Ç6 UNE PREMIÈRE PAR JOUR
chiiïre envié de représentations, chiffre rare surtout pour un ballet.
En voici la liste inédite que j'ai relevée sur les registres du théâtre :
Les quatre opéras de Meyerbeer ; Robert le Diable, les HuguenotSy le Prophète el U Africaine,
Cinq opéras d'Auber : la Muette, le Dieu et la Bayadère^ le Philtre, le Serment et Gustave III .
Trois d'Halévy : la Juive, la Tentation et la Reine de Chypre, La Tentation f comme le Dieu et la Bayadère, est, on le sait, un opéra-ballet.
Deux de Rossini : le Comte Ory et Guillaume TelL
Deux de Donizetli : la Favorite et Lucie.
Deux de Verdi : le Trouvère et Aida,
Don Juan, de Mozart, le Freischutz, de Weber; la Xacarilla, de Mariani; Fausty de Gounod, et Hamlet^ d'Ambroise Thomas.
Enfin les quatre ballets suivants : Giselle et le Diable à quatre y d'Adam ; la Sylphide , de Schneitzhœffer, et celui qui fait l'objet de cette causerie : Coppelia.
26 mai 1857. — Théâtre-Lyrique : LES NUITS D'ESPAGNE,
opéra-comique en deux actes, paroles de Michel Carré, musique de Th. Se met.
M. Semetestune des victimes de révolution qui s'est produite dans le goût musical en France, à la suite de la création des Concerts-Populaires, et sous l'influence chaque jour grandissante des maîtres de l'école allemande.
Lorsqu'il donna au Théâtre-Lyrique les Nuits d'Espagne^ M. Semet était simple timbalier à l'Opéra, où Gœdès devait être plus tard souffleur. 11 eut la bonne fortune de débuter à la scène par un succès.
Sa partition se recommandait par im heureux senti-
menl mélodique, une facturedistinguée, un« instrumentalion poinl banale; aussi M. Garvalho lui demanda t-il aussitôt un second ouvrage.
Ce second ouvrage, la Demoiselle d'honneur, représenté le 30 décembre de la même année, réussit moins que le premier.
Mais M. Semet prit bientôt sa revanche avec Gil blas, le 23 mai 18(iO. Peu de morceaux ont joui d'une popularité plus franche cl plus durable que la fameuse complainte " Sous le beau ciel de l'Espaî^ne », qu'enlevait si crânement madame Ugalde.
Un quatdème opéra-comique, V0ndine(7 janvier 1863), tomba à plat, malgré la présence, dans le rôle principal, de Charles Bataille, l'ancien chevrier du Val d'Andorre, et le futur sous-préfet d'Ancenis, sous le.gouvernement de la Défense nationale.
Six années se passèrent avant l'apparition, à l'Opéra- Comique, de la Petite Fadctle, qui, malgré de jolies pages et notamment la charmante ronde du Bois-Joli, fut froidement accueillie.
Cette insuccès découragea M. Semet.
La nécessité s'imposait alors aux successeurs d'Adam et de Clapisson, ou d'élargir leur manière, à l'exemple d'Ambroise Thomas, ou d'aborder carrément l'opérette.
M. Semet ne voulut ou ne put pas prendre un de ces deux partis, et resta désormais à l'écart.
Particularité bizarre, l'auteur de GilBlas se trouve ainsi avoir clos sa carrière artistique par une pièce portant le même nom que celle par laquelle il l'avait commencée.
En IH30, en effet, il avait écrit les couplets d'une Petite f'(nff(/e représentée aux Variétés et jouée par mademoiselle Favart, mais que je n'avait pas signalée plus haut comme son œuvre de début, vu son peu d'importance musicale.
27 mai 1735. - Théâtre-Français : LE RENDEZ- VOUS ou L'AMOUR SUPPOSÉ, comédie en un acte, en vers, de Fagan.
Une personne intéressée au mariage de deux jeunes gens qui se conviennent sous tous les rapports, mais qui ne songent pas l'un à Tautre, imagine, pour les amener à s'épouser, le moyen suivant :
Un procès les a mis en présence. Elle persuade alors à chacun d'eux qu'il a inspiré à l'autre une violente passion, puis elle leur ménage un entretien particulier, comptant — et l'événement ne tarde pas à lui donner raison — que de l'explication qu'ils auront ensemble naîtra une inclination véritable.
Telle est la donnée d'une des comédies en un acte le plus souvent jouées aux Français depuis vingt-cinq ans, les Projets de ma tante, d'Henri NicoUe.
Telle est aussi celle du Rendez-vous^ et, bien que le cadre et la mise en œuvre en soient différents, bien qu'il s'agisse ici, non des visées d'une tante, mais de celles d'un valet d'accord avec une soubrette, les deux pièces, toutes deux charmantes, se ressemblent trop, pour que l'auteur de la seconde ait vraisemblablement ignoré l'existence de la première.
Avant Fagan, du reste, Lafont avait déjà, dans son Amour vengéy traité le môme sujet, mais avec beaucoup moins de délicatesse et de grâce. Sous la Restauration, les auteurs d'un médiocre vaudeville intitulé Raymond s'en emparèrent à leur tour.
Nous aurons souvent l'occasion de répéter que ces emprunts successifs, intéressants à signaler sans doute, n'ont cependant aucune espèce d'importance? Les sujets dramatiques sont très limités. Qu'est-ce au fond que le théâtre, sinon un continuel recommencement ou, mieux, un continuel rajeunissement ?
28 mai lÔEO. — Théâtre du Petit- Bourbon ; SGANAREI.LE, comédie en un acte, en vers, de Molière.
li n'enlre pas dans !e cadre de ces causeries de discuter rétymologie du mot Sganarelle. Le Moliériste a traité cette question à fond : je renvoie les curieux à l'excellente revue de M. Monviil.
Quant i!i la pièce, c'est sans contredit une des plus gaies, des plus étincelantes de verve et de Fantaisie, parmi celles que Molière a écrites dans l'unique dessein de faire, comme il disait, rire les honnêtes gens.
La donnée en est en outre parfaitement innocente, et Louis XIV en jugeait bien ainsi, puisque, de toutes les comédies de Molière qui n'étaient pas mêlées à des ballets, c'est celle qu'il fit représenter le plus souvent devant lui.
Elle n'a contre elle que son sous-litre et l'usage un peu abusif peut-être du mot employé dans ce soustilre et que, du vivant même de Louis XIV, l'érudil Baillet remplaçait déjà pudiquement par un (1 suivi de trois étoiles.
Orle hasard avoulu que ce mot, très irrévérencieusement qualifié de • mot de Molière w, cessât précisément d'avoir cours dans la bonne société, peu d'années après la morldu grand écrivain, soit vers la fin du dix-septième siècle.
Au dix-huitième, on s'en effarouchait beaucoup, et lors, que en 1713 on représenla Sganarelle devant la cour, on jugea prudent de remplacer le sous-titre primitif par celui des Fausses Alarmes.
A ce nouveau sous-tiire, le sieur Gardy substitua, en 1802, d'abord celui du Portrait, puis celui du Mari qui se croit trompé, et fit, en outre, nous dit l'Almanacfi des Spectacles, « disparaître de ce charmant ouvrage tout ce qui pouvait blesser la délicatesse de nos caillettes ». La
pièce, ainsi retouchée, fut jouée sous TEmpire un assez grand nombre de fois.
De nos jours, on représente la comédie de Molière in extenso. Seulement, on a définitivement supprimé tout sous-litre sur raffiche.
Par ce moyen bien simple et dont on aurait pu s'aviser plus lot, on donne à la fois satisfaction, d'une part, aux amateurs pour qui toute altération du texte de Molière couslilue une profanation, de l'autre aux personnes qu'olliis([uerait la vue du fameux mot tracé en gros caraclères sur les colonnes Morris, et qui seraient tentées de dire avec le poète :
Par de pareils ol)jots les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées,
29 mai 1847. — Odéon : PYTIllAS ET DAMON, comédie on un acte et en vers, par le marquis de Belloy.
Très applaudie en son temps et très louée par Théophile Gautier, qui en salua l'apparition comme un événement littéraire, cette petite comédie a une histoire assez curieuse.
llefusce, comme tant d'autres, par le comité du Théâtre- Fran(;ais, elle trouva, comme tant d'autres aussi, un refuge î\ rodéon, où elle obtint un succès complet.
Remarquons en passant que Pythias et Damon est écrit en rimes croisées, comme le Tancvhlc de Voltaire, et que le rol(i lie Damon fut une des plus heureuses créations de Delaunay, durant son passage de trois années à l'Odéon. « Le récit de la liaison des deux amis, écrivait Théophile Gauli(;r en terminant son compte-rendu, a été dit par Delaunay avec une grâce railleuse, une verve attendrie, une jeunesse de voix, de regard et de geste, qui le met-
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tent au rang des premiers acleurs. » On doit avouer qu'il s'y est mninlenu.
Quatre ans plus tard, ta Comédie-Française représentait une autre pièce en vers du niar<iuis de Belloy, la Mal'aria, adaptation théâtrale d'un épisode du Purgalotre, de Dante.
Miiis ce drame trop triste lit une impression si lugubre sur le public et la censure que la piÈce fut retirée par ordre a|)rès quelques représentations.
l'oiir indemniser l'auteur, lésé par cette arbitraire interdiclion, le comité du Théltre-Français emprunta aloi-s au répertoire de l'Odéon Pylhias et Damon, qui, toujours intei'prCté par Delaunay, retrouva, rue Richelieu, son ancien succès.
30 mai 1833. - Opûra: QUiTTK POUR LA PEUB, comédie eci un acte, d'Altred du Vigny.
Noire catisorie d'aujourd'hui se réduira, ou peu s'en faut, à la transcription d'un programme .
Mais (jnel programme !
Le 30 nui 1833, on donnait à l'Opéra, au bénéfice de madame Dorval, une représentation extraordinaire ainsi composée ;
Premier acte du Pré auxClercs, alors dans tout l'attrait de la nouveauté, avec mademoiselleJenny Colon [Isabelle), au lieu de madame Casimir, créatrice du rûle.
2" acte de la Sylphide, ballet de SchneitzhœB'er, dansé pour la première fois par mademoiselle Duvernay.
-\' acte de Phèdre, de Pradon, joué en costumes du temps, par MM. Mireconrl, Tbérigny et la bénéficiaire.
i" acte de Phcdre, de Racine, avec mademoiselle Duchesriois pour la dernière fois (Phèdre), MM. Saint- Hilaire, David et madame Touzez.
Enfin la première représentation de Quitte pour la peur, esquisse de mœurs en 1799, ajoute le programme, avec Bocage (le duc), Provost (Tronchin), mademoiselle Dupont, Texcellenle soubrette des Français (Rosette), et madame Dorval (la duchesse).
Traitée avec infiniment d'esprit et de délicatesse, cette petite comédie, annoncée d'abord sous le titre de Jane Vaubernier, eut un grand et légitime succès.
Le sujet en est assez scabreux, puisque toute Tactioii se résume dans la rencontre passagère d*un mari et d'une femme qui, attachés chacun de son côté à une chaîne étrangère, ne se réunissent un soir que pour donner le change à l'opinion.
Mais, comme le dit très justement Alfred de Vigny dans sa préface, les esprits sérieux virent sur le champ qu'une question très grave était renfermée sous cette enveloppe légère, et l'auteur, qui avait pu craindre que sa pensée ne fut pas comprise, en fut très heureusement « quitte pour la peur».
31 Mai 1873. — Ambigu: TABARIN ou LES PARADES DU PONT NKUK, drame en cinq actes, avec prologue, par Eugène Grange et Xavier de Montépin.
Ce mélodrame assez amusant, mais imité de beaucoup d'autres, n'est pas de ceux qui laissent derrière eux une empreinte ineffaçable.
Dans une scène du quatrième acte où les auteurs avaient groupé un certain nombre de personnages célèbres, Corneille rivait assez vertement son clou au cardinal de Richelieu. C'est le seul souvenir bien net que j'aie gardé de cette pièce « historique ».
Le Tabarin de MM. Grange et de Montépin mérite cependant une mention, ne serait-ce que parce qu'il forme
un des anneaux de la chaîne des œuvres dramatiques, plus nombreuses qu'heureuses, inspirées par le pitre fameux du Pont Neuf.
Nos pères qualifiaient naïvement de sujets « vicieux « les sujets de pièces peu ou point scéniques.
Or, par une singulière attraction, ceUe de la difâculté vaincue, sans doute, ce sont ceux-là surtout, nous l'avons déjà signalé, que les dramaturges tiailent avec le plus de persistance.
Quel plus pauvre héros de théllire que Tabarin I
L'homme était, parail-il, un assez triste sire; l'artiste, un farceur plein de verve, mais d'une verve tellement gauloise, que la reproduction intégrale de ses parades les plus anodines serait absolument impossible au théâtre.
Or, presque tous les Ihéâlres ont eu leur Tabarin.
Le Palais-ltoyal, celui de Dumanoir et Deslandes; je ne sais quel théâtre du boulevard celui de Déaddé et Durât ; le Théâtre-Lyrique, l'opéra comique de ce nom, d'Alhoize, Andrel et Georges Bousquet; les Bouffes, le Tabarin duelliste, de MM. Gille, PurpiUe et Léon Pillant ; VAlhénée, le Mariage de Tabarin, de madame Thys; la Comcdie-Française, le Tabarin,deM. Paul Ferrier ; l'Opéra, celui de M. Pessard ; le Théâtre-Libre, enfin, la Femme de Tabarin, àe îi, Catulle Mendës.
Sans compter ceux que j'oublie ou qui sont restés en portefeuille, par exemple celui d'Henri Potier, répété au Théâtre-Lyrique en 1870, et celui que Petrus Borel,le fameux lycanthrope, se disposait à donnerau public lorsqu'il est mort.
Gageons, cependant, que la série n'est pas flniel