PRINCIPALES RÈGLES DE LOGIQUE
Comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu'un État est bien mieux réglé lorsque, n'en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées, ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez
1. Discours de la Méthode, troisième partie, pp. 19 et 20 de rédition Lefèvre et Discours de la Méthode et Choi.T de lettres, édition Firmin Didot, pp. 26, 27. .
EXTRAITS I)K DKSCARTFS
EXTRAITS DE DESCARTES
des quatre suivants pourvu que je prisse une ferme el constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.
lie premier rlail (1(^ ne reeevoii- jamais^ aucune chose pour wnio ([ue je ne la connusse évidemment être telle, c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes juj^ements que ce qui se présenterait si clairement et distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute;
Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se jxMirrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre;
Le troisième, de conduire par ordre mes pensé'es, en commençant par les objets les plus simples et h's plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme |)ar degrés jusques à la connaissance des plus com-
posés, et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement
les uns les autres;
Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre ' .
Argument. — « << N'avoir que des idées nettes et (( assurées » fait qu'on a peu d'idées et que ces « idées ont souvent trait à la pratique de la vie : (c ainsi, pour trois raisons, la clarté des idées, leur (( petit nombre qui les enfonce dans l'esprit, enfin <( leur objet, on est naturellement porté à agir.
<c La première des règles de logique ci-dessus se u rapporte donc, déjà, à la volonté, la troisième s'y « rapporte de même : en effet toute la volonté ne u réside que dans une subordination constante et <( impitoyable de ce qui est secondaire à ce qui, u dans l'instant, est principal.
a L'excès des passions s'oppose tant à la recherche « de la vérité [)ar la logique qu'à sa simple vue par (( rinspiration mentionnée en l'extrait V, et, une c( fois la vérité reconnue, l'excès des passions
s'oppose à sa mise en œuvre par la volonté.
u Afin de borner l'excès des passions on i)eut
1 Discours de la Méthode, deuxième partie, pp. It et 15 de Védition Lefèvre et Discours de la Méthode et Choix de /p//?Y?5 édition Firmin Didot, p. 21.
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« avoir recours à la disci[)line et à Thabitude « comme on voit pratiquer })OTir le dressage des « chiens concliaiits (extrait \l où il est question « dune glaudr dnus \o cerveau, poiul de raccorde- « ment entre lî^me immatérielle et le tluiiie nerveux o appelé ici « (^sprils »). Par exemple si on associe « à I idée d'une personne «j^iacieuse l'idée de per- (' lidie on p«'ut en arriver à se détj^oùter de l'idée « d'une [lersonne gracieuse, puis d'une personne (' gracieuse déterminée, puis de plusieurs autres. « personnes gracieuses. Par exemple encore, si « maintenant on associe l'idée d'une personne « infâme «pi'on déteste avec celle de la tranquillité « sérapliif|ne d'un monastère ou des ébats d'une « ville d'eau suivant qu'on préfère se retirer en 1 un « ou l'autre lieu, peu à peu, l'instant où notre « pensée s'arrêtera sur l'idée de la personne infAme « deviendra si court que nous n'aurons plus même « le temps de la détester; la haine, malsaine pour *< nous, disparaîtra; léloignement par contre, utile « puisque la personne primitivement détestée est « infâme par définition, subsistera.
« Le second moyen de maîtriser ses passions o consiste en l'exercice d'une vertu qui renferme « toutes les autres et que Descartes appelle la géné- « rosité(extraitVlI); le troisième moyen (extrait VIII) « est d'user de cette considération que nous sommes « bien plus nous-mêmes par la vie intérieure, c'est- « à-dire (piand nous nous regardons vivre d'un « niveau sui)érieur au niveau troublé des passions « que quand nous nous laissons déchoir à ce « niveau. 11 ne s'agit point d'ailleurs de supprimer « les passions dont 1 existence est le caractère et la
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« raison d'être de notre vie physique mais seule- « ment de les dominer (extrait IX).
<( Une condition nécessaire de tout acte d intelli- « gence ou de vf»lont(' est le repos (extrait X); ainsi, <c sans repos, on ne discerne pas en général le péché « et si, i)ar hasaid, on le discerne, on y succombe.
(( Descartes dormait longuement. « Il buvait peu « de vin et <'*tail cpielrpiefois des mois entiers sans « en boire du tout.... 11 estimait qu'il était bon de « donner une occupation continuelle à l'estomac et « aux autres viscères comme on fait aux meules, « mais que ce devait être avec des choses qui don- « nassent peu de nourriture, comme les racines et (( les fruits, qu'il croyait plus propres à prolonger « la vie de l'homme que la chair des animaux ^ »
« Le régime végétarien complété par l'absence « de vin et de tabac ^ et sans doute aussi de thé, de " café, de cacao, produit deux effets. Il facilite le « long sommeil, le repos ou, comme dit si joliment « Descartes, « la relâche des sens ». il prévient, « ainsi, le trouble, résultant de la fatigue, tant « dans la composition du fluide nerveux, émana- « tion du sang, cjue dans les mouvements du cœur « actionné par ce fluide. Il prévient le trouble ana- « logue résultant de la présence dans le sang des « vapeurs d'alcool, des essences d'alcalo'ïdes et de (( nicotine, enfin de certains sucs des aliments <( carnés. Autrement dit la sorte d'ébriété ou d'in- « toxication résultant de la fatigue ou du caractère
i.Aàré(/éde la Vie de Descartes, par Adrien lia\\\ei,\i\re\]U.
2. Contre les excès de vin et de tabac, Discows de la Méthode et Choix de lettres, édition Firmin Didot, p. 105, lettre à Madame Elisabeth, de septembre 1645.
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« des aliineiils et l)oissons, ou de la mise en circMi- « lation dans l'organisme de sécrétions sexuelles « par la voln|>lé, en rendant les idées heauroup « plus éelalanles et 1(mii* succession beaucoup plus « rapide, paralyse l'icuvre de discernement et de (( contrôle de rent(*ndement : le pî'incip(^ de la « dièt(;, aussi appelée j(Muie, est d(^ réiluire au {( minimum rél)ri(Hé, et, [)ar suite, de porter au « maximum la l'acuité de discernement et de conu trcMe de l'entendement. »
A DKFAl T })K LOGIOUE, IL CONVltlNT DE SUIVHE SES INCLINATIONS LNTÉ-
KILLUlS
Lorsque Fospril est plein de joie, cela sert beaucoup à faire que le corps se porte mieux, et que les objets [)rcsents paraissent |)lus agréables; et même aussi j'ose croire qtie la joie intérieure a quebpie secrète force pour se rendre la fortune plus favorable. Je ne voudrais pas (^crire ceci à des personnes qui
EXTRAITS DE DESCARTES
auraient Tesprit faible, de peur de les inchiire i\ (juel(|ue superstition; mais au regard de Voire Altesse, j'ai seidement peur qiTcUe se mocpte de me voir devenir tro|) crédule : toutefois, j'ai une infinité d'expériences, et avec cela Tautorité de Socra te, pour confirmer mon opinion. Les expériences sont que j'ai souvent remarqué que les choses que j'aî faites avec un cœur gai et sans aucune répugnance intérieure, ont coutume de me succéder heureusement, jusque-là même que dans les jeux de hasard, oti il n\ a que la fortune seule qui règne, je l'ai toujours éprouvée plus favorable, ayant d'ailleurs des sujets de joie, que lorsque j'en avais de tristesse. Et ce qu'on nomme communément le génie de Socrate, n'a sans doute été autre chose, sinon qu'il avait accoutumé de suivre ses inclinations intérieures, et pensait que lévénement de ce qu'il entreprenait serait heureux lorsqu'il avait quelque secret senti-
KXTUAITS DE DESCARTES
ment de gaieté, et au conlraire qu'il serait malheureux lorsqu'il était triste. 11 est vrai pourtant que ce serait èlre superstitieux de croire autant à cela qu'on dil (|u'il faisait; car rialon rapporte de lui que mèiue il denieurail dans le lof2;is, toutes les fois que son génie ne lui conseillait |)oinl d'en sortir. Mais touchant les actions importantes de la vie, loî^qu'elles se rencontrent si douteuses qtip ]'.} 1 nidence ne |)eut enseigner ce qu'on drMl iaiicil me semble qu'on a grande raison de suivre le conseil de son génie, et qu'il est utile d'avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance, et avec la liberté qui accompagne (rurdinaire la joie, ne manqueront pas de nous bien réussir*.
i. Discours de la Méthode et C/tou: de lettres, édition Firmin Didot, pp. 129, 130, lettre à Madame Elisabeth, du 20 octobre 1646.
EXTRAITS DE DESCARTES
DE LA DISCIPLINE QUI SE PEUT t \ iii DUIRE n \NS LES MOUVEMENTS DU CERVEAU ET DANS LES i A.-.^IONS QUI EN RELÈVENT.
Et il est utile ici de savoir que, comme il a déjà été dit ci-dessus, encore que chaque mouvement de la glande semble a\oir été joint par la nature à chacune de nos pensées dès le commencement de notre vie, on les peut toutefois joindre à d'autres par habitude, ainsi que l'expérience fait voir aux paroles cpii excitent des mouvements en la glande, lesquels, selon l'institution de la nature, ne représentent à Tàme que leur son lorsqu'elles sont proférées de la voix, ou la ligure de leurs lettres lorsqu'elles sont écrites^ et qui, néanmoins, par l'habitude
EXTRAITS DK DF.sr.AllTES
EXTRAITS DE DESCARTES
qu'on a ac(|iiis(i en pensant à ee qu'elles signilienl lorsqu'on a ouï leur son ou bien qu'on a vu leurs lettres, ont eoulunie de faire concevoir celle s!f;iiification plutôt que la figure (le leurs lettres ou bien le son de leurs syliai>les. Il (\st utile aussi de savoir qu'encore que les mouvements, tant de la glande que des esprits du cerveau, qui représentent h l'nme certains objets, soient naturellement joints avec ceux qui excitent en elle certaines |)a.-.^ions, ils peuvent toutefois par babitude il être séparés et joints à (raulies fort différents, et même que cette babitude |)eut être acquise |)ar une seule action et ne requiert point un long usage. Ainsi, lorsqu'on rencontre inopinément queUpie cliose de fort sale en une viande qu'on mange avec appétit, In -ur[)rise de cette rencontre peut f^ Ib^Ti^^nt cliangei* la disposition du cerveau qu'on ne pourra plus voir par après de telle uiiHle qu'avec borreui', au lieu (|u'on la
mang(M)it auparavant avec plaisir. Et on peut remarquer La même cbose dans les betes; car encore qu'elles n'aient point de raison, ni peut-être aussi aucune pensée, tous
les mouvements des esprits et de la glande, qui excitent en nous les passions, ne laissent pas d'être en elles et d'y servir à entretenir et forliiier, et non pas comme en nous les passions, mais les mouvements des nerfs et des muscles, qui ont coutume de les accompagner. Ainsi lorsqu'un cbien voit une perdrix, il est naturellement porté à courir vers elle, et lorsqu'il oit tirer un fusil, ce bruit l'incite naturellement à s'enfuir; mais néanmoins on dresse ordinairement les cbienscou-
cbants en telle sorte que la vue d'une perdrix fait qu'il s'arrêtent, et que le bruit qu'ils oient après, lorsqu'on tire sur elle, fait qu'ils y accourent. Or, ces cboses sont utiles à savoir pour donner le courage à un chacun d'étudier à regarder ses passions; car puisqu'on
EXTHAITS DE DESGAIITES
EXTRAITS DE DESCARTES
peut, avec un [xni (rindiislrie, chaiijijer les il u\emenls du cerveau daus les animaux dépourvus de raison, il est évident qu'on le peut encore mieux dans les liommes, et que ceux même qui ont les plus foihles âmes pourraient acquérir un empire très absolu sur toutes leurs passions si on employait assez d'industrie à les dresser et à les conduire*.
LA GÉNÉKOsrn': uivmèdk conthk tous
LKS DKIJKdLKMKNTS DKS PASSIONS
Pour (jnelli's tunises on peut sesùnicr,
1 ! pour ce que Fune des princi|)ales [)arties de la sagesse est de savoir en cpielie façon et pour (|ii«'lle cause chacun se doit estimer ou mépriser, je tacherai ici d'en dire mon opinion. Je ne remarque en nous