UNE PREMIÈUE PAR JOUR
baguette enchantée m'ouvre la porte obstinément fermée ; ol je veux que son nom magique, écrit en tête de ce livre, fascine encore mon lecteur et désarme la critique ». » Parmi tant de couronnes tombées à vos pieds, accep* tez donc la mienne, madame; elle vous rappellera sans cesse un bienfait que vous oublieriez dans le nombre, si je n'écrivais ici, pour mémoire, ce nom très obscur et heureux de se faire lire à la lueur du vôtre. »
28 septembre 1815. — Théàlre Foydeau : LE PREMIER VENU, opéra-comique en trois actos, paroles de Vial et Planard, musique d'Hôrold.
Ce Pre)nier venu n'en était pas un pour le public qui le connaissait et l'appréciait d'ancienne date. L'opéracomique d'IIérold n'était, en effet, que l'adaptation d'une comédie en trois actes, représentée, le 30 mai iSOl, au théâtre de l'Odéon, où elle devait se maintenir au répertoire pendant plus d'un demi-siècle. Médiocrement intéressés par une intrigue dont les moindres détails leur étaient familiers, les spectateurs écoutèrent distraitement la partition d'IIérold et remarquèrent î\ peine le charmant trio des dormeurs, une des perles des œuvres de jeunesse du maître. Bref, la pièce disparut de l'affiche après quel* ques représentations.
S'il faut en croire Charles Maurice, lo Premier venu qui devait faire la fortune de son auteur aurait était le protluitd'un rôve: «Enm'éveillanl, disait Vial, j'eus tout de suite écrit de mémoire mon plan et les principaux traits du dialogue .» Voilii une application inattendue du conseil de La Fontaine dans sa fable de VUomme qui court apro.^ Ui fortune et lliommo qui l'attend dans son lit. En général, pourtant, il vaut encore mieux courir après, si l'on y tient beaucoup.
29 Septembre 1666. — Chùteau de Rouen :
tragédio en cinq actes, de Muolas Filleul.
M Cette tragédie ne mérite, disent les frères Parfait, ni extrait ni critique. » Nous n'en parlerions donc pas si elle n'offrait cet intérêt historique d'iitro la première en diite dont la funeste nvontnro do la malheureuse victime de Tarquin ait fourni le sujet.
Nombre d'auteurs dramatiques ont, en effet, depuis Filleul jusqu'à Ponsard, choisi Lucrèce pour héroïne de leurs tragédies. La moins connue de ces tragédies, mais non pas la moins amusante, est celle de Regnard.Vons avez hien lu : Regoard, Elle est, du reste, assez malaisée h découvrir dans les recueils de ses œuvres, où elle ne figure qu'à tilro d'intermède d'une comédie en trois actes, la Foire Suint-Germain, jouée pour la première fois par les comédiens italiens, le 20 novembre 1603.
l'aile est très courte, qualité qu'on ne saurait trop louer, et elle ne comprend que trois scènes oii paraissent seulement trois personnages.
Dans la première, Lucrèce se plaint de sa beauté,
Klle qui
e veut pas en fnire Hucun usage !
Arrive l'écuyor de Tarquin porteur d'un message amoureux de son maître et aussi d'un sesterce ; or, comme il le fait insidieusement remarquer :
U:i sesterce, en fran<;ais, fuit mille écus .. et plus.
Tarquin se présente à son tour et ne se donne pas la peine de dissimuler ses intentions :
Quoi, Seigneur, vous allez d'abord au criminel I
s'écrie Lucrèce indignée... et elle se poignarde.
Tarquin, désespéré, ramasse le poignard « tout fumant de sagesse », et veut d'abord s*en frapper aussi. Mais il se ravise : « Remettons, dit-il, cette affaire à demain », et la pièce se termine sur cette réflexion philosophique :
temps, ô siècle, ô mœurs ! Que dira l'avenir? D'un chimérique honneur le sexe s*infatue I Phitôt que forligner, une femme se tue 1 Lucrèce, m'amour ! Vous donnez aujourd'hui Un exemple étonnant !... qui sera peu suivi I
Voilà, j'imagine, Tauteur de Sapor réhabilité comme poète tragique!
30 Septembre 1863. — Théâtre-Lyrique : LES PÊCHEURS DE PERLES, opéra en trois actes et quatre tableaux, paroles de Gormon et Michel Carré, musique de Georges Bizet.
Los Pécheurs de perles obtinrent tout juste un succès d'estime, bien qu'on rencontre dans cet opéra, le premier en date de son auteur, trois morceaux de premier ordre; une exquise romance, un hymne admirable à Brahma et un très beau duo d'hommes, le môme qui, adapté à d'autres paroles, devait produire une émotion si poignante, lorsque, treize ans plus tard, il fut chanté aux obsèques du compositeur.
Mais comme Ta dit Emile Augier :
Pour se faire connaître, il faut être connu,
et qui se souciait alors de Bizet ?
On s'en souciait à peine lorsque, neuf ans plus tard, jour pour jour, fut donnée au Vaudeville VArlésienne, dont les spectateurs de la première ne daignèrent môme
pas écouter avec attention les délicieux intermèdes musicaux.
Aujourd'hui, Bizet est universellement considéré comme un des maîtres de l'école française. Nous nous garderions même d'énoncer une vérité aussi évidente, si nous n'avions quelque droit de nous compter parmi les admirateurs 1 de la veille » d'un artiste à qui auraient pu servir de devise ces quelques lignes d'une lettre adressée par lui h un ami :
« Je tiens ma voie ; maintenant, en marche I 11 iaut monter, monter, monter toujours I »
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1er Octobre 1829. — Nouveautés : ISAURE, drame en trois actes, de Francis, Th. Nezel et Antier, musique d'Adam.
L'imagination des dramaturges était, à cette époque, fertile en inventions étranges : on a pu en juger par notre fidèle aperçu du sujet de Rafaël.
Celui d'/saare est plus extraordinaire encore. Voici une analyse de cette pièce que j'emprunte textuellement à l'Almanach Barba, car la moindre modification risquerait de faire perdre à cet étonnant compte-rendu une partie de sa saveur :
c( Isaure sacrifie l'amour qu'elle éprouve pour Jules, son cousin, afin de sauver l'honneur de son père en consentant à épouser un riche propriétaire. »
(( Objet de la passion d'un fou par amour, elle est mordue par cet homme qu'un loup enragé a déjà blessé. »
«Le venin funeste circule dans les veines d'Isaure, qui succombe en proie aux plus horribles tourments. »
Ce simple récit ne donne-t-il pas la chair de poule? Heureuse génération de 1830 qui a vu cela et qui l'a applaudi I
Adam avait écrit pour Isaure quelques airs nouveaux qui donnèrent lieu à un procès intenté par FOpéra-
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Comique, toujours jalous do aos privilèges. Je remarque que l'huissier chargé de verbaliser à cette occasion s'appelait Lécorché ; co nom, on le reconnaîtra, 6lait bien en
situation.
a Octobre 1838. - Gatlé : LE SONNEUH DE SAINT-PAUL, drame en quatre actes, de Uouchardy.
Le Sonneur du Saint-I'aiU a 6lé le plus grand succès de Douchardy, comme la Femme, à doux niaris, dont j'ai purlé plus liaul, a été le plus grand succès de Pisérécourt. On no jouo plus du tout les drames dePixérécourt;onnc Joua plus guËre ceux de Bouchardy, et, quand on les joue, consulte/ les vieux amateurs : ils vous diront que « ce n'est plus cela. »
11 y a cinquante ans, Théophile Gautier s'amusait déjà des Tiirieux tournois do paroles auxquels se livraiontdeux dos ac.lcurs les plus aimûs des théâtres du boulevard, Saiiil-Ernest et Dclaistre, le premier faisant sonner tous lus r, le second slfller tous les s.
" Sais-tu, disait Saint-Ernest, que je n'autrais qu'un mut à diive pouiTC te fairre pi-écipitercen bas des murres do celle demeuire? — Et loi, répondait Delaistre, ssaislu, que ^ai je le {^saisissais s.seulemont avec celle main que voici, tu tomberais h l'însstant, pâle et glacé, ssouss te genou qui te presserait ifsntii merci, inssenssé 1 »
El le public trépignait d'enthousiasme. Car il croyait que c'était arrivé, ce bon public. Les acleurs le croyaient aussi. On écoulait avec conviction ces drames surprenants, aux imbroglios inextricables, aux péripélies étranges, aux dénouements plus étranges encore. On est plutôt lente d'en rire aujourd'hui, cl voilà pourquoi les dernif;res reprises des trois pièces les plus célèbres de Bourchardy, de (Jaspanio te pécheur au Châtelet, en