‹ Une poignée de véritésChapitre 30 sur 47 · AUTRE HISTOIRE DE VOLEURS · texte numérisé non relu

AUTRE HISTOIRE DE VOLEURS

Il y a une guerre que les Guêpes ont faite pendant dix ans, et qui a amené quelques résultats. On surveille et punit avec plus de sollicitude et de sévérité qu'autrefois les marchands qui vendent à faux poids , ou qui vendent des marchandises sophistiquées. Ce n'est pas encore assez. On n'obtiendra de résultats satisfaisants que lorsqu'on aura renoncé à une puérile et injuste distinction, et à ces mots :

Vente à faux poids et Marchandises sophistiquées. — Tant qu'on n'aura pas dit : « Le marchand qui vole l'acheteur est dans le même cas que l'acheteur qui vole le marchand ; l'épicier qui empoisonne un chaland est aussi coupable que le chaland qui empoisonnerait l'épicier ; le marchand qui vole est un voleur, — le marchand qui empoisonne est un empoisonneur, il est poursuivi et puni comme tel. » Il n'y a rien à répondre à cela, et aussi on n'y répond pas. Le bon sens est un coin qui doit toujours entrer par le gros bout... On continue à mettre une inégalité énorme entre la répression d'un seul et même crime, selon qu'il est commis par l'acheteur ou par le marchand.

Les Guêpes ont signalé bien des fraudes en tous genres. Je viens, par hasard, d'en découvrir une assez ingénieuse. Il s'agit des bougies. On a imaginé, il y a déjà longtemps, de vendre la livre de bougie à très-bon marché , en diminuant le poids en même temps que le prix, et aux reproches certains marchands répondent imperturbablement : « La livre de bougie n'a que douze onces. »

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il paraît que la bougie dite de l'Étoile est la meilleure ; elle est en même temps un peu plus chère que les autres ; naturellement , on s'est occupé de vendre les autres bougies comme bougie de l'Étoile. — Pour cela, on déchire, par accident, une partie de l'étiquette de la bougie quelconque que l'on veut substituer à celle de l'Étoile et il reste : « Bougie de » Et

on la vend comme bougie de l'Étoile.

— Tiens ! vous voilà à Paris.

— Oui, je viens travailler...

2(i'4 U.\E POIGNÉE

— On ne travaille plus ; on joue à la Bourse.

— Je voudrais savoir un peu ce qui se passe?

— Tout va bien... le Nord est en hausse r ^

— Mais...

— Personne ne s'occupe de cela.

-Et...

— Qu'est-ce que ça fait? Il s'agit de gagner de l'argent. Il n'y a que l'argent...

— Ça a toujours été un peu comme ça. — Mais on ne le disait pas si haut; on ne s'en vantait pas.

Aujourd'hui, il n'y a même plus d'hypocrites.

Il serait très-bizarre de prendre au mot les professeurs de morale et les débitants de vertu. — Ils ne comprennent pas que les vices contre lesquels ils vendent tant de phrases sont inhérents à la société. Comptez combien de gens mourraient de faim d'ici à une semaine si on supprimait d'un trait de plume les sept péchés capitaux, — à commencer par ceux dont l'état est de débiter des invectives contre eux. — Réprimons les vices , je le veux bien ; mais alors renonçons au luxe, aux grandes villes, aux capitales, rasons Paris, — et retournons aux glands des forêts.

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