Nouvelles extraordinaires, Rome, 29 juillet
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Médina Gœli qui venait d'être nommé ambassadeur d'Espagne à Rome.
La connétable, pendant ce temps-là, vivait fort tranquille ; elle recevait la meilleure société de Madrid, tous les ambassadeurs venaient chez elle, mais elle évitait avec soin de se mêler de la politique proprement dite, tout en se tenant au courant de ce qui se passait.
Le marquis de Villars avait reçu son congé, et avait été remplacé à Madrid par le marquis de Feuquières qui y arriva en mars 1685.
La connétable Colonna lui fit faire compliment et il s'empressa, avec l'autorisation de sa Cour, de lui rendre visite. Peu de jours après, une difficulté de préséance s'éleva entre l'ambassadeur et le cardinal Mellini % et ce fut la princesse Colonna qui se chargea de l'arranger.
Feuquières écrit au roi le 12 avril :
« Le difiérend que j'avais avec le cardinal Mellini est accommodé par le moyen de la lettre cijointe qu'il a écrite au père confesseur de la reine et aussi parce qu'il m'est venu chercher le premier chez madame la connétable Colonna, ainsi que toute la Cour et les ambassadeurs savaient qu'il était concerté entre nous. »
1. Le nonce avait été créé cardinal par Innocent XI, le 1er septembre 1681. Il mourut en 17ul à l'âge de cinquante-sept ans.
MARIE HANCIN1 COLONNA. i i'i
Cet incident prouve le rôle que jouait la connétable à Madrid. Peu de temps après, survint le rappel à Rome du cardinal Mellini. Ce départ causa un vif chagrin à la princesse, car elle perdait en lui son ami le plus sûr et son plus ferme appui; mais heureusement les dispositions du roi et de la reine continuèrent à être fort bonnes pour elle. Il n'était plus question de cette clôture rigoureuse contre laquelle elle avait lutté si longtemps et elle croyait être délivrée à jamais des persécutions de son beau-frère; mais celui-ci, voyant qu'il n'avait rien à espérer du côté de la Cour d'Espagne, se tourna d'un autre côté et profitant d'une fête donnée au roi et aux deux reines par l'Almirante de Castille et à laquelle avait assisté la connétable, avec l'autorisation du roi, il monta si bien l'esprit de l'abbesse de la Conception qu'elle refusa de la laisser rentrer et lui dit qu'elle pouvait rester dans le monde ou choisir une autre retraite que leur maison. « Fort offensée de ce refus, dit madame d'Aulnoy, qui ne convenait point à une personne de sa qualité et de son mérite, elle fit agir ses amis auprès du roi, qui envoya dire à l'abbesse qu'elle eût à ouvrir sa porte à la connétable. L'abbesse et toutes les religieuses, s'obstinant dans leur refus, dirent qu'elles voulaient présenter leurs raisons à Sa Majesté et qu'elles iraient le trouver. »
Lorsque l'on rapporta au roi la réponse de ces
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religieuses, il éclata de rire, et dit: « J'aurai bien du plaisir de voir cette procession de nonnes qui viendront en chantant :
« Libéra nos, Domine, de la Connestabile »
Elles n'y allèrent pourtant pas et elles prirent le parti de l'obéissance. Le marquis ne manqua point d'envoyer le récit de cette aventure à Rome, disant qu'on avait employé la violence vis-à-vis des religieuses pour les obliger à garder la connétable ; enfin il donna à tout cela une couleur si grave que le pape s'en émut, et fit écrire par le cardinal Cybo une lettre au nouveau nonce, ordonnant à la connétable de quitter le couvent, n'ayant point l'autorisation d'y rester comme dame séculière et femme mariée.
Le nonce se hâta de répondre :
Madrid, 18 avril 1686.
« Éminence, » Je suis désolé que Notre Saint-Père ait été mécontent de ce qui est arrivé ici à madame Golonna le 14 février de cette année, et particulièrement que mes lettres ne l'aient pas satisfait. Mais en vérité, ici cet événement n'a point paru scandaleux ni à Sa Majesté, ni aux ministres ; on n'a usé d'aucune violence auprès
des religieuses pour qu'elles reprissent ladite dame dans leur monastère et seulement on tâcha de la délivrer des plaintes que quelques-unes d'entre elles faisaient de sa rentrée dans leur couvent, mais en usant de toute la modération possible, comme Votre Éminence aura daigné l'apprendre de mon agent auquel j'ai mandé la relation de cet incident, que je n'avais pas supposé faire tant de bruit. Je ne savais pas, au surplus, que ladite dame fût dans ce couvent sans la permission nécessaire ; y ayant fait la longue demeure de quatre ans, je supposais qu'elle l'avait, d'autant plus que la comtesse Bornos y a été très longtemps, ainsi que d'autres dames mariées, et qu'il y a plus de quatre-vingts femmes séculières à titre de servantes des religieuses particulières, comme dans presque tous les couvenls d'Espagne. J'ai cependant promptement exécuté l'ordre de Sa Béatitude en signifiant ses intentions à M. le marquis de Los Balbasès, qui est celui qui gouverne Madame... »
Il est aisé de se représenter la déception et la colère de Balbasès en apprenant l'ordre du pape et en voyant toutes ses démarches et toutes ses intrigues contre sa malheureuse belle-sœur aboutir à lui rendre une entière liberté. Il ne put se résoudre à se soumettre tout de suite au désir du pape et le supplia de lui donner le temps d'écrire
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à son beau-frère le connétable par le retour du courrier, pour se concerter avec lui sur l'habitation dans laquelle il faudra transporter Madame, « afin, prétend-il, qu'elle soit digne de son rang et qu'elle convienne à M. le connétable. » Le pape fit répondre que Balbasès n'avait qu'à la recevoir dans sa propre maison en attendant mieux, mais il s'en excusa disant « qu'il regrettait extrêmement, par le grand désir qu'il aurait d'obéir à Sa Sainteté, de ne pouvoir pas la recevoir dans sa maison pour plusieurs motifs, entre autres parce que la comtesse de Soissons, sœur de Madame, y est déjà logée, que n'ayant rien à faire ici, elle va probablement s'en aller en Flandre et que Madame pourrait avoir la fantaisie de s'en aller avec elle1. »
Le connétable en apprenant ce qui se passait se rendit auprès du Saint-Père et lui demanda avec instance de faire agir le nonce auprès de la princesse afin qu'elle consentît, cette fois, à revenir à Rome où il la recevrait avec une grande tendresse et lui assurant l'oubli du passé. Le pape accéda au désir du connétable et le nonce répond le 27 juin au cardinal ministre :
« J'ai proposé à madame Golonna ce que Votre Éminence m'a commandé par ordre de Notre