ÉCE1^TES POUR LA VOLONTÉ
A cause que je ne voyais au monde aucune chose qui demeurât toujours en même état, et que, pour mon |)arti<ulier, je me promettais do [)ei'feetionner de plus en
1. DLscoin's de Ui Méthode et Choix de lettres, édition Firmin Didol, pp. IIH et H»'), lettre à Madame Klisaheth, (le mars 1640.
plus mes jugements et non point de les rendre pires, j'eusse pensé commettre une grande faute contre le bon sens si, pour ce que j'approuvais alors quelque chose, je me fusse obligé de la prendre pour bonne encore après, lorsqu'elle aurait peut-être cessé de l'être, ou que j'aurais cessé de
l'estimer telle.
Ma seconde maxime était d^être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions, les plus douteuses, lorsqne je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées : imitant en ceci les voyageurs qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d'un côté tantôt d'un autre, ni encore moins s'arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons,
EXTHAITS DK DESCAHTES
encore ({\w ce n'ait pent-elrc é((' au commencement que le hasard seul i\u'\ les ait déterminés h le clioisir; car, par ce moyen, s'iN ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins à la (in quelque part où \ r<iisemblablement ils seront mieux que diiii- le milieu d'une l'oréL. i^t ainsi les actions de la vie ne soulîrant souvent aucun délai, c'est une vérité très certaine que, lorsqu'il n'est pas en notre pouvoir de discerner les plus vraies Of)ir)ions, nous devons suivre les plus probables; et même qu'encore que nous ne remarquions point davantage de probabilité aux unes qu'aux autres, nous devons néanmoins nous déterminer h (juebpies-unes, ci les considérer a|)rès, non plus comme douteuses en tant qii i lies se l'apportent à la piaticjue, mais comme très vraies et très certaines, à cause que la raison qui nous y a l'ait déterminer se trouve telle. Kl ceci fut capable
EXTRAITS DE DËSCARTES
dès lors de me délivrer de tous les repentirs et les remords qui pnt coutume d'agiter les consciences de ces esprits faibles et chancelants (jui se laissent aller inconstamment à pratiquer comme bonnes les clioses qu'ils jugent après être mauvaises*.