‹ Une Princesse romaine au XVIIe siècleChapitre 67 sur 77 · Bibliothèque du Vatican : Diari di Roma, OUoboniani · texte numérisé non relu

Bibliothèque du Vatican : Diari di Roma, OUoboniani

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rence en Espagne où elle semble n'avoir aucune attache; mais en y réfléchissant, cela surprend moins; arrivée dans le royaume en 1674, elle l'habitait depuis près de vingt ans, elle y retrouvait d'excellents amis; à Rome elle n'en avait plus, et à vrai dire n'en avait jamais eu. Elle s'était habituée aux coutumes espagnoles qui lui paraissaient si étranges au début, elle parlait admirablement la langue et portait le costume mieux qu'aucune femme de la Cour. Sa maison était le rendez-vous des ambassadeurs étrangers, et son goût marqué pour la politique trouvait à se satisfaire en étant toujours au courant des nouvelles.

La nouvelle reine, Marie-Anne de Neubourg, accueillait à merveille la connétable qui lui plaisait particulièrement, malgré ses attaches françaises bien connues, car la maison de Madame Colonna était, peut-être, la seule à Madrid où dans ce moment-là on osât avouer ses sympathies françaises.

La paix de Ryswick, les traités de 1697 changèrent assez notablement sa situation. L'état misérable de la santé de Charles II, la mort de la reine-mère qui avait eu lieu l'année précédente ôtait une grande force au parti autrichien; et la faction française, le marquis d'Harcourt en tête, s'efforçait depuis la paix de gagner le faible Charles II et d'obtenir qu'il fit un testament en

faveur d'un fils de France. On n'y parvint pas de prime abord et le roi d'Espagne rédigea, en 1698 un premier testament en faveur du prince de Bavière, âgé de six ans, comme le plus proche héritier du trône d'Espagne, attendu la renonciation de Marie-Thérèse d'Autriche.

Laissons le roi d'Espagne tiraillé de tous côtés jusqu'à sa dernière heure, et revenons à Hortense Mancini que nous avons laissée dans le château de Chambéry jouissant de la plus large hospitalité. La mort du duc de Savoie vint changer tout à coup sa destinée. Jeanne de Nemours, la duchesse régente qui ne l'aimait point, lui fit savoir qu'elle eut à quitter promptement le pays. Ce fut à l'entrée de l'hiver qu'elle partit de Chambéry et se dirigea vers la Suisse et l'Allemagne pour gagner la Hollande et de là l'Angleterre où elle comptait se fixer.

Son ancienne amie la marquise de Gourcelles écrit de Genève : « J'ai appris en arrivant ici que madame de Mazarin y avait passé quelques jours auparavant pour se retirer en Allemagne, et cela parce que madame de Savoie lui a fait dire aussitôt après la mort de son mari, de sortir de ses États... C'est être bien malheureuse de se voir chassée de tous les lieux du monde ; mais ce qu'il y a de rare, c'est que cette femme triomphe de toutes ses disgrâces par un excès de folie qui n'eut jamais d'exemple, et qu'après avoir eu ce

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dégoût, elle ne pense qu'à se réjouir. En passant ici elle était à cheval, en plume et en perruque, avec vingt hommes à sa suite, ne parlant que de violons et de parties de chasse, enfin de tout ce qui donne du plaisir*. »

La duchesse de Mazarin arrivée à Amsterdam s'embarqua pour l'Angleterre où le roi, son ancien prétendant, lui fit une pension de quatre mille livres sterling, et chacun prétendit qu'elle allait remplacer la duchesse de Porstmouth, alors favorite en titre ; mais Hortense ne trouva rien de mieux que de s'amouracher du prince de Monaco malgré les conseils de son entourage. Sa passion fit du bruit et le roi, vexé, lui retira sa pension. Cependant le dépit de Charles II ne dura pas, et il la lui rendit, en restitution des sommes qu'il avait reçues de son oncle, le cardinal. De plus il accorda à l'exilée le pavillon de Saint -James pour sa résidence. Elle y forma une petite Cour dont Saint-Évremond, banni de celle de France, devint un des habitués; c'est dans ses CEuvres que l'on trouvera force détails sur l'existence de madame de Mazarin, mais Saint-Évremond, son adorateur en titre, la présente en général sous un jour si favorable qu'il faut en rabattre beaucoup. Ainsi, parlant de son séjour au château de Ghamqéry, il dit que les trois années qu'elle y passa

1. Mémoires et correspondances de la marquise de Courcelles, p. 106 et 107, ia-18; Paris, Jauet, 1855.

furent consacrées à V étude. Nous savons par le Journal de d'Orlier quel genre d'études elle y faisait.

Durant son séjour en Angleterre, Ilorlense continua Texistence déréglée qu'elle avait toujours menée, un amant succédant à l'autre sans qu'elle eût même la pudeur de cacher ses amours. Le plus jeune fils d'Olympe, le chevalier de Soissons, allant en Angleterre voir sa tante, ne tarda pas à s'en éprendre, quoi qu'elle fût grand'mère. Un Suédois, le baron de Banier, était alors l'amant en titre, le chevalier de Soissons l'appela en duel, le blessa grièvement et Banier mourut quelques jours après. Hortense afficha un scandaleux désespoir : elle ferma sa maison, fit tendre son appartement de noir et parla de se retirer tout à fait dans un couvent en Espagne auprès de sa sœur la connétable. Saint-Évremond alarmé de ce projet lui écrivait : « Peut-être espérez-vous de la douceur dans l'entretien de madame la connétable ; mais, si je ne me trompe, cette douceur-là finira bientôt. Après avoir parlé trois ou quatre fois de la France et de l'Italie, après avoir parlé de la passion du roi et de la timidité de M. votre oncle, de ce que vous avez pensé être et de ce que vous êtes devenue, après avoir épuisé le souvenir de la maison de M. le connétable, de votre sortie de Rome et du malheureux succès de vos voyages vous vous trouverez enfermée dans un couvent...

Vous y éprouverez toutes les peines des religieuses et ne trouverez point cet époux qui les console, tout époux vous est odieux dans le couvent et dans le monde. »

Le beau zèle d'Hortense pour le couvent ne dura pas longtemps, il fut remplacé par une passion désordonnée pour la bassette. Un certain croupier, nommé Morin, chassé de Paris, s'établit à Londres et parvint à s'insinuer chez la duchesse de Mazarin qui n'eut plus alors que la bassette en tête. Et au lieu de la société assez littéraire qu'elle avait reçue jusqu'alors, elle négligea fort messieurs les beaux esprits. Saint-Évremond s'en plaint assez spirituellement dans les vers suivants :

Que sei't à ces Messieurs leur illustre science ? A peine leur fait-on la simple révérence. Et les pauvres savants, interdits et confus, Regardent Mazarin qui ne les connaît plus.

Hortense passe à la bassette

Aussi longtemps que veut Morin ;

Vous veillez jusqu'au lendemain;

Plus d'opéras, plus de musique,

De morale, de politique...

Beaux yeux ! quel est votre destin, Périrez-vous, beaux yeux, à regarder Morin ?

La bassette n'était pas la seule passion à laquelle se livra Hortense: on a vu déjà pendant son séjour au château de Chambéry qu'elle vidait

volontiers les flacons de Texcellent vin d'Asti que lui envoyait le duc, ce goût n'avait fait que s'accroître pendant son séjour en Angleterre et voici une épître de Saint-Évremond à son amie qui en est la fâcheuse révélation :

Beauté des mortels chérie, Et de moi plus que ma vie ! Moins d'eaux fortes, de vin blanc, Vous iriez jusqu'à cent ans.

Mais que le ciel vous envoie Double rate et double foie.

L'eau de madame Huet Vous les séchera tout net Contre eau d'anis, eau d'absinthe Qu'on boit en tasse de pinte Vos poumons ne tiendront pas.

Et votre cœur doux et tendre Qu'ont fait les dieux pour se rendre, Au service des amants Périra par vos vins blancs.

La prédiction de Saint-Évremond ne devait pas tarder à se réaliser; la santé de madame de Mazarin, tout à fait ébranlée par ses excès de tout genre, ne tarda pas à donner les plus vives inquiétudes ; on écrivit à sa sœur la duchesse de Bouillon pour lui en faire part, celle-ci demanda aussitôt la permission au roi d'aller rejoindre sa

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sœur qui s'était fait porter à Chelsea à deux lieues de Londres, dans l'espérance de trouver du soulagement par le changement d'air. Le 12 janvier avant de partir pour la campagne, Hortense écrivait à un certain abbé de Hautefeuille, bibliothécaire de madame de Bouillon, qui était son factotum à Paris et qu'elle chargeait en particulier de l'approvisionner de vin :

oc Je vous prie de faire souvenir ma sœur de ne pas oublier de parler à mon frère pour ce que je lui ai écrit. Mandez-moi un peu des nouvelles du procès ^ et aussi des nouvelles de Jean, savoir s'il est arrivé et s'il apportera du bon vin ; prenez la peine de lui dire aussi de m'envo^er des truffes et que j'ai reçu sa lettre de Calais et qu'il continue de m'écrire.

» Nous manquons trois postes de France et par conséquent nous ne savons aucune nouvelle.

» On dit que madame de Richelieu ^ est débarquée à Ostende. Qu'est-ce qu'on dit à Paris d'elle? Pourvu qu'on n'en parle plus I Adieu.

» P. -S. — Je vous prie de donner cette lettre à Jean. »

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