‹ Une poignée de véritésChapitre 32 sur 47 · UN BON AVIS · texte numérisé non relu

UN BON AVIS

Le hasard m'a fait quitter Paris quelques jours avant le l^"" janvier. — Je suis revenu seulement le 3 ou le 4 du même mois. — Certes, il n'est pas désagréable d'éviter cet aspect affligeant d'une grande cité au moment des étrennes, — c'est-à-dire au moment où l'on ne voit plus autour de soi que des mendiants, au moment où l'expression de l'amitié, où les vœux pour votre bonheur, vous grincent désagréablement aux oreilles sans arriver au cœur, et n'ont pour but que de vous dévaUser ; où, surtout, l'homme le plus généreux est tristement obligé de faire des calculs d'avare, et d'imaginer des expédients de pingre. Mais ce régal d'une absence de quatre ou cinq jours, à cette époque, est fort cher, et je crois devoir en avertir ceux qui, par hasard ou autrement, tomberaient dans la même erreur que moi.

A peine êtes-vous revenus, que vos portiers vous accueillent d'un air froid ; les garçons du cabaret où vous mangez d'ordinaire ne peuvent dissimuler leur inquiétude ; — vos connaissances vous félicitent de Vesprit avec lequel vous vous êtes dérobés aux ennuis et aux corvées du premier jour de l'an.

Tout cela, air froid des portiers, anxiété des garçons, et surtout compliments et félicitations de vos connaissances , veut dire : avare, pingre, ladre et voleur.

Et alors , vous êtes obligés de prouver et d'établir, non par des raisons, non par la discussion, mais par des faits , que ce n'est pas par économie, avarice et ladrerie, que vous vous êtes absentés ; — et il vous faut, de toute nécessité, augmenter le chiffre de la somme que vous consacrez d'ordinaire aux étrennes.— Consultez donc vos moyens et votre bourse avant de vous permettre la fantaisie de vous absenter pendant les derniers jours de décembre, et les premiers jours de janvier. — Je vous donne cet avis pour vos étrennes.

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