C'était Montéléon
disgrâce de Monteiéon, ne jouit pas d'une meilleure fortune.
» LA CONNESTABLE COLONNA. J
Peu de jours après cette lettre, Marie quitta Barcelone d'après les avis de son conseiller Louville. Sa situation était devenue fort délicate et difficile à soutenir, chacun connaissait ses attaches avec la reine douairière qui passait, à bon droit, pour hostile à la France et pour favoriser les intrigues autrichiennes. D'autre part, la connétable avait été fort bien accueillie par la jeune reine, petite fille de son ancien adorateur, le duc de Savoie ; elle se trouvait donc placée entre les deux. La princesse des Ursins, jalouse d'exercer une entière influence sur Marie-Louise, voyait la connétable d'un mauvais œil et redoutait qu'elle n'allât sur ses brisées, aussi cherchait-elle à la desservir comme partisante de la reine douairière. Marie, avec son imprudence et ses coups de tête, n'était pas femme à se tirer habilement d'un si mauvais pas, et le marquis lui donna un conseil excellent en l'engageant à quitter l'Espagne. Elle en partit à la fin de janvier 4702 et se dirigea du côté de la France, dont l'entrée lui était désormais permise et qu'elle avait toujours soif de revoir.
Après s'être arrêtée quelque temps à Lyon, qu'elle aimait beaucoup, elle prit le chemin d'Avi-
500 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XVIIe SIÈCLE.
gnon, redevenu État du pape depuis 1689 '. Elle avait envoyé d'avance un des gentilshommes de sa suite, avec ordre de louer et de faire préparer une maison vaste et commode. Les préparatifs que l'on fit donnèrent à penser qu'elle venait s'y établir pour longtemps.
Le vice- légat, monseigneur San Vitali, écrit à Rome le 31 mai, l'arrivée de la connétable Golonna. Il dit qu'elle désire jouir d'une absolue liberté et n'a voulu aucune réception officielle. « Elle va se promener souvent à pied et suivie d'une seule dame tout simplement, et même dans les promenades publiques. Elle paraît beaucoup jouir de sa liberté et se montre satisfaite de n'avoir aucune suggestion, ni d'en donner à personne. Cependant, quand elle veut paraître en public, elle a son carrosse à six chevaux, deux écuyers, et un assez grand nombre de gens à sa suite. »
Nous allons avoir ici une nouvelle preuve de la facile crédulité de la connétable. A peine étaitelle arrivée depuis quelques semaines à Avignon et installée dans sa jolie maison de la rue Saint- Didier, qu'un jeune cavalier de bonne mine, don Alphée Morandi de Mazarin, demanda à être
1. A l'occasion de l'élection du nouveau pape, le roi de France lui rendit le comté d'Avignon. Quand le duc de Chaulnes, faisant les fonctions d'ambassadeur de France, alla rendre ses devoirs au nouveau pape et lui annoncer cette nouvelle, le pape, bien que cela fût concerté d'avance, en eut une si grande joie, qu'il releva le duc de ses pieds où il était prosterné et l'embrassa avec effusion.
introduit auprès de la princesse Golonna, se présentant comme un de ses parents. On connaît la bonté et la générosité de Marie, elle accueillit fort bien ce prétendu parent, l'interrogea et apprit de sa bouche qu'il était né à Palerme et proche parent de feu noble Joseph Possevere, de la même ville. Or, ledit noble Joseph Possevere, par son dernier testament et en sa qualité de cousin, avait légué à chacune des quatre filles de feu noble et excellentissime dame Hiéronyme de Mazarin, femme d'excellentissime seigneur Laurent Mancini, la somme de deux cents louis d'or *.
Ces quatre filles n'étaient autres que la duchesse de Mercœur (Vendôme), la comtesse Olympe de Soissons, la duchesse Marie-Anne de Bouillon et la connétable Colonna. Le susdit Alphée Morandi de Mazarin avait eu connaissance de ce legs et se trouvant dans une situation fort gênée, étant, à ce qu'il disait, plus proche parent de don Joseph Possevere que ces dames, il venait chercher à intéresser la connétable à son malheureux sort. Elle ne manqua pas de s'apitoyer aux discours de don Alphée qui plaida si bien sa cause, qu'elle écrivit à ses sœurs et à ses neveux de Vendôme, pour leur demander s'ils consentiraient à céder leur part de deux cents louis d'or, ce qu'ils lui