UNE PREMIÈRE PAR JOUK
paysan déclassé, intelligent et instruit, épris, lui aussi, de Pauline, mais trop pauvre pour aspirer à sa main. Bauséant vient le trouver et lui promet de lui faire épouser celle qu*il aime, s'il veut lui obéir sans discuter ses ordres.
Fou d'amour, celui-ci consent à tout, et, prenant un nom noble d'emprunt, est agréé de Pauline, qu'il épouse.
Bientôt, bourrelé de remords, il se décide à avouer à Pauline son infamie. Il fera annuler son mariage et »*é* loignera pour toujours. Mais, proGtant d'un moment où Pauline est seule, Bauséant s'est introduit chez elle; déjà il l'a saisie dans ses bras, quand Claude, intervenant à propos, provoque Bauséant en duel et sauve Pauline, qui lui pardonne.
Tout cela est terriblement bourgeois. Le rapprochement (rapprochement tout à fait fortuit) ne s'en imposepas moins entre Claude et Ruy Blas, Bauséant et Don Salluste, Pauline et Marie de Neubourg, et, comme la pièce de Bulwer est à peu près inconnue en France, nous avons jugé intéressant de la signaler à nouveau.
9 novembre 1842. — Opéra ; LE VAISSEAU FANTOME, opéra en deux actes, aroles de Paulp Foucher^ musique de Dielsch.
11 eût été simplement équitable d'ajouter sur l'affiche : livret de Paul Foucher , « d'après le scénario de Wagner. »
Rappelons, en effet, à la suite de quel étrange marché Dietsch, alors chef d'orchestre de l'Opéra, s'était trouvé en possession de ce livret.
C'était en 1840; Wagner avait obtenu, non sans peine, du directeur de l'Académie de musique, Léon Pillet, la
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promesse de monter son opéra, le Vaisseau Faniéme, dont l'idée lui élait venue durant sa traversée de Russie eu France, et que Paul Foucher devait se contenter de mettre en vers français.
Au dernier moment, Léon Pillel se ravisa et proposa à Wagner de lui achdter, moyoiinant 500 fr., son poème qu'il préférait confier à un compositeur de sou choix. Wagner ne pouvait que se soumettre et accepter celte maigre indemnité, puisque aucun engagement écrit ne liait la direction envers lui. Il se réserva seulement la propriété de son œuvre en Allemagne, et la lit biintAt jouer à Dresde, sous son titre primitif, le Hollandais volatil.
Juste retour des choses d'ici-bas ; le Vaisseau Fantôme fit un fiaseo complet à l'Opéra. On goAta médiocrement les modifications apportées par Paul Foucher au scénario de Wagner, et l'on s'étonna, par exemple, de voir l'amoureux éconduit, devenu prêtre, pousser le renoncement aux choses terrestres jusqu'à présider lui-même à l'union de sa fiancée et de son rival. La partition de Dietsch, bien que « marquée au coin de l'élude et du savoir », dit un critique bienveillant, fut jugée languissante el monotone; l'apothéose finale parut maigre. L'opéra de Wagner est, au contraire, resté une des (Buvres les plus constamment applaudies et les plus populaires de son auteur.
10 novembre 1777. — Château de Fonlaiaebleau, devant la cour: l'iXIX, ou L'ENFANT TROUVÉ, comédie en trois actes, mâlée d'ariettes, paroles de Sedaine, musique deHon-
Au lendemain de la première représentation de Félix, Monsigny, encore dans la force de l'&ge et en pleine pos-
session de son talent, résolut, comme devait le faire, cinquante-deux ans plus tard, Rossini, de ne plus écrire pour le théâtre.
Les motifs d'une détermination si grave, et dont Thistoirc de Tart offre si peu d'exemples, ont été diverse* ment indiqués.
Félis raconte que, ayant questionné à ce sujet Monsigny, en 1810, celui-ci avait simplement répondu qu*après avoir écrit la partition de Félix, il ne lui était plus venu une idée.
On a attribué aussi cette soudaine résolution à des désagréments qu'aurait essuyés le compositeur de la part de ses interprètes. Ce motif serait bien l'utile.
Adam tenait, d'autre pari, de la propre fille de Monsigny, que Tauleurdu MsTr/mr, sentant sa vue s'affaiblir de jour en jour, et menacé de la perdre tout à fait, s'était résigné, pour la garder, au sacrifice de ne plus écrire.
Pour d'autres biographes, enfin, la cause déterminante de la retraite prématurée de Monsigny aurait été le froid accueil fait par le public à sa partition de Félix.
Il faut sans doute prendre un peu de tout cela pour avoir la vraie raison de son silence. En définitive , il renonça à lutter davantage. On l'oublia vite, et, le croirait-on? ce fut en 1813 seulement, à l'âge de quatrevingt-quatre ans, qu'il fut nommé membre de l'institut.
Celui qui aspirait à le remplacer pouvait dès ce jour-là commencer ses visites.
11 novembre 1823. — Odéon : LE TRIBUNAL SECRET, tragédie en cinq actes, de Léon Thiessé.
L'histoire de TOdéon, à cette époque, ressemble un peu — que l'on nous pardonne cet irrévérencieux rap«
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prochement — à celle du théâtre-Taitbout, de bruyante
mémoire.
On s'y pressait quand une première était annoncée; les autres jours, la salle était un désert, uneThébaïde. Aussi les quolibets pieu valent- ils comme grêle sur le malheureux théâtre.
C'est le temps où un groupe de jeunes gens déposaient des fusils entre les mains du préposé au vestiaire, stupé- Tait, sous le prétexte que les abords du thé&tre étaient trop peu fréquentés pour qu'on pût s'y aventurer sans armes; c'est aussi l'époque où la Pandore annonçait que, vu le petit nombre des spectateurs, on n'allumerait plus désormais qu'un bec par personne, un demi-bec seulement pour les enfants, et où le Miroir insérait gravement lannonce suivante : « L'administration de l'Odéon informe le monsieur qui assistait à la représentation d'hier, qu'on a trouvé dans la salle une tabatière qui doit lui appartenir. »
La première représentation du Tribunal secret, qui n'était, en somme, qu'une pâle imitation daMahometie Voltaire, fut signalée par des scènes de désordre d'une violence inouïe.
Comme autrefois Séide, comme plus tard Otbert, des Burgraves, le héros de la tragédie de Léon Thiessé, Rodolphe, se résolvait, sur l'ordre des francs-juges, à frapper son oncle Conrad de Westphalie, noble vieillard, qui présentait courageusement son sein au poignard du jeune fanatique.
Cette situation, éminemment tragique, ne fut pas du goût des spectateurs.
A la On du cinquième acte, qui s'était passé tout entier au milieu de Thilarilé générale, un véritable combat s'engagea dans le parterre. La gendarmerie dut intervenir et eut toutes les peines du monde à entraîner un jeune sit-