IH UNE PREMIÈRE PAR JOUR
de Collé, Dupuis^ domine Tégoïsme dans son acception habituelle, le souci du bien-être de chaque jour ; chez le père de Geneviève, il se môle à. cette préoccupation mar térielle, un sentiment d'une nature plus délicate, plus difficile à définir, plus moderne: mâme, pourrait-on ajouter.
Clérambourg se sent jaloux par avance* du mari de sa fiUe, et il aime Geneviève un peu comme Tribouletaime Blanche, avec une passion ombrageuse qui,, sans l'extrême habileté de Scribe, eût paru choquante. Gautier ne craignit pas, en y faisant allusion,, de prononcer le gros mot d' « inceste moral ».
En somme, la comédie de Scribe est plus spéciale et plus raffinée ; celle de Collé plus foncièrement humaine et plus simple. Toutes deux pourraient avoir pour épigraphe certaine phrase de Sganarelle dans; V Amour Mé^ decin :
«A-t-on jamais rien vu de plus tyrannique que cette coutume où l'on veut assujettir les pères, rien do plus impertinent et de plus ridicule que d'amasser du bien avec de grands travaux, et d'élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de Tun et de l'autre entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien ? Non, non, je me moque de cet usage, et je veux garder mon bien et ma fille pour moi ».
IB janvier 1851. — Théâtre de Nantes : LE VISIONNAIRE, opéra-comicpie en un acte, paroles de Loria et Perrot, musique d'Aristide Hignard.
Le Visionnaire est le premier essai dramatique d'un compositeur très heureusement doué, mais victime, comme tant d'autres, de la mauvaise chance;.
Il avait déjà donné, soit au Théâtre-Lyrique, soit aux
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Bouffes, un certain nombre d'opéras-comiques et d'opérettes généralemBnt bien accueillis, et fait paraîtra plusieurs recueils de musique vocale et inatrumantale, entre autres une originale suite de « valses concer* tantes » pour piano à quatre mains, lorsqu'il entreprit la composition d'une tragédie lyrique d'/fumtet, dont la succès devait 6tre le couronnement de sa carrière artistique.
Malheureusement Âmbrotse Thomas travaillait à un Hamlet, M. Hignard dut s'effacer devant un concurrent aussi redoutable et n'eut d'autre ressource que de publier son œuvre transcrite pour piano et chant.
Celte transcription est précédée d'un court avantpropos où le compositeur appelle l'attention du public sur une innovation à laquelle il attache une grande importance, (( l'intercalalion, dans le chant, d'une déclamation soutenue par des mouvements d'orchestre ».
Or ce procédé ressemble fort à celui auquel a eu recours, récemment, l'auteur de Manon, qui, en soutenant également certaines phrases de « dialogue parlé » piir des « mouvements d'orchestre », a cru de très bonne foi faire une innovation, quand il s'appropriait, sans s'en douter, celle de M. Hignard.
19 Janvier 1857. — TliÉàtre-Italien : Jlir.OLinTO, op^'^ra en quatre actes, livret de Piave, musique de Verdi, repriisealû en France pour la première fois.
Le a mars 1851, RiVjoieffo avait été joué pour la première fois à Venise, et quelques jours après cette mémorable représentation, le correspondant italien de la GtizeUn nxuiicale de Paris adressait fk ce journal le laconique compte rendu que voici :
« La partition est pauvre de méludies, et, pluiùt que
de chercher à modeler son harmonie sur les grands maîtres de Vécole allemande^ la critique italienne trouve que le compositeur ne ferait pas mal de retremper ses idées mélodiques à la source de Rossini et de Bellini 1 »
Vingt ans plus tard, il est vrai, Tauteur du « Mémorial du théâtre lyrique » appréciant en termes élogieux la reprise, à ce théâtre, de Rigoletto^ — reprise qui avait suivi de près la première représentation des Troyens, de Berlioz — qualifiait l'opéra de Verdi de « désinfectant trouvé à point pour chasser les miasmes laissés par les Troyens ! »
Or Rigoletto est universellement considéré aujourd'hui comme le chef-d'œuvre de son auteur, et l'immense succès de la Damnation de Faust a déterminé, en faveur de Berlioz, une réaction dont toutes ses grandes productions, les Troyens notamment, ont justement et largement profité.
On se lasserait à compter les erreurs des critiques et nous le ferons le moins possible. Il leur arrive souvent aussi d'avoir raison ; mais il est vrai que cela paraît tout naturel et qu'on n'y fait pas attention.
20 Janvier 1866. — Gymnase : HÉLOISK PARANQUET, pièce en quatre actes, d'Armand Durantin.
Je ne raconterai pas de nouveau l'histoire bien connue de cette œuvre intéressante, qui, jusqu'à sa quatrevingtième représentation, fut jouée sans qu'aucun nom d'auteur figurât sur l'affiche, et au succès de laquelle ne contribua pas peu la collaboration anonyme d'Alexandre Dumas fils.
Il me paraît plus curieux de relever quelques-unes des inexactitudes dont fourmille, au point de vue légal, une
pièce qui a cependant des prétentions juridiques, et qu'on s'amusa mfime, pour ce motif, h. attribuer à M. Duranton, célèbre professeur de droit d'alors, au lieu de Jfl. Duranlin. N'oublions pas que M. Duranlin élaît luimême avocat, et fils d'un conseiller à )a cour de Paris.
Dès le début, de Sableuse indique que, le Jour où il voudra reconnaître sa fille, il lui faudra l'approbation de la mère; or, l'erreur est palpable ; on peut reconnaUre séparément, et l'auteur de la reconnaissance n'est point obligé d'indiquer la personne avec laquelle il a eu l'enfant qu'il reconnaît, et que celle-ci n'a point reconnu de son côté.
L'appel des ordonnances de référé, dont il est question plus loin, a lieu devant une chambre de la cour et non à l'audience du premier président et surtout à son hôtel 1
H est inadmissible qu'un homme de loi, autrement dit un huissier, nomme gardien une personne.
Enfin, le dénouement de la pièce est amené par la dissolution du mariage de Cavagnol qui, pendant la guerre de Crimée, a servi contre la France.
Sans doule, Cavagnol a perdu sa qualité de Français; mais la situation d'étranger n'empêche pas d'être marié valablement. La mort civile dissolvait, il est vrai, autrefois le mariage ; mais la loi du 31 mai 1854 a supprimé cette peine, et cette loi élait déjà en vigueur, après la guerre de Crimée, qui a duré de 1854 à 1836. Donc la solution est légalement impossible.
H'est-il pas singulier que de telles libertés soïentprises avec le Code h une époque oîi les auteurs dramatiques se piquent tant de le connaître et lui font au besoin une ((uerre si violente?
21 Janvier 1703. — Opéra: ULYSSE, tragédie en cinq actes et un prologue, paroles de Guichard, musique de Rebel.
Ulysse a été moins heureurà la scène qu'en ménage.
C'est un personnage trop raisonnable pour le théâtre. S'il y a deux résolutions à prendre on est sûr qu'il s'arrêtera à la bonne ; mais alors la pièce est finie.
Ni les dramaturges Champ-Repus, Dutens, Boyer et Lebrun, ni les compositeurs Sacrati, Porto, Majo, Lefebvre et quelques autres encore, n'ont eu à se féliciter de ravoir choisi pour héros de tragédies, d'opéras et de ballels.
Plus récemment, malgré le prestige des beaux chœurs de Gounod et d'une brillante mise en scène, VUlysse de Ponsard n'a eu qu'un médiocre succès.
Celui de Guichard et de Rebel ne pouvait échapper à la loi commune.
Seulement le compositeur avait eu la précaution de vendre, par-devant notaire, avant la première représentation, ses droits d'auteur, au prix de mille livres.
Aussi, quand on faisait allusion à la chute de son opéra, répondait-il flegmatiquement : « Vous ne pouvez juger de la valeur de ma pièce sans avoir vu le sixième acte... celui du notaire. »
22 Janvier 1853. — Théâtre-Lyrique : LE LUTUV DE LA VALLÉE, légende en deux actes et trois tableaux, paroles d'Alboize et Michel Carré, musique d*Eugène Gautier, chorégraphie de Saint-Léon.
Eugène Gautier et Saint-Léon I Comment le hasard réunissait-il sur l'affiche deux artistes aussi dissemblables, sinon en vertu de la formule allopathique : Contra^ via contrariis.
11 nous semblevoir encore, 'les jours >de première ot de débuts, Gautior à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, nù l'appelaient ses fonctions de chroniqueur musical do l'Officinl.
Tandis que ses confrères hésitaient à noter presque furtivement sur un coin de journal une impression passagère, lui, tirait fravement des profondeurs de sa poche un immense calepin, le déployait avec sulonnité, l'appuyait sur le dos du fauteuil placé devant lui, et, ces préparatifs terminés, inscrivait, burinait plutAt ses appréciations, avec le sérieux d'un homme pour qui le terme de « sacerdoce i appliqué à la critique n'est pas un vain mot.
Quel contraste avec Sainl-Léon, actif, remuanL fantaisiste, aitisLe dans l'Ame, du reste, tout à lafois'violonistc, danseur, choFégrophe,cnmpositouret polyglotte... il savait toutes les langues de l'Europe 1
C'est dans )« Lutin de la valtûe que, chargé du rôle du lutin, il exécuta pour la première fois cette fameuse «Matinée Ù la campagne », que tout lemonde voulut entendre, et dans laquelle 'il imitait, avec son violon, les cris de tous les animaux, le chant du coq, le miaulement du chat, le gloussement de la poule et surtout le beuglement lamentable du veau.
Pauvre Saint-Léon, il n'a pas joui de l'éclatant succès du ballet exquis de Coppelia, lu dernifsre œuvre chorégraphique à laquelle il ait attaché son nom! llentré dans Paris aussitôt aprës la déclaration de guerre, il y mourut le 2 décembre 1870. Par une étrange coïncidence, sa mort n'avait suivi que de quelques jours celle de la créatrice de « la Fille aux -yeux d'émail », la charmante Bozacchi.
23 Janvier 1777.— Théâtre-Français; ZUMA, tragédie en cinq actes, par Lefebvre.
En parcourant dernièrement la collection du Mercure de France, mon attention fut attirée par le résumé suivant de l'analyse de Zuma :
« La fable, entièrement d'imagination et un peu romanesque, produit des situations intéressantes et des scènes vives et pathétiques, relevées par de beaux vers, et par des morceaux de sentiments heureusement exprimés, »
Un mois passé depuis la première représentation de Zùma n'a pas refroidi l'enthousiasme du chroniqueur théâtral du Mercure de France^ qui termine ainsi un second article sur la tragédie de Lefebvre :
(( Cette tragédie annonce de grands talents, beaucoup de sensibilité, de Timagination, les sentiments de la poésie et de la véritable éloquence, enfin l'art d'exprimer et de faire parler aux passions leur langage. »
Comment résister à la tentation de connaître une œuvre où se rencontrent des qualités si diverses ? J'ai donc pris le volume de la collection Lepeintre où se trouve Zurna, et j'ai courageusement lu la pièce jusqu'au bout. Il y a au troisième acte une situation dramatique: une mère sacrifiant sa vie pour assurer le bonheur de sa fille ; mais que tout le reste est languissant et vide, et quel style surtout! Vraiment les auteurs tragiques avaient à cet égard d'étranges libertés et les critiques n'étaient pas toujours difficiles.
Je n'ai pas cependant regretté ma lecture, à cause d'une préface où j'ai été surpris de retrouver une idée très juste, souvent émise par M. Francisque Sarcey dans ses chroniques théâtrales du lundi.
« On m'a reproché des invraisemblances; mais, comme
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ces reprocbes ne tombaient guère que sur les faits de l'avant-scène, j'ai le droit de réclamer l'indulgence qu'on a coutume d'accorder aux moyens dont se sert un auteur pour établir préliminairement l'intérêt de son action. »
24 Janvier i836. —Théâtre-Italien: I PURIÏANI, opéra en deux actes, livret du comte Pepoli, musique de Bellini, représenté en France pour la première fois.
Redonnera-t-on jamais les Puritains à Paris? C'est peii probable. La double tentative faite, dans ces dernières années, de rétablissement d'un théâtre-italien a été désastreuse; à supposer même qu'on ne recule pas devant une nouvelle expérience, il n'est pas présumable qu'on remette au répertoire un ouvrage que n'a pu galvaniser, en dernier lieu, le talent de deux interprètes tels que Gayiirré et Edouard de lleszké.
Il y a cependant des pages exquises dans cet opéra démodé : la fin du fameux air d'Arthur « Comment supporter la vie », avec ses modulations si simples et cependant d'un effet si poignant, est absolument délicieuse, et quoi de plus toucbant que la mélodie, plus simple encore « Au gré des vents flotte sa chevelure », avec laquelle de Reszlié remuait toute la salle.
Charles Maurice raconte qu'il fit un jour un plaisir infini à Bellini en lui disant, comme une chose toute naturelle, qu'il y avait de l'iime dans sa musique : « Oui, n'est-ce pas, de l'âme, répétait Bellini; c'est ce que je veux... de l'âme, c'est toute la musique. "
C'était du moins toute la sienne, et l'on ne saurait mieux en faire, d'un seul mot, l'éloge.
25 janvier 1798. — Théâtre Feydeau : LE PRISONNIER ou LA RESSEMBLANCE, opéra-comique en un acte, paroles d'Alexandre Duval, musique de Délia Maria.
Il faut des époux assortis Dans les liens du mariage.
Cet air a fait la fortune du Prisonnier. C'est, il est vrai, le seul souvenir qu'on garde aujourd'hui de l'opéracomique d'Alexandre Duval et de Délia Maria. Encore la plupart des personnes qui fredonnent ces premiers vers seraient-elles fort embarrassées de citer la fin du couplet, commentaire fleuri dcTexorde :
Vieilles femmes, jeunes maris Feront toujours mauvais ménage; On ne voit point le papillon Sur la fleur qui se ih^colore ; Rose qui meurt, cède au bouton Les baisers de l'amant de Flo)*&,
Nous avons voulu faire plus ample connaissance avec ce Prisonnier si fôlé par nos pères. La partition de Délia Maria est assez agréable, quoique cruellement vieillie. Quant au livret, il vaut une lecture, non pour Tintrigue môme, dont la naïveté est grande, mais pour les fréquentes indications de mise en scène qui se glissent dans le texte et le commentent de la façon la plus bizarre.
Le jeune premier Blinval, notamment, ne dit pas un mot sans que ses paroles soient accentuées par une expression de physionomie soigneusement prévue. On n'a pas idée du nombre de fois oii il doit « rire », « sourire », « avoir un air tendre », « pateliner », s'exprimer « sérieusement^ avec embarras, avec une colère feinte »,
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ou encore « avec un too doux et sensible » . Quand il se présente tout d'abord " il a les cheveux retroussés et en désordre, la cravate nouée négrligemment, il est enfin dans ce désordre décent que l'on admet à la scène ».
Tout cela fait sourire aujourd'hui; mais nos livrets actuels ne produiront-iU pas le mSme effet dans quatrevingts ansî
26 janvier 1689. — Maison royalu de Sniiil-Cyr TUlill, Iragi'Jii; en trois actes, avi/e prologue, d ci ne.