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UNE PREMI&RE PAR JOUR

II y aurait une étude curieuse à faire sur les remaniements de la dernière heure pratiqués dans leurs pièces par les auteurs dramatiques, remaniements souvent utiles, parfois fâcheux ; les courants d'opinion sont si difiTérents à une répétition générale et à une première!

Voici, par exemple, les Ivresses : la pièce de Barrière et de Lambert Thiboust obtint un succès extraordinaire à la répétition générale; le lendemain, on l'accueillit avec une froideur d'autant plus pénible pour les auteurs que le succès leur paraissait plus assuré.

Le même phénomène se produisit pour les Dettes de cœur, d'Auguste Maquet : « J'assistais à la répétition générale, raconte M. Sarcey dans une de ses chroniques ; nous pleurâmes tous à remporter nos mouchoirs trempés de larmes. Le lendemain, cette même pièce, jouée de la même façon, par les mômes artistes, me sembla, à moi, dont les yeux étaient à peine séchés, prodigieusement froide et ennuyeuse. »

Combien d'autres exemples nous pourrions citer, d' c( emballements » plus ou moins justifiés! N'avonsnous pas vu, dans ces dernières années, l'émotion provoquée par la répétition générale des Rantzau et des Grands Enfants se modérer sensiblement le lendemain? Par contre, la liste serait longue à établir des pièces sur le succès desquelles on ne comptait pas du tout, et qui en ont eu un très grand à la première : les Deux Orphelines, par exemple, et, dans un genre tout différent, VŒU crevéy dont les interprètes se demandaient anxieusement, avant le lever du rideau, « s'ils iraient jusqu'au bouti »

14 Octobre 1735. — Théâtre- Praufaii : LES ACTEURS DÉPLACÉS, ou L'AHANT COMÉDIEN, comédie en ua acte,

avec uii prulogue, par LafDchard.

Lelilre de cetle petite comédie est aussi oublié aujourd'hui que le nom de son auteur, qui fut successivement chargé, à la Comédie-Italienne, des modestes fonctions de souffleur et de receveur.

Les Acteurt^ ilifplacés visent cependant un travers qui est de tous les temps : cette disposition naturelle des comédiens à n'être jamais satisfaits de leurs Mes.

Dans le prologue, la Folie, déguisée en auteur, propose aux artistes du Théâtre- Français de jouer une pièce de sa composition. Bile la lit, on la reçoit; mais, le moment de la distribution venu, aucun comédien ne veut du rôle i]iii lui est destiné.

La Folie s'avise alors d'un moyen ingénieux de mettre tout le monde d'accord : les rôles seront tirés au sort.

Imaginez une représentation fantaisiste de Ruy-Blas, où Thiron ferait Kuy-BIas; Maubant, don César; Coquelin cadet, donSallusle; madame Jouassain, Marie de Neubourg; mademoiselle Reichemberg, la duègne; madame Granger, Casilda : vous aurez une idée du comique de cette petite pièce, qui réussit beaucoup par sa singularité.

15 octobre 1665. — Hdtel de Bourgogne : LA MÈRE COQUIiinE, comédie en cinq actes, en vers, de Quinault.

11 a été plus d'une fois questioD, dans ces derniers temps, de la candidature à l'Académie française de M. Jules Barbier, le parolier de presque tous les opéras et opéras -comiques applaudis depuis trente ans, et l'on a invoi^ué comme précédent, l'admissioii, parmi

les immortels, du plus illustre librettiste d'autrefois, Philippe Quiiiault.

11 ne nous appartient pas de discuter les tilres de M. Jules Barbier à l'Académie française. Seulement, ses amis sont mal inspirés lorsqu'ils placent sa candidature sous le patronage de (j^iii^î^ult.

Quinault, en effets n'a nullement été reçu parmi les Quarante comme libreliiste, et pour une raison péremploire : à Tépoque de sa réception, il n'avait encore écrit aucun livret d'opéra.

Vin revanche, il avait fait jouer dix^se}U pièces, tristes ou gaies, de valeur inégale, mais parmi lesquelles figure la célèbre comédie de la More coquette.

Nous ne dirons pas, avec certains contemporains de Quiaault, « qu'il n'y a pas plus de quati*e comédies de Molière qu'on puisse opposer i\ celle-lti ». L'intérôt on parait aujourd'hui un peu languissant. Quelques scènes ont vieilli. Mais le rôle de la mère coquette est finement dessiné; celui de sa fille Isabidle est gracieux et charmant. La pièce abonde en mois spirituels, en pensées délicates, en jolis vers; celui-ci, par exemple, qu'on a souvent cité :

L'uc iiUe, ti seize ans, défait bien une mère.

Il ou est sorti plus d'un roman.

Bref, /// Mère coquette est une des plus remarquable» comédies du répertoire théAlral du xvir siècle. Aussi conçoit-on qu'après Tavoir fait jouer, avec un très vif succès, Quinaiilt n'ait pas attendu de s'improviser librettiste pour se présenter à l'Académie lVan(;aise.

Sa place y était marquée de droit.

16 octobre 1845. — Théàtre-Ilalien : NABUCUDONOSOR,

opéra en quatre actes, paroles de Solera, musique de Verdi, représenté en France pour la première fois,

C'csl le troisième opéra de Verdi, qui récrivit en moins d'un mois, sur un livret de Solera. refusé par Nicolaï, rauleiic des Joyeuses Commères de Windsor.

Le succès en fut immense, et pendant quelque temps on ne poila. en Italie, que des chapeauï, des manteaux & la Vei'di. Oa donna même le nom du composîteur à de modc:iles ustensiles de cuisine !

Clianlé pour la première fuis, à Paris, le 16 octobre 1843, par Derivis, Runconi et mademoiselle Brumbilla, yabitcûdonoaor recul un accueil moins enlhousiasle, mais sympathique cependant. Sans doute, l'œuvre était iiiéfîide et ne relevait pas toujours d'un art très délicat. L'abus des sonorités bruyantes auxquelles se complaisait l'auteur donna même lieu à ce quatrain assez plaisant :

Vraiment, l'afiiche est dans son tort; En faux on devrait la poursuivre :

Pourquoi nous annoncer Nabucodonoa — or.

Quand c'est Nabucodonos — cuivre?

Mais on excusa la brutalité de certains procédés en faveur de la fougue juvénile, de la verve entraînante déployée par le compositeur.

C'est cette rapidité d'allure qui, le soir de la première, la Milan, avait inspiré à Mercadanle cette réponse :

Comme un ami lui demandait, lit la Un du premier acte, ce qu'il pensait de l'ouvrage ;

— Je pense, dit-il, que si j'avais été chargé de mettre

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