‹ Une princesse romaine au XVII[superscript e] siècleChapitre 62 sur 77 · Archives étrangères. Espagne, 1869, janvier · texte numérisé non relu

Archives étrangères. Espagne, 1869, janvier

460 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈ€LE.

sadeurs de France, entre autres à M. de Feuquières. La conjecture est délicate et s'appuie sur de trop faibles preuves pour oser la résoudre. Seulement, on pourra remarquer que désormais et même après la déclaration de guerre, entre la France et l'Espagne, le roi accordera à la princesse, un passeport, un permis de séjour en France, enfin tout ce qu'elle demandera.

Quelque temps après cette petite aventure, un événement plus grave se préparait. A l'époque où nous sommes arrivés, la Cour d'Espagne était plus divisée que jamais, et la jeune reine, qui avait pris un grand ascendant sur son mari, agissait de son mieux pour le détacher de la ligue formée de tous côtés contre Louis XIV. Elle devait, pour cela, tenir tête à la reine- mère, au comte de Mansfeld, ambassadeur de l'empereur à Madrid, et au Conseil d'Espagne, où dominait l'esprit autrichien; la situation était difficile, et la jeune reiue se savait détestée par tout le parti de l'empereur.

Depuis quelque temps déjà, le roi recevait de tous côtés l'avis que l'on voulait empoisonner la reine; elle-même répétait sans cesse qu'elle serait empoisonnée, « et, dit madame de la Fayette, elle le mandait presque tous les ordinaires à Monsieur; il lui envoya du contre-poison, qui arriva le lendemain de sa mort. On prévint tout à coup l'ambassadeur de France qu'elle était malade,

il se transporta au palais ; mais on lui dit que ce n'était pas la coutume que les ambassadeurs vissent les reines au lit. Il fallut qu'il se retirai, et, dès le lendemain, on l'envoya quérir dans le temps où elle commençait à n'en pouvoir plus1. » Rebenac écrit lui-même à Louis XIV :

« La reine d'Espagne vient d'expirer, après trois jours de colique et de vomissements continuels, Dieu seul, Sire, connaît la cause d'un événement si tragique !

» J'ai vu la reine quelques heures avant sa mort. Le roi, son mari, m'a refusé deux fois cette grâce. Elle m'a demandé elle-même avec tant d'instance, qu'on m'a fait entrer; j'ai trouvé, Sire, qu'elle avait toutes les marques de la mort; elle les connaissait et n'en était point effrayée. Elle était comme une sainte à l'égard de Dieu, et comme un héros à l'égard du monde. Elle m'a commandé d'assurer Votre Majesté, qu'elle était en mourant, comme elle était pendant sa vie, la plus fidèle amie et servante que Votre Majesté pût avoir2. »

La version du poison rencontra créance à peu près partout, quoique le parti autrichien mît de l'affectation à répandre, dès le début de la maladie, que la reine avait mangé une quantité pro-

1. Madame de la Fayette. Mémoires de la Cour de France pour les années 1688 et 1689, p. 75 et suivantes.

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