‹ Une poignée de véritésChapitre 45 sur 47 · L-AE POIGNÉE · texte numérisé non relu

L-AE POIGNÉE

autres, c'est de le leur laisser voir pour qu'ils s'en puissent défier. »

LA MARQUISE DE LAMBERT. « La poUtesse cst un des plus grands liens de la société, puisqu'elle contribue le plus à la paix ; elle est une préparation à la charité et une imitation de l'humilité. Lapohtesse est l'art de concilier avec agrément ce qu'on doit aux autres et ce qu'on se doit à soi-même. »

JOSEPH jouBERT. « La polltessc est la fleur de l'humanité. Qui n'est pas poli n'est pas assez humain. »

« La politesse est une sorte d'émoussoir qui enveloppe les aspérités de notre caractère, et empêche que les autres n'en soient blessés. »

« La politesse est à la bonté ce que les paroles sont à la pensée. »

MONTAIGNE. « J'ai csté assez soigneusement dressé en mon enfance et ay vescu en assez bonne compagnie pour n'ignorer pas les lois de nostre civilité françoise, et en tiendrois eschole. Layme à les ensuyvre, mais non pas si couardement que ma vie en demeure contraincte. — l'ay veu souvent des hommes incivils par trop de civilité et importuns de courtoisie. C'est au demourant une très utile science que la science de l'entrengent. Elle est, — comme la grâce et la beauté, — conciliatrice des premiers abords de la société et familiarité. »

JULES CÉSAR. « Ce que je puis dire avec certitude, c'est que, dans mes luttes quelque peu ardues, j'ai dû une grande partie de mes succès à certaines vertus de second ordre — leniores virtutes, — telles que la civilité, la complaisance et le désir d'être agréable aux gens. »

MADAME DE GENLis. « La poUtessc u'cst pas uue chose frivole; elle a, dans tous les temps, contribué à la celé-

brité des peuples qui l'ont perfectionnée. L'urbanité des Athéniens, après tant de siècles écoulés, nous paraît encore un titre de gloire, et Vattlcisme sera toujours une épithète flatteuse dans un éloge. »

DucLos. « La politesse est l'expression de l'imitation des vertus sociales ; les vertus sociales sont celles qui nous rendent utiles et agréables à ceux avec qui nous avons à vivre. Un homme qui les posséderait toutes aurait nécessairement la politesse au souverain degré. »

CHAMFORT. « En parcouraut les mémoires du siècle de Louis XIV, on trouve, même dans la mauvaise compagnie de ce temps-là, quelque chose qui manque à la bonne compagnie d'aujourd'hui. »

PASCAL. « Tous les hommes se haïssant naturellement, il a bien fallu faire à l'usage de la société et pour la rendre possible, une sainte image de la charité : on l'appelle civilité. » .

VOLTAIRE. La politesse est à Tesprit

Ce que la grâce est au visage; De la bonté du cœur elle est la douce image.

M. *** (un monsieur qui a écrit, je ne sais où ni quand, un Guide de la politesse. -— Ce petit volume s'est trouvé, je ne sais comment, sur la table parmi les autres) :

« Exemple de politesse : Un monsieur se présente le chapeau à la main, et, s'avançant vers la personne, salue avec grâce et respect. Dès qu'il lui voit faire le mouvement de chercher un siège pour le lui offrir, il s'empresse d'aller le chercher lui-même ^une chaise de préférence) ; il la place du côté de la porte d'entrée et à quelque distance de la personne. Il ne s'assied que lorsqu'elle est assise... »

RABELAIS. « Mon amy, ien'entendz point ce barragouin;

ie croy que c'est languaige des antipodes, le dyable ny mordrayt mye, »

M. *** continuant : « Et, tenant son chapeau au-dessus des genoux, garde un maintien décent. Il serait de mauvais ton de se débarrasser de son chapeau et de sa canne avant que \diperso7ine vous ait invité à le faire ; encore il est bien de présenter quelque résistance et de ne céder qu'à la seconde ou troisième sommation. Le chapeau se place sur le bas d'une console. Beaucoup de personnes de bon ton le mettent sur le parquet, ce que la maîtresse de la maison ne doit pas souffrir... »

LE MAITRE DU LOGIS. Dltcs - iiioi donc quclque chose, marquis de Yauven argues.

VAUVENARGUES. « Lcs hommcs, ennemis nés les uns des autres, ont imaginé la bienséance pour donner des lois à la guerre incessante qu'ils se font. Si les hommes ne se flattaient pas les uns les autres, il n'y aurait guère de société. »

POPE. « La vertu chez les hommes durs ou grossiers est une pierre précieuse qui, mal enchâssée, perd une partie de son éclat. »

DIDEROT. « J'ai connu un homme qui savait tout, excepté une chose : dire bonjour et saluer. Il a vécu pauvre et méprisé. »

BucKixGHAM. « Si jc mc suis élevé au faite de la faveur et de la puissance, ce n'est pas tant, — on avoue ces choseslà quand on est mort,— par mon mérite que par mes manières polies et gracieuses, et jamais je n'ai paru un si grand ministre à mon maître Jacques que la première fois que je lui ai écrit à la fin d'une lettre : « Votre esclave et votre chien, — Your slave and dog. »

RABELAIS. « Pouah ! en deux mots, autant de salauderies comme il y ha de poils en dix huyct vaches. »

M. *** « 11 ne faut pas couper son pain, mais le rompre. Quand vous avez mangé un œuf à la coque, vous devez briser la coquille. — Vous... »

Je pris M. ^** et le jetai sous la table.

Le rossignol recommença à chanter, puis tout retomba dans le silence. La soirée était finie ; il n'y eut ni bruit de voitures, ni confusion pour chercher les manteaux et les chapeaux. Mes hôtes, renfermés dans leur maison de maroquin et de parchemin, avaient été poussés dans un coin. Je repassai dans mon esprit les deux moitiés de ma soirée, et je me dis encore : « Ma foi! vivent les morts! »

Décidément on ne vit pas assez avec les morts ; s'ils sont une agréable et instructive société pour le solitaire ou le philosophe, ils pourraient, dans beaucoup d'autres situations, apporter d'immenses avantages.

Un roi digne de ce nom, ne voyant pas dans ce titre une bonne place qui lui permette de bien vivre au gré de sa vanité et de ses autres menues passions, trouverait pour lui et pour le pays qu'il aurait à gouverner, un grand bénéfice à appeler plus de morts que de vivants dans ses conseils. Certes, Montesquieu, Rousseau, et les historiens, lui fourniraient d'aussi bons avis qu'il en pourrait trouver dans tout son royaume, et ces morts ne seraient ni trompés ni entraînés par la tyrannie de leurs passions, de leur ambition, de leur avarice personnelles. Mes réflexions, comme on voit, commençaient à m'emmener assez lestement dans les vastes champs de l'utopie et de l'invraisemblance; ma pensée devenait vague et s'acheminait aux rêves ; aussi ne tardai-je pas à m'endormir. Je me réveillai aux chants des fauvettes, comme je m'étais endormi, aux accents du rossignol, et, en faisant une visite du matin aux hôtes de mon jardin pour voir si quelque plante avait soif,

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OU avait besoin d'être débarrassée de quelque ennemi, et aussi quelle fleur nouvelle s'était épanouie aux premiers rayons du jour, je songeai à la conversation de la veille. J'étais édifié sur ce que je voulais savoir, mes impressions ne m'avaient pas trompé: la politesse n'est pas une puérilité, une chose sans importance.

Après les lois pour la sûreté, il a fallu imaginer la politesse pour l'agrément de la vie. La politesse se divise en deux parts : l'une qui peut se diviser et qui est toute comprise en quelques mots : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qui vous soit fait ; faites à autrui ce que vous voulez qui vous soit fait. Demandez à la raison ce qu'il faut éviter, au cœur ce qu'il est bon de faire. »

L'autre part est moins importante. Les gens de loisir et d'éducation, les gens surtout qui se sont déclarés euxmêmes et exclusivement la bonne société, ont voulu se reconnaître à certains signes, ils ont imaginé certaines grimaces, certain argot. On peut, à la rigueur, ignorer ces choses ; cependant il est plus commode de les connaître. Certes, il y a à parier qu'une chose acceptée par tout le monde est une sottise ou au moins une banalité; mais braver certains usages établis, c'est se déclarer ouvertement ^lus sage que les autres, et c'est ameuter contre soi beaucoup de malveillance inutilement. S'il est puéril de se soumettre à tous les usages, il est ridicule de ne se soumettre à aucun.

Mais il est des cas où l'usage n'a rien à faire. '•

Lorsqu'en 1 683 le roi de Pologne Sobieski eut forcé les Turcs de lever le siège de Vienne, l'empereur Léopold, qui s'était éloigné de celte capitale, y rentra alors et exprima le désir de voir Sobieski. Mais il s'éleva de longues contestations entre les courtisans ; il s'agissait de bien pré-

ciser quel serait le cérémonial de l'entrevue, et comment l'empereur pouvait recevoir un roi électif.

— A bras ouverts, dit un officier, puisqu'il a sauvé l'empire.

Il est des tyrannies de l'usage contre lesquelles il est bon de protester. C'est l'usage n'est pas, quoi qu'on en dise, une réponse péremptoire à tout. Dans les petites choses, ou plutôt dans les choses inditïérenles, vous aurez plus tôt fait de vous soumettre à l'usage que de prendre la peine de réfléchir, de discuter et de combattre ; mais, dans les choses respectables, il faut se réserver le droit d'examen, et ne pas vous rendre à ce jugement souvent sans appel dans le monde : cest l'usage.

Demandez à quelque sauvage pourquoi il mange ses ennemis; il vous dira : « C'est l'usage. »

Sans la politesse, on ne se réunirait que pour se battre - Il faut donc ou vivre seul ou être poli.

Nous sommes trois à table, deux hommes et une femme. On sert un poulet; naturellement nous avons tous trois envie de manger une aile. Sans la politesse, l'homme qui découpe commencerait par prendre une des deux ailes; l'autre homme saisirait la seconde. Si le troisième convive était un homme, il y aurait combat.

Mais, grâce à la politesse, nous commençons par servir une aile à la femme ; chacun de nous a diminué de moitié ses chances de manger une aile, mais il est récompensé de ce sacrifice douteux par la vanité de passer pour un homme poli et bien élevé. Je vous offre la seconde aile, vous insistez pour que je la garde. Si je cède, c'est pour vous obéir; vous êtes un peu privé, mais vous n'êtes pas humilié, et vous gardez sur moi un avantage qui fait que vous me pardonnez la petite privation que je vous cause. D'ail-

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leurs, je n'ai pas pris l'aile, vous me l'avez donnée, et je vous l'avais offerte.

Ce que je dis des ailes de poulets s'applique à toutes les relations.

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