Le Seigneur frappa doncle peuple pour le crime du veau
Et tout cela par suite des pendants d'oreilles.
Mais, à propos des pendants d'oreilles des femmes Israélites, il s'éleva une autre querelle qui fut moins sanglante, parce que les savants ne disposent point de bataillons et n'ont au service de leurs haines que de l'encre et les vingtquatre lettres de l'alphabet.
En 17.., M. Huet, évêque d'Avranches, fut chargé de décider une question fort envenimée. Un professeur de langues orientales d'Amsterdam avait osé soutenir que le présent offert à Rebecca par le serviteur d'Abraham n'était pas des pendants d'oreilles, ainsi que l'ont dit presque tous les traducteurs, mais un ornement de nez ; de fortes brochures et de grosses invectives avaient été déjà échangées. Le jugement du savant Iluet est longuement motivé ; il se décide pour l'ornement du nez, et il établit que les femmes Israélites portaient non-seulement des anneaux et des pierreries aux oreilles, mais aussi au nez.
On m'a fait voir un homme qui possède une bague aussi merveilleuse que celle de Gygès, qui rendait invisible. Quand il en fait scintiller la pierre, qui est un très-gros et très-beau diamant, ses cheveux gris, sa figure commune, ses façons vulgaires, son ineptie, tout disparaît, et il semble, aux yeux des femmes, orné de toutes les qualités qui lui manquent.
Ce diamant n'est pas comme ceux du duc d'Anjou ; il
est d'un grand produit, non en argent, mais en conquêtes ^ olées. Il a fait faire un certain nombre de bagues exactement semblables à celle qu'il porte ; mais chacune de ces bagues est ornée d'un diamant faux, si parfaitement imité, comme on sait le faire aujourd'hui, que lui-même ne reconnaît le sien qu'à un petit défaut qui ne se trouve pas dans les diamants artificiels. Dans certaines occasions, il promet ce diamant , puis il donne une des autres bagues. On assure qu'il y a à Paris trente personnes qui font briller à leur main, avec une assurance remarquable, un diamant faux donné par lui. D'autres l'ont reçu, mais ne le portent
. pas : ce sont celles qui, ayant voulu le vendre, ont découvert la supercherie.
La fameuse madame Tiquet, qui, du temps de Louis XIV, eut un- procès resté célèbre, était fille dUni libraire appelé Carlier, qui lui avait laissé cinq cent mille francs, grosse somme, surtout pour le temps, et autant à un frère qu'elle avait, capitaine aux gardes.
Orpheliqe à quinze ans, riche, belle, die ne manqua pas de prétendants. M. Tiquet, conseiller au parlement, lui ayant envoyé, le jour de sa fête, un bouquet dans lequel de gros diamants formaient le cœur des roses , mademoiselle Carlier fut éblouie de cette magnificence, et le récompensa en le choisissant au milieu de ses rivaux. Mais, après le mariage, il fallut avouer que la fortune de M. Tiquet était fort mince, que le fameux bouquet de dia- ' mants, évalué quinze nulle ccus, avait été acheté à crédit et payé sur la fortune de celle qu'il avait séduite. Cette révélation désespéra madame Tiquet, qui se voyait obligée de diminuer son train. La mésintelligence s'élabUt dans la maison. Madame Tiquet se fit»6éparer de biens. M. Tiquet,
•dénonçant une liaison qui existait entre sa femme et un ca-
pitaine aux gardes appelé M. de Mongeorge, obtint du roi une lettre de cachet pour la faire enfermer. Mais il voulut se donner le plaisir de la lui montre^'. Elle la lui arracha des mains et la jeta au feu. Quand M. Tiquet en demanda une autre, on la lui refusa.
Ils demeuraient cependant dans la même maison, mais dans des appartements séparés.
Un soir, M. Tiquet fut percé de cinq coups de couteau, mais n'en mourut pas. L'assassin, arrêté, avoua qu'il avait agi à l'instigation de madame Tiquet, qui finit par avouer. « La cour et la ville, disent les Mémoires contemporains, en parlant de l'exécution de madame Tiquet, la cour et la ville assistaient à ce spectacle. » Madame Tiquet eut la tête tranchée, et un domestique, instrument du crime, fut pendu.
La chimie, qui appelle un chat un chat, dépouille les pierres précieuses de leurs noms, presque tous harmonieux, pour leur dire leur fait. Le diamant s'appelle carbone pur; le rubis, alumine ; Témeraude, siUcate de glucyne et d'alumine ; l'opale , silice hydratée ; la topaze , fluate d'alumine ; le grenat, silicate d'alumine et de chaux ; la turquoise, phosphate alumineux.
L'émeraude doit sa couleur verte à Foxyde de chrome. Les autres pierres reçoivent la leur d'autres oxydes.
Le diamant ne figure pas au nombre des pierres précieuses qui ornaient le pectoral ou rational des grands prêtres officiant dans le temple de Jérusalem.
Il viendra un jour, qui n'est peut-être pas éloigné, oii on découvrira une Californie de diamants, un jour où ces cailloux prétentieux n'auront plus que leur valeur réelle et raisonnable. J'ai parlé de cette femme du monde qui disait : « N'ayez pas de diamants, c'est trop triste de les perdre. »
DE VÉRITÉS. 2i7
Elle aurait pu ajouter : « Et c'est bien ennuyeux de les conserver. »
En effet, les gens qui ont des diamants ont à chaque instant des transes et des anxiétés odieuses ; les histoires de voleurs leur font dix fois plus de peur qu'aux autres. En voyage, ils sont inquiets de leurs diamants ; ils sont consacrés à la garde de ces pierres, comme était le dragon, qui gardait les pommes d'or des Hespérides, et qui, la fable l'avoue, s'ennuyait horriblement.
Notez que les diamants sont un objet agréable seulement aux yeux, et que celles qui les portent ne les voient pas; que ce sont les autres qui en ont le plaisir, quand elles ont le bon esprit de ne pas s'en faire un chagrin.
Les femmes qui ont des diamants pour en régaler les regards d'autres se soumettent, outre les soucis susdénoncés, à diverses corvées, les unes onéreuses, les autres assujettissantes ; les accrocher à sa tête, à ses oreilles, etc., et les décrocher, les serrer soigneusement et faire de temps en temps changer la monture et la disposition ; prendre garde de les perdre en dansant, couver ses diamants avec la tendresse jîèlouse d'une poule effarée.
Et quel respect , quel culte, quelle religion pour ces pierres! Une femme, Cléopâtre, a osé une fois détruire une perle, et on ne lui a jamais pardonné cette scandaleuse prodigalité. Tous les historiens ont raconté ce fait en le lui reprochant. Il y a de cela près de dix-neuf siècles, et c'est le seul exemple d'un pareil sacrilège, et on en parle encore avec surprise et indignation.
La chimie n'était pas encore inventée, sans cela, qui sait de quoi cette reine d'Egypte aurait été capable? Au lieu de se faire tuer par un aspic, traitant le diamant comme un charbon qu'il est, elle en aurait brûlé pour s'asphyxier.
Et tout cela, pour faire dire de soi ce qu'un peintre disait d'une Vénus d'un de ses rivaux. Vénus qui, au lieu de sortir nue de la mer, était chargée de bijoux, de bracelets et de pierreries : « Ne pouvant la faire belle, tu as pris le parti de la faire riche. »
Mettez la Montagne de Lumière et la Montagne de Lune à vos deux oreilles, sur votre front le Régent et le Sancy ; que leurs feux scintillent et se craisent, et voyez combien ces magnificences seront effacées, éteintes, par le feu contenu d'un œil bleu ou noir, à travers de longs cils.
Femmes qui avez la beauté, ne donnez ni une de vos dents, ni un de vos cheveux, ni une des minutes de votre jeunesse pour des diamants, vous feriez une affaire mauvaise et ruineuse.
Il y a une soixante-dizaine d'années, on avait imaginé de faire avec des pierreries une sorte de selam, ou bouquet parlant, comme les Orientaux font avec les fleurs. Les pierres, rangées sur une bague ou sur un bracelet, dans le même ordre que l'écriture sur le papier, formaient un nom ou une devise, en assemblant la première lettre du nom de chaque pierre. Citons deux exemples pour mieux me faire comprendre. Pour écrire le nom deMaiie^ par exemple, sur une bague, on enchâssait dans leur ordre les pierres suivantes :
Malachite, Améthyste, Rubis, Indicolythe, Émeraude.
Pour former une devise sur un bracelet :
Jayet, Émeraude, — Napione , Encluse, — Cornaline, Rubis, Agate, lolithe, Napione, Saphir, — Quartz, Urane, Émeraude, — Chrysoprase, Émeraude, Lapis-Iazuli, Urane, lolithe,— Quartz, Urane, Émeraude,— Jade Aigue-marine, lolithe, Marcassite, Émeraude.
Il fallait souvent aller chercher un peu loin les pierres commençant par certaines lettres, surtout quand on ne voulait pas répéter les pierres.
Il est des pierres que l'on ne trouve que dans les cabinets des minéralogistes, mais qui, à l'époque de cette mode, étaient entrées d'abord modestes et jun peu étonnées chez les joailliers, et ensuite, vu leur utilité et leur peu de concurrence*, s'étaient senties nécessaires et y avaient usurpé une grande importance , telles que l'indicolithe et l'iolithe, toutes deux d'un bleu plus ou moins violet ; la napione, qui est verte; Yia^ane, qui n'est pas une pierre, mais un métal d'un gris foncé; Yencluse, pierre d'un vert tendre, etc. Le quartz est, à proprement parler, le cristal de roche ; mais Yaméihyste est un quartz coloré en violet par du fer et du manganèse.
Lors de la fureur de cette mode, les hommes économes évitaient soigneusement toute atteinte de sympathie de la part de femmes , quelque charmantes qu'elles fussent , dont les noms entraînaient des pierres trop chères dans la bague qu'il faudrait probablement donner. On évitait les dj les r, les o , les é, à cause du haut prix des diamants, des rubis, des opales, des émeraudes ; mais comme l'avarice et la pauvreté sont ingénieuses, on ne tarda pas à trouver des synonymes d'un prix doux pour les pierres trop chères. Alors parurent les pierres inconnues, ce qui faisait des bijoux portant des rébus p:.rfois assez difhciles ^ deviner ; mais le soupirant avait soin de se faire un mérite de l'obscurité de cette manifestation de ses sentiments, en la rejetant sur sa discrétion et la crainte de compromettre l'objet aimé aux yeux des personnes laides ou sur le retour qui se sont attribué gratuitement la charge de procureur général de la vertu publique, et qui se chargent
220 UNE POIG-XÉE
de requérir contre l'amour ou de punir des sentiments qu'elles ne peuvent plus inspirer.
Celui-là rendit un service public qui découvrit le dioptase, pierre verte formée du cuivre, et le diopside, pierre noire des volcans, pour remplacer mystérieusement le diamant loquace et indiscret. Ce fut une jolie découverte que celle de la rubasse, quartz coloré, pour désigner sans bruit la lettre que le rubis trop connu proclamait avec emphase. Une encluse de dix sous remplaça l'émeraude, qui est sans prix quand elle est sans défaut, etc.
Je ne parle pas des gens qui faisaient leur selam en pierres fausses. Un de ces hommes reçut une fois l'avanie que voici :
— Monsieur, dit une femme, m'a envoyé, à l'occasion de ma fête, un jonc en pierre de couleur dont je n'ai pu comprendre le sens : c'est un logogriphe, un rébus que je donne à deviner au plus habile.
— Mais, dit le coupable confus, c'est cependant bien clair : l'époque, l'usage, la mode, m'ont paru m'autoriser à vous faire ce petit présent, et le sens en est très-limpide.
— Eh bien ! il faut en accuser mon peu de perspicacité ; je n'ai pas compris, et je persiste à mettre le rébus au concours. Quel e&tle sentiment qui peut se traduire et s'exprimer ainsi :
— Mais, madame...
— Ah ! monsieur, de grâce, ne dites pas le mot trop tôt ; laissez-nous le plaisir de deviner.
— J'y suis, dit un des assistants. C'est un conseil moral, philosophique, mais un peu lugubre : Céleste créature, craignez, craignez, craignez.
— Non, dit un autre, p'est une plainte touchante d'un cœur blessé qui prie qu'on cesse son martyre.
Cruelle, C. C. — G. C.
— Madame, dit l'homme à la bague, cette plaisanterie est longue. Je suis comme vous : si vous ne comprenez pas la bague, je ne comprends pas la mystification dont je suis l'objet.
• — Alors, monsieur, expliquez vous-même.
— C'est bien simple. Madame ne s'appelle-t-elle pas Adèle?
— Oui.
— Eh bien! améthyste, diamant, émeraude, lapis-lazuli et émeraude, c'est le nom de madame, et j'ai cru exprimer ainsi respectueusement que ce nom est présent à ma pensée.
— Eh bien ! monsieur, moi qui n'aime que la sincérité et la vérité, malgré leurs couleurs menteuses, j'ai reconnu cinq morceaux de cristal que j'ai dû traduire par :
L'homme à la bague prit son chapeau et sortit.
Nous allons passer brièvement en revue quelques-unes des principales pierres précieuses.
Cristal de roche quartz hyalin incolore). Les Romains en faisaient grand cas, et l'on raconte qu'une des coupes que Néron brisa dans l'accès de fureur que lui donna l'annonce de la révolte qui amena sa mort, était de cristal de roche et avait coûté une somme dépassant quinze mille francs de notre monnaie. — Dans un inventaire de la famille Mazarin, un lustre de cristal était évalué quarante mille francs.
On trouve beaucoup d'améthystes en Auvergne. Les anciens prétendaient que cette pierre garantit de l'ivresse, et on en faisait des coupes. Les anciens gravaient sur les améthystes. Lors des guerres de l'Empire, on avait enlevé en Prusse et apporté en France une améthyste antique trèsgrande : c'était le buste de Trajan. Il a dû être repris en 1815.
Rubis [corindon hyalin rouge). — Un beau rubis oriental est plus difficile à trouver qu'un beau diamant. C'est le plus dur et le plus cher des rubis. Le rubis, probablement, était l'escarboucle ou anthrax des anciens.
Saphir corindon hyalin bleu;. — Les lapidaires appellent saphir mâle celui qui est d'un beau bleu, et saphir femelle celui qui est d'un bleu pâle. Les rabbins disent que la verge de Moïse et les tables qu'il reçut au mont Sinaï étaient de saphir.
Émera.ude béril bleu\ — Un dictionnaire curieux à faire serait celui des mensonges faits par les hommes sur chaque chose et sur chaque mot ; le mot émeraude y tiendrait assez de place. Exemples : Les Sarrasins prirent à Tolède une table de trois cent soixante-cinq pieds de long d'une seule émeraude.
Il y a eu un obélisque fait de quatre émeraudes ; il avait quarante coudées de hauteur. A Mayence, on avait pendu dans une église une émeraude grosse comme un melon, etc. Mais ces grosses émeraudes ou sont du verre coloré, ou sont du jaspe vert. Dans le trésor de la cathédrale de Gênes, on conservait en 1780, et on conserve sans doute encore une jatte hexagone d'émeraude ; son grand diamètre a quatorze pouces et demi. Elle était gardée sous plusieurs clefs confiées à plusieurs personnes. Il était défendu, par un décret du 24 mai 1476, sous de griefves peines, de tou-
cher ce vase sacré ni d'en approcher de trop près. C'est à cette précaution sans doute que ce morceau vert a dû de passer pour une émeraude. Cependant on lit dans l'histoire de cette ville que vers 1319, on engagea la coupe di smcraldS orieintale du cardinal Luc de Fiesque pour une somme de douze cents marcs d'or, et que cette somme ne put être acquittée et le gage retiré que douze ans après. En 1726, on a publié à Gênes un ouvrage dans lequel on établit par des autorités et des textes, que cette coupe a appartenu au roi Salomon, et qu'elle faisait partie des présents que lui apporta la reine de Saba, et que ce fut sur ce plat ou coupe que fut servi l'Agneau pascal de la cène. (Valmont de Bomare; II, 593.)
Les anciens avaient une si grande admiration pour cette pierre, qu'ils ne gravaient pas dessus. Dans V Apocalypse, Dieu apparaît h saint Jean sur un arc-en-ciel d'émeraudes. (Saint Jean, Apocalypse, iv, verset 3.) — Dans le livre d'Esther, il est dit que la salle où Assuérus fit son festin était pavée d'émeraudes. (Pères de Trévoux.) — On sait qu'Hermès Trismégiste avait gravé sur une émeraude le remède pour toutes les maladies, et qu'il la fit enfermer dans son tombeau avec son corps. — On lit dans lesSoî*venirs de madame de Caylus que pendant les amours de Louis XIV avec madame de Soubise, en fraude de sa liaison moins secrète avec madame de Montespan , le signal du rendez-vous était une paire de pendants d'oreilles d'émeraudes que madame de Soubise mettait ou ne mettait pas, selon que l'occasion était ou n'était pas favorable.
Voici un exemple qui peut servir à prouver que les fameuses et grosses émeraudes dont j'ai mentionné quelques-unes sont ou du vert coloré, ou du jaspe, ou du spath fluor. C'est qu'au Pérou, d'où viennent les plus belles , la
plus grosse émeraude dont il ait jamais été fait mention était de la grosseur d'un œuf d'autruche, et encore ne l'at-on jamais vue. Voici comment :
Lors de la conquête du Pérou , les Espagnols apprirent que dans la vallée de Manta, située près des montagnes de la Nouvelle-Grenade, il se trouvait un temple consacré à la déesse Émeraude. On la montrait de loin au peuple les jours de grandes fêtes. Les prêtres avaient établi que cette pierre était la mère des émeiaudes, et qu'il lui était si particulièrement agréable de se voir entourée du plus grand nombre possible de ses filles, qu'elle répandrait ses bénédictions sur les personnes en général, et en particulier sur les habitants de la vallée de Manta, à proportion du nom- . bre de ses filles égarées et dispersées qu'on réunirait dans son temple. Quoiqu'elle aimât tendrement toutes ses filles, ces prêtres avouaient pour elle qu'elle avait un sentiment de préférence pour les aînées, c'est-à-dire pourles plus grosses.
Les Espagnols s'empressèrent d'aller rendre leurs devoirs à la déesse Émeraude, mais ils ne purent la voir, les prêtres l'ayant fait disparaître; aucun moyen ne fut épargné pour les décider à présenter cette déesse à l'adoration respectueuse d'Alph. d'Alvarado, lieutenant de Pizarre, et de ses compagnons ; et on sait que les Espagnols de ce temps-là, pour persuader les Péruviens, employèrent une grande variété de moyens. Faute de trouver la, mère des émeraudes, ils s'éprirent d'une violente passion pour ses filles, et les enlevèrent toutes comme les Romains firent des Sabines ; — mais ils avaient lu ou appris , je ne sais où ni comment, que les émeraudes fines résistaient au marteau, et, pour les éprouver, ils brisèrent une énorme quantité de ces pierres précieuses avant de reconnaître leur erreur.
On vint à douter de l'existence de la mère des émeraudes, que l'on n'avait pu retrouver, et à penser que c'était quelque pierre fausse ou factice, au moyen de laquelle les prêtres des temples avaient ainsi amassé un trésor de véritables pierreries. — Or, si la pierre était fine, il fallait qu'elle fût extraordinaire, même pour le pays des émeraudes, puisqu'elle était considérée comme la mère et la déesse des autres; — si elle était fausse, il fallait que cette grosseur eût été l'extrême limite où les prêtres avaient cru pouvoir pousser le prodige pour ne pas décourager la crédulité.
On prétend que le nom de la topaze vient d'une île de la mer Rouge où un roi de Mauritanie trouva la première. On ajoute que c'est d'une topaze de cette île haute de quatre coudées dont Ptolémée Philadelphe-fit faire la statue de sa femme Arsinoë. Les Hébreux connaissaient cette pierre. On lit, psaume cxviii, verset 1 27 : « Seigneur, j'ai aimé vos commandements plus que l'or et la topaze. »
L'émeraude est du silicate d'alumine et de giucync coloré en vert par de l'oxyde de chrome. L'aiguë marine est la même substance colorée par l'oxyde de fer.
Les turquoises sont des os fossiles colorés par des oxydes de cuivre. Cette coloration de l'ivoire et des os étonne moins, depuis qu'on sait colorer de rouge les os des animaux vivants, en leur faisant manger de la garance. — MM. Duhamel et Guettard ont, les premiers, fait cette expérience dans le siècle dernier.
Les turquoises les plus bleues deviennent parfois verdâtres en vieillissant ; quand elles ne font que pâlir, on leur rend leur couleur en les grattant, en les mettant quelques instants dans des cendres chaudes, et en les repolissant. On s'est longtemps servi , en médecine, de la turquoise
prise intérieurement. — Il en est question chez Pline.
L'aventiirine factice a été trouvée par hasard : — un verrier laisse tomber dans du verre en fusion de la limaille de laiton; — le métal, refroidi, se trouva étoile de points dorés. On trouve en Espagne des quartz, cristaux qui ressemblent à l'aventurine, et qui ont reçu le nom d'aventurine naturelle. — On en trouve aussi en Sibérie et en France, qui varient pour le fond^et pour la couleur des parcelles brillantes.
Le jargon des lapidaires est le zircon des minéralogistes.— Le jargon incolore est appelé parfois diamant brut. — On en a vendu quelquefois comme diamants inférieurs. — Il y en a d'orangés, qu'on vend encore comme hyacinthe.
" Le jade est une sorte d'agate d'un aspect huileux, excessivement dur, dont les Polonais et les Turcs aiment à faire des poignées de sabre; — il est d'un vert blanchâtre, ou d'un vert de poireau; il y en a d'un ton rosâtre, d'autres vert foncé, d'autres marbré.
L'opale, que l'on ne taille pas à facettes , mais en cabochon ou en goutte de suif, — excusez ces mots qui sont techniques, — l'opale, d'un fond blanc laiteux, fait jaillir, en chatoyant, le rouge du rubis, le violet de l'améthyste, le jaune de la topaze, le bleu du saphir et le vert de l'émeraude. Elle a tout l'éclat varié des bulles de savon que font les enfants en se jouant. On attribue ces couleurs variées et irisées à de nombreuses petites fissures.
Les Grecs pensaient que l'opale conciliait la bienveillance universelle à celui qui en était porteur, et l'appelaient, à cause de cela, paideros. Si les Romains partageaient celte opinion, le sénateur Nonius dut être très-étonné de devoir son exil à une très-belle pierre de cette espèce dont il
était le possesseur envié. Antoine la lui ayant fait demander comme condition de son indulgence, il aima mieux quitter sa patrie que de se priver de son opale. Au chapitre XXI de V Apocalypse, Lemaistre de Saci traduit par jaspe transparent un mot que d'autres traducteurs interprètent par opale. Il s'agit de la Jérusalem céleste, dont les murailles étaient d'améthyste, de topaze, de saphir et d'émeraude, et saint Jean compare la ville entière à une opale. Cela s'entend mieux de l'opale, qui réunit toutes les couleurs, que du jaspe.
Le père Lemoyne a fait une description d'un dragon dans laquelle on trou^ ces deux vers :
Dans leurs terribles yeux, des grenats arrondis, De leur feu, de leur sang, fort peur aux plus hardis.
C'est avec les onyx, agates ayant plusieurs couches de diverses couleurs, que l'on fait les camées ; les camées antiques ont une grande valeur. Mais comment reconnaître les antiques ? Il faudrait qu'à une certaine date on eût pendu tout sculpteur de talent, sans cela entre un beau camée antique et un beau camée moderne, il est fort présomptueux de prétendre reconnaître quel est l'antique. Les plus grands connaisseurs s'y trompent, c'est dire avec quelle facilité on trompe les autres. Un célèbre camée est l'apothéose d'Auguste ; il a près d'un pied de diamètre; cet onyx avait quatre couches , deux brunes et deux blanches, dont l'artiste a tiré le plus heureux parti. On fait des camées beaucoup moins précieux avec certaines coquilles qui présentent plusieurs couches; les couches sont le plus souvent roses et blanches, d'autres fois blanches et brunes.
LonyXj que dans la Bible on appelle la pierre des