SCÈNE XV
ERNEST. Bah ! comme vous l'embrasseriez au retour d'une affaire?
ÉLISA. Oh ! oui!
EHNEST.
Air de la Robe et des Bottes, Oh ! Dieu !.. mais je voudrais moi-même En avoir vingt à ce prix-là !..
ÉLISA
Vous, Ernest!..
ERNEST
Oui, moi qui vous aime!..
ÉLISA
Oh! non! ne dites pas cela!..
Mais voyez à quoi l'on s'expose!
(A part.) Je sens que son courage, ici.
Eveille en mon cœur quelque chose Qui dormait avec mon mari!..
SCÈ.NE XIV. Les mêmes , MADEMOISELLE ROBICHON.
MADEMOISELLE ROBICHON, en dehoTS. Oui, un bouillon, je vais venir le prendre!
ÉLISA. Ah! cette voix!
ER.NEST. C'est ma tante Robichon! je l'avais oubliée.
ÉLISA. Ma lante !
MADEMOISELLE ROBICHON. Oui, mes enfanls.... c'est moi (1)! que le diable emporte Paris et tout ce qu'il y a dedans!
ERNEST. Excepté nous!
ELISA. Que vous est-il donc arrivé?
MADEMOISELLE ROBICHON. Il m'est arrivé... que je me suis trompée d'omnibus.
ÉLISA. Ah ! mon Dieu !
ERNEST. Asseyez-vous donc !
MADEMOISELLE ROBICHON. C'esi la faute de ton paltoquet de mari'... j'avais fait mettre ma malle sur l'omnibus de la rue des Martyrs, mais le temps d'aller prendre mon parapluie, mon ombrelle et mon cabas, il y a eu un chassé-croisé de voitures, bref! une heure après, j'arrivais rue de Vaugirard, à l'Odéon :.. cocher, la rue des Martyrs?., il se met à rire que c'en était indécent
je lui ai cassé mon ombrelle sur le crâne!.. {Elle jette l'ombrelle quelle tient.) Nerispas, Ernest..,, ou je te romps mon parapluie sur la moelle épinière! (Elle lève son parapluie sur Ernest.)
ERNEST, se contraignant. Non, ma lante, non! Je suis allé au chemin de fer; tout le monde élail parti.
ÉLiSA. Mon mari était revenu.
MADEMOISELLE ROBICHON. On lu'a dit qu'il s'était disputé, qu'il y avait eu un soufflet de donné,
\ £r. mademoiselle R. EU
et qu'il avait pris la fuite... ce n'est pas vrai, n'est-ce pas?
ERNEST. Si fait !
ÉLISA. Ernest !
MADEMOISELLE ROBICHON. Jouf de Dieu ! je savais ton époux timoré , mais à ce poinl-la!.... 11 faut que les hommes soient bien dégénérés!... Après avoir reçu un soufflet !
ÉLISA. Mais, ma tante...
MADEMOISELLE ROBICHON. Je ne suis qu'uHB femme, une faible femme, maison n'a jamais porté la main sur moi, que lorsque je l'ai bien voulu.
ÉLISA. Mais c'est lui qui a donné le soufflet !
MADEMOISELLE ROBICHON. Ah! c'esl différent!.. {Changeant de (on.) Bonjour! comment le portes-tu ? Et ce cher Berneret, où est-il ?
ERNEST. Oh! il est loin, s'il court toujours!
MADEMOISELLE ROBICHON. Comment! il court! puisque c'est lui qui a donné...
ÉLISA. Oui, mais c'est pour ne pas recevoir.
ERNEST. Parce qu'on lui demande raison.
MADEMOISELLE ROBICHON. El il refusô!.. et il se sauve: C'est un peu... Enfin! il y a des hommes qui n'ont rien sous la mamelle gauche! Mais Berneret n'est pas du sang des Robichon... comme moi... comme Ernest!.. Tu ne te sauverais pas, toi?....
ERNEST. Oh! non!
ÉLISA. Mon Dieu ! ne lui montez pas la tête... il n'est déjà que trop disposé à se faire des querelles !
ERNEST. Pour ceux que j'aime!
MADEMOISELLE ROBICHON. Eh bien! tant pis!... ça vaut mieux que l'autre manière I Moi, je n'ai dû me marier qu'une fois, mais au moment de m'épouser, mon futur a eu peur, et je ne l'ai jamais re\u... je suis restée demoiselle... Ah bien ! un homme qui n'aurait pas eu {Se frappant le cœur.) de ça!... je n'aurais jamais pu m'y fjire !.. et toi, une Robichon... enfin! Tenez, débarrassez-moi de tout ça.
ERNEST. Oui, ma lante.