‹ Une Princesse romaine au XVIIe siècleChapitre 9 sur 77 · Affaires étrangères Italie, t. CL, p · texte numérisé non relu

Affaires étrangères Italie, t. CL, p

dame connétable, à quoi on sait bien qu'il ne se rencontrerait pas de difficulté, mais ladite ambassadrice ne lui peut accorder la main droite chez elle. Sa Majesté est même si persuadée du zèle que ladite dame connétable a pour tous ses intérêts et pour l'honneur de sa couronne, que si elle se trouve être maîtresse de cette résolution, sans être nécessitée de s'accommoder aux sentiments d'un mari, elle sera ravie de trouver celte occasion, de donner l'exemple au duc de Bracciano de la manière dont il doit vivre avec une personne qui représente Sa Majesté. s>

La connétable ne se montra point ravie de donner l'exemple, elle resta chez elle, ainsi que la duchesse de Bracciano, et M. de Créquy, d'un caractère raide et fier, ne larda pas à se faire de mortels ennemis dans la société romaine. Cette division s'accentua de plus en plus : le 20 août, la milice corse, aux ordres du pape, attaqua à coup de fusil et sans nulle provocation le carrosse de l'ambassadrice de France et tira sur le palais de l'ambassade; l'ambassadeur étant à son balcon. Louis XIV ressentit comme il le devait cette injure, et voulut en tirer une vengeance éclatante. Il donna l'ordre au duc de Créquy de se retirer immédiatement dans les États toscans. Cette agression inqualifiable fut attribuée aux neveux du pape.

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Il s'écoula près d'un an avant que le roi reçût satisfaction entière de cette insulte et, pendant ce temps les rapports officiels avec le Saint-Siège furent interrompus. Enfin, après avoir obtenu réparation complète et reçu de la bouche même du cardinal Gliigi, neveu du pape, l'expression des regrets de Sa Sainteté, les relations entre les deux Cours se rétablirent '.

Toute cette affaire intéressa vivement la princesse Golonna, son goût très vif pour la politique ne s'était point affaibli, elle aimait à en parler, sinon à s'en mêler, mais dans ces circonstances sa situation était fort délicate, forcée par égard pour son mari, de ne pas faire pencher la balance en faveur de la France et sans vouloir d'un autre côté indisposer le roi, elle s'en tira cependant fort bien.

Cette fois, la grossesse de la connétable marchait sans accident. « J'étais déjà dans mon sixième mois, dit-elle, quand le duc de Nevers, mon frère, vint à Rome pour y passer le carnaval ; j'eus une joie extrême de le voir après une si longue absence, et sa venue me donna d'autant

1. Le roi exigea et obtint que le pape exilât de Rome son propre frère, qu'il cassât la garde corse et élevât dans Rome une pyramide avec une inscription qui mentionnait l'injure et la réparation. Louit XIV força ainsi la Cour de Rome à rendre Castro et Ronciglione au duc de Parme et à dédommager le duc de Modène de ses droits sur Coraucchio, ce qui augmenta beaucoup son influence en Italie.

plus de plaisir que je ne m'y attendais point. M. le connétable témoigna n'être pas moins salisfait que moi de son arrivée, et cherchant toutes les occasions imaginables de lui faire passer le temps agréablement et de me divertir, nous proposa une chasse à Cisterne, lieu appartenant au prince de Caserte, mais où son exil l'empêchait d'être alors, et où nous trouvâmes en sa place monsignor de Gaétan, qui nous fit toutes les honnêtetés imaginables et nous régala splendidement. Nous y restâmes quinze jours durant lesquels nous employâmes une bonne parti du temps à la chasse; et comme le plaisir n'est pas l'unique but de ces innocentes guerres, et que la gloire du butin et la satisfaction d'en faire présent à ses amis y ont la plus grande part, M. le connétable eut soin de mener avec lui quelques personnes de qualité de ses amis, outre les gens de sa maison, pou-r retourner à Rome chargés d'une nombreuse chasse, aussi semblait-il c{ue nous eussions dépeuplé les forêts de sangliers, et nous en eûmes assez pour régaler la moitié de la ville.

» Bien que ma grossesse ne me permît pas de monter à cheval, je ne laissais pas de jouir de tous ces divertissements, les chasseurs faisant assez souvent passer la chasse devant des espèces de chariots couverts de feuillage que l'on fait pour ces sortes d'occasions et où j'étais en sûreté, les

plus furieux sangliers ne pouvant les renverser, à cause de leur pesanteur; etoii mou frère me tenait assez souvent compagnie, n'étant pas naturellement ami de la fatigue ni des plaisirs qui coûtent trop de peine.

» A notre retour à Rome d'oi^i le pape Alexandre VII, par une aversion qu'il avait pour tous les divertissements, avait banni jusqu'aux comédies, M. le connétable continuant ses soins, et s'efîorçant de réparer cette disette de plaisirs, s'avisa d'inventer une mascarade, doi)t le sujet était la fable de Castor et Pollux, que lui et mon frère représentaient, suivis de quantités de cavaliers; ils étaient précédés par un homme sous la forme d'un cygne si artistement fait qu'il eût pu tromper la vue si la nature produisait des animaux de cette espèce aussi grands qu'il l'était. Ils jetaient aux dames le madrigal qui suit, qui fut fait par un habile homme, et que je choisis depuis pour l'éducation de mes enfants, à laquelle il s'applique avec un soin tout particulier.

MADKIGAL

Questi d'amor e fè due divini lampi

Figli d'etereo cigno

Van con genio benigno Seminando di gioje i latti campi

Son la gernina luce

Di Castor c Pollucc

Che con ascèse voglie

Ascosi in queste spoglie Lascia deV ctereo i lummosi chiostri Sol per arder, o belle, agli occhi vostri^.

Voyant le plaisir que prenait la princesse à ces divertissements, le connétable prolongea les mascarades jusqu'à la fin du carnaval. Il avait engagé le marquis Angolelli à venir passer ce temps-là chez lui, sachant que Marie lui portait grande amitié. Cette joyeuse saison une fois passée, le marquis reprit la route de Bologne, malgré les craintes très vives que ce départ inspirait à ses amis. Le connétable savait à n'en pouvoir douter que le beau-frère du marquis était l'objet d'une haine invétérée de la part du chevalier Bovio qui avait juré de tirer vengeance de toute la famille de son ennemi. Les vives instances des Colonna pour retenir Angelelli furent inutiles, il ne voulut rien entendre. Un peu après son arrivée à Bologne il tombait dans une embuscade dressée par Bovio et était assassiné, quoique Bovio eût dit qu'il n'avait rien à craindre.

Ceux-ci sont deux divins éclairs d'amour et de foi Fils du Cygne divin, ils vont par un génie bienfaisant Semant de pierreries la voie lactée Ils sont la lumière jumelle de Castor et PoUux Cachés sous ces habits et conduits par un désir ardent Ils ont quitté la demeure lumineuse de l'Ether Seulement, oh belles I pour briller à vos yeux.

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Bovio selon la terrible coutume du temps * avait assouvi sa haine sur le beau-frère et l'ami le plus intime de son ennemi.

Nous retrouvons là cette effrayante loi du point d'honneur, véritable religion de vengeance. On croyait reconnaître une grande âme, à la constance du sentiment. L'offensé semblait montrer d'autant plus d'énergie qu'il avait gardé plus longtemps sa rancune et qu'il l'avait manifestée par une explosion plus inattendue. L'assassinat lavait à leurs yeux l'honneur aussi bien que le duel, le poison, aussi bien que le fer; et la perfidie leur paraissait le triomphe de la vengeance, parce que l'offensé s'y était montré plus complètement maître de lui-même. Ces habitudes barbares, qui font partie intégrante des mœurs italiennes et espagnoles de cette époque, expliqueront bien des choses dans le cours de ce récit.

« Quelques jours après cette triste aventure, dit Marie, comme dans tout le temps de ma gros-

1. Sismondi, dans ses Républiques italiennes, affirme que les premières notions du point d'honneur furent introduites en Europe par les Arabes d'Espagne; les Espagnols eux-mêmes le firent adopter dans tous les pays où ils étendaient leur influence et la législation de ce point d'honneur arabe et castillan fut importée en Italie par les années espagnoles. Le point d'honneur ne consistait pas uniquement dans les droits de préséance, mais aussi, et plus encore peut-être, dans l'offense même la plus légère faite à l'honneur et même à l'amour- propre d'un mari. Il entraînait toujours la loi de la vengeance, même héréditaire.

sesse j'avais souhaité ardemment un garçon, le ciel m'en donna un le septième avril, et, remplissant mes vœux, combla de joie M. le connétable, l'archevêque d'Amasie et toute la maison qui ne désirait pas avec moins de passion que moi, que j'accouchasse d'un fils, et quoique l'on n'espérât point qu'il put vivre, à cause de sa faiblesse, et du pitoyable état auquel il était né, les réjouissances furent néanmoins très grandes, et l'on fit de magnifiques présents à ceux qui portèrent la première nouvelle de sa naissance. Il fut nommé Philippe, prince de Palliano. M. le cardinal Golonna, me considérant comme la principale cause de cette joie universelle de sa maison, vint me témoigner la part qu'il y prenait et me fit présent d'une bourse de mille pistoles et de nombreux bijoux. Au bout de quarante jours que je me relevai de mes couches, il fallut me disposer aux compliments du Sacré Collège, des princesses et des dames de la ville, et ainsi, pour recevoir leurs visites selon toutes les formalités, je me mis dans un lit que l'on m'avait préparé pour mes premières couches, et qui ne servit que cette seule fois.

» La nouveauté autant que la magnificence de ce lit remplit tout le monde d'admiration. C'était une espèce de coquille qui semblait flotter au milieu d'une mer artistement représentée et qui lui servait comme de soubassement. Elle était soutenue sur les croupes de quatre chevaux marins

montés par des sirènes, le tout crime admirable sculpture et dont le brillant de l'or avait si bien déguisé la matière qu'il semblait être de ce métal précieux. Dix ou douze petits amours servaient d'agrafes à des rideaux d'un brocart d'or très riche, qu'ils laissaient pendre négligemment, et qui tenaient plutôt lieu d'ornement que de voile, ne cachant rien aux jeux de ce qui méritait d'être vu de ce somptueux appareil. »

La toilette de l'accouchée répondait à la splendeur du lit. Les guipures de Venise les plus fines garnissaient l'échancrure carrée de sa chemise à la mode romaine, des manches flottantes dégageaient le poignet et étaient ornées des mêmes dentelles. Ses magnifiques cheveux noirs relevés en partie sur sa tête et tombant en partie sur ses épaules étaient rattachés par des crochets de pierreries superbes; elle portait au cou un collier, jo^-aux précieux, héréditaire dans la maison Colonna et œuvre de Benvenuto Cellini : « Si Vénus eut été brune, dit l'abbé Benedetti, on eût cru la voir elle-même dans sa coquille ! et il est certain que le lit de Cléopàtre et d'Antoine, ni celui de Vénus et d'Adonis ne pouvait égaler celui-là. » Les gazettes de Hollande de celte époque et les dépêches des ambassadeurs font à l'envie la description de ce fameux lit et aussi de la beauté de l'accouchée.

Peu de temps après ses relevailles, la princesse Colonna se trouva grosse de nouveau et elle profita bien vite de la joie du connétable pour obtenir une permission qui pouvait tout compromettre, mais nous savons qu'elle ne renoncera jamais à une fantaisie, quelque imprudente qu'elle soit.

« L'état où je me trouvais alors, dit-elle, et qui faisait espérer à M. le connétable un second successeur, augmenta si fort sa joie que de sa vie il n'a ])aru si satisfait; et croyant pour l'être parfaitement qu'il ne me manquait que de me voir contente, il n'y avait rien qu'il ne fît pour me donner de la satisfaction.

» Le voyant en des sentiments si complaisants, j'en voulus profiter et désirant passer le carnaval à Venise, je lui proposai de m'y mener, ce qu'il me promit, pourvu que monseigneur le cardinal son oncle y consentît. J'en parlai donc à son Éminence qui fit quelques difficultés d'y condescendre, que je surmontai enfin en l'assurant que je n'étais point grosse, ce qui était l'unique obstacle qu'il trouvait à ce dessein.

» Nous nous mîmes donc en chemin à la fin de l'automne et fîmes le voyage avec assez de plaisir, à l'inquiétude près, que le peu de soin que j'avais de moi donnait à M. le connétable, allant tantôt en carrosse, tantôt à cheval, et souvent à toute bride. Sa complaisance se fit voir jusque

dans cette rencontre, car loin de me témoigner du chagrin de tous mes excès, il se contenta de me dire, que je ne découvrisse à personne l'état où j'étais, de crainte que son oncle ne le sût. »

11 faut convenir que le connétable était singulièrement indulgent pour de si ridicules caprices qui devaient tourner fort mal. Enfin ce qui n'était point arrivé durant tout le voyage arriva à leur abord à Venise.

« M' étant blessée, dit-elle, je "retardai pour quelques jours les espérances de M. le connétable, mais ayant été moins malade de cet accident que du premier, je ne fus que quinze jours au lit, oij je réparai la faute que je venais de faire. »

En effet, un mois après elle était grosse de nouveau et en témoigna une grande joie, sans devenir plus prudente et sans renoncer à la vie la plus fatigante. « Dans toutes mes grossesses, j'ai eu le bonheur de me porter assez bien, et comme je n'étais alors que dans les premiers jours, je passai le carnaval fort gaiement, aux opéras, aux festins, au bal et aux autres assemblées et au jeu de la bassette que j'aimais passionnément et auquel venaient jouer chez nous M. le prince de Brunswick et M. le duc de Mantoue, que le dessein de se divertir avait

amenés à Venise ainsi que plusieurs autres gens de qualité. » Ce n'était pas la bassette qui attirait le duc de Brunswick. Ernest-Auguste ^ dont il est ici question, était le plus jeune des princes de Brunswick. Il portait à cette époque le titre d'évèque d'Osnabruck ; par une singulière disposition du traité de Westphalie, l'évêché d'Osnabruck devait appartenir tour à tour à un catholique et à un luthérien ; ce dernier avait le droit de se marier et ressemblait en tous points à un prince séculier.

Le duc Ernest avait épousé Sophie, princesse Palatine et petite-fille par sa mère du roi Jacques II d'Angleterre. Doué de beaucoup d'esprit et ayant plus d'agrément que ses frères dans sa personne, tous ceux qui avaient eu occasion de l'approcher, témoignaient de son caractère élevé, de sa parfaite loyauté et de la vivacité de son intelligence. Il fut bientôt sous le charme de la connétable et ne négligea rien pour lui plaire; fort ouvertement du reste et sans inspirer la moindre jalousie à

1. La création d'un neuvième électoral faite en 1692 par l'empereur Léopold en faveur d'Ernest-Auguste, donna satisfaction à l'ambition des Brunswick; il prit le titre d'électeur de Brunswick- Hanovre, il eut un grand nombre d'enfants ; son fils aîné devint roi d'Angleterre par les droits de sa mère, en 1714, sous le nom de George le"". — Ernest-Auguste était né en 1626 et mort en 1698, il avait coutume, comme ses frères, de faire de longs séjours en Italie, soit à Venise, soit à Rome. Ses frères étaient Georges-Guillaume, duc de Zell, et Jean-Frédéric duc de Hanovre.

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son mari qui s'était fort lié avec lui ; chose d'autant plus singulière, que le duc affichait sa passion pour Marie en toute circonstance. Mais à ce moment-là elle aimait tendrement son mari qui le savait bien.

Enfin le moment était venu de rentrer à Rome, pour les couches de la princesse et, cette fois-ci, quoique cela ne lui plût guère, le connétable tint bon, et exigea le départ de sa fantasque compagne.

« J'avoue, dit-elle, que cet ordre ïne toucha sensiblement quoique je dusse m'y attendre, et pour y obéir, je tirai parole de lui que nous reviendrions passer un autre carnaval dans cet agréable séjour. Après quoi nous partîmes et prîmes congé de tous nos amis, et particulièrement du prince de Brunswick qui était si content de notre compagnie et des honnêtetés que M. le connétable lui avait faites durant notre séjour à Venise, qu'il nous promit de faire un voyage à Rome exprès pour nous voir et qu'il y emmènerait la princesse, sa femme.

» Je fis tout le voyage couchée dans une litière, et comme nous marchions à petites journées, nous n'arrivâmes à Rome qu'au commencement de l'été, où, après avoir souffert des chaleurs excessives et que ma grossesse me rendait encore plus insupportables, j'accouchai enfin de mon second fils le 17 novembre. »

L'enfant fut nommé Marc-Antoine, comme son ancêtre le héros de la bataille de Lépante ; à peine né, il était déjà destiné à la carrière des armes.

La joie qu'éprouva le cardinal Colonna de voir ce nouvel affermissement à sa maison fut inconcevable et, ne se contentant pas de la témoigner par des paroles, il y ajouta des présents qui ne le cédaient guère à la magnificence des premiers ; ensuite il se mit en route pour s'acquitter de la commission qu'il venait de recevoir. Il avait été choisi par le roi d'Espagne, PhilippelV, pour conduire sa fdle l'infante Marie-Marguerite à l'empereur d'Allemagne, Léopold F'', qu'elle venait d'épouser par procuration ; il devait l'accompagner jusqu'à Vienne. Il partit en grand apparat et avec une nombreuse suite.

« Peu de jours après le départ du cardinal, nous allâmes à Cisterne où M. le prince de Brunswick, qui était venu à Rome avec la princesse sa femme, nous vint trouver et nous y tint compagnie trois jours. Nous témoignâmes, M. le connétable et moi, toute la reconnaissance que nous devions à une si extraordinaire honnêteté et j'eus en mon particulier beaucoup d'estime pour son exactitude à nous tenir parole. Je ne parle pas de la com plaisance, de la générosité, ni des libéralités de ce prince, ce sont des qualités qui sont aussi connues par tous que son nom.

» A notre arrivée à Rome, je vis la princesse sa femme, ou pour mieux dire je vis en sa façon de vivre, en son humeur, dans le tour de son esprit et jusque dans la manière de se bien mettre, un raccourci de ce qu'il y a de plus parfait et de plus poli en France '.

» Au mois de mai, nous nous mîmes en chemin pour arriver à Venise à l'Ascension et y voir cette célèbre fête et cette foire si renommée qui attirait des curieux de toutes les parties de l'Europe et que je ne m'arrêterai point à décrire, parce que toutes les circonstances demanderaient trop de temps. Quoique je fusse de nouveau grosse, il ne m'arriva aucun accident pendant le voyage, ni durant notre séjour, ayant apporté plus de soin à me garder que la première fois.

» Après avoir vu toutes les magnificences de cette fête, nous partîmes pour Milan au commencement de l'été, que nous passâmes assez gaiement jusqu'au commencement de septembre, quoique M. le connétable fût obligé de faire un voyage en Espagne. f>

Pendant les cinq ans qui venaient de s'écouler,

1. Li princesse Sophie de Bruns%\ick était en effet une femme d'un mérite supérieur. Quand le prince l'épousa elle avait déjà vingt-huit ans, elle n'était point belle et sa fortune au-dessous du médiocre; mais par sa mère, elle descendait en droite ligne de Jacques l^'', et apportait ses droits au trône d'Angleterre. Elle fut fort jalouse de la connétable qu'elle délestait sans que Marie s'en doutât.

Marie s'était fortement attachée à son mari et n'en avait jamais été séparée, aussi trouva-t-elle cela très dur. « J'eus un déplaisir incroyable de son départ, dit-elle, que la marquise Spinola, sa sœur, son mari et mon frère qui avait eu la complaisance de nous accompagner, s'efforçaient de soulager par mille sortes de divertissements, sans y réussir.

» Dans le temps que mon esprit était combattu de cette bourrasque, M. le connétable en souffrit une terrible par mer, ayant couru risque de faire naufrage dans une galère de l'escadre de Sicile où il s'était embarqué ; il n'en eut cependant que la peur, et ayant pris terre assez heureusement, bien que dans un endroit dépourvu de tout ce qui était nécessaire pour son voyage, il prit la première monture qu'il trouva et arriva enfin à Madrid trois jours après la mort de Philippe IV (le 20 septembre).

» La perte de ce prince ayant apporté quelque changement aux affaires, en apporta aussi aux desseins de M. le connétable et lui fit prendre celui de s'en retourner, ne s'étant arrêté que quinze jours à la Cour, où la manière de vivre trop retirée et d'ailleurs l'impatience qu'il avait de me revoir ne lui permirent pas de faire un plus long séjour. Pour satisfaire donc ce désir et me tenir la parole qu'il m'avait donnée de se trouver à mes couches, il prit son chemin par la France et arriva à Milan à la fin de novembre.

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Je fus au-devant de lui avec sa sœur, et fus aussi aise de le revoir que j'avais été sensiblement touchée de son absence. »

On voit ici que Marie ne cache point la tendresse qui l'attachait à son mari, il est bon de le remarquer ; elle continue ainsi son récit :

« Le même soir qu'il arriva, je lui donnai un troisième successeur ; mais ce présent m'ayant coûté beaucoup plus que les deux premiers (c'était sa cinquième grossesse); ayant même couru risque de ma vie, je fus d'avis de ne lui en plus faire qui m'exposassent à de semblables périls. Ce n'était pourtant pas assez que je prisse cette résolution, s'il ne la confirmait par son aveu. Ce fut à quoi je travaillai et où je réussis assez bien, m'ayant depuis tenu sa parole fort religieusement, tout le temps que nous avons été ensemble.

» Je ne songeai plus, après cet accord, qu'à rétablir ma santé, pour me mettre en état d'aller à Venise passer un second carnaval. Nous nous mîmes donc en chemin dès que mes forces me le permirent, et ayant laissé le nouveau -né à la marquise Spinola Balbasès, et le second étant resté à Rome, nous n'amenâmes avec nous que l'aîné. »

La connétable ne dit pas dans son Journal que le motif qu'elle allégua à son intimité et entre

autres à sa belle-sœur pour expliquer cet accord avec son mari fut la prédiction d'un astrologue, qui lui aurait annoncé une mort certaine si elle avait un quatrième enfant.

La décision extraordinaire de la connétable dans cette circonstance a toujours paru inexplicable à ceux qui se sont. occupés d'elle. Comment un astrologue se trouve-t-il là à point nommé pour lui déclarer qu'elle mourra si elle donne le jour à un quatrième enfant ? Et comment risquet-elle son bonheur à venir pour une crainte si peu fondée? Elle connaissait bien le tempérament du connétable et pouvait aisément prévoir qu'il se dédommagerait ailleurs. Et c'est quand elle avoue aimer son mari le plus tendrement du monde, quand elle éprouve un si vif chagrin de s'en séparer, même pour peu de temps, qu'elle exige de lui d'accepter une situation aussi étrange. En cherchant bien, nous avons trouvé le mot de l'énigme, et c'est Litta qui nous l'a donné'.

Peu de temps après les couches de la connétable, elle reçut un avis anonyme lui apprenant qu'il venait de naître une petite fille dont le connétable était père ; sa naissance avait précédé d'un mois ou deux celle du fils de Marie Mancini. « Dans les discussions, dit Litta, qui survinrent entre la connétable et son mari, on donne géné-

1. Voir VUistoire des familles illustres de l'Italie. Litta, tome III, tableau XI. — Voir aussi les gazettes de Hollande,

ralement les torts à la première, mais nous avons des documents certains qui prouvent le contraire »; puis quelques paragraphes plus loin il ajoute : « une fille naturelle, Maria, naquit précisément quatre ans après le mariage de Laurent Colonna avec Marie Mancini ; cette enfant n'était point d'origine vulgaire ; elle fut élevée avec le plus grand soin dans un monastère de Rome, où elle mourut le 4 mars 1750, à quatre-vingt-cinq ans. Voilà le corps du délit ; il est tout entier à la charge du prince Colonna, qui donna l'exemple de la trahison conjugale. »

Pour qui connaît la hauteur et la violence de la princesse Colonna, il est aisé de se figurer ce qui se passa en elle lorsqu'une main perfide lui révéla cette nouvelle à la fin de ses relevailles. Ce mari, qu'elle adorait maintenant, se jouait d'elle, et depuis longtemps il entretenait des relations intimes avec une femme de son rang ; il lui mentait donc à chaque instant ! Dans l'explosion de sa colère, Marie ne put supporter l'idée de ce partage honteux, et voilà pourquoi elle déclara au connétable qu'il ne serait désormais qu'un étranger pour elle. Le connétable n'accepta pas aisément le rôle auquel le condamnait sa femme. Les gazettes du temps ne manquent pas de mentionner la separazione di letto du prince et de la princesse Colonna, elles attribuent cette résolution à la prédiction de l'astrologue.

Cependant une ou deux d'entre elles parlent à mots couverts des sujets de jalousie que le connétable donnait à sa femme. Pourquoi Marie gardet-elle le silence sur cet épisode dans son Journal ? Cela peut surprendre, mais il ne faut pas oublier qu'à l'époque où elle publia la Vérité dans son jour, elle avait tout intérêt à ménager son mari, qui vivait encore; cela explique bien des réticences ; d'ailleurs, elle ne se gênera pas, plus tard, pour parler des infidélités du connétable et du chagrin qu'elle en éprouve. Mais à ce moment-là, sa fierté blessée et sa hauteur naturelle l'empêchent d'avouer la naissance de cette enfant illégitime, tandis qu'elle pourra attribuer les galanteries du connétable à la liberté qu'elle lui avait donnée. Du reste, le prétexte de l'astrologue, choisi par la princesse, était vraisemblable, les esprits les plus distingués ajoutaient foi à l'astrologie. Marie s'occupait ellemême de sciences occultes, aussi le motif qu'elle allégua fut-il accepté sans peine. Le connétable en parla tout le premier, se plaignant fort de la décision de sa femme et ajoutant que puisqu'il y allait de sa vie, il ne pouvait point y contredire.

Quand la santé de la connétable fut tout à fait rétablie, elle partit pour Venise avec son mari.

« Nous passâmes le carnaval assez gaiement,

à mes jalousies près, dit-elle. Car enfin, M. le connétable n'oubliait point à recouvrer ailleurs ce que notre accord lui avait fait perdre, et j'avoue que j'étais fâchée qu'il me tînt parole à ce prix-là... (Cet aveu sincère de Marie prouve bien que la prédiction prétendue de l'astrologue n'était qu'un prétexte I) On fit à Venise de très beaux opéras et entre autres le Titus, où j'allais très souvent, et où je n'étais pas moins attirée par la douceur des voix et par la manière de représenter des acteurs (particulièrement d'un musicien de Son Altesse Royale appelé Cavagino et d'une de mes filles qui représentait admirablement), que par la beauté de la pièce, qui eut l'applaudissement de tout le monde et qui était assurément une des plus belles qui se soient jamais vues. »

Sur ces entrefaites, le connétable apprit la mort de son oncle, le cardinal Colonna, tombé gravement malade au Finale, où il succomba. Il accompagnait, comme nous l'avons dit plus haut, l'impératrice infante Marie-Marguerite, et il fallut quitter Venise pour se rendre à Milan, où le prince et la princesse Colonna devaient se trouver au passage de l'impératrice. Marie ne pouvait se décider à quitter Venise ; mais, sa résistance redoubla l'empressement du connétable à en sortir, de sorte qu'il fallut partir au fort de l'été. L'im-

pératrice n'arriva qu'à la fin de l'automne; il n'était donc pas nécessaire de la presser si fort pour l'y trouver.

« Je fus la saluer, dit la connétable, en habit espagnol et en grandissime deuil, que je portais pour la mort de M. le cardinal Golonna qui était décédé au final d'une maladie qui l'avait surpris en accompagnant cette princesse. Sa Majesté me reçut avec une bonté extraordinaire et me dit que j'avais l'air et les manières tout espagnoles, voulant par là m'élever au-dessus de toutes les autres nations, n'}^ ayant pas une qui ne croie que ce qui est en usage chez elle, est le plus parfait et le plus achevé.

» Après s'être arrêtée un mois à Milan, elle continua son voyage pour Venise où M. le connétable ne voulut pas l'accompagner; je ne dirai point pour éviter la dépense, car ce ne serait pas rendre justice à sa générosité; je dirai seulement que sa tendresse pour moi étant un peu diminuée ne lui inspira pas cette complaisance.

» Je lui proposai de passer à Venise un autre carnaval, où cette fois j'étais bien sûrequ'il ne me refuserait pas d'aller y ayant des petits engagements qui l'en pressaient plus que moi : mais quoique je trouvasse dans cette ville, les mêmes divertissements que jadis, comme je ne m'y trouvais pas dans la môme situation, je ne les goûtai qu'im-

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parfaitement. Car enfin, mes jalousies dans lesquelles les récits que Ton me faisait de lui me confirmaient, et le chagrin de voir que les autres profitassent de ma stérilité politique, me donnaient de très mauvais moments et m'avaient déjà réduite à un pitoyable élat. »

La jalousie, éveillée tout à coup chez la connétable par un motif des plus sérieux, ne manqua pas d'éléments propres à l'entretenir dans la suite.

« Dans ce temps-là, dit-elle, comme si je n'eusse pas eu assez de sujets de craindre au dehors, il m'en vint un nouveau au logis en la personne de la marquise Paleotli, mariée avec un cavalier bolonais de ce nom, et fille du duc de Northumberland, assez connu en Angleterre. Cette dame étant alors dans la fleur de son âge, attirait les yeux de tout le monde; ceux de M. le connétable n'en furent pas exempts, et quand j'eusse voulu ne pas prendre ses regards dérobés pour des marques de la passion qu'il avait pour cette belle, ses empressements et ses assiduités auprès d'elle ne m'auraient pas laissé de lieu d'en douter, et j'avoue que j'en avais un secret déplaisir. »

Mais la connétable était trop fière pour le témoigner ouvertement, et lorsqu'au printemps

G8 UNE PRINCESSE ROMAINE AU XYIl^ SIÈCLE.

les Golonna reprirent le chemin de Rome, ce fut en compagnie de la marquise Paleotti, qui logea chez eux où son mari lui tint compagnie quelque temps pour le décorum, puis la quitta pour se rendre à Ancône, où l'appelait le poste de cornette où il venait d'être nommé.

La princesse Golonna ne fit pas la moindre objection à ces arrangements, quelque déplaisants qu'ils lui fussent. L'été se passa dans différents séjours à Marino, à Palhana et à Sisterna, puis d'un commun accord on décida de passer l'hiver à Rome.

Le connétable laissait à sa femme, comme auparavant, la liberté de vivre à sa guise et de tenir maison ouverte pour les étrangers. Les princesses romaines l'enviaient, leurs maris la blâmaient, et chacun prétendait lui connaître un amant ; seulement on n'était pas d'accord sur le nom de l'heureux soupirant. La vérité est, qu'avec toutes les apparences de la coquetterie, car personne plus qu'elle n'aimait à plaire, elle savait à merveille tenir à distance respectueuse ses adorateurs dont le nombre était grand.

Sur ces entrefaites le duc de Nevers arriva pour passer le carnaval auprès de sa sœur et ils cherchèrent ensemble à l'égayer par une mascarade : M^rie saisit cette occasion pour répondre fièrement aux attaques de ses envieux.

Mars 1668.

« Le jeu, la bonne chère et la bonne conversation, qui se trouvaient tous les jours dans notre maison, étaient de trop maigres plaisirs pour le carnaval. Pour le passer donc moins tristement et pour faire taire ceux qui murmuraient de la liberté que l'on me voj'^ait prendre, je m'avisai d'une mascarade où je représentais Clorinde, et sui\ie de trente à quarante cavaliers en forme de soldats, j'allais, jetant à la mode des masques, un madrigal que mon frère et un gentilhomme de ses amis appelé Marescotti avaient composé sur cette idée. Voici les paroles :

D'obliato decoro Queslo armato guerrier no dia sospetto

Che slia viril aspcito Intanto d'honesta serbo il tesoro

Quanti in ogni confine Son Pénélope al volto, al cor son Frine\

Cette hardie protestation fit sensation dans Rome, les gazettes reproduisirent le madrigal et h' duc de Nevers l'envoya à ses amis.

1 . Si ce guerrier armé a Taspect viril, ne le soupçonnez point Cependant d'avoir oublié les bienséances. Il garde intact le trésor de son honnêteté. Combien d'autres sous l'aspect de Pénélope Au fond du cœur ne sont que Phryné !

Pendant cet hiver, le connétable courtisa ouvertement la princesse Chigi, « C'était, disait-il, par le plus louable motif ; la princesse haïssait sa femme avec laquelle elle avait eu cent difficultés de préséance, et les soins qu'il lui rendait étaient destinés à adoucir cette haine ». Cela n'empêchait pas les deux princesses de se quereller à la' moindre occasion, et un incident qui fit grand bruit dans Rome se passa précisément alors ; on attacha pendant la nuit des échelles de corde au balcon de la chambre de la connétable et le lendemain matin tous les passants purent les voir, au grand scandale de chacun. La connétable ne manqua pas d'accuser de ce méfait la princesse Chigi qui en était parfaitement innocente. On découvrit plus tard l'auteur de cette lâche méchanceté qui n'était autre qu'un laquais renvoyé pour vol. Le connétable, justement indigné, le fit châtier sévèrement.

Arrivée de la duchesse de Mazarin ea Italie, — Le connétable et sa femme vont au-devant d'elle jusqu'à Milan. — Prétendue blessure de la duchesse. — Le chevalier de Couberville. — Arrivée du duc de Xevers. — 11 se brouille avec madame de Mazarin. — Séjour à Venise. — Partie de chasse à Sienne chez le cardinal Chigi. — Retour à Rome. — Couberville est chassé et mis en prison. — Hortense au couvent, sa sœur l'en fait sortir. — Lettres et Journal de Jacques de Belbeuf. — Les réceptions chez la princesse Colonna. — Froideur du connétable pour sa femme.

Il est nécessaire de quitter pour quelques instants la connétable pour revenir à sa sœur, la belle Hortense, duchesse de Mazarin. Avant même le départ de Marie pour l'Italie, sa sœur et son beau-frère commençaient à vivre fort mal ensemble. Ce mariage, qui devait combler les vœux de La Meilleraye ' (on se souvient avec quelle pas-

1. Lemiirijuis Armand de La Meilleraye avait hérité du nom et du titre de duc de Mazarin, porté par le cardinal.

sion il l'avait désiré) ne donna que de tristes résultats. La jalousie, l'esprit étroit, la bigoterie ridicule du duc, sa laideur et son avarice, ne pouvaient guère plaire à une jeune femme. « Il porte sur son visage la justification de sa femme, » disait madame de Sévigné. D'autre part, la coquetterie d'Hortense, sa frivolité, sa bêtise, son absence complète de sens moral, n'étaient pas pour plaire à un mari. La connétable, avant son départ, fut témoin des scènes de jalousie du duc de Mazarin, et elle disait à Hortense, avec sa vivacité italienne : « Crêpai Crêpa! Chè sara ancora più, infelice di me!... (Crève! Crève! car tu seras encore plus malheureuse que moi !) » Dès le début, le roi eut à se mêler des querelles de ce ménage mal assorti, qui l'occupa longtemps. Voici une lettre à levèque de Fréjus ', à propos d'un billet fort compromettant d'Hortense, adressé au chevalier de Rohan et intercepté par son mari :

Le roi à Vèvêque de Fréjus.

Fontainebleau, 21 avril 1661.

« J'avais déjà fait par avance tout ce que vous me mandez qui était nécessaire. J'ai bien du déplaisir de ce qui est arrivé; mais je veux espérer

1. Ondedeï, évèqiie de Fréjus, était une des créatures de Mazarin.

que la personne dont wus me parlez se conduira mieux à l'avenir qu'elle ne l'a fait par le passé. Je savais déjà tout le bruit qu'il y a eu, et je vous avoue que ce qui me fait le plus de peine, c'est de songer qu'une personne qui porte le nom d'un si grand homme donne lieu à tout le monde de rire 1 »

« Peu à peu les choses s'aggravèrent, et comme le dit de la Porte \ madame de Mazarin, belle, imprudente, rien moins que scrupuleuse en matière de dévotion, ne respirant que les plaisirs et la joie, négligeait même jusqu'aux apparences. Aux tentatives que l'on fit pour la raccommoder avec son mari, elle répondait toujours, en riant, le cri de la fronde : « Point de Mazarin, point de Mazarin. »

» Le roi, voyant qu'il n'y avait aucun moyen d'accommoder le différend, céda aux instances d'Hortense et lui donna la permission de rejoindre sa sœur en Italie. Il lui accorda vingt-quatre mille livres de pension, et douze mille pour ses frais de voyage. La duchesse profita bien vite de la permission et parvint à s'échapper à l'insii de son mari; celui-ci, en découvrant la fuite de sa femme, accourut se lamenter près du roi, qui l'écouta sans lui répondre; l'affaire était réglée, Hortense partie, il n'y avait plus à y revenir.

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