La création <Toa Deuxième électorat fait
retir Léopold en faveur «TErats -
l'amt
roi d'Angleterre par les II sa mère, c
.> k nez:
son mari qui s'était fort lié avec lui ; chose d'autant plus singulière, que le duc affichait sa passion pour Marie en toute circonstance. Mais à ce moment-là elle aimait tendrement son mari qui le savait bien.
Enfin le moment était Tenu de rentrer à Rome, pour les couches de la princesse et, cette fois-ci, quoique cela ne lui plût guère, le connétable tint bon, et exigea le départ de sa fantasque compagne.
« J'avoue, dit-elle, que cet ordre me toucha sensiblement quoique je dusse m'y attendre, et pour y obéir, je tirai parole de lui que nous reviendrions passer un autre carnaval dans cet agréable séjour. Après quoi nous partîmes et prîmes congé de tous nos amis, et particulièrement du prince de Brunswick qui était si content de notre compagnie et des honnêtetés que M. le connétable lui avait faites durant notre séjour à Venise, qu'il nous promit de faire un voyage à Rome exprès pour nous voir et qu'il y emmènerait la princesse, sa femme.
» Je fis tout le voyage couchée dans une litière, et comme nous marchions à petites journées, nous n'arrivâmes à Rome qu'au commencement de l'été, où, après avoir souffert des chaleurs excessives et que ma grossesse me rendait encore plus insupportables, j'accouchai enfin de mon second fils le 17 novembre. »
58 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
L'enfant fut nommé Marc-Antoine, comme son ancêtre le héros de la bataille de Lépante; à peine né, il était déjà destiné à la carrière des armes.
La joie qu'éprouva le cardinal Colonna de voir ce nouvel affermissement à sa maison fut inconcevable et, ne se contentant pas de la témoigner par des paroles, il y ajouta des présents qui ne le cédaient guère à la magnificence des premiers ; ensuite il se mit en route pour s'acquitter de la commission qu'il venait de recevoir. Il avait été choisi par le roi d'Espagne, PhilippelV, pour conduire sa fille l'infante Marie-Marguerite à l'empereur d'Allemagne, Léopold Ier, qu'elle venait d'épouser par procuration ; il devait l'accompagner jusqu'à Vienne. Il partit en grand apparat et avec une nombreuse suite.
« Peu de jours après le départ du cardinal, nous allâmes à Cisterne où M. le prince de Brunswick, qui était venu à Rome avec la princesse sa femme, nous vint trouver et nous y tint compagnie trois jours. Nous témoignâmes, M. le connétable et moi, toute la reconnaissance que nous devions à une si extraordinaire honnêteté et j'eus en mon particulier beaucoup d'estime pour son exactitude à nous tenir parole. Je ne parle pas de la complaisance, de la générosité, ni des libéralités de ce prince, ce sont des qualités qui sont aussi connues par tous que son nom.
» A notre arrivée à Rome, je vis la princesse sa femme, ou pour mieux dire je vis en sa façon de vivre, en son humeur, dans le tour de son esprit et jusque dans la manière de se bien mettre, un raccourci de ce qu'il y a de plus parfait et de plus poli en France1.
» Au mois de mai, nous nous mîmes en chemin pour arriver à Venise à l'Ascension et y voir cette célèbre fête et cette foire si renommée qui attirait des curieux de toutes les parties de l'Europe et que je ne m'arrêterai point à décrire, parce que toutes les circonstances demanderaient trop de temps. Quoique je fusse de nouveau grosse, il ne m'arriva aucun accident pendant le voyage, ni durant notre séjour, ayant apporté plus de soin à me garder que la première fois.
» Après avoir vu toutes les magnificences de cette fête, nous partîmes pour Milan au commencement de l'été, que nous passâmes assez gaiement jusqu'au commencement de septembre, quoique M. le connétable fût obligé de faire un voyage en Espagne. »
Pendant les cinq ans qui venaient de s'écouler,
1. La princesse Sophie de Brunswick était en effet une femme d'un mérite supérieur. Quand le prince l'épousa elle avait déjà vingt-huit ans, elle n'était point belle et sa fortune au-dessous du médiocre ; mais par sa mère, elle descendait en droite ligne de Jacques 1er, et apportait ses droits au trône d'Angleterre. Elle fut fort jaîouse de la connétable qu'elle détestait sans que Marie s'en doutât.
Marie s'était fortement attachée à son mari et n'en avait jamais été séparée, aussi trouva-t-elle cela très dur. « J'eus un déplaisir incroyable de son départ, dit-elle, que la marquise Spinola, sa sœur, son mari et mon frère qui avait eu la complaisance de nous accompagner, s'efforçaient de soulager par mille sortes de divertissements, sans y réussir.
» Dans le temps que mon esprit était combattu de cette bourrasque, M. le connétable en souffrît une terrible par mer, ayant couru risque de faire naufrage dans une galère de l'escadre de Sicile où il s'était embarqué ; il n'en eut cependant que la peur, et ayant pris terre assez heureusement, bien que dans un endroit dépourvu de tout ce qui était nécessaire pour son voyage, il prit la première monture qu'il trouva et arriva enfin à Madrid trois jours après la mort de Philippe IV (le 20 septembre).
» La perte de ce prince ayant apporté quelque changement aux affaires, en apporta aussi aux desseins de M. le connétable et lui fit prendre celui de s'en retourner, ne s'étant arrêté que quinze jours à la Cour, où la manière de vivre trop retirée et d'ailleurs l'impatience qu'il avait de me revoir ne lui permirent pas de faire un plus long séjour. Pour satisfaire donc ce désir et me tenir la parole qu'il m'avait donnée de se trouver à mes couches, il prit son chemin par la France et arriva à Milan à la fin de novembre.
Je fus au-devant de lui avec sa sœur, et fus aussi aise de le revoir que j'avais été sensiblement touchée de son absence. »
On voit ici que Marie ne cache point la tendresse qui l'attachait à son mari, il est bon de le remarquer ; elle continue ainsi son récit :
« Le même soir qu'il arriva, je lui donnai un troisième successeur ; mais ce présent m'ayant coûté beaucoup plus que les deux premiers (c'était sa cinquième grossesse) ; ayant même couru risque de ma vie, je fus d'avis de ne lui en plus faire qui m'exposassent à de semblables périls. Ce n'était pourtant pas assez que je prisse cette résolution, s'il ne la confirmait par son aveu. Ce fut à quoi je travaillai et où je réussis assez bien, m'ayant depuis tenu sa parole fort religieusement, tout le temps que nous avons été ensemble.
» Je ne songeai plus, après cet accord, qu'à rétablir ma santé, pour me mettre en état d'aller à Venise passer un second carnaval. Nous nous mîmes donc en chemin dès que mes forces me le permirent, et ayant laissé le nouveau -né à la marquise Spinola Balbasès, et le second étant resté à Rome, nous n'amenâmes avec nous que l'aîné. »
La connétable ne dit pas dans son Journal que le motif qu'elle allégua à son intimité et entre
62 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
autres à sa belle-sœur pour expliquer cet accord avec son mari fut la prédiction d'un astrologue, qui lui aurait annoncé une mort certaine si elle avait un quatrième enfant.
La décision extraordinaire de la connétable dans cette circonstance a toujours paru inexplicable à ceux qui se sont occupés d'elle. Gomment un astrologue se trouve-t-il là à point nommé pour lui déclarer qu'elle mourra si elle donne le jour à un quatrième enfant ? Et comment risquet-elle son bonheur à venir pour une crainte si peu fondée? Elle connaissait bien le tempérament du connétable et pouvait aisément prévoir qu'il se dédommagerait ailleurs. Et c'est quand elle avoue aimer son mari le plus tendrement du monde, quand elle éprouve un si vif chagrin de s'en séparer, même pour peu de temps, qu'elle exige de lui d'accepter une situation aussi étrange. En cherchant bien, nous avons trouvé le mot de l'énigme, et c'est Litta qui nous l'a donné1.
Peu de temps après les couches de la connétable, elle reçut un avis anonyme lui apprenant qu'il venait de naître une petite fille dont le connétable était père ; sa naissance avait précédé d'un mois ou deux celle du fils de Marie Mancini. « Dans les discussions, dit Litta, qui survinrent entre la connétable et son mari, on donne géné-
1. Voir V Histoire des familles illustres de l'Italie. Litta, tome III, tableau XI. — Voir aussi les gazettes de Hollande.
ralement les torts à la première, mais nous avons des documents certains qui prouvent le contraire »; puis quelques paragraphes plus loin il ajoute : « une fille naturelle, Maria, naquit précisément quatre ans après le mariage de Laurent Colonna avec Marie Mancini ; cette enfant n'était point d'origine vulgaire ; elle fut élevée avec le plus grand soin dans un monastère de Rome, où elle mourut le 4 mars 1750, à quatre-vingt-cinq ans. Voilà le corps du délit ; il est tout entier à la charge du prince Colonna, qui donna l'exemple de la trahison conjugale. »
Pour qui connaît la hauteur et la violence de la princesse Colonna, il est aisé de se figurer ce qui se passa en elle lorsqu'une main perfide lui révéla cette nouvelle à la fin de ses relevailles. Ce mari, qu'elle adorait maintenant, se jouait d'elle, et depuis longtemps il entretenait des relations intimes avec une femme de son rang ; il lui mentait donc à chaque instant ! Dans l'explosion de sa colère, Marie ne put supporter l'idée de ce partage honteux, et voilà pourquoi elle déclara au connétable qu'il ne serait désormais qu'un étranger pour elle. Le connétable n'accepta pas aisément le rôle auquel le condamnait sa femme. Les gazettes du temps ne manquent pas de mentionner la separazione di letto du prince et de la princesse Colonna, elles attribuent cette résolution à la prédiction de l'astrologue.
C4 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
Cependant une ou deux d'entre elles parlent à mots couverts des sujets de jalousie que le connétable donnait à sa femme. Pourquoi Marie gardet-elle le silence sur cet épisode dans son Journal ? Gela peut surprendre, mais il ne faut pas oublier qu'à l'époque où elle publia la Vérité dans son jour, elle avait tout intérêt à ménager son mari, qui vivait encore; cela explique bien des réticences ; d'ailleurs, elle ne se gênera pas, plus tard, pour parler des infidélités du connétable et du chagrin qu'elle en éprouve. Mais à ce moment-là, sa fierté blessée et sa hauteur naturelle l'empêchent d'avouer la naissance de cette enfant illégitime, tandis qu'elle pourra attribuer les galanteries du connétable à la liberté qu'elle lui avait donnée. Du reste, le prétexte de l'astrologue, choisi par la princesse, était vraisemblable, les esprits les plus distingués ajoutaient foi à l'astrologie. Marie s'occupait ellemême de sciences occultes, aussi le motif qu'elle allégua fut-il accepté sans peine. Le connétable en parla tout le premier, se plaignant fort de la décision de sa femme et ajoutant que puisqu'il y allait de sa vie, il ne pouvait point y contredire.
Quand la santé de la connétable fut tout à fait rétablie, elle partit pour Venise avec son mari.
« Nous passâmes le carnaval assez gaiement,
à mes jalousies près, dit-elle. Car enfin, M. le connétable n'oubliait point à recouvrer ailleurs ce que notre accord lui avait fait perdre, et j'avoue que j'étais fâchée qu'il me tînt parole à ce prix-là... (Cet. aveu sincère de Marie prouve bien que la prédiction prétendue de l'astrologue n'était qu'un prétexte !) On fit à Venise de très beaux opéras et entre autres le Titus, où j'allais très souvent, et où je n'étais pas moins attirée par la douceur des voix et par la manière de représenter des acteurs (particulièrement d'un musicien de Son Altesse Royale appelé Cavagino et d'une de mes filles qui représentait admirablement), que par la beauté de la pièce, qui eut l'applaudissement de tout le monde et qui était assurément une des plus belles qui se soient jamais vues. »
Sur ces entrefaites, le connétable apprit la mort de son oncle, le cardinal Colonna, tombé gravement malade au Finale, où il succomba. Il accompagnait, comme nous l'avons dit plus haut, l'impératrice infante Marie-Marguerite, et il fallut quitter Venise pour se rendre à Milan, où le prince et la princesse Colonna devaient se trouver au passage de l'impératrice. Marie ne pouvait se décider à quitter Venise ; mais, sa résistance redoubla l'empressement du connétable à en sortir, de sorte qu'il fallut partir au fort de l'été. L'im-
66 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
pératrice n'arriva qu'à la fin de L'automne ; il n'était donc pas nécessaire de la presser si fort pour l'y trouver.
» Je fus la saluer, dit la connétable, en habit espagnol et en grandissime deuil, que je portais pour la mort de M. le cardinal Colonna qui était décédé au final d'une maladie qui l'avait surpris en accompagnant cette princesse. Sa Majesté me reçut avec une bonté extraordinaire et me dit que j'avais l'air et les manières tout espagnoles, voulant par là m'élever au-dessus de toutes les autres nations, n'y ayant pas une qui ne croie que ce qui est en usage chez elle, est le plus parfait et le plus achevé.
» Après s'être arrêtée un mois à Milan, elle continua son voyage pour Venise où M. le connétable ne voulut pas l'accompagner; je ne dirai point pour éviter la dépense, car ce ne serait pas rendre justice à sa générosité; je dirai seulement que sa tendresse pour moi étant un peu diminuée ne lui inspira pas cette complaisance.
» Je lui proposai de passer à Venise- un autre carnaval, où cette fois j'étais bien sûre qu'il ne me refuserait pas d'aller y ayant des petits engagements qui l'en pressaient plus que moi : mais quoique je trouvasse dans cette ville, les mêmes divertissements que jadis, comme je ne m'y trouvais pas dans la même situation, je ne les goûtai qu'im-
MARIE MANCIN1 COLONNA. 67
parfaitement. Car enfin, mes jalousies dans lesquelles les récits que Ton me faisait de lui me confirmaient, et le chagrin de voir que les autres profitassent de ma stérilité politique, me donnaient de très mauvais moments et m'avaient déjà réduite à un pitoyable état. »
La jalousie, éveillée tout à coup chez la connétable par un motif des plus sérieux, ne manqua pas d'éléments propres à l'entretenir dans la suite.
« Dans ce temps-là, dit-elle, comme si je n'eusse pas eu assez de sujets de craindre au dehors, il m'en vint un nouveau au logis en la personne de la marquise Paleotto, mariée avec un cavalier bolonais de ce nom, et fille du duc de Northumberland, assez connu en Angleterre. Cette dame étant alors dans la fleur de son âge, attirait les yeux de tout le monde; ceux de M. le connétable n'en furent pas exempts, et quand j'eusse voulu ne pas prendre ses regards dérobés pour des marques de la passion qu'il avait pour cette belle, ses empressements et ses assiduités auprès d'elle ne m'auraient pas laissé de lieu d'en douter, et j'avoue que j'en avais un secret déplaisir. »
Mais la connétable était trop fière pour le témoigner ouvertement, et lorsqu'au printemps
68 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
les Colonna reprirent le chemin de Rome, ce fut en compagnie de la marquise Paleotti, qui logea chez eux où son mari lui tint compagnie quelque temps pour le décorum, puis la quitta pour se rendre à Ancône, où l'appelait le poste de cornette où il venait d'être nommé.
La princesse Colonna ne fit pas la moindre objection à ces arrangements, quelque déplaisants qu'ils lui fussent. L'été se passa dans différents séjours à Marino, à Palhana et à Sisterna, puis d'un commun accord on décida de passer l'hiver à Rome.
Le connétable laissait à sa femme, comme auparavant, la liberté de vivre à sa guise et de tenir maison ouverte pour les étrangers. Les princesses romaines l'enviaient, leurs maris la blâmaient, et chacun prétendait lui connaître un amant ; seulement on n'était pas d'accord sur le nom de l'heureux soupirant. La vérité est, qu'avec toutes les apparences de la coquetterie, car personne plus qu'elle n'aimait à plaire, elle savait à merveille tenir à distance respectueuse ses adorateurs dont le nombre était grand.
Sur ces entrefaites le duc de Nevers arriva pour passer le carnaval auprès de sa sœur et ils cherchèrent ensemble à l'égayer par une mascarade : Marie saisit cette occasion pour répondre fièrement aux attaques de ses envieux.
Mars 1668.
« Le jeu, la bonne chère et la bonne conversation, qui se trouvaient tous les jours dans notre maison, étaient de trop maigres plaisirs pour le carnaval. Pour le passer donc moins tristement et pour faire taire ceux qui murmuraient de la liberté que Ton me voyait prendre, je m'avisai d'une mascarade où je représentais Glorinde, et suivie de trente à quarante cavaliers en forme de soldats, j'allais, jetant à la mode des masques, un madrigal que mon frère et un gentilhomme de ses amis appelé Marescotti avaient composé sur cette idée. Voici les paroles :
D'obliato decoro Questo armato guerrier no dia sospetto
Che s'ha viril aspetto Intanto d'honesta serbo il tesoro
Quanti in ogni confine Son Pénélope al volto, al cor son Frine1.
Cette hardie protestation fit sensation dans Rome, les gazettes reproduisirent le madrigal et le duc de Nevers l'envoya à ses amis.
1 . Si ce guerrier armé a l'aspect viril, ne le soupçonnez point Cependant d'avoir oublié les bienséances. Il garde intact le trésor de son honnêteté. Combien d'autres sous le visage de Pénélope Au fond du cœur ne sont que des Phryné 1
70 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
Pendant cet hiver, le connétable courtisa ouvertement la princesse Ghigi, « C'était, disait-il, par le plus louable motif ; la princesse haïssait sa femme avec laquelle elle avait eu cent difficultés de préséance, et les soins qu'il lui rendait étaient destinés à adoucir cette haine ». Gela n'empêchait pas les deux princesses de se quereller à la moindre occasion, et un incident qui fit grand bruit dans Rome se passa précisément alors ; on attacha pendant la nuit des échelles de corde au balcon de la chambre de la connétable et le lendemain matin tous les passants purent les voir, au grand scandale de chacun. La connétable ne manqua pas d'accuser de ce méfait la princesse Ghigi qui en était parfaitement innocente. On découvrit plus tard l'auteur de cette lâche méchanceté qui n'était autre qu'un laquais renvoyé pour vol. Le connétable, justement indigné, le fit châtier sévèrement.
Arrivée de la duchesse de Mazarin en Italie. — Le connétable et sa femme vont au-devant d'elle jusqu'à Milan. — Prétendue blessure de la duchesse. — Le chevalier de Couberville. — Arrivée du duc de Nevers. — Il se brouille avec madame de Mazarin. — Séjour à Venise. — Partie de chasse à Sienne chez le cardinal Chigi. — Retour à Rome. — Couberville est chassé et mis en prison. — Hortense au couvent, sa sœur l'en fait sortir. — Lettres et Journal de Jacques de Relbeuf. — Les réceptions chez la princesse Colonna. — Froideur du connétable pour sa femme.
Il est nécessaire de quitter pour quelques instants la connétable pour revenir à sa sœur, la. belle Hortense, duchesse de Mazarin. Avant même le départ de Marie pour l'Italie, sa sœur et son beau-frère commençaient à vivre fort mal ensemble. Ce mariage, qui devait combler les vœux de La Meilleraye f (on se souvient avec quelle pas-
1. Le marquis Armand de La Meilleraye avait hérité du nom et du titre de duc de Mazarin, porté par le cardinal.
72 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
sion il l'avait désiré) ne donna que de tristes résultats. La jalousie, l'esprit étroit, la bigoterie ridicule du duc, sa laideur et son avarice, ne pouvaient guère plaire à une jeune femme. « Il porte sur son visage la justification de sa femme, » disait madame de Sévigné. D'autre part, la coquetterie d'Hortense, sa frivolité, sa bêtise, son absence complète de sens moral, n'étaient pas pour plaire à un mari. La connétable, avant son départ, fut témoin des scènes de jalousie du duc de Mazarin, et elle disait à Hortense, avec sa vivacité italienne : « Crêpa ! Crêpa! Chè sara aneora più, infelice di me!... (Crève! Grève! car tu seras encore plus malheureuse que moi !) » Dès le début, le roi eut à se mêler des querelles de ce ménage mal assorti, qui l'occupa longtemps. Voici une lettre à levêque de Fréjus *, à propos d'un billet fort compromettant d'Hortense, adressé au chevalier de Rohan et intercepté par son mari :
Le roi à Vévêque de Fréjus.
Fontainebleau, 21 avril 1661.
« J'avais déjà lait par avance tout ce que vous me mandez qui était nécessaire. J'ai bien du déplaisir de ce qui est arrivé ; mais je veux espérer
1. Gndedeï, évêque de Fréjus, était une des créatures de Mazarin.
que la personne dont vous me parlez se conduira mieux à l'avenir qu'elle ne l'a fait par le passé. Je savais déjà tout le bruit qu'il y a eu, et je vous avoue que ce qui me fait le plus de peine, c'est de songer qu'une personne qui porte le nom d'un si grand homme donne lieu à tout le monde de rire ! »
« Peu à peu les choses s'aggravèrent, et comme le dit de la Porte \ madame de Mazarin, belle, imprudente, rien moins que scrupuleuse en matière de dévotion, ne respirant que les plaisirs et la joie, négligeait même jusqu'aux apparences. Aux tentatives que l'on fit pour la raccommoder avec son mari, elle répondait toujours, en riant, le cri de la fronde : « Point de Mazarin, point de Mazarin. »
» Le roi, voyant qu'il n'y avait aucun moyen d'accommoder le différend, céda aux instances d'Hortense et lui donna la permission de rejoindre sa sœur en Italie. Il lui accorda vingt-quatre mille livres de pension, et douze mille pour ses frais de voyage. La duchesse profita bien vite de la permission et parvint à s'échapper à l'insu de son mari; celui-ci, en découvrant la fuite de sa femme, accourut se lamenter près du roi, qui l'écouta sans lui répondre; l'affaire était réglée, Hortense partie, il n'y avait plus à y revenir.