‹ Une profession de foi Cartésienne [microform]Chapitre 2 sur 26 · Descartes, Les Passions de Vàme, seconde partie · texte numérisé non relu

Descartes, Les Passions de Vàme, seconde partie

article LXIX.

d'aucun changement qui arrive dans le cœur et

dans le sang » ^

Après l'amour, la haine : «je remarque au contraire en la haine que le pouls est inégal et plus petit, et souvent plus vite; qu'on sent des froideurs entremêlées de je ne sais quelle chaleur âpre et piciuante dans la poitrine; que l'estomac cesse de faire son office et est enclin à vomir et rejeter les viandes qu'on a man- «•ées, ou du moins à les corrompre et convertir en mauvaises humeurs ».

(( En la joie, je remarque que le pouls est égal et plus vite qu'à l'ordinaire, mais qu'il n'est pas si fort ou si grand qu'en l'amour; et qu'on sent une chaleur agréable qui n'est pas seulement en la poitrine, mais qui se répand aussi en toutes les parties extérieures du corps avec le sang qu'on y voit venir en abondance; et (|ue cependant on perd quelquefois l'appétit, à cause que la digestion se fait moins que de

coutume. »

(( En la tristesse, je remarque que le pouls

t. Descaries, Les Passions de Vânie, seconde parUe, article LXXI.

UNK PROFESSION DE FOI CARTESIENNE

est faihlo et lent, et qu'on sent comme des li(Mis anloiir du cœur (|ui le serrent, et des i;lar(ms <|ui le gèlent et comninnH|uenl leur froideur nu reste du corps; et que cependant on iM* laisse pas d'avoir quelquefois hon appétit (4 de sentir (pu; l'estomac ne manque point à faire son devoir, pourvu qu'il n'y ait [)oint de haino mêlée avec la tristesse. »

(( Entin je remaniue cela de particulier dans le désir, qu'il agite le cœur plus violemment (pi'aucune des autres passions, et fournit au cerveau plus (res|)rits, lesquels, passant de là dans les muscles, rendent tous les sens plus aigus et toutes les parties du corps plus mobiles*. »

Aucune autre passion n'est donc parfaite et toujours d'accord avec la santé comme est l'amour, tandis (|ue, de son côté, la vérital)le hygiène est surtout propice à Tamour. Est-il besoin d'aller plus loin chercher les règles de la morale? Pourquoi il ne faut pas être orgueilleux? Parce que la joie qui, dans Tor-

1. Dcscartcs, Les Passions de Vâme^ seconde parUe, articles XCVUI, XCIX, G, CI.

gueil, se joint à l'amour de nous-mêmes et de la chose |>our quoi nous nous estimons est contraire à l'amour |)ur. Pourquoi il ne faut pas être envieux? Parce qu'envie est tristesse mêlée de haine. INmnpioi il ne faut j^as être coléreux? Parée (|ue la colère est une haine presque toujours accompagnée d'un violent désir c( de repousser les choses nuisibles et de se venger* ». Nous voilà débarrassés de trois des sept péchés que l'Église Catholique Romaine nomme capitaux. La volupté, en tant qu'elle n'est pas une harmonie des corps toute de grâce et de charme et digne des dieux, est un fort vilain défaut qui bloque la respiration : déjà, par l'effroi de ce simple signalement, nous sommes débarrassés de la luxure. La gourmandise amollit; il serait fort étonnant que le libre jeu des poumons et du cœur y trouve son com|)te. L'avarice ferme, plus hermétiquement que ne fait aucune autre i)assion, les voies de l'amour. La paresse ne se conçoit prs seule : c'est une receleuse qui cache quelque passion désordonnée.

1. Descaries, Les Paasiom de l'âme, troisième partie, article CXGiX.

UNE IMU)FI:SS10N Dl- FOI CAHTIÔSIENNE

Cet amour doiil |)cirle Descartes et qui s'oppose i)ni'fois aux autres passions, toutes nécessaires à i;i vie, cepeudnnl, « toutes honnes* », f|noiipie non pas d'un^^ manière absolue et sans limite, n'est pas un anu>ur d'attemlrissement mais un amour de force : ainsi on aime son travail; ainsi on aime un ami et on le veut servir; ainsi, loin de s'en tenir à la lettre des maximes « ne ju-ez pas pour ne pas être jugé » et (( (juanil vous aurez re(;u un soufllet sur la joue droite tendez encore la joue gauche » -, on juge toujours, — car c'est encore juger i[ue suspendr(\ après en avoir délibéré, son jug(Muent^ —, on se défend, (piicoiuiue ne nous respecte |>as, on Févite, dans la mesure où sa compagnie paralyse nos forces et semide nous étoulTcr, on l'évite dans la mesure où nous nous devons à nous-mêmes, mais sous la

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