Archives du Vatican, vol. CLX»IV. Espagne
Saint-Père et je l'ai exhortée à prendre le parti de retourner avec son mari, rassurant de meilleurs traitements, non seulement à cause des bonnes dispositions du connétable, mais aussi par l'intervention de Votre Éminence; mais jusqu'à présent rien n'a pu vaincre l'aversion qu'elle nourrit depuis tant d'années envers la maison de son mari... Je lui ai parlé également de se faire religieuse, elle m'a déclaré n'en avoir point la vocation, mais l'avoir feinte pour sortir par ce moyen du château de Ségovie, qui pour elle est un tel objet d'horreur que ce souvenir contribue certainement à la répugnance extrême qu'elle témoigne pour retourner avec son mari, et de là naît aussi l'état de désespoir dans lequel je l'ai jetée en lui disant qu'elle pourrait être mise de nouveau dans cette forteresse. Du reste, si quelqu'un sollicitait Sa Majesté pour que Madame fût enfermée de nouveau dans ce château, j'estime tout à fait impossible qu'il l'obtienne, parce que la reine est entièrement pour elle, et ne permettra jamais qu'on use encore d'une telle violence ; le roi ne consentirait pas davantage à ce qu'on en vienne là, et sans la main de Sa Majesté on ne peut point l'effectuer...
» Ayant vu donc la répugnance qu'elle témoignait pour tous ces partis, je lui ai demandé ce qu'elle comptait faire, maintenant que Sa Béatitude ne voulait plus qu'elle habitât dans un
454 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
couvent, puisque cela était interdit aux femmes mariées. Elle a répondu qu'elle était prête à obéir à Sa Béatitude, si elle obtenait de Sa Majesté et du connétable la permission de vivre dans sa propre maison avec sa sœur, la comtesse de Soissons ; elle est pour le moment très souffrante et obligée de garder le lit depuis longtemps à cause d'une fièvre persistante. »
Il faut croire que le connétable consentit au désir de sa femme, car le nonoe écrit : « Madame Colonna obéissant volontiers aux ordres de Sa Béatitude a quitté le couvent et est allée habiter une maison située dans le jardin de M. le duc de Médina Gœli où elle s'est retirée avec toute la convenance possible. Je donne cette nouvelle à Votre Éminence pour qu'elle daigne porter à la connaissance de Sa Béatitude l'exécution qu'ont reçu ses ordres. l » Cet événement imprévu réjouit toute la Cour d'autant plus que Balbasès en était la cause involontaire, à son grand désespoir.
Laissons la connétable jouir en paix de cette liberté si ardemment souhaitée et achetée par une réclusion de tant d'années, et revenons pour quelques instants à la comtesse de Soissons dont nous n'avons point parlé depuis sa visite à l'abbaye du Lys.