‹ Une première par jour, causeries sur le théatreChapitre 13 sur 35 · MAI J · texte numérisé non relu

MAI J

La première représentation de la Mort de César nous offre un spécimen curieux de ces orageuses soirées.

L'auteur était censeur et, comme tel, peu populaire.

On le lui fit bien voir.

« Sans doute, dit judicieusement le rédacteur anonyme (le l'Almanach des Spectacles de 1826, il était hasardeux de li'iiitcp le sujet de la mort de César après Voltaire ; mais encore fallait-il juger l'auteur, un vieillard re-^piCtablo! M. Royou pouvait s'écrier : «Frappe, mais écoule! »

On ne l'écouta guère, surtout après la harangue de César, où quelques vers assez énergiques, mais empreints d'un esprit franchement réactionnaire, provoquÈ^rent un tumulte indescriptible, celui-ci, entre autres, qu'on a souvent cité :

Ausfïi, lloyou, exaspéré, selivra-t-il ii une démonstration de fureur dont l'histoire du théâtre n'offre sans doute pas d'autre exemple.

Au quatrième acte, raconte Théodore Muret, tandis que les acteurs, vaincus par les sifflets, étaient à peu près réduits Ji la pantomime, voilù que tout à coup sort des coulisses un pelit vieillard habillé de noir, en culotte courte. Il passe entre César et Brutus, qui étaient en scène, se dirige rapidement vers le souffleur, lui arrache le manuscrit des mains, fait un geste de menace au parterre et disparait comme il était venu. Ce vieillard était l'auteur, qui n'avait pu soutenir plus longtemps son supplice.

Tour se venger, le public exigea que la pièce fût jouée jusqu'au bout. Kilo le fut, en effet, et, contrairement à ce qui arrive d'ordinaire, malgré l'auteur.

10 mai 1790. — Théâtre-Italien : JEANNE D'ARC A OR- LÉANS, drame historique en trois actes, en vers, mêlé d*ariettes, paroles de Desforges, musique de Rodolphe Kreutzer.

Il est peu de noms de musiciens aussi populaires que celui de Kreutzer, et peu d'oeuvres cependant qui le soient moins que celles des quatre artistes qui ont porté ce nom :

Rodolphe, le célèbre violoniste, né à Versailles le 16 novembre 1766, mort le 6 janvier 1831, auteur de la Jeanne d'Arc qui fait Tobjet de cette notice, de Paul et Virginie et de Lodoïsha.

Jean-Nicolas-Auguste, frère du précédent, né en 1778, mort en 1832, qui a laissé des ouvrages estimés de musique de chambre.

Léon-François, fils d'Auguste, né le 23 septembre 1817, mort le 6 octobre 1868, compositeur de mérite et critique autorisé, dont la réputation eût été plus grande si, bien différent de la plupart de ses confrères, il n'avait eu la publicité en horreur.

Gonradin, enfin, né à Bade le 22 novembre 1782, mort le 14 décembre 1849, auteur d'une trentaine d'opéras et notamment d'une Nuit à Grenade ou plutôt de la Mauvaise Nuit de Grenade, jolie partition d'une inspiration très fraîche et d'une charmante couleur.

Malgré la haute valeur artistique de toutes ces productions, c'est peut-être encore la dédicace : « A Rodolphe Kreutzer », de l'admirable sonate pour violon de Beethoven (op. 47), qui a le plus contribué à la popularité dont nous parlions en commençant, et dont ont profité tous les porteurs du même nom.

« L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux », même pour un compositeur d'un réel talent, tel que Rodolphe Kreutzer.

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Ce tcilent, on ne le trouve encore qu'en germe dans Jeanne d'Arc à Orléans. Gel opéra méritait cependant une mention, ne fût-ce que parce qu'il est le premier qu'ait inspiré l'héroïque Lorraine.

Douze compositeurs ont, sauf erreur, suivi l'exemple de Kreutzer : Andreozzi (1193) ; liernard-Anselme Weber (1806); Carafa (1821); Vaccaï (1827); Pacini (1830); Baire(i839J; Verdi (1845); Max Bruch (1859); Gilbert Duprez(1865); Gounod (1873); Mermet (1876); Tschaïkowsky, enfin (1819). Je ne compte pas les auteurs de cantates, Adam entre autres qui, sur quatre vers, n'a pas écrit moins de dix-neuf pages de partition, M. Georges Pfeiffer, et — fait digne d'être noté — un anglais, M. Gaul.

Aucun n'a complètement réussi. Le théâtre vit de passion et de fiction. Or, l'&me et le cœur de la vierge de Domrémy étaient au-dessus de toute passion terrestre et, comme l'a dit excellemment madame de Staël : « Dans le sujet de Jeanne d'Arc, c'est le fait véritable qui a non seulement plus de naturel, mais plus de grandeur que la fiction. »

H mal 1831. — Théâtre-Français: L'ITAUE GALANTE,

comédie en deux actes, par Lamotle.

Sous ce titre assez vague, mais bien dans le goût du temps, Vitalie Galante, Lamotle avait, tant bien que mal, rapproché trois petites comédies Urées des contes de La Fontaine, /'Oruisoiî de Saint-Julien, Richard Minutolo et le Magnifique. La troisième seule eut du succès et se maintint séparément au répertoire. Primitivement écrite en trois actes elle avait été ramenée en deux, non sans quelque hésitation, par Lamolte, qu'effrayait cette coupe alors inusitée. « Au moins, lui dirent

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ses amis, vous serez sûr ainsi que votre troisième acte ne sera pas sifflé I » Cette raison médiocrement obligeante pour Lamotte le décida cependant.

Il avait bon caractère et ce fut heureux pour lui, car ses contemporains ne lui ménagèrent ni les quolibets ni les épigrammes. Il prêtait du reste le flanc aux traits qu'on lui portait.

Quoiqu'il eût rimé un grand nombre de livrets d'opéras, de tragédies et do fables, il s'était pris sur le tard d'une passion exclusive pour la prose. « Votre Œdipe est le plus beau sujet du monde, dit-il un jour à Voltaire, il faut que je le mette en prose. — Faites cela, répondit Voltaire, je mettrai votre tragédie d'Inès en vers. »

Esl-ce le souvenir de cette mordante répartie qui inspira à un original de ce temps-là, Descazeaux Des Granges, Tidée bizarre de récrire en prose Zaïre^ et en vers une comédie en prose de Fagan, la Papille ?

12 mai 1862. — Opéra-Comique : LALLA-ROUKH, opéracomique en deux actes, paroles de Michel Carré et Hippolyte Lucas, musique de Félicien David.

Ce n'est que depuis le 21 novembre 1876 que ce charmant ouvrage fait définitivement partie du répertoire courant de l'Opéra-Comique.

Une première reprise en avait été effectuée au mois de décembre 1866, avec MM. Capoul et Melchissédec dans les rôles de Noureddin et de Baskir, confiés à l'origine à MM. Monlaubry et Gourdin, et avec mesdames Cico et Délia, comme à la création, dans ceux de Lalla- Roukh et de Mirza.

Mais cette reprise n'avait eu qu'un demi-succès, et chaque fois que, par la suite, il avait été question de remettre Lalla-Roukk à l'étude, Félicien David s'y était

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opposé, redoutant pour l'œuvre à laquelle il tenait le plus une interprétation insuffisante,

11 mourut le 29 août 1876, et, presque aussitAt après, Lalla-Roukh faisait sa réapparition sur la scène de rOpéra-Comique, avec MM. Furst et Queulain, mesdames Brunet-Lafleur et Ducasse comme interprètes.

De toutes les œuvres dramatiques de Félicien David, Lalla-Roukh est la seule qui se soit maintenue au répertoire.

C'est aussi la seule où l'auteur du Désert ait su montrer un sentiment très juste de la scène tout en gardant ses qualités natives, l'intuition des sonorités pilto< resques, l'originalité des rythmes, le charme du coloris, la fraîcheur de l'inspiration, et cela sans imiter comme dans ses précédents ouvrages les maîtres italiens. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter avec attention le délicieux ensemble final du premier acte, où le chant pilloresquement cadencé des soldats ivres, les moqueuses vocalises de Mirza et les pl.ûntes grondeuses de Ba^kir présenlent un si piquant contraste avec les tendres et rêveuses cantilônes de Noureddin et de Lalla-Roukh.

M, Saint-Saënsacomparé Félicien David à Haydn. La comparaison n'est guère juste car il manquait précisément i\ Félicien David un des dons les plus caractéristiques de Haydn, lart du développement.

Mais, si ses idées paraissent un peu courtes, elles sont toujours personnelles, et il n'est peut-être pas, parmi les représentants de l'école contemporaine, un compositeur à qui l'on puisse appliquer plus justement le vers célèbre de Musset :

Mon verre u'esE pa^ griiuJ, maîa je bois dans mon ïerre I

13 mai 1850. — Odéon : LE CHARIOT D'ENFANT, drame en cinq actes et sept tableaux, en vers, de Méry, Gérard de Nerval et Paul Bocage.

Le sujet de cette pièce tirée du drame sanscrit du roi Soudraka,/e Chariot de terre cuite, est la réhabilitation de la courtisane. Combien d'écrivains dramatiques se sont inspirés de cette donnée, depuis Soudraka qui écrivait plus de mille ans avant notre ère, jusqu'à MiM. Hugues Le Roux et Paul Ginisty, les adaptateurs pour la scène française du roman russe de Dostoïewsky, Crime et Châtiment. Citerai-je seulement, parmi les contemporains, Victor Hugo avec Marion Delorme, Alexandre Dumas fils avec la Dame aux Camélias, Octave Feuillet avec Rédemp^ tion, etc.?

Une circonstance rend cependant toutes ces œuvres fort diirérentes du drame indien. La réhabilitation de la courtisane s'opère invariablement aujourd'hui par Tamour, en vertu d'une sorte d'homéopathie morale ; le roi Soudraka avait voulu qu'elle eût lieu parle dévouement de Vasentasena, son héroïne, pour un enfant dont la vue l'avait profondément émue.

Peut-on dire que nous sommes en progrès? Evidemment non. Ces réhabilitations par l'amour qui s'opèrent au théâtre paraissent peu durables. L'amour répare mal les sottises qu'il a faites. Le dévouement qui s'affirme par des actes répétés, vaut beaucoup mieux. Il exige des sacrifices, et ce sont ces sacrifices qui rachètent les fautes. L'amour vrai, qui rappelle une courtisane à une vie plus sévère, n'est après tout qu'un plaisir déplus; en tout cas, ce n'est point une expiation. Le vieil auteur indou est encore le plus sage.

14 mai 1806. - Théàtra-Français ; LES TEMPLIERS, tragédie en cinq actes, de Raynouard.

Malgré l'abseoce d'inlérêl, malgré rincorrecUooella négligence du style, celle tragédie oblint un iiumense succès, expliqué, sinon justifié, par quelques scènes à effet, par des tirades sonores, enfin par deux brillants récils, celui de Marigni fils, qui a longtemps figuré dans tous les recueils littéraires et que disait magniftquemeat Talma, et surtout celui de la mort des Templiers, que termine le vers fameux :

Mais it uï-tait plus temps... les chants avaient cessf ...

dont s'est souvenu Scribe au dernier acte des Huguenots.

Nopoléon se montra froid. 11 ne lui plaisait guère qu'un auteur dramatique critîqu&l un roi aussi soucieux de ses droils que l'était Pliilippe-le-Bel. A ce propos, il écrivit à Fouché une lettre très curieuse, dont je détache ce passage caractéristique :

« Il me paraît que le succès de la tragédie des Templiers dirige les esprits sur ce point de l'histoire française. Celaest bien, mais je ne crois pas qu'il faille laisser jouer des pièces dont les sujets seraient pris dans des temps trop près de nous. Je lis dans un journal qu'on veut jouer une tragédie de Henri IV. Cette époque n'est pas assez éloignée pour ne point réveiller des passions. Je pense que vous devez empêcher cela, sans faire paraître votre intervention. «

Est-ce parce que le sujet de Mérope était prisions des temps trop près de nous que, au reçu delà lettre de l'empereur, Fouché s'empressa d'interdire la représentation de la tragédie de Voltaire?

15 mai 1862. — Variétés : LA BOITE AU LAIT, comédie^ vaudeville en cinq tableaux, d'Eugène Grange et Jules Noriac.

La Boite au lait est un excellent spécimen du genre en faveur aux Variétés avant la prise de possession de ce théâtre par Topérette et le vaudeville excentrique.

C'est aussi Tun des premiers exemples de ces remaniements d'anciennes pièces si fréquemment pratiqués aujourd'hui par les librettistes ; car la Boîte au lait fut, on s'en souvient, modifiée et considérablement augmentée, une douzaine d'années après son apparition, par ses deux premiers auteurs, et, sous cette nouvelle forme, jouée aux Bouffes-Parisiens, avec musique d'Offenbach, le 3 novembre 1876.

Sans être bien neuve, la donnée de ce léger vaudeville avait paru, à l'origine, gracieuse et gaie.

Une gentille grisette, mademoiselle Francine, apprenait par hasard que son amoureux, Sosthènes Robineau, était poursuivi pour dettes et obligé de se battre en duel.

La fine mouche se mettait aussitôt en campagne et allait trouver successivement les divers locataires de la maison dont elle occupait une mansarde : un peintre, un huissier et une écuyère du cirque.

Grâce à son adresse, elle remontait bientôt, rapportant triomphalement dans sa boîte au lait le billet souscrit par Sosthènes, une lettre d'excuses de son adversaire et la promesse d'une bonne place.

Lestement enlevée par Grenier, Gh. Potier, Blondelet et mademoiselle Tautin, celle petite pièce à tiroir avait eu aux Variétés plus de cent cinquante représentations.

Elle en eut beaucoup moins aux Bouffes. Les nouveaux développements étaient trop étendus pour une action si mince et la Boite au lait fut définitivement remisée au magasin des accessoires. Il nous faut aujourd'hui quelque chose de moins naïf et qui peut-être ne vaut pas mieux.

16 mai 1831. — Gymnase : LA. FAVORITE, vaudeville en un acte, de Scribe.

Cette favorite ne res-emble en rien k celle que son auteur devait, neuf années plus tard, de concert avec Alphonse Royer, Gustave Wu6z et Donizelti, présenter avec tant de succès à l'Académie de musique. 11 est assez piquant toutefois que Scrihe se soit servi deux fois du même titre.

La première Favorite, comme la seconde, a porté bonheur à ses interprètes,

L'ttue a servi de début à madame Allan, dont la carrière devait Être par la suite si brillante Ji la Comédie- Française. L'autre, avec le concours de Harroilhet (le roi), a définilivement mis à l'Opéra les barytons sur le pied d'égalilé avec les ténors. Rarement, en effet, on avait vu jusque-là les premiers soupirer des canlilènes d'amour, et incarner des personnages jeunes, élégants et séduisants. Le rôle de don Juan faisait exception ; encore avail-il primitivement été interprété à l'Opéra par Nourrit, Les ténors qui tenaient à cette sorte de spécialité de séducteurs et dont la suprématie dans la hiérarchie des chanteurs semblait à jamais établie, en furent quelque peu mortifiés, h Où allons-nous, disait désespérément l'un d'eux I si on se met à faire des ovations aux barytons, qu'invenlera-t-on pour les ténors? »

17 mat 1858. — Gymnase: L'HÉRITAGE Dti MONSIEUR

l'LlI.MlT, comédie en quatre actes, par Théodore Barrière et Capendu.

Il n'est guère de spectacle plus écœurant que celui des basses convoitises de parents avides à l'affût d'un héritage. C'est cependant un de ceux que les annales du théâtre nous offrent le plus souvent, et la liste serait

longue à donner des pièces qui, depuis le Malade imagi^ naire jusqu'siux [Héritiers Rabourdin, de M.Zola, ont pour objet Tappât d'une succession.

L'Héritage de M, Plumet mérite de figurer, sinon au premier rang, du moins à une place honorable dans, cette longue et un peu monotone galerie.

Le succès en fut très vif à son apparition, succès justifié par beaucoup de verve comique, par des mots à r emporte-pièce, par un riche assortiment de silhouettes curieusement dessinées, par des scènes lestement menées et d'une fantaisie très boufi'onne.

La pièce de Barrière et de Capendu ne se maintint pas longtemps cependant sur l'affiche du Gymnase, et on l'accueillit assez froidement lorsqu'on la reprit douze ans plus tard au Vaudeville. On s'aperçut alors, mieux qu'à la première épreuve, que la gaîlé en était souvent forcée, qu'elle péchait par l'absence d'intérêt, et que l'impression qu'on en gardait était en somme assez triste.

Le mal y est représenté par quatre neveux et nièces de Plumet, presque toujours en scène et profondément égoïstes et cupides ; — le bien, par le héros de la pièce, un vieux célibataire d'une faiblesse de caractère exagérée et presque maladive; par Félix Plumet, une doublure de Desgenais, brave garçon au fond, mais viveur et noceur; par deux petits amoureux qu'on voit à peine, et par deux commandants retraités, oncles de Clémence Dutocq, qu'épouse Plumet au dénouement, personnages sympathiques mais grotesques. La partie n'est donc pas égale.

La récente et brillante reprise du Légataire universel à la Comédie-Française a donné un regain d'actualité aux pièces qui reposent sur une donnée analogue, et l'on s'est demandé une fois de plus si l'étincelante comédie de Regnard constituait réellement en son ensemble un spectacle amusant et gai.

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Les gourmets littéraires ont répondu « oui » presque à l'unaninfiilé. Qui oserait soutenir toutefois que, chez la majeure partie des auditeurs du Légataire, le plaisir n'est pas souvent troublé par un invincible sentiment de malaise ?

Cette impression ne se produit pas à la représentation du Malade imaginaire, parce que, ainsi que l'indique le titre, le héros n'est qu'un faus malade dont les ridicules travers Tont rire. Mais, à cette exception près, la vue de l'homme dont on se partage d'avance les dépouilles est toujours pénible et, si les auteurs du Teslament de César Girodot ont eu de nos jours un si franc succès de gaité, c'est qu'ils nous l'ont épargnée, en mettant ses héritiers aux prises seulement après sa mort,

18 mai 1840. — Opéra- Comique : ZANIÎTTA ou IL NK FAUT PAS JOCliR AVEC [.E FEU, opùra- comique en trois actes, paroles de Scribe et de Saint-Georges, musique d'Aubcr.

Ce sous-litre de Z«n^iïa a donné lieu récemment à une méprise assez drôle qui montre avec quelle facilité s'accréditent les erreurs dès qu'elles sont lancées dans la circulation.

Un critique, séduit par un rapprochement très piquant — s'il eût été exact — Qt remarquer que, par une singulière coïncidence, une pièce intitulée // ne faut pas jouer aaac le feu, avait été la première œuvre représentée sur un théâtre qui devait être un jour la proie des flammes. Or, l'inauguration de la seconde salle Favart a eu lieu le 16 mai 1840 et non le 18, avec te Pré aux Clercs et non avec Zanelta. Des courriéristes qui avaient donné tout d'abord l'indication précise, n'hésitèrent pas cependant à se contredire pour reproduire la seconde qui, je gage, trouvera place avant peu dans quelque dictionnaire. Le

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goût du merveilleux n'est pas né d'hier, et il ne mourra pas demain, malgré notre apparent scepticisme.

Ces répétitions successives d'erreurs sont fréquentes, et sans doute il nous est arrivé, à nous aussi, de tomber dans le piège involontairement tendu à notre bonne foi par nos devanciers. Pour employer une comparaison empruntée aux choses du théâtre, on peut dire qu'il en est de ces erreurs indéracinables comme des entrées de faveur, qu'il est plus aisé encore d'obtenir que de perdre. On me permettra de citer à ce propos un souvenir personnel.

Il y a quelques années, un théâtre où j'avais mes entrées change de directeur ; je crois devoir demander au nouvel imprésario la continuation de la faveur accordée par son prédécesseur; il me la refuse; j'insiste: nouveau refus. Une année s'écoule. Passant un soir devant le théâtre dont il s'agit, l'idée me vient de demander au chef du contrôle si mon nom est toujours porté sur son registre; le directeur n'avait oublié qu'une chose, de le faire rayer ; il y était et il y est encore.

19 mai 1694. — Théâtre-Français : ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME, comédie en un acte, de Regnard.

Colin aime Agathe, et Agathe aime Colin ; mais un bellâtre vient à passer, le cadet Dorante, et voilà deux amants malheureux !

Fort heureusement, Lisette et Pasquin se chargent de désabuser Agathe sur le compte du beau soupirant.

Lisette jouera le rôle d'une riche veuve pour les écus de laquelle Dorante avait jadis soupiré sans obtenir d'elle qu'elle se démasquât jamais ; Dorante, pris au piège, lui fera la cour ; Agathe entendra ses serments ; puis la soi-disant veuve donnera au jeune freluquet un rendez-

vous sous l'orme, où notre homme attendra vainement, mais où Colin et Agathe, réconciliés et suivis des gens de leur noce, viendront le retrouver et le railler.

Tel est, résumé en quelques lignes, le scénario bien simple de cette jolie petite pièce, qu'on a longtemps, et bien à tort, attribuée à Dufresny, car elle porte à chaque page l'estampille de ce bel esprit épicurien et sceptique qui a nom Regnard.

On l'a reprise aux Français en 1863. Goquelin était étourdissant de verve et de bonne humeur sous les traits de Pasqniu; Dinab Félix, malicieuse et spirituelle sous ceux de Lisette ; Rosa Didier et Rose Deschamps jouaient gentiment les rôles de Colin et d'Agathe.

Depuis, nous ne l'avons plus revue qu'à l'Opéra-Gomique, adroitement transformée en livret par MM, Préval et de Bonnières et joliment mise en musique par M. d'indy. Pourquoi ne pas la jouer à la fois sur les deux théâtres"? Ce serait double plaisir pour les amateurs.

20 mai 1«S4, — Tliéitre- Lyrique : MAITRB WOLFRAM,

opéra-comique en un acte, de Méry, musique d'Ernest Iteyer.

Une lithographie deLemud inspira, paraît-il, à Méry, l'idée de Muitro Wolfram.

Théophile Gautier, qui avait déjà écrit pour M. Reyer lo poi-me du Setam et devait écrire pour lui, plus tard, le livret de Sacountala, fut le collaborateur anonyme de Méry; nous lui devons notamment les jolis couplets d'Hélène :

Je croL3 ouir dans les bois

Uuc ïûix.

Le veut me parle à l'oreille, La fleur mn dit ses secrefa

Les iiliis frais, Et le ramier se conseille.

Voilà toute la genèse de ce gracieux et poétique ouvrage, qui, repris à rOpéra-Comique en 1873, avec addition de l'exquise mélodie des larmes, fut mieux accueilli encore qu*àsa première apparition.

Dans la liste des critiques qui rendirent compte de Maître Wolfram^ j'ai été surpris de trouver le nom d'Halévy. Le compte-rendu de Fauteur de la Juive est môme le seul qu'il donna cette année-là à la Gazette musicale, dont il était le collaborateur intermittent.

L'article se terminait ainsi :

« M. Méry, qui a prêté au jeune compositeur l'appui de sa brillante renommée, M. Seveste, Thabile et infatigable directeur du Théâtre-Lyrique, doivent être heureux de l'accueil véritablement sympathique que les artistes et le public ont fait au début de M. Ernest Reyer. »

« Quant à celui-ci, sa part est belle. Si le Selam n'a pas fait oublier le Désert, il n'en restera pas moins comme une composition où l'on trouve des idées riantes et fraîches, une instrumentation riche de détails piquants et imprévus. Aujourd'hui Maître Wolfram inaugure heureusement la carrière théâtrale de M. lleyer. J'aime à penser qu'il y a dans le jeune auteur du Selam et de Maître Wolfram l'avenir d'un compositeur. »

Le pronostic n'était pas trompeur.

21 mai 1808. — Ambigu-Comique : MADAME ANGOT AU SÉRAIL DE CONSTANTINOPLE, mélodrame comique en trois actes, par Aude.

Cette pièce a obtenu en son temps une vogue prodigieuse, et elle a eu la fortune singulière d'en inspirer une autre dont le succès a été plus éclatant encore. Dans son histoire du Palais-Royal, M. Eugène Hugot rap-

pelle une anecdote peu connue relative h cette oeuvre célèbre.

Un jour qu'il était installé dans un cabaret de la Courlille, Aude est témoin d'une dispute violente entre un forgeron et sa femme ; d'invectives en invectives, on arrive aux coups. Aude essaye en vain d'intervenir ; les girties redoublent. » Qui donc me débarrassera de femme, s'écrie tout à coup le mari, je la donnerais à bon murcbé. "

Aude est illuminé d'une idée subite: << Combien en voudriez-vous? dit-il au mari. — Pas cher. — Trente francs vous su(fisent-ils î — C'est plus qu'elle ne vaut, mais c'est égal, donnez et emmenez-la I •>

La pauvre femme qui était chaque jour victime des brutalités de son époux, suivit volontiers son acquéreur qui, ravi de son marché, fila avec elle le parfait amour | pendant plus d'un quart de siècle.

Qu'on parle, après cela, de la nécessité des choix très réfléchis. L'amour est commel'esprit, il soufie où il veut. C'est aussi un argument décisif en faveur du divorce par incompatibilité d'humeur.

Ce qui d('pl<iit à l'un fait lu bouhcur de l'autre.

32 mal 1854. — Vaudeville : LE MARBRIEtt, drame en trois actes, par Alexandre Dumas.

Alexandre Dumas n'aimait pas la crilique ; il ressemblait en ce point à beaucoup de ses confrères; il avait failli se battre en duel avec Jules Janin à l'occasion d'un compte rendu des Demoiselles de Saînt-Cyr ; volontiers il eût dit comme certain personnage d'une vieille comédie de L'grand :

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s'étonner si, jusqu'à la fin du dix-septiëme siècle, les seuls collaborateurs dont on ait retenu les noms Turent de Vizé et Thomas Corneille d'abord, puis Drueys et Palaprat.

Encore la collaboration de ces deux derniers est-elle très problématique, et des biographes dignes de fol n'ontils pas craint d'af&rmer que la part de travail de Palaprat se réduisait aux démarches que Brueys ne voulait pas faire lui-môme.

Je marcherai pour tous, vous j verrez pour moi.

25 mai 1870. - Opéra: COPPELIA ou LA FILLE AUX VEUX D'ÉMAIL, ballet en deux actes et trois Ubleaux, livret (le Ch. Nuitter, chorégraphie de Sainl-Lêon, musique de Léo Delibcs.

Copjiclia a été le premier grand succès théAtral de M. Léo Delihes.

Jusqu'en 1870, en effet, M. Léo Delihes n'avait écrit que des opérettes, de petits opéras-comiques, et une partie seulement du ballet de la Source, en collaboration avec M. Miukous.

Son nouvel ouvrage le plaça au premier rang parmi nos jeunes maîtres et lui conquit d'emblée la faveur du public, non seulement en France, où Le Roi l'a dit et Sijioia, Jean de Nivelle et Lahmè ont été successivement applaudis, mais à l'étranger, où le répertoire de M. Delihes n'a cessé d'être en honneur et où Coppelia, notamment, est restée au répertoire des opéras de Vienne et de Berlin.

A l'Académie de musique où les centièmes sont rares, la dernière qu'on ait fêtée est celle àe Coppelia. Vingtsept œuvres seulement, sur cent quatre-vingt-dix-sept, jouées depuis l'apparition de la Muette, ont atteint ce

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