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L'écu romain valait cinq livres et cinq sols

MARIE MANCIM COLONNA. 477

châteaux que possédait le conuétable dans les États romains ou dans le royaume de Naples, devait être mis à sa disposition. Tout cela réglé, la connétable se décida enfin à quitter Madrid.

D'importants événements s'étaient passés en Espagne. Depuis la mort prématurée de la jeune reine, la reine-mère, à la tête du parti autrichien, décida facilement le faible Charles II à épouser la princesse Marie-Anne de Neubourg, fille de l'électeur palatin et sœur de l'impératrice. L'Autriche domina ainsi bien vite dans le cabinet de Madrid.

Louis XIV tenta en vain d'engager le roi d'Espagne dans la défense de Jacques II pour reconquérir le trône d'Angleterre, Charles II refusa et Louis XIV lui déclara la guerre au mois cte juillet 1689.

On ne s'explique pas pour quel motif la connétable demeura en Espagne à cette époque troublée ; mais il est certain qu'elle y séjourna deux ans après la déclaration de guerre, et au moment où l'Europe entière était conjurée contre la France. Tout à coup et sans en parler à personne elle partit subitement pour Alicante où elle devait s'embarquer pour retourner en Italie; mais arrivée dans cette ville, elle reçut une dépêche parvenue à Madrid après son départ, par laquelle elle apprenait que Louis XIV, malgré la guerre et l'interdiction de donner des passeports aux Espagnols,

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lui en envoyait un pour traverser la France; aussitôt elle revint sur ses pas et partit pour Bayonne. Elle poursuivait en ce moment- là le projet de conclure un mariage entre son fils, don Marco, et sa jeune nièce, mademoiselle de Nevers; elle fit part de ses intentions à sa sœur la duchesse de Bouillon, et lui donna rendez-vous à Rome où l'affaire devait se conclure.

Son frère, le duc de Nevers, vint au-devant d'elle jusqu'à Toulouse où ils s'arrêtèrent quelque temps ; il ne l'avait pas revue depuis dix-huit ans lorsqu'il l'accompagna en Savoie. Ils s'entretinrent du projet de mariage dont nous venons de parler, sans rien décider, puis la connétable partit pour Gênes où ses fils l'attendaient afin de la ramener à Rome. Elle y arriva en décembre 1691, on lui avait fait préparer un des plus beaux appartements du palais Golonna, mais non pas celui qu'elle occupait jadis, sa belle-fille dona Lorenza y étant installée; et quoiqu'il fût naturel que la jeune femme conservât l'appartement qu'elle avait eu au moment de son mariage, cela déplut fort à la connétable qui n'avait pas de sympathie pour sa belle-fille. Malgré sa facilité à oublier les injures, elle se souvenait de l'indigne persécution que le duc de Médina Cœli lui avait fait souffrir, précisément au moment du mariage de leurs enfants ; puis la jeune princesse ne donnant pas d'héritiers au connétable, cela causait un vif

déplaisir à sa belle-mère qui prenait toujours fort à cœur les intérêts de la Casa Colonna.

La stérilité de dona Lorenza faisait désirer ardemment à Marie le mariage de son second fils don Marco; elle lui parla du projet formé avec le duc de Nevers, et traça un portrait séduisant de sa jeune nièce qui, paraît-il, était d'une grande beauté; mais elle avait à peine quinze ans, et la duchesse de Nevers sa mère, ainsi que tous les Mortemart ses parents, ne furent point disposés à la voir se fixer en Italie, Ils trouvèrent avec raison qu'elle avait le temps d'attendre et de former un bel établissement en France. Ce projet n'eut donc aucune suite.

La connétable pensait s'arrêter fort peu de temps à Rome et même, avant son départ de Madrid, elle avait retenu pour le printemps le palais qu'elle y occupait; cependant, cédant aux instances de ses fils, elle demeura à Rome jusqu'au mois de mai. Ce fut tout ce qu'ils obtinrent, ce séjour lui déplaisait et quoique elle y eût été bien reçue, elle n'y jouait plus le rôle auquel elle était habituée.

Elle prétexta des affaires à régler en Espagne, promit à ses fils de revenir et partit pour Gênes en mai 1692. Celte ville lui plût infiniment, elle y arriva en même temps que le prince de Danemark et assista à tous les divertissements qui lui furent donnés, et dans lesquels elle occupait

toujours la première place, comme princesse romaine et grande d'Espagne. Malgré ses cinquante-trois ans, elle était encore d'une beauté qui éclipsait souvent celle des jeunes femmes qui l'entouraient.

Elle prolongea son séjour à Gênes jusqu'à la fin de septembre, et, selon sa coutume, partit pour Marseille sans prévenir personne. Elle s'embarqua sur une petite felouque très peu sûre et facile à capturer; aussi, à peine au-dessus d'Alhenga, petit port de la rivière du Ponente, la felouque fut attaquée par un corsaire de Finale, il s'en empara et la conduisit dans ce lieu ; mais le gouverneur de Finale fit emprisonner ledit corsaire et s'empressa de libérer la connétable^

Cette aventure loin d'effrayer l'intrépide princesse la divertit beaucoup, et avant de repartir de Finale, elle demanda la grâce du corsaire, trouvant que le pauvre homme avait été assez puni par l'obligation de rendre sa belle prise; la grâce lui fut accordée et elle gagna tranquillement Marseille sur sa felouque. Elle reprit le même chemin qu'elle avait suivi l'année précédente, revit encore son frère et quelques membres de sa famille à son passage en France et rentra paisiblement dans son palais de Madrid.

Il est bizarre de voir Marie se fixer de préfé-

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