‹ Une première par jour, causeries sur le théatreChapitre 10 sur 35 · GO UNE PREMIÈRE PAR JOUR · texte numérisé non relu

GO UNE PREMIÈRE PAR JOUR

revient peu à peu. Elle se rappelle comment elle est devenue folle, à la suite d'un odieux attentat commis sur elle par un inconnu qui s'était introduit la nuit dans sa chambre, et, se dérobant brusquement aux étreintes de celui qu'elle adore, elle simule un nouvel accès de folie.

Mais ses larmes la trahissent. « Elle pleure ; autrefois elle ne pleurait jamais, s'écrie Jacques, elle n'est pas folle! », et une explication déchirante a lieu entre les deux époux, explication à la suite de laquelle Jacques s'éloigne, n'ayant plus qu'une pensée à l'esprit, trouver le coupable.

L'intérêt du drame faiblit par la suite ; mais le souvenir n'en est pas moins de ceux qui ne s'elTacent pas aisément.

Le catalogue de la Société des auteurs ne mentionne que deux pièces intitulées VOutrage : celle dont nous venons de parler et un vaudeville de Dupin, joué par Déjazet, et faussement attribué autrefois à Scribe. Or, par un hasard singulier, ce vaudeville a été représenté au Palais-Royal vingt-deux ans, jour pour jour (25 février 1837), avant le drame de Barrière. Est-il besoin d'ajouter que le point de départ en est tout à fait différent et n'est nullement tragique ?

26 février 1818. — Théâtre Feydeau : LE BOHÉMIEN,

opéra-comique en un acte, paroles de Ducis et de Meun, musique de Chancourtois.

L'histoire de Chancourtois est un peu celle do M. Dautresme, qui, après avoir fait jouer non sans peine h l'ancien théâtre lyrique deux opéras-comiques de sa composition, Sous les charmilles et CardillaCj s'est réveillé un beau jour député de la Seine-Inférieure, et est aujourd'hui ministre du commerce.

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Le médiocre succès du Bohi'mien et de trois ouvrages du m6me genre découragea Chancourlois, qui n'était pas cependant un musicien sans talent, cl, renonçant définitivement au thé&tre, on le vît bientôt échanger lu position de compositeur contre celle d'inspecteur général des finances.

Il y aurait une étude curieuse à faire sur les compoiiiteurs amateurs.

On a souvent rappelé et critiqué l'appréciation, par Voltaire, d'un assez médiocre ballet, l'Empire de l'amour, dont la musique était d'un amateur, le cbevulier de Brassac : « Le chevalier de Brassac a non seulement le talent très rare de faire la musique d'un opéra, mais il a te courage de la faire jouer et de donner cet exemple à la noblesse française. »

Il n'y a rien de bien méritoire, en effet, pour un amateur titré ou non, à profiter de son influence ou de sa fortune pour prendre h. l'Opéra la place d'un véritable artiste.

En faut-il conclure cependant que l'inspiration ne soit jamais le partage de quiconque ne fait pas de la musique son occupation exclusive? Non, évidemment. Aussi couvient-il de considérer comme une simple boutade le mot célèbre de Grimod de la Reynière : « Le vin du cru, un dîner d'ami et de la musique d'amateur sont trois choses également à craindre. »

27 lévrier 1882. — Comédie -Française : BARBEniNE,

comédio en trois actes, par Alfred de Musset.

Alfred de Musset écrivit Barberine en 1835, à une époque où il disait volontiers h que le théâtre n'était pas son affaire ». En 1831, après le succès éclatant d'Un Caprice et de plusieurs de ses proverbes, il présenta

Barberine à la Comédie-Française ; elle fut reçue « à correcLiori ». Le poêle, déjà malade, n'était pas homme à refaire un ouvrage publié depuis quinze ans, et il n'y songea plus. Ses lettres, à cette date, parlent de deux sujets, tout prêts, pour mademoiselle Rachel ; mais il n'y est pas dit un mot de Barberine.

En 1S76, la pièce fut acceptée à F unanimité ; elle ne fut jouée toutefois que le 27 février 1882. Elle n'eut pas de succès ; l'interprétation en fut jugée médiocre. Un souvenir se rattache à cette première représentation : Mademoiselle Feyghine, dont la mort tragique devait faire du bruit quelques mois après, y effectua ses débuts.

Barberine est évidemment une des moindres pièces d'Alfred de Musset. Les deux premiers actes ne sont qu'une préparation; le troisième, bien que plus attachant, manque d'une action vraiment dramatique ; il n'y avait là peut-ôtre que la matière d'un conte ; l'œuvre fait pourtant honneur à son auteur, car elle vaut et par les idées et par le style, deux choses rares qui n'ont presque jamais manqué à ce vrai poète.

Un ancien lecteur de la Comédie-Française, M.Laffîtte, auteur dramatique distingué lui-même, nous disait un jour, en parlant de Louison, cette bluette charmante, qu'il faut savoir se résigner à ne pas jouer tout le théâtre d'Alfred de Musset. La fantaisie délicate de quelques-uns de ses proverbes ne peut être appréciée que par un trop petit nombre de spectateurs. Si c'est là le défaut de Louisouy et aussi de Barberine^ il est de telle nature, et si peu commun, qu'on ne saurait le regretter. Il y a tant de pièces qui ne sont^ni trop délicates ni trop fines !

Sn février 1732. — Académie de musique: JËPHTÉ, tragédie lyrique en cinq actes et ua prologue, paroles de l'abbé Pellegrin, musique de Hcntéclair.

JepAW/ Voilà, certes, un sujet d'opéra convenable et digne d'fitre traité par un abbé !

La pièce n'en fut pas moins interdite, sur la demande de t'archevèque de Noailles, précisément à cause de son sujet. Jusque-là, on n'avait toléré qu'à la Comédie-Française la mise en action d'épisodes bibliques ou chrétiens, et l'on se demandait s'il n'était pas dangereux d'étendre cette tolérance au théâtre, réputé plus profane, de l'Opéra.

L'opinion publique eut bientôt raison de cet étrange scrupule, et l'on permit la représentation de ce pauvre Jephté B si digne d'Slre regretté », comme disaient les auteurs d'une complainte de circonstance, qui eut beaucoup de SUCCÈS à l'Opéra-Gomique.

29 lévrier 1828. — Académie d.^ musique : LA MUETTK DE PORTiCT, opéra en cijiq actes, paroles de Scribe et Germain Delavigne, musique d'Auber.

Je recommande le choix de cette date exceptionnelle du 29 février, aux auteurs, plus nombreux qu'on ne pense, qui croient à la guigne et à laveine. Aucune autre, en effet, ne mérite mieux que celle-lfi la qualification de porte-bonheur. Pour ne citer que trois pièces hors de pair, c'est un 2t) février qu'ont été représentés, pour la première fois, la Muette, U-g lluguenols et le Marquis de Villemer.

Comme les auteurs de Jephté, dont nous parlions tout à l'heure, Scribe, Germain Delavigne et Auber eu-

rent maille à partir avec la censure, mais pour de futiles questions de détails, et nullement, ainsi qu'on pourrait le croire, pour le choix môme du sujet.

Quelques jours après la première représentation, notamment, on jugea à propos de faire voiler d'un rideau vert la madone et le Bambino qu'on voyait dans la cabane de Masaniello. Aussi trouve-t-on dans le numéro du Figaro du 6 mars cette piquante remarque : « On a sup- » primé la madone de la Muette. Est-ce que la morale » défend qu'il y ait une vierge à l'Opéra? »

La morale ne le défend pas.

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