TREIZE ANS
« Mais, comme je ne veux pas, ajoutait-il, altérer la candeur de son âge, en excitant en elle une présomption mensongère, je dois dire que, ayant elle-même composé tous les chants, avec leur basse et un léger accompagnement de harpe, j'ai écrit la partition, ce qu'elle n'était pas en état de faire. Les morceaux d'ensemble ont été aussi rectifiés par moi^ cette composition exigeant une connaissance du théâtre que je serais bien fâché qu'elle eût acquise I »
Pour disposer favorablement le public à Tégard de mademoiselle Grétry, le direcleur du Journal de Paris aurait pu rééditer, à la suite de cette lettre, certain compliment assez joliment tourné et récité, trente ans auparavant, au Théâtre-Italien, le soir de la première représentation du Plutus de madame Hus, dont cette pièce était le début dramatique :
On vient souvent, messieurs, poar vous séduire. Par un long compliment mendier un succès.
Mais nous n'avons que deux mots à vous dire : L'auteur est une femme et vous êtes Français.
Soit par galanterie, soit par un sentiment de satisfaction réelle, les spectateurs applaudirent le mariage d'An'tonio. Mais, comme tant d'autres enfants prodiges, mademoiselle Grétry ne devait pas tenir ses promesses. Elle donna Tannée suivante, au même théâtre, un second opéra-comique, Toinette et Louis, qui fut moins bien accueilli que le premier.
Bientôt après elle se maria, ne fut pas heureuse en ménage, et mourut en 1793.
30 Juillet 1860. — Vaudeville : CE QUI PLAIT AUX FEMMES, pièce en Irois actes, en prose el en vers, mâlêe de chant et de danse, par Ponsard.
Cette pièce morale et singuliers était ane réponse au reproche, souvent adressé à l'auteur, de couler invariablement ses œuvres théâtrales dans le moule de la tragédie et de la comédie classiques.
On y voyait se succéder sans transition une sorte de proverbe en prose, où une comtesse ennuyée promettait sa main à celui de ses soupirants qui réussirait te mieux à l'amuser, une courte féerie en vers, et une scène de mélodrame, genre Jenni/Votivriére,oix la comtesse convenait que ce qui plaît le plus aux femmes, c'est... la charité.
Certains couplets de la Reine des fées surprirent agréablement les amateurs, habitués ans alexandrins un peu massifs de l'auteur de Lucrèce:
Déjà les brises plus chaudes Ont fondu les froids glaçons, Et posé des émeraudes Sur la pointe des buissons.
Les Alpes, longtemps muettes.
Retentissent de clochettes ; L'air se peuple d'alouettes Et la forêt de pinsons.
Pervenches et primevères Tendent au moineau mutin Leurs calices, légers verres Pleins des larmes dumatinj Au fond du muguet qu'il penche.
Il boit une perle blanche, Un saphir dans là pervenche, L'améthyste dans le thym.
Nous sommes la sève pure De l'herbe et de l'arbrisseau ; C'est notre voix qui murmure Dans ]e babil du ruisseau.
Quand Avril fait tout renaître, La vie à flots nous pénètre, Et notre âme heureuse d'être.
Monte au ciel avec l'oiseau.
Ce n'est pas encore du Gautier; on ne peut pas cependant refuser à ces vers de la grâce et de la fraîcheur.
Malheureusement Ponsard n'est gracieux que par accident et ces accidents sont rares ; TAllobroge reparaît vite ; j'en veux pour preuve cette déclaration inattendue faite un peu plus loin par la Heine des fées :
Une aristocratie importe à l'équilibre ; Rien ne sera debout si l'examen est libre.
L'auleur a évidemment oublié que c'est Titania qui parle, et non M. Mercier, de V Honneur et Vargent.
31 Juillet 1856. — Bouffes Parisiens, LK 66, opérette en un acte, paroles de Deforgcs et Laurenciii, musique d'Offenbach.
Dans son humoristique ouvrage sur les Bouffes-Parisiens, M. Albert de L.isalle a partagé en six époques rhisloire de ce petit Ihéâlre.
Première époque : Saynètes ne comportant pas plus de deux personnages. Pièce d'inauguration: la Nuithlanche (5 juillet 1855).
Deuxième époque: Opéreltes en un acte à quatre personnages au plus. ( Ba-ta-clan^ 29 décembre de la môme année.)
Troisième époque : Figuration par un certain nombre d'arlistes sans rôles, mais pouvant chanter chacun un
morceau. [Les Petits Prodiges, 19 novembre 1857.
Quatrième époque: Ouvrages en un acte et deux tableaux pouvant mettre en scônejusqu'à cinq personnages. {Bruschino, 28 décembre 1837.)
Cinquième époque : Pièces en un acte avec chœurs et nombre illimité de personnages. {Mesdames de la Halle, 3 mars 18S8.)
Sixième époque : Opérettes en un nombre illimité de tableaux. (Orphée aux Enfers.)
De concessions en concessions, OITenbach était arrivé en trois ans à ses fins : il était aussi complètement libre sur son petit théâtre que n'importe quel direcleur l'est aujourd'hui surie sien.
Eh bien, ces courtes saynètes qu'Offenbach a écrites au début de sa carrière, gêné par des entraves de toute sorte, ne constituent pas la partie ta moins agréable de son œuvre, et bon nombre de sesgrandesopéretLes seront depuis longtemps oubliées, qu'on se souviendra encore avec plaisir des spirituelles pochades musicales qui ont pour titres: les deux Aveugles, le Violoneux et le 66.
1er août 1793 — Théâtre de la Nation : PAMÉLA ou LA VERTU RÉCOMPENSÉE, comédie en cinq actes, en vers, de François de Neufchâteau.
Cette date du 1«^ août 1793 est une des plus intéressantes à retenir de l'histoire du théâtre français, car c'est à la suite de la représentation de Paméla qu'un groupe considérable de comédiens furent décrétés d'accusation parle comité de salut public.
Dès la première représentation de Charles IX^ de Chénier, le 14 novembre 1789, de graves dissentiments avaient éclaté entre les acteurs de la Comédie-Française, désormais partagés en deux camps, celui de Vescadre rouge ou des avayicés, avec Talma, Dugazon, mademoiselle Veslris, et celui des noirs ou des aristocrates, avec Naudet, Larive, mesdemoiselles Contât et Raucourt.
La querelle s'envenima à un tel point que Talma, exagérant , sans aucun doute, les dangers que lui faisait courir l'animosité de quelques-uns de ses collègues, déclara, dans une lettre adressée aux journaux, « qu'il ne sortirait plus qu'armé, pour prévenir toute insulte, ou pour la repousser de manière à dégoûter les spadassins d'une nouvelle tentative. »
A la clôture de la saison théâtrale de 1790-1791 eut lieu
la séparationdéBnîtivsdes comédiens. Les « aristocrates» restèrent au faubourg Saint- Germain et les républicains s'installèrent à l'entrée de la rue Richelieu.
Une lutte à outrance s'engagea alors entre les deux troupes à coups de tragédie.
A l'Henri Vin de Chénier, joué par les républicains, les aristocrates opposèrent uu Marius à Mintumes réactionnaire, d'ArnauU; àun Caïus (?raccAMj révolutionnaire, ils répondirentpar le fameux Amides lois, de Laya-
Pamêla mit un terme à cette lutte d'un nouveau genre. Certes, celte anodine adaptation du fameux romande Ricbardson n'était guère marquée « d'incivisme », comme on disait alors. L'auteur se prêta même, avec une bonne grâce sans égale, à toutes les modifications qu'on jugea bon de lui demander. On ne l'en accusa pas moins d'avoir écrit une œuvre qui, « tendait à faire regretter les privilèges de la noblesse. »
Du 3 au 4 septembre 1703, on arrêta en masse les artistes composant la troupe du faubourg Saint-Germain. Les hommes furent envoyés aux Madelonneltes ; les femmes à Sainte-Pélagie.
On sait que les uns et les autres n'échappèrent à la mort que grftce au dévouement d'un ancien acleur, Charles de la Bussière, employé au Comité de salut public. Mais nous n'avons pas à faire le récit de leur captivité, et nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir plus de détails sur ce sombre chapitre de l'histoire du théâtre, au livre qui nous a, à nous-même, servi de guide, le Thàétre de la Révoluiion, de M , Welschinger.
2 août 1694 — Théâtre -Krançais: LK CAb'É, comédie en un acte, par Jean-Baptiste Rousseau.
« Ce fameux poète, écrivait, il y a cent vingt-deux ans,
l'auteur du Dictionnaire portatif des théâtres^ est trop connu par ses talents et ses infortunes, et ses ouvrages sont trop estimés, pour qu'il soit nécessaire de s'étendre à son sujet.»
Pauvre Jean-Baptiste Rousseau ! On ne lit plus guère ses odes; on lit encore moins ses pièces, et, si nous mentionnons celle-ci, c'est qu'elle a inspiré une épigramme assez drôle dont l'auteur, faisant allusion au titre de la pièce, le Caféy disait :
Il ressusciterait un mort.
Et sur son sujet sans effort Rousseau pouvait charmer l'oreille :
Au lieu qu'à sa pièce on sommeille.
Ce n'est que chez lui qu'il endort!
Si J. B. Rousseau eût usé et abusé comme Voltaire de ce « poison lent )),il se serait peut-être donné à lui-même un peu de ce « diable au corps » qui lui fait défaut. Delille, lui aussi, a chanté le café et il semble qu'il ait eu surtout du goût pour le pavot.
3 août 1829. — Académie royale de musique : GUILLAUME TELL, opéra en quatre actes, paroles d'Hippolyte Bis et de Jouy, musique de Rossini, divertissement d'Aumer.
Le lecteur n'attend pas de nous une analyse ni même une appréciation d'ensemble de ce chef-d'œuvre.
Contentons-nous de grouper quelques détails de statistique inédits ou peu connus, mais dont nous garantissons en tout cas l'exactitude, car nous avons puisé nos renseignements aux sources mêmes, soit aux archives de l'Opéra.
On a dit que(7Ut7^aum& Tf»// avait été assez froidement accueilli à l'origine : rien n'est plus juste, et la meilleure preuve, c'est le chiffre relativement peu élevé de repré-
sentations obtenu par cet opéra dans les années qui suivirent son apparition.
Si on le rapproche, par exemple, de la Muette, qui, au 1" janvier 1830, avait déjà été jouée quatre-vingUune fois, on verra que l'oeuvre d'Auber a compté, en 1830, sept représentations de plus que celle de Rossini, cinq en 1831 et onze en 183â.
Encore, dès le i" juin 1831, Guillaume Tell avait-il été réduit en trois actes, pour accompagner le ballet de la Somnambule.
Le 5 août de la même année, une mutilation plus grave avait été opérée : on avait donné le deuxiËme acte seul, mais avec la mention sur l'aTiiche, par extraordinaire, sorte d'excuse publique faite par l'administration à l'auteur.
Il est vrai que, le 14 septembre suivant, le deuxième acte fut joué seul et sans mention aucune, comme il devait l'Être tant de fois par la suite. Est-ce h titre de flcbe de consolation pour le compositeur qu'on exécuta souvent, à cette époque, l'ouverture de Guillaume Tell entre deux pièces du répertoire?
Même en 1837, lorsque Duprez prit possession, avec tantd'éclal, du rôle d'Arnold, ce fut la version en trois actes et non in extenso qu'on exécuta à l'Opéra. La pièce se terminait sur l'air : «Asile héréditaire », chanté à la suite du troisième acte, dans le décor de la cabane,
A M. Alphonse Royer revient l'honneur d'avoir, en 18S6, rétabli Guillaume Tell dans son intégrité.
En résumé, au 31 décembre 1886, le chef-d'œuvre de Rossini comptait sept cent trente-six représentations, dont une du premier acte seul, soixante-trois du deuxième acte isolé, deux cent quatorze â&s trois premiers actes seuls, neufda troisième acte avec adjonction d'un
quatrième tableau, quatre cent quarante-neuf ^ eafin, de l'ouvrage in extenso,
4 août 1794. — Salle Favart : LES ÉPREUVES DU RÉPUBLI- CAIN, opéra-comiqae en trois actes, paroles de Laugier, musique de Ghampein.
Veut-on connaître les sentiments d'un des héros de cette pièce patriotique ?
Je suis humaiii; je suis sensible, La haine fatigue mon cœur ; Vois-je un traître, je suis terrible...
A son aspect j'entre eu fureur!
« Je suis sensible ! » Jamais le mot de sensibilité ne fut plus en honneur qu'au moment où Ton pratiquait le moins la chose.
On a remarqué que le premier numéro du Mercure^ paru après les massacres de septembre, s'ouvrait par une pièce de vers pleine de sensibilité intitulée : « Aux mânes de mon serin ».
Au théâtre, on donnait les Délassements de l'âme sensiblCf par d'Arnaud, les Plaisirs de l'homme sensible ou les bienfaits dhin jeune homme^ de Moucheron.
N'oublions pas /e Vuidanfjeur sensidZe, de Marchand et Nougaret.... Après tout, la sensibilité n'est le privilège d'aucune classe.
Quant à la pièce de Ghampein, elle passa à peu près inaperçue. L'auteurne devait plus retrouver le succès qu'il avait obtenu, au début de sa carrière, avec la Mêlomanie ; on l'oublia peuàpeu et il mourut dans la misère, en 1830.
S août 1798. — Salle FdTarl : LE RENDEZ-VOUS SUPPOSÉ, opéra-comique en deui actes, paroles de Pujouli, musique de Berton. — Salle Feydeau : LES PROJETS DE MARIAGE, comédie en un acte, par Alexandre Diival.
Bien qu'à la suite de la proclamalion de la liberté des tbéâtres, en 1791 , il se fût ouvert à Paris un grand nombre de salles de spectacles et qu'il y en eût en, un moment, près de cinquante à la fuis, le public n'apportait pas aux choses du théâtre la curiosité qu'il y attache aujourd'hui; les journaux ne s'en occupaient qu'accidentellement, et l'on donnait, sans que personne s'en émût, deux premières représentations le même soir.
Le Rendez-vous supposé, et /es PfVjels de mariage nous en fournissent un exemple.
Les auteurs de ces deux pièces n'étaient cependant pas les premiers venus : Berlon avait déjà donné plusieurs opéras-comiques bien accueillis, et Alexandre Duval avait fait jouer, deux ans auparavant, sa remarquable comédie de la Jeunesse de Richelieu.
L'éclatant succès obtenu l'hiver suivant par Berlon avec Montana H Stéphanie fit vite oublier le Rendez-vous supposé. Quant aux Projets de mariage, imbroglio assez gai, imité par Alexandre Duval d'une comédie italienne ils se maintircnt au répertoire, et, comme (es Héritiers, du mSme auteur, servirent longtemps de lever de rideau à des pièces plus importantes.
6 août 1835. — Opéra-Comique : LES DEUX REINES, opéracomique en un acte, paroles de Frédéric Soulié el Arnould, musique de Monpou.
On ne se souvient plus des opéras-comiques de Monpou, dont aucun ne s'est maintenu au répertoire, bien
qu*ils se recommandent presque tous par une certaine fraîcheur d'inspiration et par une recherche parfois heureuse de combinaisons rythmiques originales.
Quelques morceaux ont survécu, il est vrai, à ces ouvrages oubliés : tels les couplets du « Bengali », du Planteur ; tel, Tair « Mon doux pays des Ëspagnes », de Piquillo; telle surtout la romance <( Adieu, mon beau navire », des Deux Reines .
Mais ce qui a contribué plus que tout le reste à la réputation, à la popularité même de Monpou, c'est une simple romance qui a été pour son auteur ce qu*a été
de nos jours <( Mandolinata » pour M. Paladilhe, une romance que tout le monde a chantée, que tout les orgues de Barbarie ont jouée, et dontle lecteur a certainement le premier vers sur les lèvres :
Avez-vous vu dans Barcelone, etc., etc.
7 Août 1855. — Palais-Royal : LES PRÉaEUX, comédie en un acte« mêlée de chant, par Labiche, Marc Michel et Lefranc.
Nous ne savons pas pourquoi cet amusant vaudeville ne figure pas dans la collection des œuvres choisies de M. Eugène Labiche.
La donnée en est originale et les mots drôles y abondent.
Trois ratés de la littérature et des arts, se trouvant dans le voisinage d'une maison de campagne habitée par deux bas -bleus, madame Gandin et sa fille Delphine, imaginent de s'y faire héberger gratis, à l'aide d'un stratagème.
Un d'entre eux, Valtravers, l'auteur d'une « symphonie du Silence », joue le rôle d'un noyé, et ses amis l'ap-
portent ruisselant au château, racontant qu'il a failli 6lre victime de son dévouement en se jetant à l'eau pour disputer aux flots un notaire. (Pourquoi pas un poète? Ce serait plus intéressant pour ces Bélises.)
Touchées de compassion, les deux femmes accueillent avec empressement les étrangers, qui, comblés d'attentions de toutes sortes, passent leur temps, l'un, Ulric, & déblatérer contre l'Académie, qu'il appelle dédaigneusement « M. l'Académie française »; l'autre, Verlchoisi, à projeter un tableau représentant Jupiter et Léda, malgré les conseils d'UIric, qui lui dit : « Tu veux faire un tableau, insensé!... Tu veux donc prêter le flanc à la critique?... Crois-moi, ne fais rien, et reste un véritable artiste I »
Seul, Valtravers ne s'amuse que médiocrement, parce que sa situation de noyé convalescent le condamne à garder le lit et à faire maigre chÈre.
L'arrivée de M. Gaudin, qui était en voyage, vient troubler la quiétude des trois amis.
On les démasque, et, comme on ne demande pas de vraisemblance à un vaudeville, tous trois, pris d'un beau zèle, s'engagent comme chauffeurs dans l'usine dont M. Gaudin est directeur.
Il est probable qu'ils n'y feront pas feu qui dure.
8 Août iS59, — Gymnase : RISEITK, ou LES MILLIONS DE LA MANSARDE, comédie -vaudeville en un acte, d'Edmond About.
Cette petite pièce a obtenu un succès très vif, surtout en province, où l'on est moins sceptique qu'à Paris, et où l'on croit plus facilement à l'amour platonique d'une grisette pour un jeune inconnu qui répond invariablement
au nom de « monsieur Gustave » ou de « monsieur Jules ».
On peut s* étonner qu'Edmond About, si sceptique luimême, ait écrit cette berquinade, agréable d'ailleurs, et qui se dénoue, comme les vieux vaudevilles, par Tintervention providentielle d'un oncle d'Amérique.
Dans son curieux ouvrage sur la « collaboration au théâtre », Goizet cite, comme exemple de collaboration anonyme, celle de M. Francisque Sarcey, pour Risette ou les Millions de la mansarde,
La chose est possible ; mais , ce qui est certain, c'est que le critique du Temps ne figure pas dans le catalogue de la Société des auteurs dramatiques, comme ayant un droit d'auteur quelconque sur cette pièce. Il est probable, du reste, que possédant, à défiiut delà pratique, la connaissance très grande du théâtre, il aura été surtout un conseiller.
9 Août 1860. — Comédie-Française ; L'AFRICAIN, drame
en quatre actes, de Charles Edmond.
Celte pièce méritait mieux que le succès d'estime qu'elle a obtenu dans sa nouveauté, et la lecture en est encore aujourd'hui attachante.
Un viveur, criblé de dettes, le comte Malléi, s'est expatrié, abandonnant sa femme, qui, sur la fausse nouvelle de sa mort, a épousé en secondes noces un diplomate, M. de Lancry. Une fille, Lucile, est née de son premier mariage , peu de temps après le départ du comte.
M. de Lancry a élevé Lucile comme s'il était son père, et celle-ci va atteindre sa majorité, lorsqu'un beau jour reparaît iMattéi, réclamant sa femme et son enfant.
On voit d'ici les « scènes à faire », comme on dit aujourd'hui : celle entre le comte et madame de Lancry; celle entre les deux bommes, le père véritable et le père d'adoption.
La première se dénoue par un coup de théâtre d'un grand effet : Lucile entre à l'improviste, et sa mère, regardant fixement le comte, la lui présente en ces termes : « Ma Site, née quelques mois après le départ... aprÉs la mort de mon premier mari, n
La seconde n'est pas moins bien conduite et sa termine par ces simples mots de M. de Lancry : m Ecoutez ce que je vais dire à Lucile, et je vous défie ensuite de vous nommer devant elle. »
C'est le mouvement du dernier acte d'Odette. Comme l'héroïne de Sardou, comme le père du Filleul de Pom. pignac, le comte Mattéi comprend qu'il ne peut se nommer sans faire le malheur de son enfant. Il disparaîtra, mais cette fois pour toujours.
Certes, une telle situation n'est point banale. On l'a retournée de bien des façons depuis vingt-sept ans ; mais il nous semble que l'auteur dramatique qui, le premier, l'a portée sur la scène, avait droit à un souvenir.
10 Août 1863. — Variaés : LA LIBERTÉ DES THÉÂTRES,
salmigondis eii cinq actes, par Gogniard et Clairville.
Salmigondis ! Un tel titre convient bien à cette amusante revue, un des modèles du genre, où, sous une forme burlesque, les auteurs ont traduit à merveille l'espèce d'affolement qui s'empara de tous les directeurs des scènes parisiennes, au lendemain de la proclamation de la liberté des théâtres.
Comme le disait un spirituel académicien, dans un
charmant à-propos qu'il a négligé de faire figurer parmi ses « œuvres complètes » :
Grâce à certain décret paru ces jours derniers, On pourra bientôt, sans entraves, Jouer Otello dans les caves Et les Troyens dans les greniers.
Si Ton ne joua pas Otello dans les caves, on monta Norinaci Tartuffe à la Porte-Saint-Martin, le Devin du village au Vaudeville; puis on se lassa de ces essais de décenlralisation, médiocrement fructueux,
Et tout rentra bientôt dans l'ordre accoutumé.
En attendant, Cogniard et Clairville avaient, eux aussi, mis fi profit la liberté des théâtres pour intercaler dans leur revue un spécimen de tous les genres alors en faveur, y compris le drame mililaire à grand spectacle.
Ce dernier épisode est môme le plus amusant de tous. Il y a h\ une scène de siège d'une fantaisie tout à fait réjouissante. Deux forteresses garnissent les deux côtés du théâtre. Les assaillants braquent leurs canons sur celle de droite. On fait feu de toutes pièces, et, par suite d*une erreur des machinistes, c'est celle de gauche qui s*écroule avec fracas 1
La Liberté des théâtres peut servir de pendant à cet autre « salmigondis » de Uumanoir et Clairville, dont nous parlerons plus loin, et qui a nom les Folies drama^ tiques,
11 août 1810. — Théâtre-Français : LES DEUX GENDRES,
comédie en cinq actes, en vers, d'Etienne.
Les Deux Gendres ont été le grand succès de comédie du premier Empire, comme les Templiers en ont été le grand succès tragique.
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Celte pièce est restée célèbre à cause de l'accusation de plagiat à laquelle elle exposa son auteur ; mais on ne la lit plus guère, et le fait est que l'inlrigue en paraît aujourd'hui assez pauvre, la versiilcation cruellement prosaïque, et que la ruse finale imaginée par le beaupère pour démasquer ses gendres ingrats est d'une simplicité un peu bien naïve.
Quant à la moralité de l'œuvre, elle se résume à merveille dans cette maxime prudhommesque du héros d'une très amusante parodie des Devoi Oendres, par Dumersan ; Il Ne donnons jamais rien h. nos enfants, si nous voulons qu'ils aient une reconnaissance égale à nos bienfaits! »
Que resle-t-il donc de cette comédie si applaudie autrerois? Il en reste une quantité de traits piquants dont le temps n'a pas trop émoussé la pointe, de mots à l'emporte-pièce, de portraits finement et lestement esquissés.
Ici ce sont les rastaquouères de l'époque que flagelle l'auteur ;
Quelques seigneurs venus des pays étrangers, Qui s'en"orcent en vain de paraître légers.
Là, les parvenus véreux
Qui se sont fait un nom k force de mépris.
Ailleurs, c'est un faux philanthrope que l'auteur prend
plaisamment à partie :
L'humanité pourtant respire en vos écrits !
Vous j plaif^nez le sort des nègres de l'Afrique, Et vous ne pouvei oas {jarder un domestique I
Nous n'aurions à cet égard que l'embarras du choix.
Aussi lorsque, quelque temps après la première repré- .
sentation des Deux Gendres, Etienne fut élu membre
de rÂcadémie française, ses amis de rinsiitui lui anaoncèrent-ils sa nomination par un billet laconique qui ne contenait que ce simple extrait des Actes des Apôtres; Et elegerunt Stephamo7i, virum plénum Spiritu.
12 août 1865, — Vaudeville: LES DEUX SOEURS, drame en trois actes, d'Emile de Girardin. — Ambigu: PRINCESSE ET FAVORITE, drame en cinq actes, de Michel Carré et Jules
Barbier.
La première représentation des Deuas Sœurt était at* tendue avec une très vive curiosité.
L'auteur n'avait pas pardonné à Alexandre Dumas fils les modifications apportées par lui à sou manuscrit du Supplice (Tune femme, modifications qui n'avaient cependant pas été étrangères à Timmense succès de ce drame.
Aussi avait-il eu soin de faire annoncer partout que les Deux Sœurs étaient d'Emile de Girardin tout seuL
Le succès ne répondit pas à son attente, et sa pièce tomba lourdement,
La première des Deiix Sœurs n'en fit pas moins tort à celle de Princesse et Favorite^ drame de Michel Gari^ cL Jules Barbier, donné le môme soir à l'Ambigu, oîi la moitié des stalles étaient inoccupées, tandis qu'on s'entassait au Vaudeville.
S'il faut s'en rapporter aux indications du catalogue de la Société des auteurs dramatiques, un troisième collaborateur aurait travaillé à Priyicesse et Favorite^ et ce troisième collaborateur ne serait autre qu'Emile Augier.
Or, dans sa préface de Clairvin père et fils, préface à laquelle j'ai déjà fait allusion, M. Yalabrègue dit tenir d'Emile Augier que l'auteur de l'Aventurière avait, «vmnt la CiâTué', présenté plusieurs pièces auxtiiéitresdubonle^
Tard, mais qu'oa ne les avait pas jouées « parce qu'on
les trouvait trop lilléraires. »
Princesse et Favorite ne serait-elle pas une de ces pièces ?
11 a là un mystère à éclaircir.
13 août 1749. — Théâtre- Français : LE FAUX SAVANT, comÉJiu en trois actes, par Da Vaure.
Les habîLuâs des concours du Conservatoire furent bien surpris lorsque, il y a quelques années, ils Tirent une scène de cette pièce parfaitement oubliée figurer sur le programme du concours de comédie.
Régnier aviiit eu l'idée de l'exhumer, parce qu'elle convenait ft merveille à son élève, mademoiselle Jeanne Samary ; celle-ci, en effet, y fut charmante et obtint haut la main son premier prix.
Ce fut, pour les amateurs, une occasion de relire le Fav^ Savant.
La comédie de Du Vaure est, au fond, assez banale. Mais le dialogue en est gai J quelques scènes en sont agréablement conduites ; on y rencontre surtout un per-^ sonnage plaisamment dessiné, le précepteur Timantoni, sorte de cuistre italien, féroce sur les principes, très coulant en réalité, fermant volontiers les yeux, comme le fera plus tard son arrière-neveu Pétillon, sur les incartades de son élève et qui, s'aplaudissant de sa conduite, s'écrie ingénument à la lin : « Quand je pense que trois i années de peines et de soins ne m'auraient pas valu ce que je viens de gagner en un quart d'heure d'ambassade amoureuse, je ne m'étonne pas si tant d'honnêtes gens font ce métier! »
C'est la mise en pratique du conseil qne donnait je ne sais quelle coquette à son cuisinier: « Croyez-moi, mon
14 aott 1777. — Ti.llTz^Jnz'r.iJSi L AlUXT B^HTIRl". c<^
On îl:: q-rllr éx:.::- :.:zi:î:ie c^<i5;& on j'^Mir Tauii:L:e Ci lî r^p74i*2iiù:- df :fî;e p:è-:^ i certain capit: jI niif qi: *'*e=ipr^5i ie l;-:.fri:r\? p^ir^re qa>Ue était
Par suile d'ime pr^dile-rwizn toute spéciale dont j'ignore là c^iuse. M. Ballande i risiiatena constamment /Vl- ;/^crv^ Byx-^-^'j.. d'ahord au répertoire de ses matinées littéraires, puis à ce!ui du troisième thêltre français. La dernière reprise de celtecomédie. rue Richelien, remonte à l'année 1859.
L'Amant Bourru, passe pour la meilleure pièce de Monvel.
D'aucuns ont prétendu, que le meilleur ouvrage du comédien auteur était... saQlIe, mademoiselle Mars.
L'un n'empêche pas l'autre.
15 août 1859. — Opéra : LE RETOUR DE L ARMÉE, cantate
d'Alphonse Royer, musique de Govaërl.
J'ai vainement consulté et compulsé tous les recueils dramatiques, je n'ai trouvé, pour le 15 août, d'autres éphéméridcs que des cantates et un à propos révolutionnaire, la Journée du Vatican, Il y a eu des premières dignes d'ûtre signalées tous les jours de l'année, excepté celui-là.
Le second Empire a fait une énorme consommation de cantates. Ce n'est cependant qu'en 1859 que la fête du souverain a été célébrée pour la première fois à l'Opéra par un à-propos inédit. Dès lors, les cantates se succédé-
rent assez régulièrement, chaque 15 août, jusqu'en 1869. Voici la liste de ces compositions de circonstance : 18S9 : Le Retour de l'armée, paroles d'AIplionse Royer, musique de Gevaërt. Remarquons en passant qu'Alphonse Royer était alors directeur de l'Opéra et avait, en celte occasion, suivi l'exemple de son collègue du Tliéâtrc-Lyrique, M. Carvalho, qui, lui aussi, avait fait exécuter, trois ans auparavant, sur la scène qu'il administrait, une cantate de sa composition.
18G0 : Le Quinze Août, paroles de X..., musique de Maillart.
1861 : La France, paroles de Pacini, musique d'Eugène Gautier,
1862 : La Fête de l'emperetir, paroles de Nérée Désarbres, musique de Semet.
18C3 : Mexico, paroles d'Edouard Fournier, musique de Gaslinel.
186-i : cantate, sans titre, de Meilhac et Halévy, musique de Daprato.
1863 : Alger, paroles de Méry, musique de Léo Delibes. 1867 : A Napoléon III et à son vaillant peuple, hymne de
Pacini, musique de Rossinî.
1869, enfin : le Centenaire de Napoléon I", paroles d'AU béric Second, musique de Nibelle.
Ne disons pas trop de mal de ces pauvres cantates, diui intérêt artistique médiocre, sans doute, mais qui, pour beaucoup de compositeurs, ont été un encouragement et un acheminement à des travaux plus sérieux.
16 août 1821 . — Gymnase : LE MARIAGE ENFANTIN, vaudeville en un acte, de Scribe et Germain Delavigne.
Le •* juin précédent, Scribe avait donné au même théâtre la Petite Sœur avec Virginie Déjazet, alors dans