UNE PREMIÈRE TAR JOUR
vante intéressée, adroite et ambitieuse : la Servante maîtresse^ le Vieux Célibataire, le Dîner de Madelon et le Lion empaillé.
Or, si on lit ces quatre pièces en suivant l'ordre chronologique de leur apparition, on constate que, à mesure que l'on se rapproche de l'époque actuelle, plus grave apparaît, dans ses conséquences, Taccaparement progressif de la servante, plus complète et plus affligeante là déchéance du célibataire.
Dans /(/ Servante maîtresse^ le délicieux opéra-boufTe de Pcrgolèse, la dénomination seule des personnages, Pandolphe, Zerbine, Scapin, éloigne toute idée de rapprochement avec les incidents journaliers de la vie réelle. Zerbine est une soubrette de la vieille école, jolie, accorte, fine, dont les seules armes sont la gentillesse, la grâce et l'esprit.
Avec /«» Vieux Célibataire, de Collin d'IIarleville, nous quittons le domaine de la fantaisie pour celui de la réalité. Mais, si le tableau est plus vrai, il est aussi plus sombre. Madame Evrard ne cherche pas seulement à épouser M. Dubriage : elle l'isole de tous les siens, elle l'accapare dans toute la force du terme. L'auteur a reculé, du reste, devant un dénouement trop triste : madame Evrard, démasquée, est congédiée, et M. Dubriage rentre dans le giron de la famille.
La pièce de Désaugiers, comme celle de Pergolèse, se termine par un mariage. Mais le lieu de l'action s'est précisé. Le célibataire n'est plus un personnage de convention, comme Pandolphe ; c'est un petit bourgeois du Marais. La servante est une simple cuisinière qui séduit son maître en le dorlotant, en flattant ses manies, en lui accommodant les plats qu'il préfère.
Enfin, le Lion empaillé, de Gozlan, dont le dénouement est encore identique, présente un spectacle presque tra-
gique, parce que le héros est un ancien et brillant offlcierot qu'il appartient à une excellente famille. Sacbute est d'autant pins lourde qu'il tombe de plus haut. Plus il sera forl, mieux il sera dompté.
Qu'un écrivain dramatique reprenne aujourd'hui en sous-cGuvrp le sujet du Diner de Madeîon, et, sansdoute, la curieuse progression que nous venons de signaler s'accentuera encore dans le sens de ce qu'on est convenu d'appeler le naturalisme. L'appétissante cuisinière de M. Benoist deviendra une vulgaire maritorne, et, du réalisme miligé de Désaugiers et de Gozlan, nous tomberons dans ce qu'un critique misanthrope appelle « le réalisme
7 Septembre 1773. - Opéra : L'UNION DE L'AMOUR ET
ltr,S AIITS. ballet lu'TOïquP en trois entréps, paroles de l.o Munnier, musique de Floquet.
Ce Fioquet, dont le nom n'est plus connu aujourd'hui que d'un petit nombre d'amateurs, a eu son heure de célébrité.
Il entrait à peine dans sa vingt-troisième année, lorsqu'il donna à l'Opéra son Union de l'Amour et des Arts, un joli titre qui porta bonheur îi sa pièce, dont le succès lut très grand, sinon durable, et dont certaine chaconiie à dcu.-; temps fut aussitôt populaire.
Malhoureusement, il arriva à Floquet exactement ce qui devait arriver, quatre-vingt-onze ans plus tard, à un compositeur dont le triomphe ne fut pas moins éphémère, à M. Mermef, l'auteurdc Roland à Itoncecaiix.
De mûme que l'écrasante supériorité de l'Africaine, représentée quelques mois après Roland, enleva tout prestige a l'Opéra de M. Mermet, de mCme le succès
sans précédent de r/p/ii</c^7ite en Aulide de Gluck, exécutée pour la première fois le 19 avril 1774, détourna complètement l'attention du public du ballet de Floquet.
En vain celui-ci donna-t-il successivement un nouveau ballet, Azolan^ et une tragédie lyrique en trois actes, Ilellè, ces deux ouvrages furent froidement accueillis. Il fut plus heureux en 1780 avec son Seigneur bienfaisant; mais lui-môme avait conscience de son impuissance à lutter contre des maîtres tels que Gluck et Piccini.
11 mourut en 1785, au moment où, se remettant comme un écolier î\ la tâche, il essayait de combler, par un travail opiniâtre, les lacunes de son éducation première.
8 Septembre 1802. — Odéon : LE PORTRAIT DK CERVANTES, comédie en trois actes, de Dieulafoi.
Elle est née sous une heureuse étoile, cette petite comédie dont Fidée première est prise un peu partout, dans une des « Nuits » de Staparole et dans le CjHspin mèdecinj d'Hauteroche, par exemple, mais qui, grâce à un favorable concours de circonstances, a survécu à nombre d'oeuvres plus considérables, sinon plus divertissantes.
Elle obtient tout d'abord un vif succès à TOdéon, où elle se maintient au répertoire jusqu'en 1848.
Elle y est même jouée en anglais, en 1827, sjus le titre de Plot and Counter-Plot (l'Intrigue et la Contrc- Intrigue), par la troupe de passage à Paris, du célèbre acteur Kemble, qui, trouvant la comédie de Dieulafoi à son goût, l'avait traduite dans la langue de Shakespeare.
Enfin, au moment où elle paraît définitivement vouée à l'oubli, deux librettistes expérimentés ont l'idée de la
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transformer en un livret d'opéra-comique sur lequel M. de Lajarte brode une agréable partition qui lui donne un regain de jeunesse.
Car te Portrait, si souvent joué à l'Opéra-Comique depuis quatre ans, est tout simplement, ai-je besoin de le dire? une seconde édition, revue et... raccourcie, du Portrait de Michel Cercanles, de Dieulafoi.
Seulement, on a oublié de faire figurer le nom de ce pauvre Dieulafoi sur l'affiche.
« Sic vos, non vobis «. C'est vieux comme lo
monde.
9 Septembre 1885. - Comédie-Française ; UNE AMIE, comédie en un acte, en vers, d'Emile Bergerat.
M. Bergerat était bien jeune encore lorsqu'il lit recevoir cette saynète musquée et poudrée que la principale interprËlc, madame Madeleine Brohan, avait chaudement patronnée auprès du comité de la Comédie- Française.
Qui se serait douté alors qu'il préludait, par cet élégant marivaudage Louis XV, aux audaces scéniques de Pire et Mari et de Anje Dosani.
Excellemment interprétée par Leroux et Madeleine Brohan, Une Amie fut accueillie avec faveur ; la presse se montra presque unanimement bienveillante et ne ménagea pas au débutant les enconragemonts les plus sympathiques.
L'auteur, si l'on se fût montré trop sévÈre, eût été, du reste, en droit de dire, comme autrefois RQtrou, s'excusanl, dans la préface de sa première œuvre, l'Hypoconili-îaqw, des défectuosités de sa pièce : ■ Il y a d'excellents poètes, mais non pas h vingt ans. »
10 Septembre 1872. — Palais -Royal : LE RÉVEILLON,
comédie en trois actes, par Henri Meilhac et Ludovic Halévy.
L(^ Uôreillon a été un des plus grands succès du Palais- Royal depuis quinze ans, succès mérité à tous égards, car Meilhac et Halévy ont fait, dans leur charmante comédie, une étonnante dépense d'esprit, de bonne humeur, de verve et de fantaisie.
Et quels interprètes ils avaient rencontrés ! Lassoucho, Hyacinthe, Geoffroy, Lhéritier, ces deux derniers surtout. Qui ne se rappelle l'ahurissement de Geoffroy, dans la scène du souper, et Texpression de physionomie si profondément comique de Lhéritier considérant la roscllc de la Légion d'honneur d'un paletot pris par mégarde fi la place du sien ?
Toute pièce qui réussit à Paris est bien vite « adaptée » à l'étranger. Celle-ci fut presque aussitôt transformée en un livret d'opérette, dio Fledorniau.^ (la Chauve-Souris), qui inspira ?i Johann Strauss une de ses plus jolies partitions.
Cette adaptation s'était faite malgré les protestations des autours. Mais ils ne pouvaient manifuer d'obtenir gain de cause on France. Aussi, lorsqu'il fut question de représenter <Uo Floflorwan,^ à Paris, fallut-il imaginer un livret nouveau qui devint 1^/ Tzigaw\
Cette rigueur n'est-elle pas excessive ?
Après avoir protesté, eux aussi, tout d'abord, contre leurs adaptateurs, Victor Hugo, d'Ennery, Dumas fils et Scribe, ont fini par tolérer en Franco, la représentation de Lucro:i(t />orf//</, do Lhidu, do ht Trar'mfa et d'i7 Uallo in ma.^ch'-'ra. Or, la pièce du licvoillon était assez jolie pour supporter, sans préjudice pour les auteurs, deux interprétations simultanées, avec et sans musique.
11 septembre 1794. — TUê^Ue du la Itûpublique : TIHO- LÉON, Iragédiu en trois actes, avec chœurs, de Joseph Ghêiiior, musique de Méhul.
On raconte qu'au moment de mourir, LuUi, s'étant décidé, sur les conseils de son confesseur, à jeter au tcu.lchilleetPolijxvne, son dernier opéra, disait aux amis qui le blâmaient de son pieux vandalisme : «Paix, paix, n'en dites ritin, j'ai lil une seconde copiel »
Chénier prit la mûme précaution, lorsque, conformément ,\ l'avis du conseil général do la Commune, il dut brûler le manuscrit de Timotéon en présence de Robespierre, B;irr6rc, Julien de Toulouse et autres Jacobins.
Prudemment, il avait conservé une copie de sa tragédie, qu'il s'empressa de présenter à nouveau aux arlisics du Ihéàlre de la République, lorsque le 9 Thormiiior cul rendu un peu de liberté à la scène française.
La pièce n'eut d'ailleurs qu'un médiocre succès, malgré le prestige de la musique de Mébul, qui avait écrit pour Timoffon une ouverture et des chœurs d'un beau caractère.
Remarquons, en passant, que nous devons à cette intervention passagère de la musique dans la représentation d'œuvres littéraires un certain nombre do partitions d'une grande valeur.
Sans parler des chefs-d'œuvre consacrés tels que Egmont. Athalic. Ir Songe d'une nuU d'été et Struensce, ne convient-il pas de citer, à une époque plus rapprochée, l.'lijssc, Jeanne d'Arc ai les Deux Ikincs, de Gounod ; les Erinnijfs, de Massenet ; C/éoptîfre, de Mancinolli; i'Arlésieniif, enlin, de Bizel, si cavalièrement appréciée lors de Sun apparition, el qui se trouve être, en définitive, une des productions musicales les plus remarquables de notre temps,
12 septembre 1881.— Odéon: UN VOYAGE DE NOCES, drame en quatre actes, en vers, de Tiercelin; UN RIVAL POUR RIRE, comédie en un acte, de Grenet-Dancourt.
C'est la plus courte de ces deux pièces dont le succès a été le plus durable.
Bien accueilli par le public de la première et par la presse. Un voyage de noces ne dépassa pas cependant le chiffre de trente-trois représentations. Un Rival pour rire en compte déjà près de quatre-vingts et ne s'arrêtera pas là, sans doute; car, si la donnée n'en est pas très neuve, cette donnée, du moins, est spirituellement et gracieusement rajeunie.
Nous nous rappelons, à ce propos, avoir assisté vers cette époque à une conférence du boulevard des Capucines, où le conférencier, Coquelin cadet, s'excusa de lire, — car il n'avait pas encore eu le temps de l'apprendre, — un monologue adressé par un inconnu, mais qui lui avait paru si amusant, qu'il voulait en donner, le jour même, la primeur à son auditoire.
Or ce monologue n'était autre que Paris, le fantaisiste récit que tout le monde a entendu dire, depuis, à Coquelin cadet, et l'auteur inconnu, précisément M. Grenet- Dancourt, dont les Trois femmes pour un mari devaient bientôt fournir la plus longue série de représentations consécutives que les annales du théâtre aient encore enregistrée.
13 septembre 1822. — Panorama-dramatique : LA PETITE LAMPE MERVEILLEUSE, pièce-vaudeville en deux actes, par Carmouche.
On a souvent rappelé le mot du chanteur de l'Opéra, Chassé, faisant un soir un faux pas au moment où il
entrât en scène suivi de quelques figurants ; comme ceuxci s'arrêtaient bésilanis : « Passez-moi sur le corps, leur cria-t-il, furieux, et avancez! » Le général Walhubert à Auslerlilz n'était pas plus héroïque.
Ce n'est là aprÈs tout que l'exclamalion convaincue d'un comédien tout à son rôle. A l'occasion de la première de la Petite Lampe merveilleuse. Bouffé, cliargé de représenter l'empereur chinois Ababa-Patapouf, devait donner un exemple bien autrement probant de conscience artistique; s'apercevant au dernier moment que la calotte figurant une tète chauve qu'on lui avait apportée produisait un effet ridicule, 11 exigea qu'on lui rasât ia tâte, séance tenante ; cette conscience il la tenait de Brunet qu'il admirait fort et qui la poussait jusqu'à l'excès.
Dans ses Souvenirs, Samson nous montre l'excellent acteur des Variétés se disputant, à une répétition de je ne sais quelle pièce, avec son camarade Perlet qui devait lui allonger un coup de piud, parce que colui-ci ne le donnait pas assez fort.
— Je te ferai du mal, disait Perlet.
— Qu'est-ce ça peut to faire puisque je te le demande? Ce n'est pas toi qui reçois le coup de pied; tu peux bien me rendre ce service-là.
— Calme-toi, lu seras content. Je te promets de faire de mon mieux.
Et il le fit en conscience, à la grande satisfaction de Brunet, meurtri mais content.
' Mais cela n'est rien encore. Dans une pièce intitulée les €otUurii:res,oii Brunet ne disait que quelques mots à la cantonade, il se faisait un devoir, pour dire ces quelque s mots, de revêtir le costume du personnage invisible qu'il représentait; Bouffé l'affirme: il faut le croire.
Nous pourrions encore rappeler, à ce propos, l'histoire
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de cet amateur qui se ût faire un costume superbe pour jouer Laurent, dans Tartulfe.
Le vrai peut quelquefois u'Otre pas invraisemblable.
14 septembre 1802. — Ambigu : LA FEMME A DEUX MARIS, drame en trois actes, de Guilbert de Pixérécourt.
Pixérécourt n'est mort qu'en 1844. Il n'en appartient pas moins à la première génération des dramaturges du siècle, et, des cent vingt-six mélodrames qu'il a fait représenter sur le boulevard du crime, un seul se joue encore de temps en temps, Latude, écrit en collaboration avec Anicet Bourgeois.
Quant i\ Cœlina ou l'Ejifant du mystère {du Ministère, comme on disait dans une parodie), quant au PHerin bla7ic, à VHomme aux trois visages^ à Tékéli, aux Ruines de Bahxjlone, quel directeur oserait les remettre à la scène? La forme en est si surannée, le style si pompeusement naïf! Les scènes, les plus applaudies jadis, de celui qu'on avait surnommé en son temps le Corneille du mélodrame, risqueraient d'ôtre accueillies aujourd'hui par un fou rire.
Qu'on ne s'y trompe pas cependant, si la forme de ces vieux mélos a prodigieusement vieilli, la fable en est souvent originale et intéressante.
Voici, par exemple, la Femme à deux maris: mariée ail comte de Persen, Théroïne retrouve son premier mari, qu'elle croyait mort et qui la lient sous sa domination en la menaçant de la citer devant les tribunaux, comme bigame. Adoucissez les traits du premier mari dont Pixérécourt a fait un abominable gredin, et vous aurez la donnée premièrq^de l'Africain de Charles Edmond^ que j'ai analysé plus haut.
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De môme, le Monastère abandonné contient en germe le scénario de iMïewie. 11 me serait facile do multiplier les rapprochements de ce genre.
Après avoir enrichi plusieurs directeurs, Pixérécourt mourut sans fortune. Une pièce à succès, nous dit Brazier, donnait alors en moyenne un bénéfice de douze cents francs à un dramaturge. — Corneille toucha, il est vrai, six cents francs pour Horace. — Le répertoire tout entier de Pixérccourt n'a peul-Ctre pas fait gagner à l'auteur de la Femme à deux maris c^ que les deux Orphelines seules ont rapporté à M. d'Ënnery.
16 septembre 1S34. — Op<!ra : LA TKMPÉTf: ou L'ILE
DKS GÉNIES, ballet-féerie nu Jeux actes, livret de Nourrit, chorégraphie de GoraMi, musique de Schneitihœffer.
Ce joli ballet servit de début il la célèbre danseuse Fanny Esslcr (rôle d'Alcine).
L'auteur du scénario, Nourrit, no voulut pas que son nom liguràl sur l'affiche bien qu'il eût donné, deux ans auparavant, et avec le plus grand suneès, le ballet de la Sylphide, dont Schncitzhmffer avait écrit également la musique.
Dans son ouvrage si complet sur NourPit, M. Quichcrat insiste avec raison sur la rare diversité d'aptitudes du grand artiste et sur l'extrême justesse de sou coup d'œil en matière de mise en scène. N'est-cu pas à ses instances auprès (i'IIalêiy et deSIeyerbcerquenous devons l'air de lu Juive, » llachel, quand du Seigneur », et l'admirable duo du quatrième acte des Huguenots !
(Juant à SchncitzhœU'cr, ses contemporains ne lui ont pas suffisamment rendu justice, faute peul-Ètrc d'avoir pu s'habituer à son nom . On sait qu'au théâtre on s'amusait à l'appeler, pour plus de facilité, «Chènecerf»,
comme au siècle dernier les Italiens appelaient « Il Baimo » le compositeur bohémien Mysliweczek, dont le nom leur avait paru trop difficile à retenir.
16 septembre 1727. — Opéra : LES AMOURS DES DIEUX, opéra-ballet en quatre entrées et un prologue, paroles de Fuzelier, musique de Mouret.
L'auteur des Amours des Dieux, Mouret, paya par de cruels revers de fortune la joie passagère que lui causa le grand succès de cet ouvrage. Dans Tespace de quelques mois, il perdit la direction des concerts spirituels, Tintcndance de la musique de la duchesse du Maine et la place de compositeur de musique de la Comédie-Italienne. Le chagrin le rendit fou et il mourut en 1739, à l'hospice de Gharenton.
Le public vit pour la première fois, dans les Amours des Dieux y les célèbres danseuses Camargo et Salle paraître ensemble dans un ballet.
Nous ne rééditerons pas les anecdotes trop connues relatives à ces deux danseuses, qui ont inspiré à Voltaire los vers fameux :
Ah I Camargo, que vous ùtos brillante !
Mais que Sallé, grands dieux, est ravissante ! Que vos pas sont légers, et que les siens sont doux ! Elle est inimitable, et vous toujours nouvelle.
Les Nymphes sautent comme vous,
Et les Grâces dansent comme elle.
Rappelons seulement, avec M. Adolphe JuUien, qui, dans son « Histoire du costume au théâtre », a consacré des pages intéressantes â mademoiselle Salle, qu'à cette danseuse appartient Tinitiative de Tune des premières réformes du costume tentées à TAcadémie de musique.
Et, puisque nous parlons de costume, rappelons aussi (détail stiocking!) que la Camargo s'est, la première, munie d'un caleçon au théâtre, à la suite d'un accident tragi-comique qui exposa certain soir, aux yeux de lous, les charmes les plus intimes de la séduisante ballerine.
17 septembre 1856. — Comédie-Française ; FAIS CK QUK DOIS, drame en trois actes, en vers, par A. Decourello et H. (le l-acreleilo.
Fais ce que dois est un des spécimens les plus accomplis qu'on puisse citer du « théfltre moral n.
11 semble que les auteurs en aient puisé l'idée dans le fameux « Dialogue des Morts» de Pénelon que nous avons tous appris sur les bancs du collège : " N'est-ce pas ce pauvre Bayard...? etc. ». Traître à son poiet àsonpays, le connétable de Bourbon est puni, comme amoureux, par le dédain de celle qu'il aime, comme père, par la défense qui lui est faite de reconnaître sa fille sous peine de rendre le mariage de celle-ci impossible, comme gentilhomme et comme soldat enfin, par la froideur de ses nouveaux alliés et par le refus hautain de François I" d'accepter de lui un service.
On ne saurait imaginer une expiation plus complète. La pièce n'eut aucun succès cependant, et Tonne conçoit guère, en cetle circonstance, l'extrême sévérité du public, qu'un certain nombre de scènes non dépourvues de grandeur eussent dû tout au moins disposer à l'indulgence.
Peut être se rendait-il instinctivement compte de l'anachronisme commis parles auteurs en nous présentant un connétable de Bourbon désespérément courbé sous le bh\me et l'outrage.
iSans vouloir excuser le moins du monde ce triste per-
sonnago, il faut reconnaître pourtant qu'à Tépoque de François I" et môme du temps de Louis XIV (la défection de Condô et celle de Turenne en font foi), on ne comprenait pas le patriotisme comme nous le comprenons aujourd'hui. Ce sentiment, très complexe tout d'abord, ne s'est épuré, simplifié en quelque sorte, que peu h peu. Ajoutons qu'au point de vue purement théâtral le tableau sans cesse renouvelé des humiliations du connétable ne laissait pas de devenir, à la longue, un peu monotone.
La distribution du drame de MiM. Decourelle et de Lacrctelle est curieuse à rappeler.
Bcauvallet faisait Bourbon; Bressant, François I"; Got, Gharles-Quint; mademoiselle Favart, la reine de Portugal. Particularité digne d être signalée : le rôle du sage et patriote Saint- Vallier était échu i\ Maubantqui devait, vingt-six ans plus tard, représenter le môme personnage lors de la reprise peu fructueuse du Roi s'amuse. Ce rôle décidément porte malheur.
18 septembre 1819. — Opéra-Comique : LE TESTAMENT
<ni LES BILLETS DOUX, opéra-comique en un acte, paroles
<le Planartl, musique d'Auber.
Le. Testament est le second ouvrage d'Auber. Le premier, lo Séjour militaire, avait vu le jour six années auparavant, le 27 février 1813.
Dans son intéressante brochure sur « la jeunesse d'Auber », M. Pougin raconte, à propos du Testament^ une anecdocto peu connue qui prouve combien les hommes (lu métier eux-mômes peuvent se méprendre sur le mérite d'un débutant.
La représentation du Testament avait, selon l'expression du rédacteur de l'Indicateur des spectacles,
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« éprouvé iino opposition forte et soutenue », et, tandis qu'on sifflait dans la salle, Planard, l'auteur des paroles, se désespérait dans la coulisse et disait à qui voulait l'entendre ; " Est-il possible que j'aie été confier i un si médiocre musicien un poômo magnifique, en trois actes, qui ferait la fortune d'un compositeur de talent, et qu'il me fera tomber, comme cet ouvrage-ci 1 »
Or, l'ouvrage sur le sort duquel Planard gémissait d'avance était la Ilergvre Châtelaine qui fut représentée doux ans plus tard et fut, en effet, quelque peu simée, comme le prévoyait le librettiste, mais non pas 4 cause de la musique, bien au contraire, car la partition fut jugée charmante,
On sait qu'Auber n'aborda le tbéàlre qu'assez tard. Voici en effet le trj-s curieux article que lui consacraient en ItilO les rédacteurs du Dictionnaire historique des nuisicicns, Choron et P;iyo!le :
.. Auber, dit le petit Auber, né fi Paris vers 1780 (il était né i^ Ciion, le 29 janvier 1782), a composé plusieurs romances, entre autres u le Bonjour » qui ont eu très grand SUCCÈS. !! a publié plusieurs quatuors de violon et de violoncelle qui ont été exécutés dans les meilleurs concerts parles plus habiles artistes et qui ont été applaudis. »
Qui reconnaîtrait à ce modeste signalement lo futur auteur de la Muette ?
C'est la nouvelle de la ruine de son pérequi décida Auber,de simple amateur qu'il était, à se consacrer exclusivement au thcAtro,
A quelque chose malheur est bon.
19 septembre 1839. — Opéra-Comique : LA REINE) D'UN
JOUR, opéra-coraique en trois actes, paroles de Scribe et de Saint- Georges, musique d'Adam.
Je recevais récemment d'Allemagne une nouvelle partition, la Reine Mariettey dlgnace Brull, Tauteur de la Croix d*or dont j'ai déjà parlé.
Cette partition de la Reine Mariette contient de jolies pages^ entre autres un charmant fmale, digne pendant de la scène correspondante de la Croix d'or. Mais il me suffit de jeter un coup d'œil sur le livret, l'histoire d'une modiste qui, par suite de circonstances bizarres, se trouve jouer pendant quelque temps le rôle d'une reine, pour reconnaître dans la Reine Mariette une adaptation peu déguisée de la Reine d'un jour.
Donnée pour les débuts de Masset, dont, par une faveur assez rare, Adam intercala deux morceaux dans son opéra-comique, la Reine d'un jour n'eut pas un succès très prolongé. Elle fut reprise en 1854 au Théâtre-Lyrique, et depuis, on l'avait un peu oubliée.
Il est donc admissible, jusqu'à un certain point, qu'on ait eu ridée, à l'étranger, d'écrire une nouvelle partition sur la môme donnée.
Mais comprend-on qu'il se soit trouvé de nos jours des compositeurs assez hardis... ou assez naïfs, pour refaire la Dame blanche^ le Postillon de LongjumeaUy le Domino noir et le Barbier de Séville ?
20 septembre 1769. — Italiens : LE TABLEAU PARLANT,
comédie-parade en un acte, en vers, paroles d'Anseaume, musique de Grctry.
Cette petite partition est, sans contredit, une des plus dignes de figurer dans la magnifique collection, encours
depublicalion, des œuvres de Grétry, véritable monument élevé, sur l'initialive du gouvernement belge, et par les soins de la maison Breilkopf et Hàrtel, à la mémoire de l'auteur do in Caravane et de Richard Cœur de lÀon.
Grétry l'a intitulée comédie-parade, pour lui conserver son caractère de joyeuse boulTonnerie. Mais cette bouffonnerie est traitée, musicalement, avec beaucoup d'art et de goût.
On laconto cependant qu'après une audition du Tableau parlant, une prude déclara qu'on ne pouvait entendre deux fois cet ouvrage « parce que les accompagnements en étaient d'une indécejice outrée I »
Quelle exclamation n'eùt-elle pas poussée si Grétry eût glissé dans son opéra un trait de flûte îmitatif, tel que celui que {prok pudor ! ) Gounod s'est permis au troisième acte de son Médecin malyré lui!
21 Septembre 1869. — Thêiktre-Lyrique : LE DIDRISIER
JOUIl DE POMPÉI, opiTa en quatre actes et cinq tableaux, livret de Nuitter et Reaumont. musique de Victorin Jon-
Un certain nombre d'incidents grotesques signalèrent, nous dirions égayèrent cette mémorable soirée, si, en pareil cas, il n'y avait toujours au moins deux personnes que la maladresse des metteurs en scène et des machinistes ne fait pas rire : l'auteur et le directeur.
Un des clous do la représentation devait être l'éruption du Vésuve. Or, il se trouva que le Vésuve lançait un jet de flamme imperceptible, qui, s'il faut en croire un témoin oculaire, n'eût pas fait peur à un apprenti pompier.
On ne s'amusa pas moins de la vue d'un canot minus-
Cille, monté par trois marionnettes, figurant, de façon à rendre toute illusion impossible, les principaux person* nages du drame.
Mais la joie du public ne connut plus de bornes lorsque certain mannequin, destiné à remplacer Tesclave que Ton devait jeter à la mer, s'accrocha en route à un portant et resta suspendu dans le vide.
Demandez donc à quinze cents personnes, réunies pour s'amuser, d'écouter froidement un opéra dans de telles conditions! Une œuvre de premier ordre n'y résisterait pas, et celle-ci ne donnait que des promesses.
En vain, comme devait le faire plus tard M. Garvalbo pour 1c.< Xocos de Fernando, M. Pasdeloup, alors directeur du Théâtre-Lyrique, convia-t-il la presse, huit jours après la première, à une nouvelle audition du Dernier Juar de Pompèi. Les derniers jours de cet opéra étaient définitivement comptés.
Heureusement, M. Joncières n'était pas homme à se décourager après un échec. Il n'eut plus qu'une pensée : prendre sa revanche, et, cette revanche, il l'a prise avec Dimitri et le Chevalier Jean.
22 Septembre 1862. — Comédie-Française : DOLORKS, drame en quatre ados, en vers, par Louis Bouilhet.
Mon rôve est mort, sans espoir qu'il renaisse. Le temps m'échappe et forgueil imposteur Pousse au néant les jours de ma jeunesse.
Comme un troupeau dont il fut le pasteur.
Pareil au flux d'une mer inféconde.
Sur mon cadavre, au sépulcre endormi, Je sens déjà monter foubli du monde, Qui, tout vivant, m'a couvert à demi.
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Ne serait "Co pas en pensant & Doloi-ès, la grande déception de sa vie, que Louis fiouilbet a écrit cea ven désenchnntés, où, comme le remarque trÈs justement M. Maxime Du Camp dans ses curieux souvenirs littéraires, 1. l'auteur déjà oublié de Madame de MQntarçy et d'Ilclùne l'eijron semble indiquer qu'il avait le douloureux sentiment de cet oubli. »
Ses débuts au théâtre s'étaient effectués aoua les plus heureux auspices : les deux drames dont nous venons de l'nppolor les titres avaient eu, à l'Odéon, une longue suite de représentations. Il ne manquait à l'imleur que la consécration d'un succès à la Comédie-Française. Cette consécration lui manqua.
Dolorèi^ fut froidement accueillie, et ni le succès d'eatimo de Fauaiine, à la Porte- Saint-Martin, en 1864, ni la brillante réussite de hi Conjuration d'Amboise, à l'Odéon, en laCO, ne consolèrent de cet échec Louis Bouilbel, qui mourut découragé, quelques années plus lard, £t peine âgé de quarante-cinq ans.
11 y avait cependant do beaux vers et une situation très dramatique dans ce drame de Dolorès, écrit par le poète avec un évident parti pris d'assimilation de la facture at des procédés de Victor Hugo. Mais cette situation ne se dégageait qu'au troisième acte des lenteurs et des obscurités d'une exposition dont le moindre défaut était, comme on dit, de lancer l'auditeur sur une fausse pisto.
Nous n'en sommes pas moins do l'avis de M. Ch. Monselet, quiiléclurail, au lendemain de la première, avoir pris plus de plaisir à la représentation de ce diama de cape et d'épéc qu'à celles de maintes comédies modernes où la Bourse et le notariat jouent les principaux rôles, et qui terminait ainsi son compte-rendu de Doiorâs : u J'admire le courage de M. Louis Bouilhet, qui no doute de rien, pas même de son époque, et qui a pris l'autre
soir, quatre heures pour lui parler de la lune, des étoiles, des cédrats et de Thonneur. »
23 Septembre 1777. — Académie royale de musique : ARMIDE, opéra en cinq actes, paroles de Quinault, musique de Gluck,
Une lettre peu connue de Gluck, adressée, le 16 novembre 1777, à la comtesse de Pries, donne la mesure de rémotion produite dans le public par Tapparition d'Armide,
« Jamais, dit-il, on n'a livré une bataille plus terrible et plus disputée que celle que j'ai donnée avec mon opéra d'Armido, Les cabales contre Iphigchiiey Orphée et Alceste, n'étaient que de petites rencontres entre les troupes légères, en comparaison ».
« Le fait est que l'opéra, qu'on disait être tombé, a fait, en sept représentations, 37.200 livres, sans compter les loges louées pour l'année et sans les abonnés. Hier, huitième représentation, on a fait 5.767 livres. Jamais on n*a vu un silence si soutenu. Le parterre était si serré, qu'un homme qui avait le chapeau sur la tête et à qui la sentinelle disait de l'ôter, lui a répondu : « Venez donc « vous-même me l'ôter, car je ne puis faire usage de « mon bras! » J'ai vu des gens, en sortant, les cheveux délabrés et les habits baignés, comme s'ils étaient tombés dans une rivière. Il faut être Français pour acheter un plaisir à ce prix-là î... »
La dernière audition d'ArmidCy à Paris, remonte au 1" avril 1837 (représentation de retraite de Nourrit). Encore ne donna-t-on, ce soir-là, que le second acte, avec le bénéficiaire dans le rôle de Renaud, et madame Dorus-Gras dans celui d'Armide.
t II fut question de remettre cet admirable ouvrage au
répertoire vers 1860, sous la direction d'Alphonse Royer; mais on dut y renoncer, faute, paraît-il, d'interprètes suf0sants, et l'on se rabattit surAlceste.
Une lettre de Berlioz, datée de 1863, nous apprend en outre qu'à cette époque, M. Garvalho songea à reprendre Armide au Théâtre-Lyrique, avec madame Charton- Demeur dans le rôle principal.
Knfin, lorsque éclata la guerre avec l'Allemagne, en 1870, M. Perrin venait de donner des ordres pour une reprise solennelle à'Armide, à l'Académie de musique.
Et cependant mademoiselle Krauss ne figurait pas encore, alors, parmi les pensionnaires de notre première scène lyrique. Gomment, pendant son long séjour à l'Opéra, ne s'est-il pas trouvé un directeur assez hardi, et peut-être assez habile, pour conlJer à la grande artiste la tâche, écrasante pour toute autre qu'elle, de personnifier la sublime héroïne de Gluck?
24 Septembre 1842. — Porte-Saint- Martin : MATHILDK, drame en cinq actes, par Félix Pjat et Eugène Sue.
Le roman de Mathilde a été le grand succès de feuilleton du règne de Louis-Philippe.
t^n s'arrachait littéralement les numéros du Journal des Débats, où se déroulaient, habilement découpées en tranches, les tragiques aventures de l'héroïne infortunée d'Eugène Sue. Jamais peut-être une œuvre d'imagination n'avait autant surexcité la curiosité publique, depuis l'époque où les lecteurs de Clarknc Harlowc se pressaient îi l'arrivée des diligences de Londres, pour connaître plus tôt l'issue du duel du colonel Morden et de Lovelace.
Sans retrouver la vogue extraordinaire du roman, ta pièce de Mathilde eut beaucoup de succès, et nous nous
souvenons d*avoir assisté, en 1870, à une reprise fortbien accueillie de ce drame, avec Lia Félix et Jane Essler (Mathilde et Ursule), Lacressonniôro, Brésil et Charly (Sécherin, Lugarto et Contran),
La pièce est assez exactement calquée sur le roman. Le dénouement seul diffère, et cette différence est tout à l'avantage du drame.
Tandis qu'à l'origine, Lugarto mourait assez mélodramatiquement, muré dans son cachot, il est tué ici par celui dont il a été le mauvais génie, par Contran de Lancry, qui, grièvement blessé en duel par Sécherin, tourne contre son perfide témoin l'arme dont il a le droit de se servir encore contre son adversaire.
Qu'on ne rie pas en évoquant à ce propos le souvenir de quelque coup du commandeur. Encadrée dans un décor pittoresque, préparée par un monologue saisissant, dans sa simplicité voulue, d'un bûcheron qui assiste par hasard aux préliminaires du duel, celte scène finale produit un grand effet et passe, à juste titre, pour une des plus heureuses trouvailles du drame moderne.
25 septembre 1834. — Opéra-Comique : LE CHALET, opéracomique en un. acte, paroles do Scribe et de Mélesville, musique d'Adam.
J'ai rappelé les appréhensions grotesques du librettiste Planard, se désespérant d'avoir confié un superbe livret d'opéra-comique à ce musicien « sans talent » qui avait nom Auber.
Mélesville ne fut pas beaucoup plus charmé de voir mettre en musique, par Adam, le livret du Chalety qu'il avait écrit en collaboration avec Scribe ; contrairement à tous les usages reçus, il exigea, en effet, que lecompositeur ne touchât qu'un tiers des droits d'auteur.
Or, ce livret, fort joli du reste, el dont Mélesville était si (ter, n'était on somme qu'une adaptation de la petite comédie de Gœthe, Jury et BœfeJi, qui avait déjà inspiré, en Allemagne, plusieurs opéras-comiques, et en France, nombre de vaudevilles.
Par un hasard singulier, le ppomier air composé par Adam, pour le Ibé&tre, avait précisément été écrit pour un vaudeville, joué sans succès au Gymnase, en 1824, sur le môme sujet que to Chalet, et intitulé Pierre cl Marie oa le Soldat ménétrier.
Ajoutons que le Chalet, comme plus tard Faust, de Gounod, trouva très diflicilementun éditeur, En revanche un des morceaux les plus célèbres de cet aimable ouvrage a obtenu du nos jours une consécration populaire pou commune. Au-dessus d'un cabaret de Ghoisy-le-Roi on a pu contempler longtemps l'enseigne suivante: «Arrêtons nous ici », avec les premières notes dol'aîr de Max.
Peut-ètro même y est-elle encore.
26 septembre 1843. — Gallê: PAMÉLA GlItAUD, pjiïce en cinq actes, de Balzac.
Le thé&tre exerçait sur Balzac une attraction irrésistible. Dans une intéressanto causerie sur l'auteur de
Paméla Giraud, Albérie Second a raconté que, certain soir, emporté par sa fougue naturelle, il se déclara prOt fi accaparer, avec le concours de quelques dramaturges de SCS amis, toutes les scènes parisiennes, réservant à tel do ses collaborateurs les Français et l'Odéon, à tel autre les théùtres de genre, ne dédaignant mBme pas la Porte- Saint-Antoine et Bobino, qui devait échoir en partage à l'heureux signataire de l'article en question.
Vautrin, qui fut interdit le lendemain de la première représentation, les Ressources de Quinola, jouées à
rodéon au milieu d'un tuQiuUe épouvantable, Paméla Giraud et la Marâtre^ ne réalisèrent qu*à demi les espérances de Balzac.
Mercadet seul obtint un succès durable; maïs cette comédie, remaniée par d'Ennery, ne fut jouée qu'après la mort de son auteur. Quoi qu'il en soit, les dernières de ces pièces constituent un progrès sensible sur les premières. Peut-être Balzac se fût-il donc placé au premier rang parmi nos auteurs dramatiques, après une période de tâtonnements analogue à celle qu'il avait traversée à ses débuts avant de se révéler grand romancier.
Des cinq ouvrages qui composent son répertoire théâtral, celui qui nous occupe est, sans contredit, le moins bordi et le moins personnel. Les audaces relatives de Viiutrin et des Uosf^oarces de (^unîo/a n'avaient guère réussi à leur auteur, qui voulut cette fois faire du théâtre comme tout le monde, et, en réalité, Paméla Giraud ne diffère pas sensiblement, au point de vue du procédé, des mélodrames alors en vogue.
La donnée en est d'ailleurs intéressante, et quelques scènes du quatrième acte, marquées au coin de la bonne comédie, trahissent une profonde connaissance du cœur humain. Pour créer un alibi à son amoureux, Jules Rousseau, impliqué dans une conspiration contre Louis XVIII, l'héroïne, une simple fleuriste, consent à déclarer qu'elle a passé avec lui la nuit où a eu lieu la réunion des conjurés. Une fois le danger écarté, la famille Rousseau oublie, naturellement, le service rendu, et le mariage de la pauvre Paméla n'a lieu que grâce au concours désintéressé de l'avocat Dupré, le défenseur de Jules.
Citons, comme mots de la fin, celte réponse deDupré, à qui Rousseau père promet la moitié de sa fortune s'il sauve son lils : « Si j'avais toutes les moitiés de fortune qu'on m'a promises, je serais trop riche » ; et cette
réflexion plaisante d'un assistant qui s'élonne d'entendre Dtipré parler tout seul : « Ah 1 ça, qu'est-ce qu'il se dit ? Un avocat qui se parle H lui-même, c'est comme un pâtissier qui mange sa marchandise. »
a? septembrel859.— LESPItRMIËllES AltUtDS DE EIGARO, pièce en trois actes, mêlée de chant, de Vanderburch et Victorien Sardou, pour rouvertore du théâtre' Dé jazet.
Car ce fut bien cette jolie pièce, et non CandirJe, comme le disent, à l'envi l'un de l'autre, Vapereau, Larousse et Bitard, qui inaugura la série des succès obtenus par Sardou à l'ancien théâtre des Folies-Nouvelles, grâce au patronage et avec le concours de Virginie Déjazet.
Un vaudeville intitulé Candidp. avait, il est vrai, été antérieurement écrit par lui ; mais la censure en interdit la représentation, et l^s l^rcmii-res Armes de l-'àjaro prirent sa place.
Dans son récent ouvrage sur te théâtre contemporain, M, Léopold Lacour exprime le reg et que Victorien Sardou n'ait pas fait de préfaces pour ses pièces.
D'abord, l'auteur de Pairie en a Tait deux: une pour li's /'omiiies du voisin, une autre pour la Haine. II avait mOmc dessein d'en écrire une troisième pour la Papil- (oiiiK'.mais il se ravisa au dernier moment.
N'est-ce pas enfin une sorte de préface que cette dédicace i< îi Virginie Déjazet >i placée par Sardou en tète de ses Premières Armes de Figaro, touchant témoignage de reconnaissance du jeune auteur pour son inoubliable bienraitrice :
B A qui dédier cette pièce, si ce n'est à vous, madame, qui en êtes l'Ame et la vteî Comme l'enfant des contes de fées, j'ai trouvé sur ma route une marraine dont la