UNE PIIEMIÈRE PAR JOUR
en musique le livret, au lieu de Verdi, on en serait encore à la première scène!
17 octobre 1864. — Gymnase : LES CURIEUSES, comédie eu uti acte, de Heari Meilhac et A. Delà vigne.
Vous souvenez - vous d'un chapitre des JRougfon- Macquavty où Son Excellence Eugène Rougon, pour complaire à sa maîtresse, fait le chien et se traîne sur les pieds et sur les mains, en poussant des hou! hou! comiques.
Dans son ouvrage sur le roman naturaliste, M.Brunetière, voulant montrer que M. Zola confond souvent ses observations personnelles avec ses souvenirs littéraires, rapproche cet épisode d'une scène de la Venise sauvée, d'OUvay, où le sénateur Antonio donne le même spectacle à la courtisane Aquiliua :
(( Je serai ton chien, lui dit-il; donne-moi des coups de pied! Hou! hou! Plus fort! encore plus fort! »
M. Deschanel, dans ses anecdotes sur le théâtre, rapporte la môme chose d'un vieux duc et pair. La sottise des vieillards amoureux n*a d'égal que leur avilissement.
Sans remonter si loin, Fauteur de VAssommoir ne se serait-il pas tout simplement souvenu de cette charmante comédie des Curieuses, où certain haut personnage fait, lui aussi, le chien, pour amuser une cocotte, sans se douter qu'il est vu par deux femmes du monde de sa connaissance.
Otway, Meilhac, Zola : trois noms qu'on ne s'attend guère à voir citer ensemble !
18 octobre 1854. — Académie de musique : LA NOXNE SANGLAPiTE. opéra en cinq actes, paroles de Scribe et Germain Delavigne, musique de Gounod.
On sait que Bizet a travaillé à un très grand nombre d'œuvres qui ne devaient jamais voir le jour : une Guzia de l'Emir, un Calendal, un opéra des Templiers, un oratorio de Geneviève, une Clarisse Harlowe en cinq actes, de Philippe Gille, une fin'seiirfts, de Sardou, enfin un Iran le Terrible, fruit de son admiration pour Verdi, assure son biographe, M. Pigot. Or, le livret de ce dernier opéra n'était tomhé en la possession de l'auteur de Carmen qu'après avoir passé par les mains de presque tous les compositeurs de notre temps, de Gounod entre autres, qui devait en utiliser plus tard deux morceaux devenus universellement célèbres, la valse et la marche de Faxtst.
Non moins accidentée a été la destinée du poème de la ^onne sanglante, qui, refusé tour à tour par Meyerbeer, Berlioz, Ambroise Thomas, Grisar, Verdi et Félicien David, échut enfin en partage à Gounod,
Mieux eût valu le laissera jamais dans les cartons de l'Académie de Musique; car cette médiocre adaptation d'un épisode du roman du Moine, de Lewis, nuisit beaucoup à l'effet d'une parlilton qui contenait des pages très remarquables, notamment la belle symphonie descriptive exécutée au deuxième acte, pendant que ta scène reste déserle.
Quelques critiques virent même là une heureuse innovation du jeune compositeur, oubliant que, soixante-dix ans auparavant, Piccini avait intercalé dans son opéra de Diane et Endymion un épisode symphonîque tout à fait analogue.
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19 octobre 1847. — Vaudiville : LE CHEVALIER
O'KSSO.NM:, conn'die-vaudeville en trois actes, par Dupoiily et Anioet Hourgeois.
(iomnic dans le soir des Uois, de Shakespeare, dont M. Dorcliain nous a donné, sous le titre de (-onte fVAv7ûl, une poétique imitation, Taciion du Chevalier (VEsmanie repose sur Texlraordinaire ressemblance d'un frère et d'une sœur.
Des circonstances politiques ont décidé une jeune veuve, madame dUerbelay, î\ metlre à profil sa ressemblance avec son frère, le chevalier d'Essonne, pour se substituer momentanément à lui.
Cette malencontreuse substitution Texposc bientôt à faire un long voyage en tète fi tùle avec un ami trop zélé de sa famille, î\ donner l'accolade i\ toute une compagnie de mousquetaires, à monter la garde devant la chambre du cardinal Ma/arin, à se battre en duel; un peu plus, il lui faudrait piendre une maîtresse! Heureusement, le concours d'une gentille paysanne. Hégaillette, la tire d'embarras au moment le plus critique, et l'imbroglio se dénoue par un mariage.
Il ne faut pas demander aux personnages de Dupeuty et d'Anicet Bourgeois, de s'élever, comme les héros de Shakespeare, et de nous enlever, avec eux, sur les ailes de la fantaisie, au-dessus des réalités terrestres. Noua sommes ici dans le domaine un peu plat du vaudeville traditiiumel et nous n'en sortons pas.
Au moins la pièce est-elle gaie, amusante, bien découpée pour la scène; on sent que les auteurs possédaient à fond ce qu'on est convenu d'appeler la « science du plancher », une expression malheureuse, par parenthèse, car elle semble, a-t-on dit, assimiler le métier
d'écrivain dramatique à celui de menuisier. Des critiques prétendent, il est vrai, que cette assimilation n'est pas toujours fausse. On peut ajouter que les auteurs dramatiques ne sont pas seuls à soulTrir de cette comparaison. Les poètes, ceux qui usent outre mesure des chevilles, en ont leur part.
20 octobre 1804. — ThéMre Louvois : LA. JEU\E FEMME COLÈRE, comédie en un acte, d'Etienne.
" Si votre femme est colère, soyez plus colère qu'elle; c'est le plus sûr moyen de la calmer. » Tel est le conseil pratique qui ressort de la lecture de cette aimable, mais vieillotte petite comédie, où mademoiselle Mars se montra inimitable et que mademoiselle Plessy eut un jour la singulière fantaisie de jouer en anglais.
Le conseil doit être bon, car nombre d'écrivains l'avaient donné avec succès avant Etienne : madame de Genlis, dans son Mari inslitiilcur ; Boccace dans un de ses contes; l'auteur anonyme d'un fabliau du douzième siècle ; Shakespeare, enfin, dans sa Mégère mise à la rawoii, dont le héros, Petrucchio, terrifie tellement, par ses accès de fureur feinte, sa femme Gatarina, que celle-ci, pour ne pas s'exposer à de nouvelles violences, se déclare prCte à dire, si son mari le désire, qu'il fait nuit en plein jour.
Une année ne s'était pas écoulée depuis l'apparition de la comédie d'Etienne, qu'une autre Femme colère, transformée en opéra-comique par Claparëde et par Boieldieu, était représentée à Saint-Pétersbourg. Une Vii-ille F-:mme colère devait aussi se produire avec succès au Panorama-Dramatique, le 28 avril 1823.
EnHn, do nos jours, le même sujet a été repris par MM. Cormon, Michel Carré et Gevafirt, dans leur agréable
opéra-comique du Diable au moulùi. Seulement, les rôles sont renversés : c*cst un meunier colère que sa voisine Marlhe rend doux comme un mouton, en TimU tant avec usure.
L'accord parfait est-il indispensable entre époux?
La dispute est d*uQ grand secours ; Sans elle on dormirait toujours
a dit La Fontaine qui avait, d'ailleurs, pris ses précautions pour disputer le moins possible contre sa femme.
21 octobre 1784. — Théâtre-Italien : RICHARD COEUR DE LION, comédie en trois actes, en prose, môlée d'ariettes, paroles de Sedaine, musique de Grétry.
Remarquez ce titre : « comédie môlée d'ariettes », qui est celui sous lequel a été donné, pour la première fois, le chef-d'œuvre de Grétry.
En écoutant cet opéra, construit sur une donnée si simple, ce petit drame cousu d'un fil si ténu, où se mélangent si naïvement la gaieté simple et franche, le sentiment patriotique et les plus douces émotions du cœur, ne vous ètes-vous jamais demandé ce qu'eût fait d'une pareille donnée un librettiste de notre temps ?
La modeste « comédie môlée d'ariettes » eût assurément versé dans l'ornière de l'opéra; les sentiments tendres seraient devenus des passions violentes ; le ciel bleu se serait couvert de nuages; ce gouverneur, qui disparaît au milieu d'une fôte villageoise, aurait servi de prétexte à un fmale à sensation, et le compositeur, emboîtant le pas de son parolier et embouchant la trompette des grands jours, n'eût pas manqué de monter fièrement à l'assaut du château-fort où Richard est enfermé.
Grétry n'a pas eu de si hautes visées. Il a simplement trouvé une note sentimentale, qui n'a pas vieilli, parce qu'elle était vraie, et la mélodie si simple, qui permet à l'ccuyer fidèle de retrouver son maître, fera battre encore bien des cœurs.
EL bien, savez-vous ce qui diminuait, pour Théophile Gautier, l'eiTet de cet admirable duo, un chef-d'œuvre d'expression dramatique et de sentiment? « C'est que, disait-il, on ne pouvait le voir exécuter au Ihé&tre, sans se figurer deux serins qui chantent, l'un sur l'arbpe et l'autre dans sa cage! »
Ces gens d'esprit ne respectent rien !
22 Octobre 1709. — Théd Ire-Français :
comédie en cinq actes, par Dufresny,
Le 19 décembre 16^7, Regnard donnait le Joueur h la Comédie-Française et, moins de trois mois après, le 27 février 1697, son ancien collaborateur, Dufresny, faisait représenter par la troupe de la Comédie, (e Cheoalisr jouoar.
Cette succession singulière, sur le môme théâtre, et à un intervalle aussi rapproché, de deux pièces similaires, s'explique par une circonstance toute spéciale.
Dufresny prélendail que Regnard lui avait pris le scénario de sa pièce, qu'ils devaient écrire ensemble et qu'il s'était contenté de mettre en vers. Regnard soutenait au contraire que Dufresny, sachant qu'il travaillait à une comédie intitulée le Joueur, s'était empressé d'en écrire une sous le même titre.
Quoi qu'il en soit, la comédie de Regnard eut un succès qui dure encore, tandis que celle de Dufresny
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ne fut jouée qu'une fois, ce qui fit dire à un plaisant,
Que quiconque aujourd'hui voit l'un et l'autre ouvrage Dit que Rcgnard a l'avantage D'avoir été le bon larron.
L'échec complet de Dufresny eût dû le dégoûter à jamais de prendre le jeu pour sujet de pièce.
Douze ans plus tard, il donna cependant sa comédie de la Joueuse, Mais cette seconde pièce ne fût pas beaucoup mieux accueillie que la première et n'eut que cinq représentations.
Le croirait-on? Malgré cette déveine persistante, Dufresny ne se tint pas pour battu. Il écrivit à nouveau sa Joueuse, en vers, mais la mort le frappa avant qu'il en eût vu la représentation.
23 octobre 1871. — BoufTes-Parislens : LK TESTAMENT DE M. 1)K CHAG, opérette en un acte, paroles de J. Moinaux et J. Noriac, musique de Ch. Lecocq
Dans le courant de Tannée 4856, OfTenbach, désireax de justifier sa position exceptionnelle de directeur privilégié des Bouffes, imagina de mettre au concours la composition d'un petit opéra-comique, le Docteur Miracle^ dont le poème était de Jaime fils et Mestépès.
Deux jeunes compositeurs, Bizet et Lecocq, obtinrent ex œquo le premier prix, et leurs partitions dont, au grand regret de» amateurs, la seconde seule a été publiée, furent exécutées à un jour d'inlervalle, les 8 et D août 1857.
Le basard a voulu que de ces deux lauréats, le premier ne fît plus jamais d'incursion dans le genre bouffe, et que le second, qui s'y est au contraire exclusivement
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consacré, ne donnât qu'un très petit nombre d'opérettes, toutes en un acte, sur le thé&lre de son premier succès.
Lci meilleure de ces courtes saynètes est, sans contre-, dil, le Testament de M. de Crac, dont le livret est amusant et la musique charmante. L'impression des premières répétitions n'avait cepend^inL pas été tràs sutisfaisanle. Le début paraissait languissant, el l'on ne savait comment remédier à ce défaut d'intérêt, lorque OITeiibach, qui se trouvait là par hasard — car depuis longtemps il ne dirigeait plus les BoutTes, — conseilla un simple déplacement de morceaux, qui suffit ù donner aux premières scènes l'animation qui leur manquait. A Bertbelier revint aussi l'idée de l'épisode de la tabatière, que tout le monde trouva très drôle.
M, Lecocq ne nous en voudra pas d'avoir révélé au public les noms de ces deux collaborateurs anonymes.
24 octobre 1658. — Salle du vieux Louvre, devant le Roi : LE DOCTEUR AMOUREUX, farce en un acte, de Holtëre.
Cette petite farce, qui n'a jamais été imprimés et dont Boileau regrettait la perte, a donné lieu, de nos jours, à tme assez piquante supercherie littéraire, qui occupa quelque temps l'attention du public et dont le souvenir est consigné au tome 11 de l'Histoire de l'Odéon, par M.\I. Porel el Monval.
Au.^ premiers jours de l'année 1843, l'Entr'acte ina^ rait dans ses colonnes une lettre timbrée, de Rouen, par laquelle M. Guéraull-Lagrange, qui se disait avocat en celle ville et descendant du comédien Lagrange, l'ancien camarade de Molière, annonçait qu'en rouillant dans une armoire ob s'étaient entassés de vieux papiârs de famille, il avait mis la main sur une copie du Docteur amoureux.
Le directeur de rOdéon, Lireux, la demanda immédiatement à M. Guérault-Lagrange, par une lettre publiée dans les journaux. M. de Galonné se fit Tintermédiaire de Tavocat rouennais, retenu en Normandie par la goutte. Bref, la pièce fut représentée, sous le nom de Molière, le 3 mars 1845.
J'oubliais de dire que le précieux manuscrit avait été déposé au foyer du théâtre pendant la durée de la représentation. Avant môme le lever du rideau, l'aspect de ce manuscrit avait inspiré à plusieurs critiques des doutes sur son authenticité :« Nous serions bien .surpris, disait Théophile Gautier, si ce prétendu manuscrit ancien avait plus de six mois de date ; un vieux manuscrit aurait Tair plus neuf, et ne prendrait pas tant de précautions archaïques. »
La pièce fut cependant respectueusement écoutée, bien qu'elle se rapprochât davantage du genre de Regnard que de celui de Molière.
Bientôt après, le public apprit qu'il avait été victime d'une mystification. Le précieux manuscrit n'avait, en effet, que quelques mois de date. Le Docteur amoureux était l'œuvre d'un débutant, M. de Galonné. Découragé de faire inutilement antichambre dans les théâtres de Paris, ce jeune auteur n'avait trouvé pour se faire jouer que ce moyen, qui n'était pas, on doit le reconnaître à sa louange, à la portée du premier venu.
25 octobre 1845. — Ambigu : LES MOUSQUETAIRES, drame eu cinq actes et treize tableaux, d'Alexandre Dumas et Auguste Maquet.
A ce titre des Mousquetaires ^ Dumas devait substituer plus tard celui, plus rationnel, de Vingt ans après, puis* que la pièce dont nous nous occupons est tirée de la
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seconde parlift, ainsi nommée, de l'épopée romanesque de D'Artagnanet de ses ftdëles compagnons.
Mais cette subslitution n'eut lieu que lorsque, en 1849, l'auteur, se décidant à mettre en scène les aventures de jeunesse de ses héros, donnaàses Mousquetaires une suite qui était, en réalité, un immense prologue.
La récente publication du livre de H. Blaze de Bury sur Alexandre Dumas, me dispense de recherches personnelles sur les incidents des répétitions et de la première des Mousquetaires.
Je me contente donc d'emprunter à M. Blaze de Bury une amusante anecdote qu'il dit tenir de M. Alexandre Dumas fils,
A l'une des répétitions, Dumas remarqua, derrière les portants, le casque d'un pompier qui écoutait la pièce, très attentif. Au milieu du septième tableau, le casque disparut.
« Est-ce que tu vois le casque du pompier, toi? dit Dumas à son fils, — Non, il n'est plus là. »
Après l'acte, Dumas se mit en quête du pompier, qui ne le connaissait pas, et, le rejoignant :
u Pourquoi, lui demanda-t-il, avez-vous cessé d'écouler le tableau? — Parce qu'il ne m'amusait pas autant que les autres, »
La réplique suTlit à Dumas ; il s'en va dans le cabinet du directeur, Béraud ; il âte sa redingote, sa cravate, son gilet, SCS bretelles, ouvre le col de sa chemise, comme il Taisait quand il se mettait h traviiiller, et demande la copie du septième tableau ; on la lui donne, il la déchire et la jette au feu :
« Qu'est-ce que vous faites donc làî lui dit Béraud. — Le tableau n'a pas amusé le pompier; je le détruis. Je vois ce qui manque. »
Et, séante tenante, il le récrivit.
26 octobre 1819. — Italiens : IL BARBIEREDI SIVIGLIA,
opéra-boufle on deux actes, livret de Sterbini, musique de Rossini, représenté en. France pour la première fois.
Je n'ai pas la pensée de refaire l'histoire du Barbier de Séville» Celte histoire, tout le monde la connaît pour ravoir lue dans une centaine d'écrits, livres et brochures, articles de dictionnaires et de journaux.
Qu'il me suffise de rappeler qu'à la première représentation au théâtre Argcntina, à Rome, le 26 décembre 1816, Touvrage, ballotté par une salle houleuse, dut lutter misérablement contre une cabale organisée, comme un simple Tannluiiise)' à l'Opéra de Paris.
Depuis il a pris sa revanche : il a été joué partout ; il a exercé les talents des plus grands virtuoses du siècle, «t, après soixante-huit ans, n'a rien perdu de sa prodigieuse popularité.
Jusqu'en 18B-i, une seule œuvre musicale avait eu le privilège de paraître sur nos quatre grandes scènes lyriques, lofi yoces de Figaro, représentées à l'Opéra en 1793, au Théàlre-llalien en 1807, au Théâtre-Lyrique en 1858, à rOpéra-Comique depuis 1874.
(iràce à l'initiative de M. Carvalho, ie Harbierde Séville participe aujourd'hui au mùme honneur. On l'a joué à rOpéra-Comique depuis la soirée du 6 novembre 1884, soirée d'orageuse mémoire où mademoiselle Mézeray, remplaça à Timproviste mademoiselle Van Zandt «india* posée »; à TOpéra, une seule fois, il est vrai^ en 1853 ; au Théâtre-Lyrique, à partir de 1857; aux Itiliens depuis... toujours.
Signalons une autre particularité peu connue relative au Harbier.
On sait que, dans ses Soirées de l'orchestre, Berlioi s'amuse à faire causer entre eux ses musiciens toutes les
fois qu'on ne joue pas une œuvre de premier ordre. Or, la dix-septième soirée est consacrée an Barbier de Scviile, et, ce soir-h\ toutes les conversations s'interrompent comme aux jours où l'on exécute Fidetio, Armide ou la Vestale.
Si Berlioz n'a pas surfisamment admiré Mozart, on voit qu'il rendait justice à Ilossini.
27 octobre 1840. — Thé;\tre-llalien: LUCRKZIA BORGIA,
opôr;i cil trois actes, livret de Romani, musique deDonizetli, n'[irésci»lâ en Franco pour la première fois.
Les anciens habitués des Ituliensse souviennent d'avoir TU, en 1845, Lucrezia Borgia jouée sous le litre de la Rinegata, par des artistes costumés en Turcs.
A la suiled'un procès intenté et gagné par Victor Hugo, les auteurs italiens avaient dû recourir à cette singulière transformation, sous peine de voir interdire, ea France, la représentation de leur opéra. Heureusement un terrain de conciliation fut bientôt trouvé, et, moyennant une indemnité convenue, Lucrezia Borgia reparut sur l'affiche avec son véritable titre.
Le livrât de Itomani avait primitivement été destiné à Mercadante, qui se trouvant soutirant, pria Donizetti de prendre pour son compte le contrat qu'il avait signé avec le dirccteurde la Scala.
Il ne restait que quarante jours pour mettre à la scène un ouvrage qui n'était mfime pas commencé. Donizetti livra l'opéra en moins de quatre semaines. Quelques années plus tard, il devait écrire en neuf jours la partition de Don Pasquaie. Cette prodigieuse facilité explique comment, de 1818 à 1844, soit en vingt-six ans, l'auteur de la Favorite, n'a pas composé moins de soixante-sept opéras.
Jouée pour la première fois à la Scala, en 1834, avec une interprétation de premier ordre, Lucrezia Borgia fut plus brillamment exécutée encore à Paris par Mario, Tamburini, Lablache et par mademoiselle Julia Grisi, la belle Julia Grisi, dont Gautier disait qu il donnerait ses droits politiques pour la voir au bain.
28 octobre 1853. — Variétés: PEPITO, opéra-comique en un acte, paroles de Léon Battu et Jules Moinaux, musique d'Ofîenbach.
Entre tant d^opérettes, fruits de la verve intarissable d'Offenbach, nous citons celle-ci de préférence, malgré ses proportions minuscules, parce qu'elle est la première que son auteur ait réussi à faire entendre sur un théâtre de Paris.
Nous disons « sur un théâtre », car d'autres saynètes d'Offenbach avaient auparavant été exécutées à Paris, dans des concerts, l*Alcove, notamment, avec Grignon, Barbot,Jacotot et mademoiselle Bouille, pour interprètes, elle Trésor à Mathurin^ devenu plus tard le Mariage aux lanternes, avec Sainle-Foy, mesdames Meillet, Lemercier et Théric.
On a raconté maintes fois l'histoire des pénibles débuts d'Offenbach, violoncelliste de talent, compositeur de romances applaudies, s'échouant, faute d'autres ressources, devant un pupitre de chef d'orchestre de la Comédie-Française, et écrivant, pendant les entr'actes, des « mélodrames» pour le théâtre, ou des opéras-comiques dont le directeur de la salle Favart ne voulait pas.
L'auteur de la Chanson de ForluniOy cherchait, comme on dit, sa voie. L'accueil sympathique fait à Pepito la lui traça sans doute^ car toutes les premières opérettes données plus tard aux BoulTes, par OiTenbach, sont cou-
lées dans le moule de celle-ci, qui conteaait, par parenthèse, un charmanltrio,etdonlPradeau reprît plus tard, aux BoutTes, le principal rfile, excellemment créé par Le clerc,
29 octobre 1864. — Comédie- Française : HAITREGUÉRIN,
comédie en cinq actes, par Emile Augier.
Lorsque fuljoué Maître Guérin, on applaudit beaucoup au dénouement de celte belle comédie, très originale, très curieusement travaillée, et que, depuis longtemps, la Comédie-Française aurait dû remettre à la scène.
Pris dans les filets tendus par lui à son voisin Desroncerets, un inventeur de la famille de Van Claës, maître Guérin voit son foyer déserté par son fils, qui repousse dédaigneusement une fortune déloyalement acquise, et par sa femme, sur l'aveugle soumission de laquelle il croyait cependant pouvoir toujours compter.
Avide et retors, sans scrupules et sans cœur, maismarchant toujours entouré des précautions légales, le notaire reste un moment étourdi par ce coup double auquel il ne pouvait s'attendre, car tout sentiment d'honneur lui est foncièrement étranger.
Mais bientôt il se redresse, et, voyant entrer Brenu, son homme de paille, dont il a pris la fille pour servante, après l'avoir séduite, il le retient tranquillement à dîner.
Eh ! bien, le dénouement primitif de Maître Guérin était, parait-il, plus brutal, plus réaliste et plus moral aussi.
Cette ftlle de Brenu, cette Françoise que le notaire '< ne veut pas qu'on tracasse » et dont madame Guérin avait dû subir si longtemps les façons insolentes, entrait en scène en même temps que son père, et s'avançant hardiment vers le notaire: "Donne-moi lesclefs, lui
disait-elle. C'est à moi de les garder désormais. — Non, répondait timidement celui-ci. — Donne-les moi ! je les veux ! »
Il les donnait, la tôte basse, et la servante maltresse s'installait en souveraine h la place occupée le malin par la femme légitime. L'expiation de maître Guérin commençait.
Si ce dénouement n'a jamais existé que dans l'imagination d*un chroniqueur fantaisiste, convenez qu'il n'était pas mal trouvé.
30 octobre 1783. — Château de Fontaine})Ieau, devant la Cour: LA CARAVANF] DU CAIIŒ, opéra en trois actes, paroles de Morel de Cliedeville, musique de Grétry.
La question de la paternité du livret de la Caravane a été souvent débattue, jamais résolue.
Dans sa Bibliothèfjue musicale du théâtre (le VOpéra^ M. de Lajarte n'hésite pas à désigner ainsi la Caravane: « opéra en trois actes, paroles de M. le comte de Provence (Louis XVIIIi et Morel, anonvmes sur le livret. » Il attribue môme à cette part de collaboration du futur roi de France le regain de succès obtenu par l'opéra de Grétry sous la Restauration.
D'autre part, Goizet, dans son précieux opuscule sur la collaboration au thhUre, fait, à propos de la Caravane^ les réflexions suivantes : « Nous ne [)arlerons pas de la collaboration attribuée à Lf)uis XVI pour la Caravane; nous n'y croyons pas. Louis XVI était plutôt serrurier qu'homme de lettres. 11 n'a môme pu fournir le plan de cet opéra, car ce plan est pris d'un ballet de Dauberval, représenté à Turin, en 1757, et intitulé la Foire de Smyrne, »
Quoi qu'il en soit, la Caravane a eu un immense succès,
un des plus grands qu'un opéra ait jamais obtenus à l'Académie de musique, puisque ce succès se chiffre par un total de cinq cent six représentations.
Et cependant, ô inconstance de la vogue en matière musicale ! que reste-t-il de cet opéra si vanté, si constamment applaudi et si remarquable, en somme, étant donnée l'époque où il fut composé? Un simple et vulgaire pont neuf, l'air &imeux: « La victoire est à nous I »
31 octobre 1877. — Opéra-Comique : LA SURPRISH DE L'AMOUR, opéra-comique en deux actes, poème de Charles Monselet, d'après Marivaux, musique de F, Poise.
Marivaux a écrit deux Surpri-ies de l'amour.
La première, destinée aux comédiens Italiens, n'est qu'une esquisse dans laquelle il s'essayait, avec quelque gaucherie, mais non sans grâce et sans esprit, à ses délicates et ingénieuses études du cœur humain.
La se •on(ie, refaite quelques années plus tard pour le Théilre-Français, est une comédie très profonde, très étudiée, à laquelle MM. Meilhac et Halévy ont certainement pensé en écrivant leur jolie pièce Ae la VewvF, et qui devrait ligurer au répertoire de la Comédie-Française entre le» Fausser Confidences et le Jeu de l'Amour et du Hasard.
C'est, nous n'avons pas besoin de le rappeler, la première de ces deux Surprises que M. Poise a rajeunie en y adaptantune exquise partition, vrai régal de délicats qui semblait devoir, dan» les combinaisons du répertoire de rOpéra-Comique, devenir un plat de résistaace.
Pourquoi donc, au moment de l'incendie de la salle Favart,y avait-il plus de huit années qu'on ne jouait plus ce charmant ouvrage ? On reprend des pièces naédiocres et l'on néglige les bonnes. La musique a ses destins comme les livres.
1er Novembre 1797. — Théâtre Feydeau : LES BONS VOI- SINS, opt ra-comique en un acte, paroles de Planterre, musique de Jadin.
Jadin a eu le sort commun à tant de musiciens, même des plus célèbres, qui atteignent un âge très avancé. 11 avait vu peu à peu disparaître ses œuvres du répertoire. L'oubli s'était insensiblement fait autour de son nom.
On peut se rendre compte de la haute situation artistique à laquelle il était arrivé au commencement du siècle, en lisant certain passage des ((Souvenirs» d'Adam, où Tauteur du Chalet cite Jadin, à côté de Gherubini, de Méhul et de Kreutzer, parmi les compositeurs (( éminents » de son époque ; or, le mot d' « éminent » ne se prodiguait pas alors comme aujourd'hui. L'épilhète est devenue commune, mais la chose est toujours rare.
Certes, la longue carrière musicale deJadin avait été laborieusement remplie !
11 avait composé une quarantaine d'opéras-comiques ; un Joconde, avant Nicolo; un Mahomet II, avant Rossini*
11 avait improvisé tour à tour des cantates à la louange delà République, de l'Empire et de la Restaura* tion.
3 NOveHBue Wt
Il avait mis Monsieur de Pounusaugnac en miitu\Hf., Il araît écrit des ouvertures etdes fanUifiespc^ur orcbettre. de nombreux morceaux de musîfjue de chambre, Ah'î symphonies coocertanles pour deux ou trois pianos, des sonates, des pots-pourris, des nocturnes, des romances, que saiii-je encore!
De ces productions si diverses, il restait à peine un souvenir, lorsque l'auteur des Bunt Voisins mourut, en 1833, âgé de quatre-vingt-cinq ans.
Depuis longtemps on ne jouait plus sa musique, et sa dernière œuvre exécutée publiquement a été sans doute ce Libéra nos qu'il avait composé quelques semaines avant sa mort, dans la prévision de sa fin prochaine, et dont une audilion eut lieu le jour de ses obsèques, par les soins de ses anciens amis.
2 novembre 1848 — Comédie-Française: LA VIEILLESSI^ Dtl 1tlCHELtfc)U, drame en cinq actes, par Octave Feuillet et Paul Bocage.
L'auteur du Roman d'un jeune homme pauvre, de Jlfonf/oj/? et de Chamillac, n'a pas donné place, dans ses œuvres complètes, à ses premiers essais dramatiques: la Nuit terrible, York, le Bourgeois de Rome, Echec et !dat, Palma, et la Vieillesse de Richelieu.
Est-ce parce que ces pièces, pour la plupart introuvables aujourd'hui, ont été écrites en collaboration ? Est-ce parce qu'elles diffèrent trop sensiblement de celles auxquelles M. Feuillet a dû, depuis, sa haute situation littéraire? Quoi qu'il en soit, cet ostracisme est regrettable, car il y a toujours plaisir et profit, pour le curieux, à se reporter aux débuts d'un écrivain de talent.
Voici, par exemple, la Vieillesse de Richelieu : taillée sur le patron des drames d'Alexandre Dumas, cette pièce
n'est certainement pas un chef-d'œuvre. La lecture n'en est cependant point dénuée d'intérêt, et telle scène où Richelieu reste tout à la fois confondu et charmé par la pureté naïve d'une jeune fille qu'il voulait séduire pourrail bien avoir inspiré celle, si vantée plus tard, du quatrième acte des Vieux Garçons, entre Antoinette etMoiv limer.
Dans une gamme plus gaie, nous citerons l'amusante entrée dans l'ermitage de l'Arsenal, de Fronsac et de René qui, après avoir pris la place des porteurs de chaise d'une chanoinessc, pour pénétrer dans la bergerie, voient, avec une sUipéfaolion que l'on devine, sortir de la chaise le loup lui-môme, Richelieu.
(^iloa<, pour finir, ce bout de dialogue dont ractualité est (le tous les temps :
— M. de Maupeou dort cette nuit son dernier sommeil de miaisUe. Dame! ce n'est pas le sommeil du jusle î
— Je vous croyais l'ami de M. de Maupeou ?
— - Du tout, nous sommes brouillés à mort.
— Tardon. Qu'est-ce qu'il vous a donc fait?
— Ce qu'il ma fait ?... Il tombe!
3 Novembre 1832. — Porte-Saint-Martin : IM- RFÎIMCT LE- GLIlUC, drame en cinq actes, par Anicet Bourgeois et Lockroy.
Dans l'histoire du mélodrame contemporain, Anicet Bourgeois occupe une place spéciale.
J*ar sa pièce de Latude, queTauteur de Tt'iuUi a signée avec lui, il donne la main aux créateurs du genre, à la fameuse Irilologie de Pixérécourt, Caigniez et Cuvelier, le Corneille, le Racine et le Crébillon du boulevard, comme on les appelait autrefois.
il se rattache, d'autre part, à la génération contempo-
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raine, par ses drames de Marianne et du Médecin des enfants, écrits en collaboration avec d'Ennery, l'auteur toujours jeune des Deiix Orphelines, d'une Cause célèbre et de Martyre.
Enfin le concours anonyme qu'il a prêté à Alexandre Dumas pour T&nisa, Angèle et Caligula, lui assigne une place, modeste il est vrai, dans la galerie des romantiques.
Celle iniluence de l'école alors en faveur se traduit dans Perrinet Leclerc par un jargon bizarre, ce Jargou auquel no pouvait s'iiatiitucr Brazler, impatienté d'entendre crier ri tout propos : « mignons, compagnons, ma dague, truands, maugruanls, malédiction!... pitié I... damnation!... à la rescousse !.., etc. »
Ces rodomontades moyen Age ont même eu pour effet de vieillir Perrinet Luc'erc plus que d'autres drames moins populaires d'Anicet Bourgeois. On s'en est bien fijteu.'u lors de la dernière reprise au Cbàtelet, en lK7.'i.
L'ujuvre est loin d'ôtre indifférente, cependant, et niériledflre classée parmi les meilleures du genre, qui, disons-le, valait peu ; elle se recommande surtout par la scène cclclireoù, tiré de sa torpeur par les cris : «Vive Armagnac ! vive Bourgogne ! », le roi Charles VI retrouve une liicur de raison pour lancer aux combatlants l'apos- Irophc fameuse : « El qui donc criera: vive France? ».
4 uoven:bre 1859. — Comédie-Krançaise : LE DUC JOB, uuméiJie eu quatre actes, par Lûon Laya.
t-f Duc Job a été l'un des plus grands, sinon le plus grand succès de la Comédie-Française sous le second liinpire, et l'on peut ajouter que la pièce de Léon Laya n'a Jamais cesse, jusqu'en 1878, de figurer au répertoire.
Une réaction exagérée, comme toutes les réactions, s'est opérée contre cette comédie, ce grand vaudeville, si Ton veut ; mais, au début, Temballement (qu'on nous permette le mot) fut général, chez les critiques attitrés commechez les simples curieux; seulement, les premiers revinrent beaucoup plus vite que les seconds à une juste appréciation des choses.
Un témoignage caractéristique de ce revirement d'opinion presque immédiat de la presse nous est fourni par VOpinion nationale, dont Francisque Sarcey, récemment arrivé à Paris, rédigeait depuis quelques mois seulement la chronique dramatique.
Au lendemain de la première représentation, on pouvait lire, à la fin de la causerie théâtrale de la semaine, ces lignes chaleureuses : « Je ne puis terminer cet article sans annoncer au public le grand, le très grand succès de la comédie de M. Laya. De quel cœur nous avons applaudi de nobles pensées exprimées dans un noble langage 1 Gela est bon, cela est excellent, et joué avec cette perfection qu'on ne trouve qu'aux Français. »
M. Sarcey qui est le premier à s'amuser aujourd'hui de cet enthousiasme juvénile m'a raconté qu'après avoir lu ce post-scriptum, Edmond About s'en était montré peu satisfait : «Quel besoin avais-tu de l'écrire si vite? lui avait-il dit amicalement ; plus tard, tu seras plus prudent.»
Dès la semaine suivante, le ton de l'article de fond consacré par M. Sarcey au Duc Job^ devait être, en effet, tout autre. Les premiers éloges sont tempérés par des réserves qui en diminuent singulièrement la portée. M. Sarcey ne s'insurge nullement contre le public. A quoi bon? Il finit même sa judicieuse causerie par cette sorte de profession de foi, d'autant plus curieuse à rappeler que, fait rare, celui qui l'a signée, il y a vingt-six ans, y est toujours resté fidèle:
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ce Les défauts abondent dans la pièce de M. Laya, et cea défauts sont grands... mais la pièce a réussi ; tout grand succès a sa cause, et le public a toujours raison de s'amuser. Nous ne pouvons rien gagner à nous mettre en travers de son plaisir. Le crilique n'est pas un Tactionnaire chargé de croiser la baïonnette sur une pièce douteuse, en criant: « On ne rit pas là ! » C'est un ofltcier qui court à côté de son régiment, du public, veux-je dire, emporté de la même ardeur que lui, qui crie bien de temps en temps: u Prenez garde 1 " ou encore: "Allons donc! » mais qui ne poursuit sa route et ne s'arrête qu'avec lui. w.
5 novembre 1816. — Odéon; LE FRÈRE ET LA SŒUR . JUMLAUX, comédie en cinq actes, en vers, tirée de Shakespeare, par Néponiucène Lemercier.
Les personnages do cette comédie tirée, comme Conte d'Avril, d\i soir des Rois, de Shakespeare, parlent une langue bien singulière. On en jugera par ce fragment :
Sommeillé-jeî Est-il nuit? Non, je veille; il fait jour. Nouveau Dl qui s'embrouille en surcroît de conteste (?) ; Hais mon ami revient, peu m'importe le reste.
Déjà, six années auparavant, une autre comédie de Lemercier, Piaule, avait offert de curieux exemples d'inadvertance complète au point de vue du style :
Ma vie a trop d'écueils i traverser ^ni/iVe...
S'il sied à votre seïe et surtout à vos traits (!) De rester généreuse etc.
En écrivant ces vers étranges, Lemercier avait peutêtre présente à l'esprit, la réponse du vieux Corneille à Baron, qui lui demandait de lui expliquer quatre vers de
Tite et Bérénice^ dont le sens lui paraissait inintelligible : <( Je ne les entends pas très bien non plus ; mais récitezles toujours : tel qui ne les entendra pas les admirera. »
Le slyle, telle fut toujours la pierre d^achoppement de Lemercier, à qui ne manquaient ni Taudace ni la force tragique, et qu'on peut considérer comme le premier des romanliques, malgré son opposition, sur la fin de sa vie, à la révolution littéraire qu'il avait préparée.
Eh bien, ses incorrections et ses obscurités ne lui furent nullement imputées à crime lorsqu'il se présenta à r Académie. Beaucoup d'immortels en avaient sans doute de pareilles sur la conscience. Par contre, on lui reprocha aigrement de s'être affranchi de la règle des trois unités ! Ecoutons plutôt Merlin qui se lit, dans sa réponse au discours de réception de Lemercier, le portevoix de la docte assemblée tout entière :
(( Ouantfi votre comédie deChristop/ie Colomb, je nedois en parler que pour protester, au nom de tous les hommes de goût, contre Tabus que vous y avez fait de vos talents, en vous écartant de Tune des règles fondamentales de la poésie dramatique, de l'unité de temps et de lieu!... Si tout récemment, dans des leçons publiques, vous n'aviez solennellement professé une doctrine réparatrice de l'exemple que vous vous aviez donné, l'Académie n'aurait pu, malgré vos titres littéraires, vous admettre dans son sein... Elle aurait sacrifié son estime pour vous à la crainte d'encourager les jeunes élèves de Melpomène et de Thalieà suivre la route que vous leur aviez si imprudemment ouverte ! >>
C'est net I
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6 novembre 1830. — Odéon : L'ABBESSE DES URSULINE5 ou l^EPROCftSET LA MORT D'URBAIN GRANDIEIi, drame en trois actes, tiré desjoumaux du temps, par Ch. Desnoyers et Malliun.
La mort tragique de l'infortuné curé de Loudun n'a inspiré, croyons-nous, que quatre œuvres théitrales, dont les deux premières sont signaléi:s par nous pour la première fois: Urbain Grandkr, drame historique, en trois actes, de Joseph Drugue (Dijon, 1831) ; la Vie et la Mort d'Urbain Grandier ou la Jurisprudence française au X\'II' siècle par Guinoyseau (Angers, 1844) ; le drame d'Alexandre Dumas, joué au Tliéltre-Historique sous !e titre d'Urbain Grandier, le 30 mars 1830, et celui que nous rencontrons aujourd'hui.
Dans son analyse de la pièce de Dumas, Théophile Gautier n'hésile pas fi dire que l'auteur * n'a rien fait de mieux réussi qu'Urbain Grandier, depuis et y compris la Tour de Xcslc. »
L'éloge est évidemment excessif. La pièce présente, sans doutf, de l'intérêt, mais un intérêt purement romanesque, auquel l'histoire n'a aucune part. Ainsi, d'après Dumas, le iiiréde Loudun aurait toujours mené une vie d'une pureté de mœurs irréprochable, et était doué d'une sorte de pouvoir d'évocation surnaturel i douhle atteinte évidenle à la vérité.
Quant au drame de Desnoyers etdeHallian, nous n'en pouvons parler que par ouï-dire, car nous ne sommes pas assez » ancêtres » pour l'avoir vu, et il n'a pas été imprimé. Le-; comptes-rendus de l'époque nous laissent supposer toutefois que, malgré l'annoDCO alléchante d'après « les journaux du temps », la fantaiaie y tenait une large place.
Kn toute hypothèse, le pluriel les est de trop; il n'y
avait, en 1634, que deux journaux en France, la Gazettede Fiance et le Mercure français^ et de ces deux journaux, le second seul a fait mention du supplice de Grandier.
Le véritable drame d'Urbain Grandier, drame absolument historique celui-là, a été écrit par le docteur Légué, dans son livre sur les Possédées de Loudun, et si vif est l'intérêt de cette histoire, ainsi racontée, avec ses préliminaires romanesques, ses péripéties étranges, son terrible dénouement, qu'il nous paraît impossible qu*un écrivain puisse la rendre désormais plus saisissante, même en lui prêtant une fois de plus le prestige de la scène.
7 novembre 1702. — Opéra : TANCRÈDE, tragédie lyrique, en cinq actes et un prologue, paroles de Daachet, musique de Campra.
Dix années s'étaient écoulées depuis la mort de Lulli, etaucuneœuvreremarquablenes'étaitproduite à l'Opéra. Madame de Sévigné avait- elle donc raison de dire que le maître florentin n'aurait jamais de rival et que sa musique serait la seule qu'on entendrait en Paradis?
On commençait à le croire, lorsque l'apparition de V Europe galante y de Gampra, représentée avec un immense succès le 24 octobre 1697, vint prouver une fois de plus que, s'il se produit dans l'histoire de Fart des éclipses totales, ces éclipses ne sont jamais de longue durée.
Après avoir donné successivement le Carnaval de Venisey Hésione et Aréthuse, Gampra mit le sceau à sa réputation en écrivant Tancrède,
De cette partition, qui devait se maintenir au répertoire pendant plus de soixante ans, il ne reste aujourd'hui qu'un souvenir. Encore Tancrède doit-il d'être souvent cité à une circonstance particulière : le rôle de
Clorinde est le premier qu'on ait écrit pour un contralto, un bas-dessus, pour prendre le terme alors employé, et ce rôle fut créé par la célèbre mademoiselie Maupin.
Tous les arts, on l'a dit maintes fois, reposent, la musique exceptée,surdesbases solides etpresque immuables; la nature est un frein qui maîtrise les audaces et contient les rébellions. Sous la plume du compositeur, au contraire, la fantaisie trouve aisément crédit. Mais aussi cet art exquis est-il plus soumis que les autres aux caprices delà mode.
Tôt ou lard, la partition la plus admirée devient une simple curiosité, appréciée seulement de quelques amateurs. Si l'œuvre passe, le nom de l'auteur reste, et celui de Campra figurera toujours au premier rang des plus illustres représentants de notre vieille école nationale.
8 novembre 1838. — Théâtre de la Renaissance : RUY RLAS, drame en cinq actes, envers, de Victor Hugo.
Il y a, dans la genèse des œuvres dramatiques, des rencontres bien singulières.
L'année même ou Ruy Blas faisait son apparition en France, le célèbre romancier anglais, Bulwer Lytton, donnait, au théâtre de Covcnt-Garden, un drame intitulé la Dame de Lyon, dont voici le scénario :
La fille d'un négociant de Lyon, Pauline Deschapelles, élevée par sa mère dans des rêves d'ambition et de grandeur, s'est promis d'épouser un homme d'une haute condition sociale; elle n'est pas insensible, cependant, à l'envoi quotidien d'un bouquet de fleurs que lui adresse un inconnu.
Un prétendant éconduit par elle, Bauséant, imagine le moyen suivant de se venger de ses dédains.
L'homme aux bouquets, Claude, est une sorte de