UNE FREUIÈRB PAR JOUR
Saint-Aubin dont les débuts étaient encore tout récents ; le prestige d'une mise en scène brillanle ; tout concourut ît assurer un succès de vogue à l'opéra-comique d'Etienne et Nicolo, ces deux inséparables, qui gagnèrent ensemble tant de batailles peu meurtrières.
Cendrillon était le vingt-sixièmeouvragede Nicolo qui, toujours en collaboration avec Etienne, mais mieux servi celte Fois pur un livret amusant et spirituel, devait écrire quatre ans plus lard Joconde, sa meilleure œuvre et presque un chef-d'œuvre du genre.
La dernière reprise de Cendrilton remonte au 23 janvier 1877 ; le succès en fut médiocre et la pièce n'eutque vingt et une représentations. Déjà, en 18i3, on s'était demandé s'il était bien nécessaire de tirer cette aimable mais un peu fade berqiiinade, des cartons où l'avaient depuis longtemps reléguée les directeurs de l'Opéra- Comique.
La première représentation faillit donner lieu à un conQlt semblable à ceux qui se produisent si fréquemment de nos jours et qui ne manquent pas d'échauïfer la bile des critiques et des courriéristes.
L'administration de la Comédie-Française avait annoncé, pour le même soir, une tragédie nouvelle de M, Aignan, Drunekaut, et ne paraissait pas plus disposée que la direction de l'Opéra-Comique à changer son affiche ; mais on rappela assez plaisamment, à ce propos, l'aventure de ces deux femmes qui, se trouvant en carrosse dans une rue très étroite, s'entêtèrent à ne point reculer l'une devant l'autre, et Unirent par s'en aller à pied ; et, au dernier moment, la fière Brunehaut céda le pas à la petite Cendrillon.
■ 23 lévrier 1835. — Académie de musique : LA JUIVE, opéra en cinq actes, paroles de Scribe, musique d'Halévy,
L'afiichedu jour donnait en outre les noms de l'auteur du diverlissement, Taglioni, ceux des décorateurs, Pilastre et Combon pour le troisième acte, Duterle, Despléchin, Sécha» et Léon Feuchère, pour les quatre autres, enfin, la liste complète des interprètes.
Cette liste est l'urieuse, c;ir elle montre avec quel soin furent disiribués les plus pellts rôles.
Ainsi, immédiatement après Nourrit, Dubadie, Levasseur et Lafonl (Eléiizar, le grand prévôt, le cardinal et Léopold), prennent place Prévost et Alexis (deux hommes du peuple), Ferdinand Prévôt (Albert), Massol, l'excellent Massol (troisième homme du peuple !), Derivis (le crieur), Wartel (quatrième homme du peuple), etc. Massol devait, il est vrai, dès la troisième représentation, céder le modeste rôle d' <i homme du peuple » à Ferdinand Prévôt et remplacer Dabadie dans celui du grand prévôt.
Eudoxie et Rachel Turent, comme chacun sait, représentées par madame Donis-Gras et mademoiselle Falcon. Remarquons en passant que le rôle de Rachel est un de ceux qui ont tenté le plus grand nombre de cantatrices. En moins de douze ans, on en vit quinze s'y essayer après mademoiselle Falcon : mesdames Stolz (1837), Annette Leroux (1838), Nathan (1839), Lebrun, Roulle et Julian (1840), Heinefelter (1841), Morel et Méquillet (184i), Mondutaigny (1844), Beausslre et Julienne (1845), Piéti, Moisson et Rossi Caccia (1846).
Que de noms il faudrait citer avant d'arriver à celui de la dernière et très remarquable titulaire du rûlc, madame Caron.
Le succès de la Juioe fut immense, malgré l'opposition
de certains critiques influents ; les uns s'entôtant, comme Castil-Blaze, à appeler la pièce d'Halévy « Topera Franconi y>, à cause du cortège du premier acte ; les autres prétendant que la nouvelle partition était « dépourvue de chant » ! Est-il une œuvre musicale de grande valeur qui ait échappé à cette critique?
Après cinquante deux ans, la Juive se défend encore vaillamment contre les atteintes du temps^ Née un an avant les Huguenots, elle ne montre pas trop de rides, et il se trouve que ce fameux « Sabbat », dont Rossini attendait la Gn pour se remettre à la besogne, aura duré beaucoup plus de temps que lui.
24 iëVTier t6?6. — Théâtre Goénégaiid : GOEUOLAN, tragédie en cinq actes, de ral>bé Abeille.
A cette première représentation» ou à celle d'Argéliey du même abbé (il y a doute à ce sujet, — grave question 1) se produisit une interruption facétieuse, souvent rappelée, d'un spectateur do parterre.
Un acteur venait de faire pompeusement sonner ce vers :
Vous souvient-il, ma sœur, du feu roi votre père ?
Et comme l'actrice à qui il s'adressait hésitait un moment, un auditeur se chargea de répandre pour elle par ce vers du Geôlier de soi-même, de Thomas Corneille :
Ma foi, s'il m*en souvient, il ne m'en souvient guère !
Les recueils dramatiques du siècle dernier sont remplis d'anecdotes analogues. Dans ses « Curiosités théâtrales », M. Fournelcite les plus populaires.
« Je commence à être las de Sancho », dit certain duc dans le Sancho Pança de Dufresny : <c £t moi aussi »,
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crie quelqu'un. « Je viens tirer un auteur d'embarras, » déclare un pérsonuage de lu Tievuc des TMâU-cs, de Chevrier : « 11 était temps, » répond une voix. « Seigneur, vous changez de visage », dit Adrienne Lecouvreur (Monime], ii Beaubourg (Mitbridate), connu pour sa laideur: « Laissez-le faire », lui crie-t-on de la salle. Etc., etc.
A notre époque, les interruptions de ce genre sont assez rares. On se contente de pousser des ob ! et des ah ! ironiques ou plaisamment approbatifs. C'est ainsi qu'à la première représentation des Noces improvisées, aux Bouffes, en 1886, on souligna par des applaudissements fort irrévérencieux, cette exclamation bien innocente de la plantureuse Mlle Tassilly ; » Ab I j'ai un poids de moins sur l'estomac! »
35 iévrior 1859. — Porte- Saint-Martin : L'OUTRAGE, Jraine en sept actes, par Théodore Barriùrc et Plouvier.
Le deuxième acte de l'Outraoc, est un des plus hardis et des plus saisissants du répertoire du drame contemporain.
Le titre de l'œuvre est un simple euphémisme : certains mots s'étalent, comme dans un roman récent de M, Bergerat, sur la couverture d'un livre, qui ne seraient pas tolérés sur l'afllche d'un tbéUtre.
Une jeune lille, Hélène Lapradc, devenue subitement folle, est guérie par un ami de sa famille, Jacques, qui, pris d'une vive passion pour sa malade, demande et obtient sa main.
Le lioii' du mariage, les nouveaux mariés sont d^jà réunis dans la chambre nuptiale, lorsque les premières caresses de Jacques éveillent tout à coup chez Hélène un sentiment d'instinctive répulsion. La mémoire, qu'elle n'avait pas retrouvée en même temps que la raison, lui