‹ Une politique coloniale; le salut par les coloniesChapitre 10 sur 27 · p. pour la caisse de réserve des budgets locaux · texte numérisé non relu

p. pour la caisse de réserve des budgets locaux

L’exercice 1915 a subi davantage le contre-coup de la guerre et a dû supporter des charges exceptionnelles et imprévues. Il a fallu régulariser plus de

400.000 p. de transmissions métropolitaines et faire face à 700.000 p. de dépenses de guerre. Le compte de change qui avait donné en 1914 un bénéfice de

500.000 p. greva l’année 1915 d’une perte de près de 3 millions de piastres. Néanmoins et malgré ces circonstances fâcheuses, à la fin de 1914, les recettes

(1) Les chiffres du budget de l’Indo-Ghine sont don» nés en Piastres.

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atteignaient 40.518.6] 9 p. en augmentation sur les dispositions budgétaires de 5.246.719 p.

Devant les résultats acquis et devant la facilité et ^a régularité des perceptions, le gouvernement général a jugé qu’il pouvait prévoir pour le budjet de

1915 des augmentations dans le chiffre des recettes. Il y a lieu d’ajouter, et ceci prouve l’extrême prudence avec laquelle sont fixées ces élévations de recettes, que ces chiffres sont, d’ailleurs, inférieurs de plus de 2 millions aux perceptions réalisées pendant l’année 1915 et de plus de 5 millions aux résultats du précédent exercice.

Les dépenses ont subi un accroissement égal à celui des recettes. Rien n'indique mieux dans quel esprit ont été effectuées ces augmentations que le ^ait de constater que la principale augmentation porte sur une somme de 1.159.000 p. sur la subvention accordée aux budgets locaux en vue de leur permettre d’assurer, non seulement l’équilibre de leurs dépenses courantes, mais l’exécution des travaux secondaires indispensables à la prospérité de chaque pays.

Le budget général de l’Indo-Chine pour l’exercice

1916 a été fixé à 42.040.500 p. La situation économique favorable de notre possession d’Extrême- Orient qui a pu continuer à développer ses industries et son commerce local grâce à des relations toujours plus étendues avec la Chine et le Japon a

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permis de compter des excédents de recettes. Au 3 octobre 1916 l’exécution des budgets en cours accusait des rentrées budgétaires en augmentation de près de 9 millions de piastres sur les prévisions budgétaires et de 6.390.926 p. sur les résultats de la même période en 1915. Au 30 septembre 1916, enfin, les excédents versés aux caisses de réserve avaient porté celles-ci aux chiffres suivants :

Caisse de réserve dubudgetgénéral,20.013.199p.

Caisse deréserve des budgets locaux, 6.932.874 p.

Ces excédents proviennent à la fois de plus-values dans les recettes et d’annulation de crédits.

La présence des excédents indiqués plus haut s’explique par les circonstances actuelles qui ont déterminé une hausse graduelle de la piastre qui rend moins onéreux le paiement des dépenses en francs et surtout à l’enrichissement ininterrompu de l’Indo Chine, enrichissement qui se manifeste non seulement dans le rendement des contributions indirectes dont profite le budget général, mais encore dans les plus-values que produisent les impôts directs qui alimentent les budgets locaux des divers pays de rindo- Chine.

La guerre n’a donc pas entravé le développement économique de l’indo Chine française, certes notre Colonie n’a pas pu donner à ce développement toute l’ampleur désirable, mais elle a pu « tenir » plus qu’honorablement. D’aucuns prétendaient que l’ar*

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mature financière de notre possession d’Extrême- Orient était factice, la guerre vient de donner un démenti à cette opinion,.

Madagascar

Sans pouvoir recevoir le qualificatif de « nouveau riche », le Gouvernement général de Madagascar a vu sa puissance économique se développer d’une façon inattendue durant ces derniers mois grâce aux nombreux achats de matières premières, peaux, graphite, or, ou de productions : riz, viandes frigorifiées, bois, faits chaque mois en quantités plus considérables par la Métropole. Depuis 1915, cinq usines frigorifiques sont en plein rendement et avaient expédié en France, en septembre 1916, plus de 200.000 quintaux de viande frigorifiée et 20.000 quintaux deconserve. Les usines de guerre réclament des envois toujours plus grands de graphite dont les expéditions atteignent 1.500 tonnes par mois. La situation financière s’est ressentie favorablement de cet accroissement du mouvement des exportations de la grande lie. Après avoir été un moment chancelantes, les finances de Madagascar se sont affermies et nulle inquiétude ne peut naître, à ce point de vue, au contraire. Grâce à l’essor brillant que les circons-

LES COLONIES PENDANT LA GUERP,B

tances actuelles ont donné au commerce d’exportation malgache, le budget de 1916 indique une situation financière plus satisfaisante que celle des quatre exercices précédents à l’époque correspondante ainsi que le témoigne le tableau ci-après ;

Situation à la fin du 2° trimestre, des recettes et des dépenses des Exsrcices 1916, 1915, 1914, 1913 et 1912.

Recettes

Budçet

1«* semestre local ordinaire

Budget

du chemin de fer

Budget de l’A. M. I.

Totaux

Dépenses

Budget local

!•' semestre 'ordinaire

Budget annexe Budget de du chemin de fer TA. M. l.

Totaux

(1) Y compris le montant des réquisitions

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Excédent des recettes sur les dépenses

L’avoir de la caisse de réserve de la colonie au 1" août 1916 s’élevait à 18.924.882 francs.

On voit que si, par suite du ralentissement de la vie économique, il y a eu pour le budget local un fléchissement en 1914 dans le chiffre des excédents, ceux-ci ont dépassé, en 1915 et en 1916, les chiffres atteints durant les années normales. Là encore la

crise économiqne et financière a été rapidement surmontée. Après la guerre, la situation économique favorable que nous signalons se maintiendra-t-elle ? Il y a tout lieu de le croire car la Métropole et nos alliés auront un tel besoin de matières premières et de produits de toute nature que les offres d’achats faits aux industriels et aux commerçants de la Grande Ile seront nombreux. La pauvreté du cheptel national nous obligera à recourir aux viandes frigorifiées, la reconstitution de nos territoires envahis demandera des bois en grandes quantités. La guerre n’aura pas été, en somme, défavorable à Madagascar, elle lui aura même été profitable en lui donnant l’élan néc^soire qui lui avait fait jusqu’ici défaut.

LES COLOiNlES PENDANT LA GUEBRË

Trois de nos colonies ont, on peut le dire, profité de la guerre. Ce sont la Martinique, la Guadeloupe, *a Réunion qui, vouées peut-être imprudemment à la monoculture de la canne à sucre, avaient vu disparaître, par l’âpre concurrence des industries métropolitaines et européennes du sucre de betterave, leurs anciennes splendeurs. D’années en années la situation financière de nos vieilles colonies s’obérait et leurs budgets semblaient devoir s'enlizer tôt ou tard, aucune réforme sérieuse ne pouvait être envisagée faute d’argent. L’envahissement du Nord de la France obligea la Métropole à acheter et à demander à ses trois colonies sucrières tout ce qu’elles pouvaient fournir en sucres et en rhums. Brusquement l’industrie sucrière de ces îles passa d’une production réduite à un rendement maximum. A chaque campagne depuis le début des hostilités, plus de 120.000 tonnes de sucre furent envoyées dans la mère-patrie. Une prospérité nouvelle est survenue, les salaires se sont élevés, les usiniers ont réalisé d’importants bénéfices et. chose oubliée depuis longtemps, les Banques coloniales de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion ont non seulement consolidé leurs situations, mais distribué des dividendes intéresseote à leurs actionnaires.

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OoadeloQiie.

L’équilibre financier des trois vieilles colonies s’est stabilisé. Ainsi pour la seule possession de la Guadeloupe le pas-if légué par les exercices antérieurs était de 87Ü.000 francs. La guerre semblait devoir aggraver cette situation déjà si périlleuse. Une gestion prudente des finances locales Jointe à une compression très énergique des dépenses commencée en 1914 et continuée en 1915, a permis de liquider tout l'arriéré. Tous les créanciers de la colonie ont été désintéressés dans le courant de 1915 malgré la guerre.

Le budget de 1915 avait été arrêté à la somme de 4.670.290 francs. La caisse de réserve était vide depuis le 1" janvier 1915. Le budget de 1916 s’est élevé à 4.913.851.

Rien n’indique mieux combien, par suite de la guerre, la prospérité était grande dans l’île que de constater que 325.425 francs furent versés à la c. -isse des réserve précédemment vide. Il est à esp srer qu’ayant liquidé son passif la colonie s’efforcer; de « faire des économies » car il est à craindre que les années de vaches maigres ne reviennent aprèt la guerre.

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Martinique.

Ce qui est vrai pour la Guadeloupe l’est pour la Martinique ainsi que le démontre la seule comparaison du chiffre des excédents des budgets de 1913 et de 1916 : 238.228 francsen 1913 et 712.000 francs en 1916.

Béunion.

La Réunion a également vu ses ressources financières augmenter et ses budgets de 1915 et de~1916 ont enregistré des excédents de recettes provenant d’une part de la plus-value réelle de recettes douanières et d’autre part de la diminution des dépenses. C’est ainsi que la situation financière de l’exercice 1916 accusait au 30 juin 1916 un excédent de recettes sur les dépenses de 274.334 francs. La Caisse de réserve présentait au 1" août 1916 un avoir de 717.415 francs. Les finances de la colonie sont si satisfaisantes qu’elle a renoncé, dès l’exercice 1915, à la subvention métropolitaine de 50.000 francs. En raison des facultés accrues des contribuables, toute une série de ressources nouvelles ont

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été votées parle Conseil général. Ces ressources nouvelles permettront la suppression de l’impôt personnel, la réalisation d’un important programme de travaux publics, le transport au budget local des dépenses de l’enseignement primaire incombant jusqu’ici aux communes et la création d’une indemnité spéciale de charges de famille aux fonctionnaires.

La venue en France des contingents militaires coloniaux, l’emploi de plus en plus intensifié de la main-d’œuvre coloniale ont appris au grand public que les colonies n’étaient pas que « de simples attractions » d’expositions universelles. Le peuple des tranchées comme le peuple de l’arrière s’est rendu compte de l’efficacité de l’entr’aide coloniale pendant la guerre. N’est-ce pas hier encore que d’un élan unanime, la Chambre, protestant contre les sophismes allemands au sujet de l’armée coloniale, envoyait à tous les défenseurs du pays, sans distinction d’origine, de race ou de couleur, le témoignage ému de sa profonde reconnaissance.

Ce que le public ignore en grande majorité, c’est que nos colonies ont pu, pendant la guerre, vivre sur leurs propres ressources et continuer à développer leurs richesses naturelles. Les possessions françaises d’outré-mer ont « tenu ». C’est là un fait / Lucien HuEebt Ô

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important. Ce qui n’est pas moins important, c’est que nos colonies seront pour nous au lendemain des hostilités une source de profits et qu’elles serviront d’abord à étayer notre renaissance économique et à édifier ensuite sur des assises nouvelles, une nouvelle prospérité.

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