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accord et de consentement mutuel la vie religieuse, elle dans quelque monastère de la ville de Madrid, , lui chez les religieux militaires de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, et d'y faire profession... On accorde en plus à Marie Mancini, arrivée à l'âge mûr, et qui a passé de longues années déjà dans les couvents, la dispense du temps de noviciat, de l'obligation d'assister au chœur, et on lui permet d'avoir avec elle, une servante pour ses besoins. »
Voilà les privilèges accordés à la malheureuse connétable. On verra, plus loin, ceux qu'obtint son mari.
Tout Madrid s'occupait du singulier dénouement des longues querelles du prince et de la princesse Golonna, et madame de Villars écrit à madame de Goulanges :
Madrid, 17 avril 1681.
« Ce que l'on vous mande de Rome de la connétable Golonna serait meilleur pour elle que ce qui se passe ici. La pauvre femme est peut-être bien près d'éprouver de pires aventures que toutes celles qu'elle a eues par le passé. Il ne faut rien imputer à cette sorte de tête-là, mais on ne peut s'empêcher de la plaindre. C'est la meilleure
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femme du monde, à cela près qu'il n'est pas au pouvoir humain de lui faire prendre les meilleurs partis, ni de résister à tout ce qui lui passe dans la tantaisie.
» Son mari part samedi ou lundi, avec ses enfants. Il a marié l'aîné, comme vous savez, avec une fille de Médina Gœli, le premier ministre, qu'il emmène à Rome. La connétable demeure dans son couvent où elle va apparemment manquer de tout. Elle y est déjà misérablement (et son mari, qui est fort avare, dispute sur le prix du couvent où elle est entrée). Si je n'avais pas autant compati à son malheur, je n'aurais pu m'empêcher de me divertir à l'entendre parler comme elle le fait. Elle a de l'esprit, elle écrit, que cela est surprenant, avec ses hauts et ses bas. Il était en quelque sorte facile à M. de Nevers, son frère, de la tirer du malheureux état où elle est ; s'il était venu ici pour soutenir ses intérêts, elle n'aurait pas été réduite à jouer la religieuse. J'ai pensé tomber de mon haut, quand le confesseur de la reine m'a dit qu'il allait lui écrire la proposition de se faire religieuse pour sortir du château de Ségovie. Elle n'hésita pas un moment à trouver qu'elle en avait la vocation. Je crus au moins, qu'étant entrée dans le couvent elle déclarerait qu'elle se moquait, et que tout ce qu'elle avait promis était pour sortir de prison. Mais au lieu de cela, elle prend l'habit aussitôt ».
Madame de Villars se trompait, elle prit seulement l'habit de novice, décidée, au fond du cœur, à ne pas prononcer ses vœux.
En attendant, on continuait à Madrid les préparatifs du mariage du prince de Palliano, avec dona Laurence de la Gerda qui eut lieu le 20 avril; des cadeaux superbes, des cérémonies magnifiques, le luxe le plus brillant, rien n'y manqua, sauf la présence de la propre mère du marié ! « Ce jeune seigneur, disent les Notizie, en fut fort affligé, car il l'aimait tendrement. Le lendemain du mariage, les deux époux se rendirent au couvent et furent accueillis par elle avec toutes les démonstrations de tendresse et de joie de la meilleure des mères1. Ils partirent le dimanche suivant pour l'Italie, ainsi que le connétable, que Marie ne voulut pas revoir, il la laissait dans un dénuement voisin de la misère », nous dit madame d'Aulnoy.
En homme prudent, le connétable avait mis à profit le temps qui venait de s'écouler, et nous allons voir de quelle façon il se préparait à embrasser la vie monastique. Le correspondant de la Gazette de Leyde, du 20 février, va nous éclairer là-dessus.
« Le pape, à la sollicitation du cardinal Cybo, a accordé au connétable Golonna la permission
1. Ces Notizie sont prises dans les gazettes de Madrid et envoyées par le nonce à Rome, à la suite de ses lettres. (Archives du Vatican, vol. CL1V, Espagne.)
d'entrer dans Tordre de Malte et de porter la grand'croix, mais Sa Sainteté l'a dispensé en même temps de faire les vœux et les caravanes i. »
Les vœux dont on dispensait le prince étaient ceux de chasteté et de pauvreté, et les caravanes consistaient en pèlerinages en Terre Sainte, la profession religieuse du connétable consista donc à porter la grand'croix en sautoir ! tandis que sa femme, rigoureusement cloîtrée, devait prononcer des vœux éternels ! Il est dit que pas une singularité ne manquera à cette étrange histoire.
1. Voir aussi la Biographie universelle de Micliaud, et le Dictionnaire historique de Chuumont et Delandine qui rapportent ce lait.
La mort du connétable, ses assassinats, 1fi89. — Changement complet dans l'existence de la princesse. — Elle jouit d'une grande considération à Madrid. — Le roi Louis XIV, après avoir été si dur pour elle, change du tout au tout.
— Les ambassadeurs l'emploient dans des négociations délicates. — Elle vit de la manière la plus paisible et chez elle. — Après la mort du connétable elle voyage sans cesse.
— Sa correspondance avec ses enfants, sa tendresse pour eux. — Mort de Balbasès, en 1699.
Après le départ de ses enfants, la connétable retomba dans le calme et l'existence monotone du cloître, qu'elle avait tant de peine à accepter. Mais quelle espérance lui restait-il d'en sortir? Qui pourrait l'aider à le faire, ou seulement lui indiquer un moyen d'échapper à cette destinée à laquelle la fatalité semble toujours la condamner? A ces questions qui se pressaient dans sa tête, son imagination ardente, si féconde jadis en expédients, ne fournissait plus de réponse. L'im-
prévu seul, qui avait joué un si grand rôle dans sa vie, pouvait apporter quelque changement à son état présent.
Sa situation misérable, après avoir excité une grande indignation, excita une grande pitié. Ses amis, loin de s'éloigner d'elle, s'empressèrent de la visiter, et chacun, d'un commun accord, lui conseilla de ne point se hâter de prononcer des vœux définitifs; monseigneur Mellini luimême n'osait insister, devant la répugnance et l'effroi que causait à Marie la pensée de s'engager pour sa vie entière.
Madame d'Aulnoy, qui était fort liée avec elle, alla la voir à la suite de la reine, qui ne la négligeait point. « La connétable, dit-elle, me mena dans sa chambre ; j'y pensai geler de froid, elle était aussi haute qu'un jeu de paume et, à proprement parler, ce n'était qu'un grand grenier; elle était dans une véritable nécessité, manquant d'argent, fort mal nourrie, et encore plus mal logée. »
Monseigneur Mellini reçut au bout de quelque temps une lettre du cardinal Gybo, lui demandant si la connétable, profitant de l'autorisation du Saint-Père, était disposée à abréger son noviciat; le nonce répondit avec franchise qu'elle était dans des dispositions complètement opposées, et que l'état dans lequel elle se trouvait réduite au couvent n'était guère propre à lui inspirer le désir
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d'y rester. Le cardinal écrivit aussitôt aux religieuses et à monseigneur Mellini pour demander qu'on tînt une conduite différente, et qu'on adoucit autant que faire se pouvait la règle austère du couvent. Voici la réponse :
A Son Eminence le cardinal Cybo.
9 mai 1681.
« Éminence,
» J'ai signifié aux religieuses du couvent de la Conception la bonne volonté de Sa Béatitude envers madame Colonna, et les ordres qu'il me donne de faire en sorte qu'elle soit traitée par elles avec une extrême douceur et avec toute la tolérance compatible avec la discipline régulière. Cette douceur étant convenable pour la pousser à s'attacher au couvent et à perfectionner les intentions avec lesquelles elle y est entrée : cela étant une œuvre tout à fait convenable à leur charité religieuse.
» Les religieuses se sont montrées tout à fait disposées à se conformer à ces recommandations, en disant qu'elles pratiquaient déjà envers Madame toutes sortes d'attentions, et qu'elles étaient d'autant plus disposées à les continuer en sachant, par l'avis que je leur donnais, la volonté et le
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désir de Sa Béatitude pour laquelle elles professent un respect et une soumission toute particulière. Ensuite, j'ai remis à Madame la lettre que Votre Éminence lui adresse, et je lui ai communiqué le résumé de celle que Votre Éminence m'a écrite, à moi, lui représentant la bonté de Sa Béatitude envers elle, et l'empressement de Votre Éminence pour ses satisfactions et les bons offices que V. E. recommande aux religieuses, pour qu'elles la traitent avec tous les égards les plus doux qui puissent cadrer avec la règle instituée dans cette maison religieuse ; qua cause de cela, Madame, de son côté, devait éviter toute occasion de donner lieu aux religieuses de se plaindre, de façon à les encourager à pratiquer avec elles toutes les facilités raisonnables. Son Excellence madame la connétable me répondit qu'elle avait vu la lettre de Votre Éminence, et qu'elle lui en savait un gré infini, ainsi que de la sympathie de Sa Béatitude, assurant que les religieuses n'auraient pas d'occasion de se plaindre de ses procédés qui seraient toujours conformes à la religion et à la dignité de sa personne... »
Sur ces entrefaites on apprit la mort du prince de Sonnino, que Marie aimait beaucoup, et qui était, comme nous l'avons vu plus haut, fort mal avec son frère le connétable; il avait épousé une fille du duc Gésarini, fort riche et fort belle, et
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avait pris le parti de la France, suivant le testament du duc Gésarini, son beau-père, qui avait ordonné que celui qui épouserait sa fdle mît les armes de France sur son palais.
A l'occasion de cette mort, la princesse revit plusieurs fois sa belle-sœur, madame de Balbasès, à laquelle elle n'imputait point les détestables procédés du marquis, son mari. Le connétable abrégea fort son deuil, car on lit dans la Gazette de Rome, du 17 août, le récit d'une grande fête donnée chez lui en l'honneur de saint Roch ; son frère était mort à peine depuis trois mois. Quelque temps avant la mort du prince de Sonnino, les querelles sur la préséance des princes romains à la cavalcade de Saint-Pierre recommencèrent plus fortes que jamais. « Tous les princes feudataires d'Espagne sont sortis de Rome, écrit-on à la Gazette de Leyde, sur l'avis que le connétable Colonna y arrivera bientôt, ne voulant pas se trouver avec lui à la prochaine cavalcade de Saint-Pierre, où il voudrait avoir le pas, devant eux, selon le dernier règlement que le roi d'Espagne a fait sur ce sujet. »
Le palais Colonna avait repris tout son ancien éclat, en l'honneur de l'arrivée de la jeune princesse Palliano : opéras, comédies, fêtes de tout genre se succédaient sans relâche, et de bonnes âmes ne manquaient pas d'en écrire le récit à Marie. Sa principale correspondante était
la comtesse Stella, une des femmes qu'elle avait amenée de France au moment de son mariage, et dont elle parle souvent, sous le nom d'Hortense, dans la Vérité dans son jour. Cette fille, d'une grande beauté, plaisait fort au duc de Nevers, et il y a tout lieu de croire qu'elle plût aussi au connétable qui, après la fuite de sa femme, la garda dans sa maison comme gouvernante de ses enfants; elle épousa, avant ou après ce moment-là, un certain comte Stella, dont il n'est jamais question, et qui demeure dans une profonde obscurité.
Marie, qui ne se méfiait point de cette femme, approuva fort qu'on la mît près de ses enfants, et conserva longtemps avec elle une correspondance régulière, n'ayant découvert que plus tard ses relations avec le connétable.
Plus de trois ans s'écoulèrent sans amener aucun changement dans l'existence de la connétable, qui semblait s'être résignée à la vie qu'elle menait, grâce, il faut bien le dire, à l'extrême liberté dont elle jouissait. La reine l'avait prise en grande amitié, nous avons vu qu'elle allait la visiter elle-même, et malgré l'austère clôture des couvents d'Espagne, la princesse avait habitué les bonnes religieuses à la voir quelquefois, accompagnée des deux femmes qu'on lui avait accordées, monter dans un carrosse royal, suivie des gens de Sa Majesté, et faire ainsi d'assez longues promenades. L'abbesse lermait les yeux bien
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contre son gré, mais voyant que monseigneur Mellini ne s'opposait point à ces sorties, elle n'osait pas s'en plaindre. Le nonce avait averti à plusieurs reprises le cardinal Cybo que jamais la connétable ne se déciderait à prendre le voile, qu'il était inutile de l'espérer, mais que l'existence tranquille qu'elle menait ne donnant lieu à aucune plainte et à aucune remarque malveillante, il lui paraissait prudent d'en rester là, et de ne pas soulever de nouvelles tempêtes dans une tète qu'il avait eu tant de peines à apaiser. Non seulement elle se refusait à prendre le voile, mais elle ne portait môme plus son costume de religieuse, elle en avait gardé seulement une espèce de robe flottante sous laquelle elle portait des jupes de brocart d'or ou d'argent; elle avait également supprimé le voile qui tombait sur la poitrine, et se laissait voir de tout le monde sous ce costume singulier, coiffée à l'espagnole avec des rubans de toutes couleurs1. » Seulement, lorsque l'on sonnait une observance à laquelle il fallait qu'elle allât, la maîtresse des novices venait l'avertir; elle reprenait son froc et jetait son voile par-dessus ses rubans et ses cheveux épars. « On n'aurait pu s'empêcher d'en rire, dit madame d'Aulnoy, si, d'ailleurs, elle ne s'était pas attirée la compassion de toutes les personnes qui la connaissaient. »