CONCLUSION
En résumé les colonies ne seront ni des eldorados ni des déserts, ce sont simplement des terres qu’il faut labourer, ensemencer, faire fructifier, ce sont
des richesses qu’il faut mettre en valeur. Cela demande du temps, des hommes et des capitaux.
Une fois la paix assurée, une fois les premiers défrichements opérés, l’œuvre du soldat est terminée, la colonie se transforme en terre d’influence économique. La possession lointaine doit en quelque sorte vivre sa vie économique par la Métropole et pour la Métropole, elle entre dans l’action économique de la Mère-Patrie et en fait partie intégrante. Le lien est, dès lors, si fort entre elles que le régime politique sous lequel est administrée une terre loin, taine importe peu, car, dans ses artères, circule le même sang par suite de l’étroite connexité des intérêts commerciaux et industriels, et, fatalement, à la communauté de ces besoins vitaux s’allie un jour celle de la culture intellectuelle. Les grands Dominions britanniques peuvent-ils être considérés comme des colonies anglaises au sens étroit du mot? Ce sont des pays indépendants qui ont leurs finances, leurs administrations, leurs armées. S’ils sont venus combattre avec une indomptable énergie aux côtés de nos alliés, c’est de leur plein gré. Mais ces mêmes Dominions sont essentiellement des centres d’influence anglaise. Peut-être est-ce là la formule coloniale de l’avenir ? Elle a beaucoup varié du reste, cette formule, depuis que l’Europe colonise : exploitation à outrance des terres nouvelles sans prévoyance ; monopolisation étroite des colonies pour
les Métropoles avec un réel effort de mise en valeur, telle que l’ont faite les Anglais et les Français sous l’ancien régime ; libération économique de plus en plus grande jointe à une indépendance de plus en plus marquée, évolution qu’ont déjà parcourue les grands Dominions anglais et que parcourt en ce moment notre Afrique du Nord et sur certaines questions notre Afrique Occidentale et notre Indo-Chine.
On peut donc concevoir que la colonie des temps à venir ne sera pas une « terre privilégie », monopolisée pour une Mère-Patrie, mais une zone d’influence qui se trouvera profondément attachée à la Métropole par les intérêts économiques d’une part, mais aussi par la langue, les mœurs, la culture intellectuelle et le souvenir du sang versé ensemble sur les mêmes champs de bataille. Il y là quelque chose de souple tirant sa force de sa souplesse même. Cette conception au surplus semble conforme à la définition de la Nation donnée par Renan : communauté d’aspiration, de culture, de langue, de souvenirs et de tradit on, éléments impondérables qui, plus que la force, cimentent les possessions lointaines à une Métropole.