UNE PRE^IÂRB PAR JOUR
fleur, que ses compagnons défendaient énergiqueraent. On ne put môme pas nommer l'auteur.
Celui-ci se consola de sa disgrîice en racontant partout que le zèle intempestif des claqueurs avait seul provoqué cette prodigieuse hostilité.
On se console comme on peut. 11 fait toujours bon être philosophe.
12 novembre 1832. — Comédie- Française et Odéou ; VOLTAIRK ET MADAME DE POMPADOUu/comédie en trois actes, par Laûtte et Gh. Desnoyers.
Ce fait étrange et sans doute unique qu'une pièce nouvelle ail été jouée le môme soir à la Comédie-Française et i\ rodéon, s'explique de la façon la plus naturelle.
A l'expiration du privilège d'Harel, comme directeur de rOdéon, le i"' avril 1832, le comte d'Argout avait décidé en conseil des ministres que, chaque jour de la semaine, un des principaux théiUres de Paris donnerait une représentation à rOdéon.
La troupe de la Comédie-Française répondit presque seule à cet appel, et, du ûo octobre 1832 au 31 mars 1835, parut, î\ des intervalles assez réguliers, sur la scène abandonnée par Harel.
Plus lard môme, M. Védel, le nouveau directeur des Français, réalisant le rôve que devait, quarante ans plus tard, caressera nouveau M. Emile Perrin, obtint, par un arrêté ministériel en date du 21 août 1837, Tautorisation d'exploiter l'Odéon pendant deux années.
Mais cet essai de dédoublement de la troupe de la Comédie ne réussit pas, et, après une saison d'exploitation, M. Védel renonça à son privilège.
Détail curieux, qui montre quelle médiocre importance il faut attacher aux miinifestalions sympathiques ou hos-
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tiles du public, les jours de première représentation : Jouée avec le même soin et par les infimes artistes, la pitcc de Lalltte et Charles Desnoyers fut, dans la même soirée, applaudie sur la rive droite de la Seine et outrageusement sifflée sur la rive gauche !
13 Novembre 1843. — Académie de musique : DOM SÉliASTlKN, noi DK POItïUGAL, opéra en cinq actes, pai'oles de Scribe, musique de Uonizetti.
Dans le courant du mois de février de l'hiver 1884, on douniiit. auslialiens, Lucrezia Borgia, pour les débuts de Gayarré.
Le» deux premiers actes de la partition de Donizctti avaient laissé froid le public, qui ne s'était un peu échauffé que pendant le dramatique trio de l'empoisonnement.
Une délicieuse romance de ténor, intercalée au troisiônie acte, mil subitement la salle entière sous le charme et décida du grand succès de son interprète. Cette romance, que quelques amateurs seulement reconnurent, était tirée dùDom Sébastien.
Doiii Sébastien contenait un certain nombre d'autres pages remarquables : une mélodie pour baryton, une belle marche funèbre. Malheureusement, cette marche funèbre fut une des causes de l'insuccès d'un ouvrage dont la teinte uniformément sombre avait fait une fâcheuse impression sur le public. « Allons à l'enterrement de Diiui Sébastien », disait-on en plaisantant. Et on n'y allait pas.
Doiiizelii conçut un violent chagrin de cet échec : Cl Doiii Séha.-!lien me tue », écrivait-il à un ami. L'accueil .sympathique fait à son opéra par les Viennois, en 1846, le consola un peu : « Les Parisiens revieadroat à Dom
Sébastien^ écrivait-il encore; j'ai composé cet ouvrage avec grand soin, et c'est pour moi un travail capital. Je n*aime pas à parler de moi; mais je vous assure que j*ai été très affligé de la manière dont m*ont traité les journaux : ils m'ont fait passer plus d*une nuit sans sommeil. »
Quelques mois après, Fauteur de Lucie et de Don Pas* quale élait fou.
14 novembre 1833. — Comédie- Française : BERTRAND KT RATON, ou L'ART DE CONSPIRER, comédie en cinq actes, de Scribe.
La récente reprise de Bertrand et Ratorij a donné à la critique Toccasion d'analyser et d'apprécier à nouveau celte comédie célèbre. Fidèle à notre modeste rôle d'anecdoticr, nous nous contenterons de rappeler les menus incidents qui signalèrent son apparition.
De la première représentation de Bertrand et Raton, date d'abord, assure un des biographes de Scribe, M. Moulin, l'établissement des primes et des traités secrets avec les auteurs. Aux termes de son engageaient avec le Gymnase, Scribe touchait alors une rente viagère de 6,000 francs, un bénéfice proportionnel sur les recettes, évalué à 8,000 francs environ, et enfin une prime de 750 francs par acte. Il fallut donc que la Comédie» Française l'attirât à elle par l'attrait d'avantages supérieurs, attribués secrètement en dehors des conventions habituelles.
Un lapsus singulier fut commis le soir de la première par l'acteur chargé du petit rôle du président de la cour suprême.
« C'est quand l'Etat est en danger, c'est quand l'ordre public est troublé », devait dire ce personnage considé-
rable, « qu'il faut demander à la justice et aux lois un appui contre la révolle, et noa s'appuyer sur la révolte pour renverser la justice, »
" C'est quand l'Etat est en danger », dit-il en se troublant, « qu'il faut demander aux lois un appui contre la justice, » déclaration qui constituait à peu près un non- ■ sens, mais qui, comme toutes les pbrases vides et ronflantes, fut couverte d'applaudissements.
ïlappelons encore que Talleyrand parut alors le type sur lequel était moulé Bertrand de Rantznu. Remarquons enlin que la pièce porte la signature de Scribe seul. Or, il n'est pas sans intérêt de constater que Scribe, qui a tant usé et abusé de la collaboration, a mis une certaine coquetterie à siguer seul deux de ses plus remarquables livrets d'opéra, la Juive et te Prophète; les jolis opérascomiques qui ont nom fa Dame blanche, le Domino noir, Fra Diavolo et Gii'alda; deux de ses plus cbarmants vaudevilles, Geneviève et la Protégée sans le savoir ; enfin ses trois plus importantes comédies : Une Chaîne, la Cama~ raderie, et lîertrand et Raton.
15 NoTflmbre 1847. - Opéra National : LES PRblMlERS PAS, scène -prologue, de Gustave Waëz et Alphonse Hoyer, musique d'Adam, Aubér, Carafa et Halévy, exécutée pour l'inauguration du théâtre.
Ces premiers pas d'Adam dans la carrière directoriale où les circonstances l'avaient entraîné, furent assez heureux. Brouillé avec le directeur de l'Opéra- Comique, qui avait mis son répertoire en interdit, l'auteur du Chalet avait sollicité et obtenu, non sans peine, le privilège d'un « Opéra national I) qui remplaça le « Tbé&lre-historique», créé par Alexandre Dumas.
Malheureusement, après quelques mois d'une gestion
assez fructueuse, la révolution de Février vint briser subitement les espérances d'Adam en robligcant à fermer son théâtre.
Parmi les créateurs des Premiers PaSj nous trouvons le nom de M. Legrand, l'excellent régisseur de TOpéra- Comique, qui, lors de la dernière reprise du Sourd, tenait encore le rôle du chevalier.
Remarquons aussi que l'ouverture des Premier Pas, ouverture composée par Adam, comprenait, comme plus tard celle du Pardon de Ploirmel, des chœurs chantés derrière la toile.
Les ouvertures ainsi conçues sont assez rares. Le nombre en est suffisant, toutefois, pour justifier la définition orignale doniiée par M. lienri Lavoix fils dans son Histoire de la Musique: « L'ouverture est une composition généralement instrumentale qui précède un opéra. »>
16 Novembre 1783. — CluUeaude Fontainebleau, devant la Cour : DIDON, opéra en trois actes, paroles de Marmontel, musique de l*iccini.
Lorsque fut donné pour la première fois, devant la famille royale, qui en eut la primeur, l'opéra de Piccini, trente-six drames lyri([ues, inspirés parla tragique aventure (le la fameuse reine de Carthage, avaient déjà été représentés en Europe : six en Allemagne, un en Angleterre, unenSuède, vingt-six en Italie, un enfin en France, celui de Dosmarets, (|ui se termine par cette mélapht)re étonnante et vengeresse de Didon, se frappant de son poignard :
Perçons au moins son imn^je, Puis«prello est «Mirnr <lans mon «'«l'ur.
La hidon de Piocini e^l très supérieure à toutes les précédentes, ce (|ui n enipèdia pas nombre de composi-
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leurs de s'inspirer encore, par la suite, de là même donnée. Los Didone abbandonnala pullulent en Italie et l'on sait avec quelle noblesse d'inspiration et quelle pui:~snnce d'accent, cet antique sujet a été repris chez nous et comme renouvelé par Berlioz.
Il y a quelques mois à peine, M. Charpentier obtenait io pri.'i de Rome avec une cantate intitulée Didon.
Pour en revenir à l'Opéra de Piccini, disons que l'impression produite dés le premier jour par ce hel ouvrage fut si grande que Louis XV!, qui pourtant n'aimait pas la musique, voulut l'entendre trois fois de suite. Ajoutons quoPiccini avait trouvé dans madame Saint-Huberti, pour personnifier son héroïne, une interprète incomparable.
Quinze ans plus tard, la grande artiste passionnait encore la foule dans le rôle de Didon. Nous en avons pour témoignage un curicu.\ madrigal de Napoléon à la célèbre cantatrice.
Itomaius, qui vous vantez d'une illustre origine, Voyez d'où dépendait votre empire oaissant 1
OiJon n'a pas d'attrait assez puissant Pour relarder la fuite où son amant s'obstine. Mais si l'autre Didon, ornement de ces lieux,
p:ùt élf reine de Corlhage, Il i'ùt, ]iour la servir, abandonné sus dieux, Kl viilvi- liiMu pays serait oncor sauvage.
i:c madrigal, rappelons-le en passant, forme, avec une
fable intitulée Lp iapin, le Chien et le Chasseur, et une devise pour un cadran solaire :
Le soleil passe, puis repasse,
Mais sans repasser, l'homme passe
tout le bagage poétique de Napoléon, celui du moins
([if on lui attribue, car d'aucuns ont jugé douteuse la paternité do ces trois petites pièces de vers,
17 Novembre 1839. — (iaité : NAPOLÉON EN PARADIS, vaiuloville en un acte, de Simonin, Benjamin Antier et Théodore Nczel.
Le contre-coup de la révolution de 1830 se traduisit au théiltre par une véritable débauche de pièces aiitirléricales et napoléoniennes.
Ces deux courants se trouvent en quelque sorte coniondus dans le vaudeville étonnant qui a pour titre Xapoléon en Paradis.
Les dramaturgies de la Terreur s'étaient contentés de tourner en caricature l'Eglise et ses ministres.
Les moqueries des vaudevillistes visent ici plus haut encore : elles s'adressent à Dieu lui-môme, que l'ange Gabriel blâme d'avoir créé le monde en six jours, « car, en y mettant plus de temps, il l'eût sans doute fait meilleur » ; elles s'adressent aux anges qui s'ennuient do chanter toujours le môme cantique ; à saint Pierre, î\ qui un héros de Juillet intime l'ordre de supprimer l'écriteau « Parlez i\{\ suisse », accroché au-dessus de sa porte, puisqu'il n'y a plus de Suisses à Paris depuis les trois Glorieuses. Aucun membre de la phalange céleste n'est respecté.
Le tout se termine, dit le rédacteur de VAlmanarh llarha. par l'apothéose de Napoléon.
Car vous ne devineriez jamais l'objet de cette grotesque exhibition : cet objet est simplement la déification du grand Empereur à qui saint Pierre refuse l'entrée du Paradis, par crainte sans doute, dit un grognard :
Qu'un jour de goguette, L'P'tit Caporal dise au bon Dieu :
Ot' toi d' là que je m'y mette ! »
Eh bien 1 lo Fétichisme napoléonien était tellement à l'ordre du jour que, s'il faut s'en rapporter encore à CAlmanach Barba, cette -piÈce extraordinaire eut un grand succès.
18 novembre 1783, — Château de Fontainebleau, devant la Cour ; CHIMÈNE ou LE CT1>, opéra en trois actes, paroles de Guillard, musique de Sacchini.
li'apparilion du Cid, de Massenel, devait donner aux critiques et aux courriérisles l'idée de rechercher quels opéras avaient déjà inspirés le héros de Corneille. Onena tout d'abord signalé quinze; puis on a découvert onxe autres, sans compter ceux que leurs auteurs ont gardés en porlereuille. C'est ainsi qu'en feuilletant le Charivari de 1808, j'ai trouvé la très curieuse annonce des trois œuvres suivantes :
Un Cid de Sardou, du Locle et Gevaerl, destiné à l'Opéra.
Un autre Cid, d'Auguste Maquet et Maillart.
Enfin, une CInmène ou le Cid, de Saint-Georges et Paul Féval pour les paroles, mais sans désignation du compositeur.
Parmi tant d'opéras analogues, un seul, celui de Sacchini, avait été jusqu'ici représenté en France, Encore Chimène n'était-elle, en réalité, qu'une seconde édition d'un Grau Wd joué d'abord à Rome, en 1764, puis à Londres en 1779.
Au moment où un nouveau Cid attire la foule, peutêtre y a-t-il quelque intérêt à parler de l'ancien.
L'œuvre de Sacchini fut, tout d'abord, très discutée à Fontainebleau, où elle fut éclipsée par la Didon de Piccini, jouée simultanément ; puis à Paris, où l'audition n'en eut lieu que le 9 février 1784, retardée,
'MW r\E PREMIÈRE PAR JOUR
raconte M. Ad. Jullion, par un incident assez bizarre : le froid fut tellement vif, cet hiver-là, que l:s peintres ne pouvaient travailler aux décors, les couleurs et les peinceaux gelant aussitôt qu*on voulait s'en servir.
('himhie fut jouée, cependant, cinquante-sept fois, chiffre fort honorable à une époque où les centièmes étaient beaucoup plus rares qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Pour apprécier éqnilabloment cette œuvre remarquable, il faut d'abord se rappeler son âge, cent deux ans ; il faut faire la part des formules et des redondances italiennes où se complaisait l'auteur, et excuser la fail)lesse de son harmonie et de son orchestration ; il faut enfin tenir compte de la pauvreté d'un poème monotone, en comparaison duquel la tragédie de Corneille paraît chargée d'incidents.
Quant i\ l'inspiration du musicien, elle est toujours noble et touchante. L'œuvre est née, on s'en aperçoit dès les premières pagos, d'un sentiment profond, pénétrant, et se distingue par un accent sincère qui trouve aisément le chemin dn c<rur.
Aux lecteurs qui voudraient parcourir cette partition, récemment rééditée, nous recommanderons d'abord la coda célèbre du premier air de Chimène, « Je vois dans mon amant l'asssassin de mon père », à laquelle nous préforons peut-être ourore le lnrf)Oj « Rodrigue fui promis », si expressif et si tendre ; le duo des amants avec son lier début et son langoureux andante ; puis l'air charmant de Rodrig'ie,dontla cadence, comme aussi certaines parties du brillant final, du second acte, pourraient être signées : Mozart.
Signalons encore une seconde et très jolie romance de Rodrigue et 'iurtout un dernier duo entre le Cid et Chimène, terminé par une magnifique traduction musicale
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(les vers fameux de Corneille : « Paraisscn Navarrois, Maures el Castillans... »
Faisant allusion au superbe cri Hnal do Rodrigue, le rédacteur au Mercure chargé du compte-rendu de C/iiinl'iie écrivait les lignes suivantes ;
ic On peut juger par le beau mouvement de Rodrigue lorsque, animé par un mot de Chlmène, il défie ses rivaux, qu'une simple phrase de récitatif, lorsqu'elle tient ÎL une situation intéressante et qu'elle est rendue avec un sentiment vvai, peut avoir, au tliéâtre, un effet fort supérieur h celui du plus bel air, lorsqu'il est déplacé ou qu'il n'a pas l'eipression ni le mouvement convenables... »
Les admirateurs de Wagner ne disent pas autre chose.
19 Novembre 1802. — Théâtre Mozart (thé(\tre de la Cité) : l.!'] MAIII JALOliX, opérii-coniiqiie de Dittersdorff, représenti' en Trarice pour la première fois.
Je me trouvais à Vienne, il y a une quinzaine d'années, et en visitant le foyer du nouvel Opéra, je fus très surpris
de voir inscrit à la place d'honneur, à côté du nom de Meyerbeer, celui de Dittersdorff.
Je l'avoue : A peine connaissais-je alors de nom ce compositeur viennois, né en 1739, mort en 1199, deux jours après avoir dicté h son fils le dernier chapitre de « riii-liiiro de sa vie » et que ses compatriotes ont surnommé le a firélry de l'Allemagne ».
Son ii'uvre, Irôs considérable, comprend des ouvrages théoriques, des messes, des oratorios, une quantité de piiTCs instrumentales, entre autres douze sj/mp/Kmi'esrfeîrriiilifi-x sur les Mélaiiwrpftoses d'Ovide, — M. Joh. Weber Ta rappelé récemment, — enfin vingt-huit opéras ou opéras-comifiues, parmi lesquelles un Petit Chaperon
;iG8 UNE PREMIÈRE PAR JOUR
Him(lt\ une traduotion musicale des Joyeuses Commères de Wimlsor et un Marr/r'' d(* /illt^s, dont la donnéo pourrait l)ien avoir quelque analogie avec celle de Martha,
Sans rival durant la première période de sa carrière arlisli(iue, Ditlcrsdorlf eut ensuite le malheur de se trouver en concurrence avec Mozart, dont les éclatants succès devaient, naturellement, éclipser les siens; et, lorsqu'en 1802, une troupe allemande donna des représentations lyriques à Paris, le Mari Jaloux parut pâle à côté de V Enlèvement au sêraiL joué trois jours auparavant.
Ouoi qu'il en soit, Dittersdorff ne méritait pas la disgrâce où il est tomhé aujounriiui, et son Docteur et Apothirai7r, notamment, se lit encore avec intérôt.
(Ihailes Monsclet a écrit un livre sur les « oubliés et les dédaignés » de la littérature. Quelle curieuse suite d'études biographiques et analytiques on pourrait cimsacrer «aux oubliés et aux dédaignés » do la musi(iue!
20 novembre 1866. — Varioh's : l.KS Tlir(;S A PARIS,
Hivin' rn trois artos <4 quatn^ tabNsiux, par Kuf^'ône Grange cl Albert Wolir.
I/idée de cette revue avait été suggérée î\ MM. Kii^^no (îraugéetAlbertWolirpar l'extraordinaire succi^^sdu i^roccs des Tkwjs ou les IHrantjleursde rindefTon\i\n\n\h\ïi quelques mois auparavant dans le Petit Journal, avec un luxe le réclame tel qu'on n'en avait jamais imaginé jus(|ne-là.
Qui ne se rappelle l'annonce restée célèbre qui fut affichée, pendant plusieurs jours, sur tous les murs de Paris :
FERlNCîllKA A PAHLl':
. // // révélé ses rninplines.
L'oubli s*est fait justement autour de ces trop célèbres
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« Élranglciirsde l'Inde », dont les incroyables aventures paraîtraient aujourd'hui prorondémcnt ridicules.
Mais certains couplets de la Revue qu'ils ont inspirée, ont gardé, après vingt ot un ans, toute leur saveur d'actualité; ceux, par exemple, oil, après avor citéàleur tribunal les étrnngleurs et les étranglés de tous les temps, libraires et écrivains, usuriers et emprunteurs, cocottes et cocodès, boursiers et gogos, tes auteurs émettent, pour conclure, cette opinion peu consolante :
t.cs litranglcurs partout tiennent boutique, Marchands, clients, s'étranglent tour !l tour. Oui, l'on s'étrangle en tout : en politique, Kn industrie, en commerce, en amour.
C'est à faire trembler.
Vous n'entendez parler.
Partout oi"i vous allez, Uue d'ètrangleurs eld'étranglÉs!
11 y a longtemps qu'on a dit que l' humanité se divise en deux parts dont l'une à toujours servi do pAturc h l'autre.
21 novembre 1831. — Académie de musique : JtOBEItT LE DIAItl.K, opéra en cinq actes, paroles do Scribe et G. DclU' vigne, musique do Meyerbeer.
tin sait que le livret de lioberi le Diable avait été primitivement traité en trois actes par ses auteurs et reçu à l'ilpéra-Comiquo au printemps de 1829, à l'unanimité midns une voix, celle du directeur, Pixérécourt.
Dans son ouvrage sur» Paris dilettante au commencement du siècle, « M. Adolphe Jallien donne une analyse complète du premier scénario de Robert le Diable, scénario dont il a ou une copie, unique sans doute, sous les yeux. On y voit quelles modiDcations Scribe a apporai.
;nO UNE PnEMlÈRK PAU JOUR
iôcs h son canevas primitif, pour faire d'un simple opéracomique un livret do grand opéra. La scène desnonnes^ par exemple, n'existait pas.
Dans ses « Souvenirs d'un homme do théâtre », Séchan raconte, d'autre pari, que l'idée de cette scène fameuse ne vint aux auteurs qu'au dernier moment. La séduclion du trop impressionnable Robert avait d'abord pour cîidre un Olympe de fantaisie fourni par le magasin dos décors. Ce fut Duponchel qui fit sentir au docteur Véron le ridicule de cette friperie classique, et lui proposa delà remplacer par le cloître rempli de tombeaux que Ton connaît.
llohert eut un tn'^s grand succès et atteignit, le 1) avril 1832, le chiffre de quarante représentations. Mademoiselle Taglioni dansa à celle occasion un pas nouveau. Mais c'est surtout à partir du 20 juillet de la môme année, c'est-à-dire lorsque mademoiselle Falcon eut pris possession du rôle d'Alice créé par mademoisello Dorus, que la faveur du public s'attacha i\ l'opéra de Meyorbeer.
(k'tte faveur s'est maintenue jusqu'à nos jours, bien que, par suite d'un revirement d'opinion qui n'est pas nouveau dans l'histoire de l'art, Robert, après avoir longtemps occupé la preuiicro place dans l'uni vie de Meyerbeer, semble généralement relégué aujourd'hui à la quatrième.
Depuis son apparition, on l'a vu constamment figurer au répertoire de l'Académie do musique, sauf en 1809 et en 187.'). Or, deux opéras seulement de la période romanti(iue n'ont jamais quitté l'affiche, les llitaucnots qI la Fat'orite.
22 novembre 1849. — Tbé&tre-His torique : Lt; COMTE HEItMANN, drame en cinq actes et un Cipilogue, par Alexandre Dumas.
Alexandre Dumas avait écrit avec un soin toutparticuliGr cette pièce qni, dans sa pensée, devait Ctro en quelque sorte le pendant à'Anlony, c'est-à-dire un drame intime, simple, poignant, aii succès duquel décorateurs et machinistes n'auraient aucune part. <■ Seulement, au lieu do l'amour physique, au lieu de la brutalité matérielle, la chasteté d'une femme et le dévouement d'un homme élaicnt appelés à produire les effets d'émotions et de larmes demandés, quinze ans auparavant, h d'autres passions. ))
Le Comte liennann fut froiilement accueilli, et les amis de Dumas attribuèrent cet échec inattendu à l'un de ces dénis de justice dont le public se rend trop souvent coupable. Aujourd'hui encore, beaucoup d'amateurs considèrent ce drame comme une des productions les plus remurquablos de son auteur.
L'idéal en est évidemment très élevé, presque trop élevé, dirons-nous. Mario de Stauffenbach se sacrifie pour son frère, en se mariant à un homme qu'elle n'aime pas ; Karl, le neveu du comte Hermann, se sacrifie pour son iiucle en quittant Marie qu'il aime; le comte se saeritle pour Karl et Marie en se tuant, comme Jacques dans le roman de fieorge Sand, alin de ne pas nuire au bonheur de deux titres ([ui s'aiment. Uni veut trop prouver risque do ne prouver rien, et, en assistant à cet assaut continu de nobles sentiments, on pense involontaireuienl à cette réponse d'un filou, accusé d'avoir dérobé le contenu du tronc d'une église : » Moi, avoir pris l'argent des pauvres! .\u contraire, j'en ai misl »
Seul, le médecin Sturlcr personnifie lo vice avec toutes
SCS laideurs; mais Dumas s*est fait illusion sur roriginalité de ce personnage à qui il consacre un inutile épilogue et que les habitués du boulevard du Crime connaissaient do longue date.
En somme, si, grâce à quelques belles scènes, à la dernière notamment, la lecture du Comte Hermann présente encore un réel intérêt, la représentation nous en paraîtrait aujourd'hui bien périlleuse, à moins qu'il ne vînt î\ l'auteur de la Dame aux Camélias l'idée de débarrasser de ses longueurs et de sa phraséologie démodée, cette œuvre préférée de son père.
23 novembre 1852. — Odéon : GRANDEUR ET DÉCA- DKNCE DE MONSIEUR JOSEPH PRUDHOMME, comédie en
cinq actes, en prose, d'Henry Monnier et Gustave Waëz.
M. Prudhomme occupe une place d'honneur dans la galerie de ces tj-pes populaires dont les traits, un peu indécis tout d'abord, se précisent et s'accentuent peu à peu grâce à la collaboration de tous.
Vingt et un ans avant de devenir le héros d'une comédie en cinq actes, « Télève de Brard et Saint-Omer • avait fait sa première apparition au théâtre,' dans un amusant vaudeville de Ouvert et Lauzanne, intitulé la Famille improvisi'c. Le rôle était, bien entendu, conBé à Henry Monnier, qui ne soupçonniiit évidemment pas alors la prodigieuse vitalité du type qu'il venait de créer.
La comédie de l'Odéon eut un très grand succès dans sa nouveauté. Nous l'avons vue à l'Ambigu en 4870; mais son principal interprèle n'étfiit plus que l'ombre de luimôme, et Telfet produit fut médiocre.
Si la pièce a fait son temps, le héros subsiste, incarnant toujours en sa personne la nullité prétentieuse et
la verbosité solennelle; on le rencontre encore un peu partout, et c'est à lui que, tout dernièrement, Vivier aurait pu dédier sa spirituelle plaquette « Très peu de ce que l'on entend tous les jours », plaquette précédée d'une non moins spirituelle préface de M. Philippe Gille.
24 novembre 1767. - Opéra ; ERNELINDE, PRINCESSE DE
NORVÈGE, opéra en trois actes, paroles de Poinsinet, musique dePhilidor,
Personne ne pensait plus à Ernelinde, quand, il y a cinq ou six ans, un homme d'esprit et un jeune compositeur de talent, M. Abraham Dreyfus et M. Dutacq, s'avisèrent d'en faire l'héroïne d'un opéra-comique : Haltez Philidor.
Le lecteur sait — ou ne sait pas — que, si le nom de Philidor est celui d'un des fondateurs de l'Opéra-Gomique, d'un compositeur dont la réputation égala, dans son temps, celle de Monsigny et de Grétry, ce nom n'est pas moins fameux dans les fastes du jeu d'échecs. L'auteur du Sorcier et du Maréchal Ferrant y. était tellement habile, qu'un jour oii, dit-on, il voulait, par bonté d';imc, se laisser battre, il ne put, malgré tous ses efforts, y parvenir.
C'est cette anecdote qui a donné à M. Dreyfus l'idée de son livret. Pour obliger un jeune homme à qui certain joueur passionné d'échecs a promis la main de sa (llle Uoris s'il « battait Philidor ■>, ce dernier consent volontiers îi se laisser battre.
Mais croyant rendre plus certaine la vicloire de son amoureux en détournant l'attention de son adversaire, Doris a la malencontreuse idée de chanter, pendant que la parlie est engagée, un air du nouvel opéra de Philidor, Krndinde. Tout entier au plaisir d'entendre sa
miisiqne, Philidor oublie sa promesse, joue machinalement, et gagne... par distractipn.
Et voilà comment, pendant quelques jours, Topera oublié de Philidor est devenu presque une actualité.
25 novembre 1823. — Odi'ion : GUILI.AUMK ET MARIANNE,
nnmodie on un acte, de Rayard.
Tous les amateurs connaissent la charmante petite pièce de Gœlhe, intitulée Frire et Sœur, qu'il écrivil, nous dil-il dans ses Mémoires, en trois jours.
Un jeune homme a élevô une jeune fille, de quelques années moins âgée que lui, et que des circonstances trop longues à rappeler ici l'ont obligé à faire passer pour sa siiMir.
Celle-ci rond i\ son prétendu frère l'affection qu'il lui témoigne, et même, sans s'en douter, l'aime un peuplas tendrement qu'il ne convient à une sœur.
Une demande en mariage faite par un ami de la maison les éclaire sur leurs véritables sentiments et amène une explication qui aboutit, naturellement, à l'union des deux jeunes gens.
Tel est, en deux mots, le sujet de Frère et Sœur^ sujet tics mince, car l'explication finale pourrait avoir lieu dès la première scène; scabreux aussi, car la tendresse qui s'(îst éveillée dans le cœur do la jeune fille est d'une nature assez délicate.
(Vest aussi le sujet do fiuillaume et Marianne. Mais, tandis que ricclhe l'avait traité en poète, avec une exquise délicatesse et un charme tout intime, Bayard l'a repris en vaudevilliste, choisissant, p )ur dire le mot de la fin, un personnage nouveau et comique. L'impression, dès lors, est tout autre.
Scribe et Mélesvillo avaient, cinq jours avant Bayard,
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donné, eux aussi, au Gymnase, sous le titre de Rodolphe, une adaptation de Frère et Sœur, adaptation poussée au noir et compliquée, comme celle de l'Odéon, d'un quatriûme personnage. Seulement, dans la pièce de Scribe, ce personnage était une femme, une amis de la jeune fille, dont le rAle, Joué ît merveille par Déjazet, produisit beaucoup d'effet.
Les deux imilalions que nous venions de signaler sont, en résumé, très inférieures au modèle, dont s'est plus luiC'Iement inspiré M. Edouard NoBl, dans sa comédie en vers de Marianne, représentée, il y a quatre ans, à Néri^.
26 Novembre 1847. — Acadùmie de^musique; JERUSALEM, optera en quatre acles et sepL lableaui, paroles d'Alphonse Royer et Gustave Waijz, musique de Verdi.
Au commencement derannée.l866|paraissaitàla librairie Achille Faure, un roman de M. Clarelie, intitulé l'Assassin, roman introuvable aujourd'hui, sous sa première forme, et dont l'histoire est assez curieuse.
L'auteur l'avait écrit sous le titre de Robert Burat, qu'il lui a redonné depuis. Mais craignant que ce titre ne passât inaperçu dans la foule, illui substitua, d'abord celui de la Logiqtœ de l'Amoiir, sous lequel il fut annoncé dans le journal l'Epoque, puis celui de l'Assassin, que la commission de colportage devait bientôt interdire comme dangereu.x (?}.
C'est ce remarquable roman, auquel j'ai eu la bonne fortune d'être des premiers îi souhaiter la bienvenue, qui m'a donné le désir de connaître la partition de Jéru' sa km.
Le héros du livre assiste, en effet, à une représentation de l'opéra do Verdi, et ses impressions, h l'audition de
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celte œuvre abrupte, mais forte, sont rendues avec un enthousiasme véritablement communicatif.
Rien n'avait été négligé du reste pour assurer le succès de cette adaptation, d7 Lombardi, la première œuvre de Verdi que Ton représentait à TOpéra. On avait même pensé h emprunter les chameaux du Jardin des Plantes. Mais, malgré Tautorisation du Ministre de'. Tlntérieur, on les refusa par cette raison inattendue « que des animaux utiles à la science ne pouvaient sans déroger^ monter sur des planches et servir aux plaisirs mondains I »
Voilà de la dignité bien placée I
27 Novembre 1796. — Théâtre de la République : LES
HERITIERS, comédie en un acte, par Alexandre Duvai.
J'ai rappelé que Gœthe avait fait sa pièce de Frère et Sœur en trois jours.
Alexandre Duval a mis, dit-on, moins de temps encore pour écrire sa comédie des Héritiers.
Pris de court par le double insuccès d*une tragédie d'ArnauIt, Oscar, et d'une comédie deCollind'Harlevilie, les Artistes y les comédiens du théâtre de la République s'étaient adressés à lui, en le suppliant de les tirer d'embarras.
II se mit un matin au travail, et, le soir, la dernière scène des Héritiers était terminée.
Je sais bien qu'il faut toujours un peu se méOerdes auteurs qui se vantent d'écrire si vite; Alexandre Duval avait sans doute en portefeuille plus d*une pièce dont il n'était pas content ou qu'il n*avait qu'esquissée. Celle-là peut-ôtre en était une. S'il l'a réellement écrite en une journée, cette journée fut bien employée. Après quatrevingt-onze ans, les Héritiers figurent encore sur l'afflche de rodéon, et un mot leur survivra lorsqu'ils auront
tlélinitivemenl disparu do répertoire: » lly auradu bruit
demain diins Landerncau ! »
28 novembre 1831. — Comêdie-Fraaçaise : PIERRE 111,
drame en cinq actes, en vers, par Victor Escousse.
La cliule de ce drame fut une des causes de la morl de son auteur.
Quelques mois auparavant, Victor Escousse, à peine i\gé de dix-liuil ans, avait donné h la Porte-Saint- Martin un premier drame, Farruck le Maure, Tavorablement accueilli par la presse, sinon par le public que certains vers réalistes avaient profondément choqué, ceux-ci par exemple, que Bocage lançait d'une voix tonnante :
Au lendemain delanéfastercprésentaliondc PierrelII, il se remit ;\ la tûclie, bien que protondémcnt découragé, et écrivit, en collaboration cette fois avec un camarade d'enfance, Auguste Lebras, de trois ansplus jeune quelui, un troisième drame qui, représenté îl la Gaîté, le 2;t Janvier 1832, tomba plus lourdement encore quo le précédent.
Le 17 février suivant, la nouvelle se répandait dans Paris de la mort des deux amis, trouvés asphyxiés ensi^mble. Avant do mettre fin à ses jours, Escousse avait rédigé de sa main la note qui devait être insérée dans les journaux pour annoncer sa mort : » Je désire, disait-il en terminant, (jue l'épigraphe du recueil de mes œuvres
Adieu, trop iiirocunde terre, l''l'''aiix huDiain?, soleil glac6 ; Comme un fantôme solitaire, lnoperi;u, j'aurai pasaÉ.
378 UNE puEMiànE par jour
Atlicii lc4 piilinrrt iinniortcUo», Vrai snii«((' d'inio àiiu' dn fou ; L'uir iiiaïKiii.'int, j\'ii furini' mCB ailop« AdiiMi I
Or, il fat reconnu plus tard que ces vers touchants présentés comme le résultat d'une inspiration in extremis^ n'avaient de rapport avec le suicide que leur application rétrospective. L'auteur les avait composés depuis deux ans, et ils étaient écrits, de sa main, dans un'recucil de poésies remis par lui h un jeune compositeur, pour qu'il y choisît quelques pièces propres à être mises en musique.
(( Toutes les fois^ disait Jules Janin, en racontant le double suicide d'Kscousse et do Lebras, queje vois entrer un nouveau venu dans la carrière littéraire, le frisson me prend à l'aspect de tous les malheurs qui Tattendent, pour peu qu'il manque de patience, de courage et de bonheur. » Or, la patience, sinon le courage, a manqué à ces deux jeunes poètes, émules aujourd'hui oubliés, de Chatterton.
29 novembre 1762. — TliLâlrn-Français : HEUREUSE- MENT, coiiif'dio en un acte, en vers, par Rochon de Gha-
bannes.
Imitée d'un conte de Marmontel, qui porto le même tilre, cette petite comédie a sans doute donné à Beaumarchais ridée de son Chérubin.
Le Lindor ù'JIeurensemfnit ressemble beaucoup, en effet, au «jeune adepte de la nature » du Mariage de Fiffaro, qui, suivant l'expression de Beaumarchais, '< n'est plus nn enfant, sans ôtre encore un homme », et qui « s'élance fi la puberté, mais sans projet, sans connaissance ».
Dans les deux pièces, un mari interrompt, par son
arrivée subite, un tête-à-tête qui n'est pas sans danger, bien qu'il no s'agisse, comme le dit spiriluellemenl le poëtc de liante ècoh', M. Félix Naqoet, que de
L'amour offert par un bambin A sa cousine.
Celle-ci a juste le temps de cacher Chérubin, je veux dire Lindor, dans un cabinet voisin, Qiiantau mari, M. Lisban un vrai mari de tbéitrc, il ne cesse pas, naturellement, do tenir îi sa femme les discours les plus propres îi augmenter ses transes.
'fout à coup on entend du bruit dans le cabinet. M. Lisban sort; madame pâlit, puis se rassure en voyant son mari revenir le visage épanoui : il a trouvé Lindor, mais lutinant une soubrette dont son arrivée a sauvé la vertu, heureusement.
Telle est celte piquante petite pièce, d'une morale un peu lé^i're, qiio l'on Jouerait probablement encore si elle était mieux écrite, et qui, h défaut de style, a un mérite très appréciable : c'est d'être la plus courte de l'anricn répertoire, lille ne se compose que de quatre cent quatre-oiitgt-deux vers, quand le rôle seul de Mascarille, de l'Etourdi, en contient mille trente-huit.
30 novembre 1873 — Opéra-Comique : DON CÉSAU DU HAZA.N, iipéra -comique fin trni» actes ot quatre tal)loau\, [ijirolos lie d'KTinery, Dumanoir et Cliantepie, musique de
Treiiie années plus lard, jour pour jour, M, Massenct dovait donner son Ciil à l'Opéra. Or, par une coïncidence vraiment singulière, il se trouve que Don César de /fii-rti', le premier ouvrage théâtral important du compositeur, a, comme /e Cj'rf, l'Espagne pour cadre, qu'il est
également le résultat de Tappropriation pour la musique d*im sujet précédemment traité sous la forme dramatique, qu*enfin, ainsi que le Cid^ il compte parmi ses paroliers M. d'Ennery.
Nous pourrions pousser plus loin le rapprochement; comparer Tusage fait , dans chacun de ces deux ouvrages, des motifs espagnols ; opposer, par exemple, àU sémillante Sevillana du premier, la rêveuse et poétique Andalouse du second; mettre en regard la scène finale du premier acte du Cid, où les cloches sonnent à toute volée, et celle de Don César, où leur sonorité, très voilée, au contraire, produisait, combinée avec celle de l'orguei un effet si neuf et si pittoresque. Mais ce rapprochement ne présenterait qu'un intérêt médiocre.
Rappelons plutôt ({ue, écrite en trois semaines, sur les instances de M. du Loclc, alors directeur de l'Opéra- Comique» la partition de M. Massenet contenait assez de pages intéressantes pour mériter un succès plus durable que celui qu'elle obtint alors.
Sans doute, certains motifs coulés dans le mi (le Tancien opéra-comique trahissaient la précipita i avec laquelle avait travaillé Fauteur; mais, a (lisait un des rares critiques qui firent preuve alors d*i peu (le clairvoyance, '< r(euvre n'en était pas i manifestation indiscutable do ce qu'on peut i dans Fart, un tempérament ». Il fallait simplement nr le voir un peu de bonne volonté et Ton n'en voulut mcîltre.