LES CARTES DE VISITE
Il est tout simple de laisser sa carte chez un ami que l'on ne rencontre pas, pour que le portier ou les domestiques n'oublient pas de dire que vous êtes venu ; mais envoyer sa carte par un délégué, au lieu de témoigner d'une attention ou cJiune intention, ne peut, en bonne logique, qu'affirmer que vous êtes très-décidé à ne pas vous déranger pour aller voir les gens. En effet, il est possible que l'on ait le désir très-réel et très-vif d'aller voir quelqu'un, et qu'on en soit empêché pendant des semaines et des mois. — Je ne suis pas un des hommes les plus faibles, quoique je ne sois guère fort; — eh bien ! j'ai fait dans toute ma vie trois ou quatre fois ce que j'ai voulu. — Ce retard, au besoin, ne prouve rien contre l'amitié ; mais l'envoi d'une carte, par un mercenaire, établit incontestablement que ^ous êtes résolu à ne pas faire de visites. — Ces cartes pourraient s'appeler des cartes de non-visites.
Cela ressemble à cet usage ancien qu'avaient les rois d'envoyer une voiture vide à l'enterrement d'un de leurs fidèles serviteurs, dont ils voulaient ainsi honorer la mémoire. — Si tous les amis d'un mort, qui, lui, ne peut se faire remplacer par un cercueil vide, suivaient -cet exemple, cela donnerait aux enterrements une gaieté qui leur manque trop souvent. — En effet, si vous envoyez votre voiture, moi j'enverrai mes bottes, et je vous défie de me prouver que ce ne serait pas exactement la même chose.