoustumée, comme aussi il l’avoit ordonné, au cemetière commun, appelé Pleinpalais, sans pompe ni appareil quelconque ?. — On ne mit rien sur. sa tombe, comme il l'avait ordonné #, tellement que, quelques mois après, certains escoliers estans venus de nouveau ici estudier, se trouvèrent trompez, un jour que ils allèrent tout exprès au cemetière, pour voir le sépulcre
1 Les lignes en italiques sont traduites de la 3me édition : ac initio quidem admittebantur, p. 169.
? Les lignes en italiques sont de la 2me édition, p. 105.
3 {re édition, p. 45-46.
4 Cette ligne est traduite de la 3e édition : nulloque addito cippo (sic enim mandarat), p. 169.