‹ Une princesse romaine au XVII[superscript e] siècleChapitre 15 sur 77 · Correspondance de Rome, 21 décembre · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, 21 décembre

102 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIECLE.

Il ne manquait pas autour de Marie d'envieux prêts à jeter une ombre sur sa vie jusqu'alo riante. Les princesses romaines, entre autres, ne lui pardonnaient pas de jouir d'une liberté qui leur était refusée, et il faut reconnaître que par sa hauteur, elle avait dû les blesser plus d'une fois. La jalousie qu'elle ressentait du connétable lui fournissait une facile occasion de lui rendre de mauvais offices.

L'archevêque d'Amasie, de son coté, n "épargnait pas à sa nièce les plus malins sous-entendus, ajoutant qu'il l'avait bien prévenue de ce qu'elle aurait à souffrir, dès le début de son mariage. Tous ces coups d'épingles venaient s'ajouter au chagrin secret qu'elle cachait, et dont elle cherchait par tous les moyens à se distraire.

La vie de la connétable n'était pas uniquement consacrée aux plaisirs mondains. Elle avait conservé le goût de l'étude et une activité inconnue aux dames romaines, dont l'existence monotone et renfermée était plus propre à éteindre leur intelligence qu'à la développer. A dater de sa séparation conjugale, ce besoin d'occupations redoubla d'intensité .

Nous l'avons vue au moment du mariage de Louis XIV chercher à se consoler en lisant Sénèque. Il ne semble pas que ce moyen lui eût très bien réussi, et cette fois-ci elle recourut à un autre procédé : ce fut l'étude de l'astrologie à

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laquelle elle s'adonna avec passion sous la direction d'un certain Tertii *, assez célèbre à cette époque dans Yart de lire dans les astres, goût héréditaire chez les Mancini ; le père de Marie était astrologue et sa mère croyait fermement aux sciences occultes. Enfermée dans son cabinet pendant les loisirs que lui laissaient les fêtes et les réceptions du palais Colonna, elle travaillait avec ardeur.

En 1670, 1671 et 1672, elle publia trois volumes étranges2, contenant des prédictions bizarres, des anagrammes et des calculs basés sur l'influence des astres. Il ne faut pas voir là l'œuvre d'un cerveau malade, mais bien un goût partagé, surtout en Italie, par les personnages les plus distingués. On lit dans une lettre de Rome à cette époque : « Le cardinal-patron (Altieri) est malade de la peur qu'il a, de deux prédictions de deux astrologues différents, dont l'un annonce la mort d'un grand prélat le 24 juillet, et l'autre, que le cardinal mourra avant le pape3. » Il y a dans l'esprit humain un tel besoin de merveilleux qu'en tout temps on le trouve mêlé aux sciences positives.

Le résultat de son incessante activité répondit-il

1. Tertii est l'auteur de deux ouvrages qui eurent une certaine célébrité dans leur temps, le premier est intitulé : De curiositatibus physicis, dédié à . Iarianne, duchesse de Bouillon; le deuxième, De gradu horocospi nte, dédié à Louis XIV, Paris 1690.

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