Bibl. nat., cabinet des titres; de la Porte
Il va sans dire que madame Mazarin tint sa sœur au courant de son évasion ; aussi loi, la connétable conjura son mari daller au-devant d'elle jusqu'à Milan. « La tendresse que j'ai toujours eue pour elle, dit .Marie, me fit entreprendre ce voyage avec une satisfaction incroyable, et je n'oubliai rien pour y faire condescendre M. le connétable; il fit de son coté tout ce qu'il put pour m'en dissuader, alléguant les excessives chaleurs. Enfin, après y avoir consenti, de l'air que l'on fait les choses pour lesquelles on a une extrême répugnance, nous partîmes au mois de juillet (1668), accompagnés de la comtesse Paleotti, et arrivâmes en six jours à Milan, où le marquis Spinola de Balbasès, mon beau-frère, était alors gouverneur par intérim.
» Trois jours après notre arrivée, il eut avis que madame Mazarin était à une journée de là; nous allâmes aussitôt pour la recevoir et la trouvâmes plus belle que jamais, nonobstant une assez grande blessure qu'elle s'était faite à la jambe, en tombant de cheval ». Nous verrons plus tard quelle était cette blessure.
Une grande déception attendait Marie, si heureuse de revoir une sœur qu'elle chérissait, et si impatiente de lui confier des peines qu'elle cachait à tout le monde. Elle avait compté sans l'égoïsme et l'incurable frivolité d'Hortense.
« Gomme madame de Mazarin venait de France,
dit la connétable, l'esprit tout plein de belles modes, elle apportait jusqu'à l'humeur de la nation, qui ne juge que par l'extérieur et n'estime les gens qu'à proportion qu'ils se mettent bien. Par malheur pour nous, la marquise, ni moi, n'étant pas vêtues du bel air, nous fûmes reçues fort froidement et notre ajustement fut raillé comme il le méritait. »
Après cette réception, qui glaça la connétable, ils reprirent le chemin de Milan, où ils arrivèrent le soir du même jour, sans que la duchesse témoignât la moindre reconnaissance de l'accueil si empressé qu'elle venait de recevoir. 11 fallut attendre à Milan, chez les Balbasès, la guérison de sa prétendue blessure. Chacun était impatient de voir cette beauté célèbre, et l'admiration qu'elle excita put satisfaire la vanité la plus exigeante.
« La plupart des choses ne correspondent guère à l'opinion que l'on en conçoit, dit Marie, ou l'habitude que Ton se fait à les voir en diminue en apparence le prix. Il n'en était pas de même de la beauté de ma sœur; elle paraissait plus grande encore qu'on ne se l'était imaginée, et on y découvrait de nouveaux charmes toutes les fois qu'on la voyait, ce qui n'arrivait pas aussi souvent qu'on le désirait. »
La connétable garde un silence discret sur l'amour de la solitude qui possédait à ce moment-
là madame de Mazarin ; plus tard elle deviendra plus explicite.
Hortense devint à Milan d'une humeur si retirée et si solitaire, qu'elle n'avait de communication avec personne qu'avec ses domestiques et était presque toujours renfermée dans l'appartement qu'on lui avait donné. Le plus souvent elle gardait le lit, pour faire panser sa blessure, ou si elle sortait, ce qui arrivait rarement, « c'était toujours en déshabillé, dit Marie, mais toujours plus charmante ; son accident ayant contribué, par un effet peu ordinaire, à la rendre plus belle, et l'habit négligé ne lui donnant pas moins d'éclat que le plus magnifique.
» Au bout de quelques semaines, mon frère vint nous trouver et témoigna une joie extrême de voir ma sœur, mais quelqu'un de ses domestiques1, à qui, par un excès de bonté, elle avait laissé prendre un très grand empire sur son esprit, rompit bientôt par son impudence la bonne intelligence dans laquelle ils vivaient, que je renouais pour quelques jours seulement ; un second différend ayant depuis succédé à ce premier, comme je le dirai ailleurs. »
La vérité est que le duc de Nevers s'aperçut
1. Le mot domestique n'avait pas à cette époque l'acception que nous lui donnons aujourd'hui. Il signifiait quelqu'un faisant partie de la maison; et chez les grands seigneurs la maison comportait toute une suite de gentilshommes de petite noblesse.
très vite du motif secret qui retenait madame de Mazarin chez elle : c'était tout simplement un goût très vif pour un certain Couberville qu'elle avait décoré du titre de chevalier. Cet homme la dominait entièrement ; elle lui sacrifiait môme les siens, tenant sa porte close pour son frère et sa sœur lorsque Couberville était chez elle.
Ce Couberville n'était autre qu'un écuyer du chevalier de Rohan, que ce dernier avait donné à la duchesse pour l'escorter. Sa présence et les manières familières dont il usait avec elle, donnèrent lieu à des propos trop justifiés. Voici les vers qui coururent à ce sujet :
Du chevalier
Aimable duchesse,
Du chevalier
Prendre l'écuyer,
Ce n'est pas d'une beauté fière
Si votre cœur va toujours en arrière,
Hélas ! hélas !
A quoi bon tant d'appas.
La princesse Colonna ne pouvait croire à un tel abaissement, mais elle commença cependant à avoir des doutes à la suite de certaines rumeurs fort graves qui coururent dans Milan sur le compte de la duchesse. Marie, désolée, voulut partir aussitôt. « J'étais alors si chagrine, dit-elle, que je pressai M. le connétable de me permettre d'aller à Venise
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avec ma sœur et mon frère, mais il répondit à ma très humble requête qu'il ne pouvait partir si tôt, ni ne voulait consentir que j'y allasse sans lui.
» Ce refus et la manière dont il me le fit, irrita si fort mon esprit, qui s'aigrit par la résistance, surtout quand je connais qu'on se fait un plaisir de me contredire; que dès lors, je fusse sortie de chez lui, si la marquise Spinola de Balbasès n'eût vaincu mon ressentiment par la force de ses raisons et ne se fût entremise pour nous raccommoder. »
La marquise Spinola de Balbasès était la propre sœur du connétable et, en toute circonstance, Marie se plaît à rendre justice à sa bonté et à son désir de voir l'accord se rétablir entre les deux époux. Quant au marquis de Balbasès, il ne pouvait souffrir la connétable à laquelle il ne pardonnait pas de lui avoir si lestement tourné le dos à leur première entrevue, lorsqu'elle le prit pour son mari ; il lui fit chèrement payer plus tard un incident de si peu d'importance.
Le connétable avait d'excellentes raisons pour prolonger son séjour à Milan ; il attendait l'arrivée du marquis de Mortara que l'Espagne venait de nommer gouverneur de cet Etat. Mais voyant qu'il tardait plus qu'il ne se l'était imaginé, il céda aux instances du duc de Nevers et consentit à partir pour Venise. Il se dispensa pour le moins
d\ faire un long séjour, et s'excusa sur la parole qu'il avait donnée à M. le cardinal Chigi d'aller à Sienne pour une partie de chasse. Le duc de Nevers resta à Venise laissant ses sœurs et le connétable partir pour Sienne. Le cardinal Chigi, propre neveu du pape Alexandre VII, était l'admirateur déclaré de la connétable qui accueillait ses soins avec une faveur marquée. Elle avait plus d'un motit pour cela. Le cardinal était beau-frère de la princesse Chigi, rivale en toute chose de la princesse Colonna, laquelle triomphait de voir à ses pieds et de posséder chaque jour chez elle un des hommes les plus influents de Rome.
Le cardinal n'était point encore arrivé à Sienne. Les Colonna s'arrêtèrent à Bologne, où ils retrouvèrent la belle marquise Paleotti, mais le connétable ne la courtisait plus et Marie n'en étant plus jalouse, vivait dans de forts bons termes avec elle. « On nous donna plusieurs fêtes à la campagne pour nour divertir, dit la connétable; les déplaisirs que me causait ma sœur et le ressentiment que j'avais de sa mauvaise humeur ne me permettaient point de prendre plaisir à rien du monde.
» Cependant nous étant rendus à Sienne aussitôt que nous sûmes que M. le cardinal Chigi y était arrivé, nos chagrins diminuèrent un peu par la réception que nous fit son Éminence et par les magnifiques repas qu'il nous donna durant
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quinze jours que nous y restâmes. D'ailleurs, les plaisirs de la chasse dont nous jouissions tous les jours, nous faisaient passer le temps agréablement, et particulièrement à ma sœur, qui se plaisait extrêmement à cet exercice : les coups de sa main étaient aussi inévitables que ceux de ses yeux. »
Le duc de Ne vers arriva à Sienne peu de temps après ses sœurs, mais ce séjour si gai fut bientôt troublé par une nouvelle dispute entre le duc de Nevers et madame de Mazarin, au sujet de Gouberville. Le duc reprocha vivement à sa sœur les libertés qu'elle autorisait cet homme à prendre chez elle, l'insolence de son ton et de son maintien ; enfin il la prévint que, si cela durait, il ferait sauter le prétendu chevalier par la fenêtre. Madame de Mazarin s'emporta si fort contre son frère qu'il repartit immédiatement pour Venise, au grand chagrin de Marie. Loin de recevoir quelques consolations à ses peines comme elle l'avait espéré en se réunissant avec sa famille, elle n'y trouvait que de nouveaux chagrins.
Après le brusque départ du duc, les Colonna et madame de Mazarin rentrèrent à Rome à la Toussaint. Hortense s'installa chez sa sœur, « Continuant, dit Marie, à se faire une solitude dans notre maison comme elle avait fait à Milan, ne nous laissant que très rarement jouir de sa vue et de sa conversation et ne voulant recevoir de
visite de personne. J'avais un sensible déplaisir de cette retraite, et mon trère qui revint à Rome quelques jours après, en était aussi surpris que fâché. »
Sachant désormais tort bien à quoi s'en tenir sur le véritable motif de ce goût subit pour la solitude, la connétable, après avoir épuisé tous les raisonnements vis-à-vis de sa sœur, se décida à parler àCouberville lui-même et lui dit crûment ce qu'elle pensait de ses façons d'agir. « Ce cavalier un peu preste, dit-elle, loin de s'excuser, me répondit assez impertinemment et, ayant parlé de mon frère en des termes désobligeants et peu respectueux, je lui dis qu'il sortît de la chambre à l'instant et qu'il trouverait en bas qui lui apprendrait à vivre et à avoir pour les gens de la qualité de mon frère la vénération qu'il devait. Il obéit donc et sortit fort en colère. »
Madame Mazarin, oubliant toutes les convenances, quitta à l'instant le palais Colonna et se réiugia chez sa tante, la comtesse Martinozzi. Quant à Couberville, un peu inquiet des suites de cette aventure, il se hâta de partir pour Givita- Vecchia, mais il y fut bientôt arrêté et mis dans une forteresse pour adoucir son humeur fière ; il n'en sortit que quelques mois après. On croira peut-être que cette aventure causa de graves inquiétudes à Hortense qui se voyait ainsi privée de l'appui considérable des Colonna à Rome. Il n'en fut rien ; elle charma ses ennuis en jouant de
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la guitare. « Je me retirai chez ma tante, dit-elle, où je demeurai quelque temps enfermée comme dans une prison ; néanmoins, quelque affligée que je fusse, je ne pus m'empêcher de rire aux éclats de l'offre qu'elle me fit un jour de danser les Matassins aux sons de ma guitare pour me divertir. » Madame de Martinozzi avait alors soixante-dix ans !
Le duc de Mazarin apprit bientôt par ses correspondances de Rome la sortie de la duchesse du palais Golonna ; il sollicita aussitôt le pape de faire enfermer sa femme dans un couvent. Hortense, avertie de cette démarche, voulut en prévenir les effets et prit la résolution de se retirer dans le couvent de Gampo-Marzo auprès de leur tante dona Gléria dont il a été question au début du Journal de Marie. Elle était sûre de trouver là une retraite fort douce et tous les soins imaginables de la part de sa tante, qui eut une joie infinie de la voir arriver.
Pendant cette retraite forcée de madame de Mazarin, le carnaval de 1669 se passait brillamment à Rome. Le connétable, devenu amoureux de la princesse Ghigi, ne négligeait rien pour se taire valoir à ses yeux. « Le prince Golonna, disent les gazettes * , a paru plus qu'aucun autre seigneur de cette cour par les tournois, courses de bague et autres divertissements qu'il a donnés
i. Gazette de Leyde 4 avril 1669.
pendant ce carnaval ; il apparut monté sur un chariot, représentant Ulysse, et menant en laisse et comme en triomphe ses camarades changés en bêtes par Gircé. » Nous avons l'explication de ce rébus mythologique : Gircé, l'enchanteresse, n'était autre que la connétable ; les bêtes, ses nombreux admirateurs, et Ulysse, le prince lui-même se moquant d'eux et de leur servage. Chacun devina aisément le rébus et Marie n'en fut point satisfaite. Vers l'automne, prise de son incessant désir de voyage, la connétable demanda à son mari de se rendre à Naples et l'obtint sans peine parce que ce n'était que pour peu de jours, et que d'ailleurs le lieu n'était pas si divertissant que Venise. La compagnie se composait de l'abbé Colonna (depuis prince de Sonnino), de l'archevêque d'Amasie, que les années n'avaient point changé, du duc de Nevers, et de quelques amis et dames romaines.
« Cette petite partie, toute destinée au plaisir, fut contre notre attente troublée par un différend que M. l'archevêque d'Amasie eut à Naples avec l'abbé Colonna, son neveu. 11 voulut d'abord le tuer, puis se battre avec lui; et on eut toutes les peines du monde de l'en empêcher. Ces querelles abrégèrent fort le voyage, et au bout de quinze jours, nous rentrâmes à Rome. »
Une singulière surprise l'y attendait, sur laquelle.
84 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
par un sentiment facile à comprendre, elle garde un silence absolu, mais qui ne fut bientôt un secret pour personne. La honteuse liaison de la duchesse et de Gouberville avait porté des fruits, et Hortense dut avouer à sa sœur qu'elle était grosse. Il fol lait à tout prix essayer de cacher ce fâcheux événement ; impossible de songer à la laisser au couvent et comment l'en faire sortir ? La connétable ne put s'empêcher d'abord de s'emporter en violents reproches, mais sa colère se dissipa devant le chagrin de sa sœur et son profond découragement.
« Je trouvai ma sœur, dit-elle, dans une profonde mélancolie qui procédait du choix qu'elle avait fait de sa retraite; je puis dire sans exagération que j'eus autant et plus de chagrin qu'elle de la voir en cet état ; car enfin je suis d'un naturel extrêmement sensible aux afflictions et aux maux de ceux qui me touchent, et, par une générosité peu commune dans le temps où nous sommes, il n'y a rien que je ne fasse pour les soulager, quoiqu'ils ne m'en sachent aucun gré. Ne consultant donc que les mouvements de ce bon naturel, et fermant les yeux à l'indifférence que ma sœur avait pour moi, je lui proposai de la faire sortir du couvent et lui dis qu'elle pouvait compter sur la protection de la reine de Suède, et que l'on m'avait fait espérer qu'elle
pourrait se retirer chez Sa Majesté. Cette proposition plut à ma sœur, et, ayant accepté ce parti, je fus travailler aussitôt à l'exécution de ce dessein ; mais lorsque je croyais en avoir assuré le succès, le jour même que j'avais résolu d'aller prendre ma sœur, j'appris, de ceux avec qui j'avais traité cette affaire, que la reine ne pouvait s'engager à la recevoir chez elle, ni à la protéger, comme ils m'en avaient donné l'espérance. »
Le secret mal gardé de la grossesse de la duchesse était parvenu aux oreilles de la reine qui ne se soucia point d'être mêlée à cette triste affaire.
« Ce contre-coup, dit Marie, ne me rebuta point et, me promettant qu'il ne nous manquerait appui ni faveur pourvu qu'elle fût une fois dehors, je lus au couvent et y menai mes enfants dans le dessein d'amuser ma tante et les autres religieuses pendant que nous exécuterions ce que nous avions prémédité. Après donc avoir un peu entretenu ma tante, je pris congé d'elle, et lui dis de ne point sortir, de peur que l'air ne lui fît mal, se trouvant indisposée comme elle l'était ; et en même temps, je fis signe à ma sœur de me suivre, et, l'ayant fait comme pour m'accompagner, nous prîmes le devant, et, faisant semblant de nous dire quelque chose en secret, afin que
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cette confidence l'empêchât de nous suivre, nous nous approchâmes insensiblement de la porte dans le temps que ma tante et les autres reliai < s'occupaient à caresser mes enfants, et, amusant la portière, je donnai lieu à ma sœur de .-'évader avec une de ses filles nommée Nanon, et, sans prendre congé de la compagnie, je courus après elle. Nous montâmes dans le carrosse qui nous attendait, et fûmes droit chez M. le cardinal Chigi pour lui demander sa protection, ou le prier au moins de nous assister de son conseil, et, ne l'ayant point rencontré dans son palais, nous allâmes à la maison de mon frère, où nous sommes tous nés, et où nous avons été élevés, et que nous trouvâmes vide; une de mes tantes en étant délogée il y avait quelque temps. »
C'était le palais Mazarin légué au duc de Ne vers par le cardinal et habité alors par le cardinal Mancini1.
I. En revenant vers le mont Quirinal, on trouve le palais du cardinal Mancini, bâti et rajusté par le cardinal Mazarin : il porte d azur à deux poissons d'argent, mis en pal. Ce palais est un des plus grands de la ville pour la masse et le corps du bâtiment, et, s'il y manque la moitié, il n'y a rien de plus beau que ses appartements qui sont doubles partout, avec de très riches tapisseries. Il y a une salle dont la voûte est peinte par Guido Reni ; la cour est grande et spacieuse, et c'est là où tous les matins on tient académie et où les princes viennent monter à cheval à cause de la commodité du terrain. C'était autrelois le lieu des bains de Constantin. (Livre de vuyage de Jacques de Belbœui, page -210.)
Le bruit de l'évasion d'Hortense était vite parvenu jusqu'à Paris, et la connétable, se doutant bien du mauvais effet qu'il produirait, se hâta d'écrire à Colbert pour chercher à justifier sa sœur.
La connétable Colonna à Colbert*.
Octobre.
« Je serais bien fâchée, monsieur, que vous apprissiez d'un autre ce qui s'est passé ici touchant madame de Mazarin, laquelle s étant trouvée mal dans le monastère, à cause du mauvais air, fit demander à M. le cardinal Mancini et à mes tantes d'en sortir, ce qu'ils ne voulurent pas permettre. Voyant que la complaisance qu'elle avait eue, d'entrer dans le couvent, ne lui avait de rien servi vers M. Mazarin, et qu'il ne laissait pas de la poursuivre avec plus de rigueur que jamais; elle et moi, nous avons cru qu'il ne serait pas mal de la sortir d'un lieu où elle était entrée volontairement; ce qu'elle fit d'accord avec moi, sans communiquer notre dessein à personne, de crainte que l'on y mît obstacle.
» Je la conduisis dans notre logis, au palais Mancini, où était une de mes tantes, que M. le