Ces discours contenaient une grande part de vérité
2. Frère du connétable et plus tard devenu piince de Sonnino.
sœur et parvint à lui faire reprendre quelque courage.
« Le passage du Simplon fut signalé par de funestes scènes qui ne contribuèrent pas peu à ébranler la malheureuse Madame ; plusieurs hommes de son escorte succombèrent, ainsi que leurs chevaux, roulant dans les précipices pendant les marches de nuit et dans des chemins impraticables. Enfin, après des souffrances indescriptibles causées par les difficultés de la route, les déluges de pluie et le péril des torrents débordés, il plut à Dieu de sauver Madame et de la faire arriver au delà des Alpes.
» On croyait la fatale influence du destin enfin conjurée par le changement de pays, mais ce fut alors que la maligne constellation des astres nous fit éprouver son terrible maléfice.
» Après ce dangereux passage, nous arrivâmes épuisés de fatigue, dans un village de l'autre côté des Alpes où nous fûmes logés dans la maison d'un pauvre paysan qui chercha avec la plus grande sollicitude à nous procurer toutes les commodités possibles. Tout le monde se plaça sur une galerie qui avait une fort belle vue sur la campagne et Ton commençait à jouir du plaisir que les voyageurs éprouvent toujours à raconter leurs infortunes lorsqu'elles sont passées, quand le fatal destin qui n'avait pas encore épuisé sa
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rage, soit contre Madame pour la punir d'avoir quitté le Paradis terrestre, soit contre ceux qui en enlevaient une si charmante déité, voul it finir son œuvre par la plus lamentable disgrâce. Le balcon se rompit et tous ceux qui l'occupaient furent précipités de la hauteur d'un étage. Grâce au ciel, Madame venait d'en sortir à l'instant même ainsi cpue l'abbé Golonna et le marquis Angelelli. Quant à monseigneur d'Amasie, par une non moindre fortune, il put s'accrocher à une poutre qui le soutint; elle lui rendit cet éminent service, soit par égard pour lui, soit afin de prouver qu'elle était singulièrement forte pour porter une si lourde bête.
» Les malheureux qui furent précipités ne souffrirent que trop de cette maligne conjuration des astres. On ne voyait que têtes, bras et jambes cassés, on n'entendait que hurlements de damnés, c'était un spectacle affreux et fait pour émouvoir l'âme la plus insensible. Le pauvre maître de la maison fut un des plus maltraités car nous apprîmes peu de jours après, qu'il avait perdu la vie. Les autres blessés, sans chirurgien, sans médicaments restèrent abandonnés jusqu'à ce qu'on ait pu leur envoyer du secours. La Mauresque tombant par-dessus les autres, ne reçut qu'une légère écorchure au visage qui ne lui donna pas sujet de pleurer la perte de sa beauté.
» Malgré le mauvais état des chemins, on s'ache-
mina enfin vers Milan où attendait M. le connétable accompagné d'un déluge de pluie qui empêcha la magnifique entrée préparée pour les époux1. »
« Nous nous embarquâmes, dit Marie dans son Journal, sur un très beau bucentaure sur le canal, où M. le connétable et M. le marquis Spinola de Balbasès, son beau-frère, vinrent me trouver et où ce dernier s'avança pour me saluer, feignant d'être M. le connétable, qui était demeuré derrière pourvoir l'accueil que je lui ferais ; et comme le marquis (que je croyais être ce qu'il représentait) ne me parut ni si jeune, ni si bien fait que je m'étais figuré M. le connétable, je reçus son compliment avec une froideur égale à ma surprise, et me tournant assez brusquement vers une de mes filles appelée Hortense, je lui dis que si c'était là l'époux que l'on m'avait destiné, je n'en voulais point, et qu'il pourrait prendre parti ailleurs. Hortense, qui avait vu le portrait de M. le connétable, le reconnut à l'instant, et s'apercevant qu'il se cachait derrière le marquis, me tira de mon erreur et me le montra.
» Et alors pour me remettre entièrement de ma surprise, lui-même s'avança et après m'avoir
1. Ayant publié il y a déjà deux ans, le Roman du Grand Roi, nous sommes forcés pour aider la mémoire du lecteur de répéter ici quelques paragraphes du Journal de Marie, indispensables à la clarté du récit.
saluée, me donna la main pour me mener à une petite maison de plaisance qui est environ à six lieues de Milan, où l'on nous avait préparé un magnifique dîner. Après le repas nous nous embarquâmes pour arriver le soir à Milan, où nous fûmes reçus avec des préparatifs dont le récit demanderait trop de temps. La marquise Spinola me prit dans son carrosse, et M. le duc de Gaëtano, qui était alors gouverneur de cet État, vint au-devant de nous et accompagna M. le connétable qui voulut consommer le mariage le soir même que nous arrivâmes, malgré toutes les remontrances scrupuleuses de madame de Venel, qui n'y pouvait consentir sans que nous eussions entendu la messe. »
Il faut se souvenir en lisant le Journal de Marie qu'elle l'écrivit et le publia quinze ans après son mariage. Le connétable vivait encore et devait à coup sûr le lire avec curiosité. Elle avait tout intérêt à le ménager, aussi apporte-t-elle une grande réserve dans le récit de cette entrevue et omet-elle volontairement ou involontairement quelques détails assez piquants que notre chroniqueur italien n'a garde d'oublier.
« Madame, dit-il, voyant M. le connétable vêtu plutôt comme un courrier que comme un époux et coiffé d'une sorte de bonnet plus approprié à
un vieillard qu'à un jeune homme, en reçut l'impression la plus fâcheuse, et joignant à cela les discours malencontreux de l'oncle d'Amasie, elle prit une si mauvaise opinion de son mari qu'il fallut du temps et des soins pour la détruire. »
Le connétable ne manqua pas de s'apercevoir de quelque froideur chez sa femme, mais comme il était enchanté de sa beauté et plus encore peutêtre de la certitude inattendue qu'il venait d'acquérir de l'innocence de ses amours avec le roi, il ne négligeait rien pour parvenir à lui plaire et échauffer un peu cette enveloppe de marbre. Ayant été averti de ce qui s'était passé pendant le voyage et du rôle pitoyable qu'avait joué son oncle, cela l'anima à la conquête de sa femme. 11 fit appel à tous ses dons naturels, à sa galanterie et à sa bonne mine, il chercha à se montrer à elle sous son jour le plus favorable et crut s'apercevoir qu'il faisait quelque chemin dans l'esprit flexible de Marie.
Un mari passionnément épris, fait à peindre, brillant cavalier, a bien des chances d'arriver à vaincre la froideur d'une jeune femme et à lui inspirer un sentiment assez tendre. Cependant il n'avançait guère, à son gré, et quoique les fêtes, les plaisirs et la réception vraiment royale qu'elle reçut à Milan lui égayassent un peu l'esprit, le souvenir de la France ne la quittait pas et chacun
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voyait bien que toutes ses pensé il à Paris
cl non pas à Milan. On en ressentait même grand pitié quand on connaissait ce qu'elle laissait derrière elle. On reçut à Milan l'impression que le caractère de la connétable était plus sérieux qu'enjoué et l'on crut aussi que le souvenir des délices qu'elle avait perdues en France ne lui permettait pas de jouir tout à fait du brillant accueil que lui faisait l'Italie. Elle en convient en toute franchise :
« Les fatigues du chemin, le déplaisir de me voir absente de mes parents, et surtout le chagrin d'avoir quitté la France qui s'augmentait par la différence que je trouvais entre coutumes et celles d'Italie, dont je ne m'étais aperçue qu'à Milan, me rendaient de la plus mauvaise humeur du monde, ce qui donnait assez d'occupation à M. le connétable ; il appliquait tous ses soins à me divertir, jusqu'à me faire un carrousel où lui-même entra, et où je puis dire, sans passion, qu'il fit des mieux, l'adresse avec laquelle il fait tous ces exercices le faisant réussir admirablement en de pareilles rencontres. »
Cependant l'état de santé de Marie laissait fort à désirer. On ne traverse pas impunément les émotions violentes qu'elle venait d'éprouver,
et les fêtes de Milan achevèrent d'épuiser ses forces.
15 juin 1661.
« Toutes les dames de la première qualité de la ville, dit-elle, me donnèrent à l'envi de magnifiques divertissements chez elles. Et entre autres la marquise de la Fuente s'en acquitta avec beaucoup de pompe ; mais la mélancolie où j'étais, et l'abattement où m'avait jetée une fièvre qui me prenait régulièrement tous les jours m'ôlait le goût de tous les plaisirs. Cela dura dix jours au bout desquels il fallut partir pour Rome, nonobstant mon mal, M. le connétable voulant y entrer devant les grandes chaleurs.
» Madame de Venel et les gardes prirent alors congé de nous et s'en retournèrent à Paris, et nous nous embarquâmes dans un très beau bucentaure, et arrivâmes à Bologne, où le marquis Angelelli nous reçut chez lui avec beaucoup de magnificence.
» Depuis la venue du connétable, son oncle semblait être un peu calmé. Mais après l'arrivée à Bologne, plus jaloux que jamais du marquis Angelelli et de sa brillante réception, il reprit son personnage. Un jour qu'il scandalisait la compagnie par ses propos insensés, le marquis ne put s'empêcher de lui donner un démenti ; aussitôt Monseigneur, lui arrachant des mains le
livre qu'il tenait, courut prendre une épée, fondit sur lui et à coup sûr aurait fait quelque malheur si Ton ne se fût précipité pour le retenir. »
La fièvre dont souffrait la connétable l'épuisait chaque jour davantage; malgré cela on continuait le voyage, essayant vainement de se séparer du malencontreux oncle d'Amasie. Son neveu, au sortir de Bologne, chercha inutilement à le tromper sur la route qu'ils allaient prendre, impossible de le perdre, il rejoignait toujours ; ses serviteurs avaient une trop grande frayeur de ses frénésies pour oser lui faire manquer ie chemin, comme l'aurait souhaité le connétable ; donc il fallut continuer avec lui jusqu'à Pesaro. Là, les souffrances de la princesse augmentèrent à tel point qu'on dut prendre un médecin pour l'accompagner.
« Gomme nous allions en relais, dit-elle, nous arrivâmes à Lorette où je ne fus plus en état de passer outre. Le déplaisir que M. le connétable avait de mon mal était inconcevable ; et son chagrin était d'autant plus grand que par mon indisposition il me voyait privée de voir la cavalcade que l'on fait tous les ans à Rome, le jour de la Saint-Pierre, et pour laquelle il avait pressé notre départ et fait de si grandes diligences en chemin. »
Cette cérémonie à laquelle le connétable attachait tant de prix était une vieille coutume qui consistait à présenter au pape, au nom et comme tribut du royaume de Naples, une haquenée blanche. Celui qui remplissait cette fonction, représentant le roi d'Espagne, occupait de droit la première place dans le cortège et précédait les barons romains. Ce rang, toujours contesté et auquel on attachait un grand prix, était le plus souvent occupé par le prince Colonna, grand connétable du royaume de Naples, grand d'Espagne, et il figurait brillamment en tête de la cavalcade.
Juillet 1661.
« Cependant, dit Marie, mon mal ne laissait presque plus d'espérance de ma vie, et ne découvrant que des marques mortelles, M. le connétable envoya chercher les meilleurs médecins des villes circonvoisines ; mais par malheur pour moi, entre dix ou douze qui vinrent pour remédier à mon mal, il n'y en avait pas un qui fût assez habile pour le faire. Tous jugeaient ma maladie mortelle, mais aucun ne savait que faire ni que proposer pour me tirer d'un si dangereux pas. Il n'y avait point de jour qu'ils ne s'assemblassent deux ou trois fois, mais toutes leurs conférences ne m'apportaient aucun soulagement, sortant tous
le* jours de leurs assemblées aussi irrésolu- qu'ils y étaient entrés. Cette ignorance extrêmement dangereuse, dans l'état ou j'étais, obligea M. le connétable à dépêche» a Rome, pour faire venir en diligence deux des plus habiles médecin la ville. Ayant, par le même exprès, averti le cardinal Mancini, mon oncle, de l'extrémité où j'étais, il se mit en chemin et arriva presque aussitôt que les médecins ; le déplaisir qu'il témoigna de me voir en cet état est indicible, et il n'y eut rien qu'il ne fît pour me consoler. »
L'autre oncle, qui ne ressemblait guère à celuilà, opérant suivant sa coutume à l'envers du sens commun, entrait sans cesse chez sa nièce pour l'exciter contre le connétable, affirmant qu'il était l'auteur de sa maladie, préférant sa propre satisfaction à la santé de sa femme.
« Il parvint à faire naître dans Madame, dit notre chroniqueur, une telle aversion pour son mari qu'elle ne pouvait absolument plus le voir. Elle se fâchait quand il entrait dans sa chambre et pendant cinq jours de suite elle ne lui adressa pas la parole, et ne répondit pas aux siennes. Elle l'avoue elle-même:
» La violence du mal, le dégoût et le chagrin qu'il cause ne permettent guère à un malade d'avoir des gards pour nersonne. aussi en av ds-
je peu pour M. le connétable et il faut que j'avoue qu'il avait furieusement à souffrir de ma mauvaise humeur; cependant le cardinal appliquait tous ses soins à la radoucir et à en corriger l'aigreur ; j'eusse bien souhaité qu'il se fût occupé de même à modérer celle de monseigneur d'Amasie dont le zèle indiscret me persécutait étrangement.
» Il persuadait à Madame, ajoute le narrateur italien, que le connétable avait abrégé le terme de quinze jours fixé par les médecins pour lui permettre de revenir dormir avec elle, et voulait qu'elle lui en fît un crime.
» Mais, qui sait si, au contraire (comme je le dis à Madame), elle ne lui aurait pas su mauvais gré d'avoir fixé un terme plus long pour leur satisfaction réciproque.
» Enfin, je ne saurais exprimer toutes les peines de ce malheureux connétable qui certainement serait tombé malade lui-même si Madame avait continué à le haïr et à le traiter aussi rigoureusement qu'elle était résolue de le faire à la suite des méchantes folies de monseigneur d'Amasie. Enfin, il plut à Dieu de le rendre odieux à Madame elle-même, il recommença à l'effrayer à propos de sa maladie et de la sévérité avec laquelle elle serait traitée à Rome ; enfin il l'excéda si fort par de semblables discours que M. le connétable et l'abbé Golonna parvinrent à l'éclairer sur le caractère et l'humeur insensée du personnage
auquel ils se décidèrent à faire d'amers reproches. Ils exigèrent de lui de faire des excuses à Madame sur le passé et de promettre pour l'avenir une toute autre manière d'agir. »
Gomme il fallait qu'il se rendît insupportable de quelque manière que ce fût, voici la nouvelle persécution qu'il imagina et qui nous est contée par la connétable elle-même.
« Il n'entrait jamais dans ma chambre que pour dire qu'il n'y avait plus d'espérance de vie pour moi, et qu'il fallait me préparer à la mort. Quoique je ne fusse pas trop résolue à cet éternel départ, je ne laissai pas d'en faire les préparatifs et de donner ordre qu'on me cherchât quelque religieux qui sût le français. On en trouva un par bonheur de la Compagnie de Jésus, très habile homme, et qui prit la peine en trois ou quatre fois de me faire faire toute ma confession générale. J'étais si faible que je pouvais à peine parler.
» Cependant, M. le connétable, plus touché de ma maladie que moi-même, s'informait à tous moments des médecins qu'il avait fait venir de Rome s'il y avait quelque espérance, et lui ayant répondu que oui, pourvu que mon mal n'augmentât point le treizième qui était le jour où l'on devait me purger, il entra dans ma chambre avec un visage gai et me fit part de cette bonne
nouvelle, me conjurant de ne me point affliger des sinistres prédictions de l'archevêque. Le succès répondit au jugement des médecins et après que l'on m'eut purgé, mon mal diminua sensiblement et je fus entièrement hors de danger.
» Bientôt après je fus rendre grâces à Notre-Dame et communier dans la chapelle, où M. le connétable pour accomplir le vœu qu'il avait fait pour le recouvrement de ma santé, envoya ensuite une des plus riches et des plus magnifiques lampes qu'il y ait. Alors comme l'on jugea que le mauvais air et les chaleurs de Lorette pouvaient nuire à ma convalescence, on me transporta à Recanati qui en est à une journée, et dont le bon air était tout à fait propre à me rendre des forces. Nous y demeurâmes six jours. »
Notre narrateur italien continue de son côté son récit.
« Pendant le séjour à Recanati, monseigneur d'Amasie ne manqua pas de faire des siennes, car il lui était aussi difficile de se tenir tranquille qu'à un écureuil en cage. Soupant un soir avec les médecins appelés de Rome, il s'empressa de leur fournir l'occasion d'exercer leur art sur euxmêmes ; un de ces docteurs ayant osé le contredire sur la cause de la maladie de Madame, il lui
lança un couteau en plein dans la poitrine qui pensa le tuer et le blessa si grièvement qu'il fat pendant quelques jours en danger de mort. Le lendemain matin il alla tranquillement lui faire des excuses disant que le vin lui avait un peu échauffé la tête. »
Cependant la plus grande inquiétude régnait à Rome, à la suite des mauvaises nouvelles de la santé de la connétable reçues par le cardinal Golonna. L'abbé Benedetti écrit à M. de Lyonne le 13 juin :
« Au moment où nous croyions voir arriver ici la connétable Golonna, nous avons appris qu'elle a dû s'arrêter à Lorette terrassée par une terrible fièvre qui continue avec des convulsions. On a mandé aussitôt des médecins d'ici et on prie Dieu dans toutes les églises pour sa guérison ; voilà les vicissitudes des choses de ce monde qui abonde plus en mal qu'en bien. Les honneurs qu'elle a reçus à Milan étaient dignes d'une reine et la voilà aux portes du tombeau ! »
Le roi, apprenant par cette dépêche la gravité de l'état de son amie, envoya l'ordre à Rome de lui expédier des nouvelles chaque jour, ce qui fut exécuté.
Au bout d'une semaine de séjour à Recanati
les forces de la malade reprirent à vue d'œil et Benedetti écrit à M. de Lyonne : « Madame la connétable est presque guérie, elle doit arriver à son château de Marino qui est un lieu distant de trois ou quatre milles de Frascati. Je voudrais qu'elle fût déjà ici, pour pouvoir la réconforter un peu dans l'agonie qu'elle doit souffrir au souvenir de la France, souvenir qui, maintenant qu'elle l'a quittée, doit tenir pour elle autant de l'enfer que du paradis ! »
Enfin, le 30 juin au matin, la connétable entra dans Rome, mais l'état de sa santé ne permit pas qu'on lui fît la réception princière préparée d'avance ; elle arriva devant le palais Golonna à la porte duquel l'attendait toute sa maison, et fut surprise du peu d'apparence de cette demeure réputée si belle1. En effet, l'extérieur ne répondait point aux magnificences de l'intérieur, mais, quand elle pénétra dans le rez-de-chaussée, elle fut frappée de ces salles immenses, merveilleusement décorées des tableaux de l'Albani, de Garrache, Guido Reni, le Titien, enfin, des plus célèbres peintres anciens. Il y avait également un grand nombre de tableaux de peintres contemporains,
1. Le palais avait été rebâti, en 1620, par Philippe Colonna ; il employa pour la galerie les marbres trouvés dans la villa Colonna, provenant du temple du Soleil qui s'élevait jadis sur cet emplacement. La plus grande partie des sculptures qui ornent la galerie proviennent des fouilles de la propriété des Colonna, appelée les Frattochies, près de Marino.
tels que Claude Lorrain, Gasparo, Salvator Rosa, etc. Malgré sa faiblesse et sa mélancolie, elle ne put s'empêcher d'admirer l'appartement qui lui était destiné et dans lequel on avait réuni non seulement des meubles superbes, mai- les objets d'art les plus précieux, statue-, tapi etc.,
enfin tout ce qui pouvait enchanter les yeux. Des fontaines jaillissantes placées dans les quatre coins des grandes salles du rez-de-chaussée, y entretenaient une fraîcheur délicieuse qui régnait également dans tout le palais et faisait un agréable contraste avec la chaleur étouffante du dehors.
La fatigue obligea Madame à se coucher aussitôt après son arrivée, et à peine fut-elle accommodée dans son lit par ses femmes, qu'on apporta un coffre superbe, peint et sculpté le mieux du monde, dans lequel étaient enfermées quantité de riches étoffes, et deux petites cassettes enrichies de pierres précieuses. La curiosité de Marie fut plus forte que son abattement ; elle fit promptement ouvrir coffre et cassettes ; ces dernières contenaient de superbes bijoux et au fond de la seconde se trouvait une bourse de deux cents pistoles. Ces magnifiques présents étaient envoyés par le cardinal Golonna1, oncle du connétable, qui
1. Girolamo Colonna, nommé cardinal par Urbain XIII. Le roi d'Espagne Philippe IV, l'appela à Madrid et le nomma de son Conseil. Lors du mariage de l'Infante Marguerite d'Espagne avec l'empereur Léopold 1er, il fut désigné pour accompagner la princesse en Allemagne, mais il mourut en route, le 4 septembre 1666.
faisait demander quand sa nièce pourrait le recevoir ; elle répondit qu'il était le maître de venir quand cela lui plairait, et il arriva peu d'instants après.
La princesse trouva pour l'accueillir la grâce et la séduction qu'elle savait si bien déployer lorsqu'elle le voulait, et le cardinal, enchanté, alla faire part au connétable de cette courtoise réception. Le prince Golonna s'était discrètement retiré dans son appartement, il fit demander à sa femme si elle désirait être servie seule chez elle. Marie s'excusa de ne se point lever à cause de sa fatigue, mais pria son mari, si cela ne lui était pas trop incommode, de venir partager son repas. « Depuis le jour de l'entrée à Milan, Madame n'avait pas traité M. le connétable d'une si honnête façon. »
« Il semble qu'après l'heureuse arrivée à Rome, un vent de conciliation et de tendresse avait soufïlé sur la Casa Golonna tout entière, dit le malicieux narrateur italien. A peine arrivé à la maison, monseigneur d'Amasie changea tout à fait de style, et, de furieux qu'il était, devint doux comme un agneau ; l'amour opéra ce prodige sous la forme de mademoiselle Arnollîne, une des suivantes de la connétable. Le visage du prélat et son humeur ne se reconnaissent plus; mais il n'est pas sans appréhension de recevoir quelques
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avis de Madame pour ne pas traiter si l'ami! ment cette demoiselle, quoique ce soit en tout bien tout honneur. »
Aussitôt que la santé de la connétable le mit, elle reçut en grande cérémonie la v princesses romaines qui marchaient de pair elle, elles étaient au nombre de cinq. Les princesses de second rang furent reçues le jour suivant. L'étiquette était à Rome d'une sévérité et d'un détail extraordinaires. Marie élevé France ne la connaissait pas, elle arrivait imbue des idées françaises et de sa haute situation a la Cour. « M. le connétable, dit-elle, me proposa dans ce temps-là, d'aller visiter les nièces du pape, qui était alors Alexandre Chigi, pour les prier de me mener baiser les pieds de Sa Sainteté. Comme j'étais élevée dans la grandeur et accoutumée à voir toujours un grand roi chez nous, je lui demandai, assez naïvement, si le Saint- Père ne viendrait pas me rendre visite auparavant, sur quoi M. le connétable et toute la compagnie se mirent à rire et me répondirent que ce n'était point la coutume et que les souverains pontifes ne faisaient cet honneur à personne. »
Le connétable se montrait en toute circonstance fort rigoureux à l'égard du cérémonial et avait prié sa femme de maintenir ses droits avec fermeté. L'occasion s'en présenta bientôt.
La princesse Ghigi, nièce du pape, devait se rendre avec la connétable au monastère de Campo Marzo; mais au moment de partir, les maîtres de cérémonies respectifs de ces dames déclarèrent à chacune d'elle, que l'autre devait venir la chercher ; là-dessus, elles attendirent chez elles près d'une heure, à leur grand mécontentement réciproque, mais ni l'une ni l'autre ne voulant céder, et l'heure de l'ouverture du couvent étant passée, elles n'y allèrent point.
Le connétable, en rentrant, apprit l'incident et complimenta sa femme sur sa conduite, mais il fallait à tout prix, empêcher que cette affaire n'amenât de sérieuses difficultés entre les deux maisons. Leurs parents s'interposèrent et il fut décidé que la princesse Ghigi irait dans son carrosse, la connétable dans le sien et arriveraient ensemble au couvent. On rejeta le malentendu sur les malheureux maîtres de cérémonies et la paix fut rétablie.
Marie s'habituait de jour en jour davantage à son nouveau genre de vie et se sentait touchée des soins délicats que lui prodiguait le connétable.
Il lui laissait liberté entière de vivre à la française, c'est-à-dire de sortir et de recevoir quand bon lui semblait, au grand déplaisir des maris romains, qui trouvaient cela d'un fort mauvais exemple pour leurs femmes, tenues, pour ainsi dire, cloîtrées chez elles. Il la comblait d'attentions
32 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
et de présents ainsi que ses demoiselles, inventant chaque jour chose nouvelle pour la divertir.
Vers la fin d'une des plus chaudes journées d'août, la connétable se disposait à sortir, quand son mari l'engagea à retarder sa promenade, la chaleur n'étant point passée. Elle resta donc dans son appartement jusqu'au souper.
Lorsqu'il fut terminé, le connétable proposa à sa femme de faire une promenade à pied jusqu'à un lac qu'elle ne connaissait pas, et qui était situé fort près de là. Marie, surprise, y consentit et au bout de quelques instants de marche, à un brusque tournant de la rue, le spectacle le plus inattendu s'offrit à ses yeux. C'était un charmant petit lac couvert de barques galamment ornées de banderoles à son chiffre et toutes illuminées; sur les unes étaient placés des chanteurs et des musiciens et sur les autres des porteurs de torches brillantes qui éclairaient les palais tout autour du lac. Un bateau plus grand et plus orné que les autres, couvert de feuillages et de fleurs, attendait la connétable, et aussitôt qu'elle s'y fut placée avec sa suite, les musiciens commencèrent leur concert pendant que les petites barques lançaient de tous côtés des pluies de feu; puis toutes les lumières s'éteignirent et l'on vit paraître, très haut dans le ciel, une lune si brillante qu'on ne pouvait la fixer, et qui éclairait tout le lac. Elle était maintenue au moyen de cordages invisibles, et
mue par des machines cachées dans les combles des palais. « Ce lac n'était autre que la place Navone1. Nous cherchions ainsi, écrit l'abbé Benedetti, qui raconte cette fête à M. de Lyonne, à faire oublier à Madame, les fêtes galantes de Fontainebleau et les délices de son cher pays. Elle semble y prendre plaisir, mais elle dit que pour en jouir, elle a besoin d'oublier ce qu'elle a encore dans le cœur ! Sa bonne grâce lui fait accueillir courtoisement tous ces divertissements, seulement elle est bien plus gaie quand elle a reçu des lettres de France ! » Benedetti savait fort bien que ses dépêches passaient sous les yeux du roi et il pensait avec raison que les regrets de Marie ne lui déplaisaient pas.
L'abbé Benedetti était le grand organisateur des fêtes, le connétable sans se lasser en ordonnait sans cesse de nouvelles, il n'épargnait rien pour se faire aimer d'une femme qu'il adorait ; il savait aussi inventer de délicates attentions plus propres à la toucher que les divertissements de l'abbé. Souvent le soir, à l'heure où la chaleur est dissipée, il l'emmenait dans une calèche légère; et au grand galop de six chevaux barbes, qui n'avaient pas leurs pareils dans Rome, ils gagnaient la villa
1. Cette inondation de la place Navone qui la transformait en lac ne pouvait se faire qu'au mois d'août et offrait un spectacle très curieux ; elle était produite par une combinaison de machines hydrauliques souterraines et faisait une complète illusion.
3i UNE PRINCESSE ROMAINE AT XVII' SIÈCLE.
Borghèse que le prince leur avait prêtée. Là, marchant lentement dans ces merveilleux jardins, où cachés derrière les arbres, des musiciens et des chanteurs se faisaient entendre, Marie jouissait silencieusement de la douceur de ces belles nuits romaines. Enivrée du parfum pénétrant des orangers, bercée par cette musique italienne vibrante et passionnée qu'elle n'avait jamais entendue et qu'elle écoutait avec ravissement, elle ne pouvait s'empêcher d'entendre aussi les paroles d'amour que le prince murmurait à son oreille. Un cœur de vingt ans ne résiste pas longtemps à ces impressions délicieuses; Marie était naturellement affectueuse et tendre, une enfance maltraitée, une affection trahie, avaient pu l'aigrir, mais la passion véritable que lui témoignait son mari devait la rendre à elle-même. Elle avoue franchement qu'elle commence à s'attendrir et même à chercher l'occasion d'être agréable à son seigneur et maître.
« Je lui fis un jour la surprise, dit-elle, d'entrer chez lui habillée à l'italienne, je pris cette mode pour la rareté du fait et pour plaire au connétable qui n'avait pas osé me le demander.
» Quoique les coutumes d'Italie ne s'accommodassent guère à mon humeur, l'inclination que je commençais à sentir pour M. le connétable me les rendaient plus supportables; car, enfin, il
MARIE HANCIIf] COLONNA. 3o
u'oubliait rien de ce qui pouvait me donner quelque satisfaction. Il se mettait bien, il avait des empressements et des complaisances qui ne se peuvent exprimer, et je puis dire enfin, que je suis l'unique qu'il a le plus fortement aimée et le plus longtemps. »
Parfait accord des deux époux. — La Casa Colon na et ses réceptions. — Liberté inusitée accordée à la connétable par son mari.— Jalousie des dames romaines. — Mécontentement de leurs maris. — Assassinat du marquis Angelelli. — Naissance d'un fils. — Le lit de l'accouchée. — Les fêtes du Carnaval. — Le prince Ernest de Brunswick. — Naissance d'an second fils. — Séjours à Venise et à Milan. — Voyage du connétable en Espagne. — A son retour, naît un troisième fils. — Séparation di letto entre le connétable et sa femme.
Une parfaite intelligence ne tarda pas à régner entre les deux époux; un seul point noir marquait encore à l'horizon : la connétable n'avait jusqu'à présent, à son vif chagrin, aucune espérance de donner un héritier à son mari. Pour divertir un peu l'ennui de cette attente, la princesse ouvrit les salons du palais Colonna avec une hospitalité qui n'était guère dans les habitudes italiennes de cette époque; non seulement elle engagea toute
la noblesse romaine, mais encore tous les grands personnages étrangers qui passaient ou résidaient à Rome; on s'y rendit en foule, quoique les maris romains n'approuvassent point cette mode et ne permissent qu'à grand'peine à leurs femmes de prendre ce plaisir. Il va sans dire que les ambassadeurs étrangers s'empressèrent de se rendre à ces réceptions.
La connétable ne restait point indifférente à ce qu'on pensait d'elle à la Cour de France, elle savait que le chevalier d'Auberville, faisant alors fonction d'ambassadeur à Rome, rendait un compte fort exact de ses actions à M. de Lyonne. Ces dépêches passaient sous les yeux du roi, et, dans certaines circonstances, pour en contrebalancer l'effet, Marie écrivait directement à Golbert auquel elle accordait une confiance peu méritée.
La duchesse d'Angoulême venant d'arriver à Rome, y tomba gravement malade et se rétablit lentement ; d'Auberville écrivit à sa Cour à ce moment-là : « La duchesse d'Angoulême est guérie, mais que dira Votre Excellence en apprenant que madame la connétable n'a pas une fois fait prendre de ses nouvelles pendant sa maladie?... » Le roi blâma la conduite de Marie qui, apprenant le mauvais effet produit par son attitude vis-à-vis de madame d'Angoulême, écrivit à Colbert avec sa hauteur ordinaire.
38 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
Rome, 8 juillet 1662.
« Vous direz peut-être, monsieur, que je ne vous écris que lorsque j'ai à vous prier de quelque chose; mais vous devez croire que je le ferais plus souvent, s'il était nécessaire de vous témoigner la reconnaissance que j'ai des bontés que vous avez eues pour moi. Ayez encore celle de vouloir prendre mon parti, si vous entendez parler à la Cour de ce que je n'ai point vu madame d'Angoulême1. Elle a été voir la nièce du pape (la princesse Chigi) qui se traite d'égale avec moi, et n'est point venue me visiter; vous jugerez bien que j'ai grand sujet de me plaindre d'elle, de ne m'avoir pas rendu ce qu'elle me devait, y étant obligée d'autant plus par les obligations qu'elle avait à feu monsieur le cardinal, duquel vous honorez assez la mémoire pour obliger quand vous le pouvez celles qui lui appartiennent, desquelles il n'y a pas une qui désire plus de vous servir et qui ait plus d'estime pour vous que
Si la princesse se montrait aussi rigoureuse et fière dans l'observation des lois de l'étiquette
1. Elle était veuve du duc d'Angoulême, bâtard de Charles IX, et sœur d'un page de ce duc mariée en 1644, elle mourut en 1713 dans la misère.
lorsqu'il s'agissait d'une grande dame comme la duchesse d'Angoulême, en revanche, elle témoignait toujours une vraie sollicitude pour les inférieurs et n'oubliait jamais un service rendu.
Le roi avait chargé Golbert de mettre à la tête du nombreux équipage qui accompagnait la connétable un homme capable et sûr. Le ministre avait choisi M. de Monceau, gentilhomme de la maison du feu cardinal. Monceau fit de son mieux mais ne put conjurer la malignité des astres, et Marie, craignant qu'on ne le rendît responsable des fâcheux incidents du voyage, écrivit à Golbert :
« Monsieur, » Vous connaîtrez par celle-ci que je suis fort satisfaite des services que m'a rendus M. de Monceau qui n'a rien oublié de ce qu'on pouvait attendre d'une personne tout à fait zélée et qui a conduit tout mon équipage avec un soin fort remarquable. Je vous prie de faire pour lui tout ce qui vous sera possible et de le servir dans toutes les rencontres qui se présenteront. Ce que je vous écris de M. de Monceau, je vous le puis dire du sieur Laubespin de qui je suis aussi fort satisfaite et que je vous prie de considérer. Après cette grâce que je vous demande pour deux personnes qui m'ont bien servie, je n'ai plus qu'à vous assurer, etc., etc.
40 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
Les dépêches de Rome à Paris contiennent toujours force détails sur la connétable et mentionnent entre autres l'impatience et le chagrin de la Casa Colonna de sa stérilité. « On ne découvre encore aucun signe de grossesse chez Madame, écrit Benedetti, et ce n'est certes pas la faute de son mari1. » Tel n'était pas l'avis de monseigneur d'Amasie qui dit un beau jour : « Madame ne doit jamais espérer que son mari lui fasse des enfants parce qu'il est trop consumé : c'est moi qui serais propre à cela par ma forte complexion; elle aurait dû m'épouser, je pouvais demander à être relevé de mes vœux ». Tout le monde se mit à rire, et à représenter à Monseigneur que cette manière de parler pourrait offenser Madame et M. le connétable. « Signor no, signor no, dit-il, il connestabile sarebbe slato molto sodisfatto ». Enfin, la grossesse si désirée se déclara au mois d'octobre, Marie elle-même nous l'apprend. « Il n'y avait rien que le connétable désirât avec plus de passion que d'avoir des enfants ; ma grossesse lui fit espérer que bientôt je remplirais ses désirs et il en eut une joie inconcevable partagée par toute la maison Colonna et la plupart des princes romains qui redoutaient toujours de voir les grandes familles s'éteindre. » Elle passa les deux
1. « Pur si ara il terreno tre volte ogni giorno, dandogli regolarmente, il mattino di buon mattino, il buon giorno a mezzo giorno, e la buona sera quando va a dormire. »
premiers mois de sa grossesse dans ses terres, entourée des plus grands soins; puis on la ramena à Rome avec toutes les précautions imaginables.
Malheureusement et par une bizarrerie inexplicable qui commença à se montrer dans cette circonstance, la connétable souhaitait avec passion d'avoir un héritier, et se livrait à toutes les folies qui pouvaient l'empêcher de mener à bien sa grossesse. Tantôt elle ne voulait se promener qu'en litière et faisait marcher ses porteurs avec une lenteur extraordinaire, tantôt elle partait à cheval au grand galop, ou allait à la chasse pendant une journée entière sans que le malheureux connétable, au supplice, osât l'en empêcher. Benedetti en rend compte dans ses dépêches1 et dit qu'on craint fort un fatal dénoûment. Cela ne manqua pas et la joie du connétable fut de courte durée ; au mois d'octobre, sa femme fit une fausse couche. « L'enfant avait trois mois; c'était une fille, dit Benedetti. Le repentir et l'extrême chagrin qu'elle éprouva la rendront plus prudente une autre fois, il faut l'espérer. »
Cet accident fut suivi d'une fièvre qui dura quarante-six jours et fit dire partout que le connétable avait épousé une femme incurable qui aurait plus besoin de médecins que de sage-femme. On disait dans Rome, écrit-elle, que je n'aurais jamais