‹ Une Princesse romaine au XVIIe siècleChapitre 65 sur 77 · Relations vérilables. Rome, 16 avril 1G · texte numérisé non relu

Relations vérilables. Rome, 16 avril 1G

sa volonté, son corps fut transporté dans la principauté de Palliano, pour y recevoir sépulture, escorté de quatre cents cavaliers et de deux cents hommes de pied. »

La connétable ne partit point de suite pour Rome. Elle envoya l'abbé Massilo, son confesseur, pour régler les questions d'affaire avec ses enfants préférant que tout fût terminé avant son arrivée; elle sollicita une audience du roi pour lui demander la survivance du titre de grand connétable de Naples pour son fils le prince de Palliano, cette démarche n'était qu'une pure affaire de forme, car de père en fils ce titre leur était donné. La requête fut accordée aussitôt et un courrier partit pour Rome en porter la nouvelle. Le jeune prince était le dixième de sa famille qui possédât cet honneur.

Dans les dispositions testamentaires du connétable les gazettes oublient de citer qu'il légua à sa femme sa bague de fiançailles, qui consistait en un anneau brisé orné d'un gros diamant. Don Carlo l'apporta à sa mère.

Voyage à Rome de la Connétable, — Entrevue avec ses enfants. — Retour en Espagne. — Mort de la duchesse de Mazarin. — Testament et mort de Charles II. — Philippe duc d'Anjou est nommé roi d'Espagne. — Disgrâce de la reine, veuve de Charles II. — Marie s'attache à elle et la suit à Tolède. — Lettres au marquis de Louville. — Il conseille à la connétable de quitter l'Espagne. — Séjour à Avignon. Don Alphée Morandi. — La connétable obtient la permission d'aller à Paris. — Son séjour à Passy. — Départ pour Rome. — Son fils Don Carlo est nommé cardinal.

L'émotion très vive qu'avait éprouvée la connétable en recevant la nouvelle de la mort de son mari, fit place au bout de quelque temps à une prostration singulière et inattendue. Libre désormais de vivre à sa guise, délivrée de la tutelle odieuse de Balbasès, indépendante comme fortune et comme situation, fort bien vue à la Cour, entourée d'amis influents, il semble qu'en se

souvenant de l'esclavage et des tourments qu'elle avait soufferts pendant quinze ans, elle eût dû jouir pleinement de sa situation présente, il n'en fut rien ; envahie par un abattement peu conforme à son caractère, elle ne témoignait pas même le désir de revoir ses enfants. L'arrivée de son plus jeune fils, l'abbé don Carlo son favori, la tira à peine de son inertie.

Elle ne voulut point repartir avec lui comme il avait pensé qu'elle le ferait. « Je désire avant tout, lui dit-elle, arrêter dans mon esprit un plan de vie nouveau qui mérite de grandes réflexions.» Marie éprouvait en ce moment- là ce que ressent un oiseau né en cage, auquel on ouvre subitement la porte de sa prison et qui ne sait de quel côté diriger son vol ; elle promit cependant à son fils de faire un voyage à Rome, après le règlement de toutes les affaires d'argent.

L'abbé Massilo repartit avec le jeune prince Colonna, chargé d'arranger les questions d'intérêt, ce qui ne fut pas difficile, car la connétable n'y attachait aucune importance. On décida à Rome que ses fils lui feraient une pension de douze mille écus romains, soit soixante-six mille livres^ ; de plus, d'après les stipulations du contrat de Marie, il devait lui être réservé un appartement noble dans le palais Colonna, et un des nombreux

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