‹ Une poignée de véritésChapitre 14 sur 47 · DE L.4. PROPRIETE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

DE L.4. PROPRIETE LITTERAIRE

Comme je me promenais dernièrement en Belgique, je trouvai beaucoup de gens qui s'occupaient de l'avenir de la contrefaçon Uttéraire.

En attendant le résultat des efforts plus ou moins soutenus qui sont faits pour protéger la propriété littéraire a l'étranger, je me mis à penser à la situation de cette propriété à l'intérieur.

DE VÉRITÉS. llil

« Les héritiers d'un ouvrage de littérature ou de toute autre production de l'esprit et du génie qui appartiennent aux beaux-arts en auront la propriété exclusive, savoir : la veuve de l'écrivain ou de l'artiste , sa vie durant, s'il y avait communauté de biens ; et les enfants, pendant vingt ans. »

^fettez en regard ceci :

« Les héritiers d'une maison, — d'un tonneau de mélasse, — d'un clou à crochet, en auront la propriété exclusive à tout jamais pour eux-mêmes, et la transmettront intacte à leurs descendants jusqu'à la fin du monde. »

Pourquoi cette différence entre l'homme qui a bâti la maison d'en face et celui qui a fait Citma et le Cid ? Voici ce qu'on répond :

— Les œuvres du génie sont trop au-dessus des ouvrages matériels des mains pour qu'ils soient régis de la même manière, — ce sont des flambeaux dont la lumière appartient à tous comme celle du soleil : — on ne peut laisser à la volonté d'un héritier d'éteindre ces flambeaux qui laisseraient les esprits dans l'obscurité.

— Très-bien ! c'est flatteur, — et maître Renard ne parle pas mieux à M. du Corbeau.

Cependant, voyons un peu comment on traite ces hommes si nécessaires, si lumineux, quand ils veulent se mêler des affaires matérielles, politiques ou autres, ce sont alors des brouillons, on les renvoie à leur lyre, on hausse les épaules.

Les écrivains sont de malheureux Centaures. Si, comme hommes, ils demandent du pain et des culottes, on leur dit : «Allons donc ! vous êtes des chevaux— e^uiî«^/?oe^6B alendi, sed non saginandi — vous n'aurez ni pain ni culottes. Mangez du foin en attendant qu'on vous charge.

l/j8 UNE POIGNÉE

Maintenant tirez... hu! ho! diahl ne vous cabrez pas, surtout.

— Eh bien! alors, donnez-nous du foin.

— Quoi! répond-on alors, vous méconnaissez ainsi votre céleste origine ! Vous êtes des hommes faits à l'image de Dieu —os homini sublime dédit. — Oh ! nous aurons plus que vous soin de votre dignité. Nous nous garderons bien de vous donner du foin. Agréez l'assurance de notre admiration profonde.

On a discuté longtemps, et à bien des reprises, sur la propriété littéraire. J'ai proposé, il y a dix ans, et je propose encore aujourd'hui, une solution tellement simple, qu'il est presque ridicule de la formuler, tant il est ridicule qu'elle n'ait pas été adoptée dès avant toute discussion.

Cette solution, la voici :

Page 1