‹ Une poignée de fauxChapitre 8 sur 27 · EST OA · texte numérisé non relu

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de Calvin, car ils pensoyent y voir quelque tombeau eslevé et magnifique, et il n'y a rien que la terre simplement, non plus qu'aux autres : ce qui doit pour le moins nous servir contre ceux qui si longtemps nous ont accusez que nous faisions de luy une idole 1, »

Ainsi s'exprime Bèze, le vrai témoin oculaire. Et, sans parler de toutes les preuves externes, les preuves internes suffisent pour démontrer la loyale exactitude de son récit, si simple, si modeste. Calvin mourut dans la souffrance, mais dans la paix la plus admirable, ne remuant aucun de ses membres, priant seulement de toute son âme et comme de tout son corps ; non point caché à tous les yeux, mais obligé, pour éviter les dernières fatigues, ou les médisances de l’envie, qui lui reprochait de se faire adorer comme un Dieu, : de-se soustraire de plus en plus à la curiosité, pleine d’affection et d’admiration, des citoyens | et des étrangers. |

1 Ces lignes sont de la 2e édition, p. 106.

Et maintenant, qu'est devenue la mort de

Calvin, sous la plume des Jésuites ?

. L’historien ultramontain! qui à eu l’honneur de détruire les légendes jésuitiques rela-. tives à la mort de Luther, a fait l'observation qu’au seizième siècle, tout particulièrement, on avait l'habitude d’entourer des plus étranges calomnies la mort de ses adversaires.

Ce fait se vérifia pour Calvin, et tout de suite. Une quinzaine de jours après sa mort, les bruits les plus odieux circulèrent. Mais où? à Lyon, où se trouvaient à ce moment la Cour, et le secrétaire de l’ambassadeur espagnol, l'ambassadeur du roi très catholique, c’est-àdire parmi les ennemis les plus acharnés de Calvin. Tout s'explique. Cependant le secrétaire de l'ambassade, Antoine Sarron, qui mentionne ces bruits, a soin de ne les donner que comme des bruits, et même comme des

4 Dr Nicolaus Paulus, ZLuthers Lebensende, 1898. Voir Appendices I, $ 5, et VIS.

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bruits contredits en même temps qu'affirmés : «Calvin, écrit-il, mourut le jour de la Feste- Dieu. Aulcuns ont dit qu'il mourut enraigé, et qu'il fut lyé deux jours en ung poteau, et qu'il se mangeoiïit les mains; mais aultres dient qu'il n’en est riens?. »

Un peu plus tard un chartreux, Laurent Surius, inséra, dans son Histoire universelle de 1500 à 15743, une calomnie plus précise contre le Réformateur: il serait mort d’une maladie pédiculaire (morbo pediculari)#. Quelle. preuve? Aucune. Mais quelques lignes suffisent à montrer l’état cérébral de ce grave

1 Nous constatons ici une erreur, qui nous montre jusqu’à quel point les renseignements recueillis par Sarron étaient vagues et inexacts. En 1564 la Fête-Dieu tomba au jeudi 1er juin. Or c’est le samedi 27 mai que Calvin était mort. Sarron se trompait donc de cinq jours.

2 De Lyon, le XVI de juing, 1564. Mémoires de Condé, ou Recueil pour servir à l'histoire de France,1743, I, p 204.

3 Commentarius brevis rerum in orbe gestarum ab anno salutis M. D. usque in annum MDLXXIHI. Cologne, 1574. Exemplaire de la bibliothèque de Genève. — Nous n'avons pu vérifier si les passages cités se trouvent dans la première édition de 1566.

4 Surius, p. 742.

historien: Calvin, dit-il, était «le plus dissolu des hommes dissolus de sa ville.» «Il avait le cerveau peu sain.» Et même était-ce un homme? « S'il faut appeler hommes, se demande-t-il, ces êtres qui, sous une apparence humaine, paraissent être des diables du Tartare » (Tartareae cacodaemones){!

Enfin, un peu plus tard encore, en 1577, letriste apostat Bolsec, faisant sa cour à l’archevêque de Lyon, aux gages duquel il était, et auquel il dédiait son pamphlet, combina et amplifia tous ces bruits avec sa mauvaise foi coutumière :

« Calvin fut encores tourmenté d’un genre de maladie, duquel nous lisons avoir esté vexez, par juste jugement de Dieu, aucuns ennemis de Dieu, usurpateurs de sa gloire et honneur: c’est d’une mangeson de poux et vermine par tout son corps, et singulièrement d’une ulcère très puante et virulente au fonde-

1 «Inter dissolutos suae urbis viros dissolutissimus — e suo

parum sano cerebro — si tamen homines dicendi sunt qui certe, in humana effigie, Tartareae cacodaemones esse videntur, » Surius, p. 322.

OS De ment et parties vergongneuses, où il estoit misérablement rongé de vers. Ainsi Honorius.. Arnoulph... Maximian, Antiochus Epiphanes, Hérode...! et d’aultres hypocrites, et ennemis de Dieu, qui, soubs prétexte et couleur de saincteté ou zèle, persécutèrent la vérité, furent exterminez par juste jugement, et vengeance de Dieu, de tel genre de vexation, rongez de poux et vers, en leur vie, jusques à la mort... Car nonobstant ce qu’en escrit de Bèze.. il mourut invoquant les diables, jurant,

despitant et maugréant... Et de cela ont tesmoigné ceux qui le servirent jusques à son

dernier soupir?. »

4 Histoire de la vie, mœurs, actes, doctrine et mort de Jean Calvin, jadis grand ministre de Genève. Recueilly par M. Hierosme Hermes Bolsec, docteur médecin à Lyon. Dédié au révérendissime archevesque, comte de l'Eglise de Lyon, et primat de France. A Paris, 1582, p. 39. — Dans la dédicace de son pamphlet, Bolsec reconnaît que parmi «les personnages insignes en foy et charité », préparés par Dieu «pour l’assister et le secourir,» parmi ceux desquels il a reçu «consolation et secours en ses afflictions et nécessitez, » se trouve, au premier rang, l'archevêque. Il confesse publiquement «combien il a d'obligation à sa clémence et libéralité. »

2 Ibid., p. 40.

Inutile de faire remarquer le caractère spécifiquement dogmatique de ces accusations: il s’agit d’un juste jugement de Dieu (l’expression est répétée deux fois), d’une vengeance de Dieu, d’un châtiment miraculeux, infligé par Dieu à ses ennemis, aux usurpateurs de sa gloire, aux hypocrites, aux persécuteurs de la vérité. Tout cela n’est pas la simple maladie, très connue, très caractérisée, provoquée par certaines débauches. La légende était inventée.

Il ne restait plus qu’à lui procurer l’autorité que peut seul donner un témoin oculaire, car Bolsec ne l'était pas. Cest ce que firent les jésuites, à l’aide de Jean Haren, en 15861. Voici, le texte célèbre :

1 Les causes justes et équitables qui ont meues Jean Haren, jadis ministre, de quitter la religion prétendue réformée, pour se renger au giron de l'Eglise catholique. Recitées publicquement au peuple d’Anvers en la grande salle du collège des Pères de la Société de Jésus, le IX jour de mars 1586, par le dit Haren, et depuis envoyées par escript à son bon seigneur et amy Philippe D. Jérémie 6-15, etc. — En Anvers, chez Pierre Bellere, à Fescu de Bourgoigne, 1586, avec privilège du Roy. Exemplaire de la Bibliothèque nationale de Paris, (Inventaire D, 22011.) Dans son dernier catalogue, le libraire Rosenthal de Munich indique une édition «jouxte la copie imprimée à

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